‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 70 sur 108 · SUB LA PRIMAUTÉ 00 PAPE ET DES ÉTÂQUES · texte numérisé non relu

SUB LA PRIMAUTÉ 00 PAPE ET DES ÉTÂQUES

Rome au^lessm des autres évéques j est une dignité imaginaire | pu? ouvrage de Tambition des hommes. Avoqea^ qcCil faut que Luther n^ait jamais lu les {Iplti^es^ de saint Grégoire ; car s'il les eût Iqes^ çpimnent saurait <« il eu le front de nqus domipr s^t Qrégrâre pour le dernier évéque dp RonnQ ? Comment se serait -il aviçé de le rayer du ncKmhre des papes ^ à la vue de tant de faits qui démiontrent qu'il en a rempli fous les devoirs de la msoiière la plus éclatante ? Mais si Luther n'a jamais lu les lettres du saint , n'est-il pas honteux pour ce fougueux agresseur de se trouver, après environ trente ans de guerre contre les papes , si mal instruit sur une matière dont il s^était occupé l'esprit sans relâche ?

Si vous me permettez y Monsieur , de vous dire naturellement ma pensée , je ne puis faire qu'une supposition : c'est que Luther aura lu quelque part , peut-être dans le livre de quel-» qui3 schismatiqne dont il aura emproaté l'objection , que, saint Grégoire ne put souffrir les l^tentiqns d^ Jean» patriarche de GpnstantiilQple, assez orgueilleux pour s'arroger le titre d'éyêque œcuménique,, ou d'évéque universel; il voulut lui faire sentir l'incongruité de ce titre^ et pour y parvenir plus sûrement ,, il lui fit observer que ni lui-même ^ ni aucun de ses prédécesseurs n'avaient youlu le recevoir de qui que ce fût , pas même du concile de Chalcédoine^ De là Luther aura conclu, par une inconséquence

S* rnalée , que ni saint Grégoire , ni aucun pone de Rome avant lui , n'avait pensé à s'attribuer une primauté de juridiction sur tous les

3 1 6 TROISIÈME LETTAB

évéqoes du monde. Mais si Luther eût examiné le feit de plus près , et dans la source y il eût vu à Tendroît même Texercice de cette juridiction bien marquée, puisque le Saint y dit que Pelage , son prédécesseur , avait cassé les actes du synode dé Constantinople , par lequel Jean s'était fait appeler évêque universel (1); et que dans une autre lettre à Tempereur Maurice sur le même sujet (2), il fait remarquer à Temperetir que saint Pierre , quoique prince des Apôtres y et chargé du soin de gouverner toute TEglise j ne s'était pas fait nommer pour cela TApôtre universel. Ce qui faisait peine à saint Grégoire j était de voir Jean afïbcter un titre qui ne lui convenait en aucune façon , puisque n'étant que patriarche de Constantinople , il ne pouvait avoir de vue ni d^utorité que dans Tétendue de son patriarchat : et de plus , le nom d'évêque universel lui paraissait un titre odieux , plein de faste , et propre à faire naître la pensée qu'il n'y avait dans le monde qu'un seul véritable évêque j dont tous les autres évêques n'étaient que les vicaires et les lieutenants. Donc c'est uniquement à cause du mauvais sens dont ce titre est susceptible , que le saint pape l'a constamment rejeté, comme il le déclare lui-même (3) ; car s'il ne se fût agi que d'un titre dont Tunique effet eût été de marquer une juridiction dans toute l'Eglise , comment saint Grégoire eût-il fait difficulté de le recevoir , lui qui déclare positivement ne connaître aucun évêque qui

(1) Ep. 36, I. 4. T. 2. p. 615. — (4) En. M. I. 4. p, 608. -r (3)Ei». 36.1.4. T. 2. p. 615.

SUR LA PBIHAUTË DU PAPS ET DBS ÉTÊQUES. 3 1 7

ne se croie soumis au Saint-Siège (1) ; loi qui assure que Tévèque de Constantinople y tout fier qu'ail était de sa résidence dans la capitale de ^empire ^ ne laissait pas de convenir j comme Pempefeur lui-même, de sa dépendance du Siège de Rome (2) ; lui qui écrit à Jean , patriarche de Constantinople , qu'il a renvoyé pleinement absous un prêtre msd condanmé à son tribunal (3) ; lui qui nomme le Siège apostolique la tète de toutes les Eglises du monde (4) , et qui répond de la conservation des meinbres dans un état toujours saint et florissant , tant qu'ails ne se départiront pas du respect et de la soumission qu'ils doivent au Saint-Siège , conmie à leur chef (5)?

Il est donc démontré que Luther s^est trompé^ ou a voulu nous tromper , en refusant de reconnaître dans saint Grégoire Tusage de Tautorité , qui est attachée à la qualité de pasteur commun des fidèles. Mais si Luther s^est si grossièrement mépris, en voulant fixer Tépoque de Tusurpation des papes , quel préjugé ne trouvons-nous pas ns une méprise si frappante contre tout ce i'il à avancé sur le même sujet ? Pouvait-il sy

dans qu

(i) Neseîo quis Episcopus noa subjectus ait Sedi Apostblicae* Ep. 6a, 1. t»t. î, pag. 851.

(3) Nam de Gonstaotinopolitanâ EoclesiA qiiis eam dobitet Sedi AposloUcae esse sabjectam , quod et pussimus Dominos imperator, et frater noster ejusdem civitatis Episcopus assidue profitentnr. Ép. 64 » !• 7, T. 8 , pag. 830.

(5) L. 5, Ep. 15 , T. 2, p. 658*

(4) Sedes Apostolica Eoclesiarumcapntest. Èp. &6, 1. Il > p. 1805.

(5) ÂpostolicaQ Sedis rererentia nuÛA pnesumptione turbeturé Taoo enim membrorum status integer penererat | si caput fidei uulla pulset ii\{oria. Ep. 44, 1* Il t p. 1073.

318 «BOISi&HB UEtTBS

prendre ùïîetix pour ôtet* d'abord tout crédit à âon accosation , qtie de dél>uter par une fausseté si manifeste? Pouvait-il danft une si longne suite de papes j en choisir un pour le dégrader , qui nous rournlt plus de preuves propres à Ini conserver soti rang et sia mgnité ? Mais examinons la seootide de se& ^ropositiotls t ûous n?y trouverons pas moins de meëoinpte et de téiUérite que dans la première ^ et nous en tirerôllis tin avantage etiicfore plus consfidérable ^ pour prouver la possession constante où les papeâ ont toufours été , d'exercer leur juridictionL stïr toutes les l^gUses chrétieiines du mondé.

SECONDE PROPOSITION

TOftS tBi MiaSS Mt fiSGONÎfU LA JUHIl^tlOIl UNr^EaSlSLLE DES PAPES.

Luther soutient en second lien que saint Cyprien, saint Denis, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme , saint Augustin , et généralemenf tous les Pères qui ont précédé saint Grégoire , ont ignoré cette étendue de juridiction que nous reconnaissons dans les papes (1 ) ; or, je le dis dV vance ici , Luther mérite que je lui sache quelque gré de me mettre ainsi sur la voie pour lui donner d^s preuves invincibles par Tautorité des témoins mêmes qu^il adopte.

(1) Tom. 8 » Edit, Jeu. Germ. » p. â4i , b, p. 248.

SVBLAPBnUDTADUPAPEETOESÉTtQtTBS, 319

Commençons par saint Cyprien, etcontùmons par les antres, dans Tordre même où ils viennent â*Mre nommés. Voici ce que )e lis dans la troi- ^me Epltre de saint CyfHÎen au pape Corneille. rSnreste, Moasienr^ toos Tonles bien que i''aie rhonneur devons dire, nne fois poor tontes, qne je ne vons cite ancon passage des Saints Pères , sans les transcrire snr le livre même ouvert devant mes yenx ; et je m'offre à vous faire voir tontes mes citations , non-senlement dans les livres de notre bibliothèque , mais aussi dans ceox de la bibliothèque de votre Université : tônsi ne croyez pas qne je cherche à tirer avantage d'ancune édition particulière) Voici, dis-je, les paroles de saint Cyprien au pt^ Corneille , à qui il se plaint de qtulqDes faox évèqnes schismatiqnes et héréliqnes d'Afrique , qni étaient allés à Rome , pour tâcher d^y surprendre le Saint-Siège par leurs artifices: <c Us osent, dit-il^ K faire voile vers la rhaire de saint Pierre , et « aborder Âl^glise principale, qui est la source « de Tunité sacerdotale (1 ). » Or , remarqi^ , sil Tom plaft, Monsieur, que le siège de Rome «st appelé: l'IesiÉGSDB SUBT RbbrB ; 3° TifiUSl mnciPAUt , sans doute à cause da chef qqi gouverne ; 3° la sonacE de l'ohtté sacerdotale , pai ~ qœ tous les évèques du monde doivent de i cessité être unis de communion avec le soi senr de saint Pierre. Et dans «ne autre 1 an même pape, qui est la boiljinu&du ç

(1) NaTîffire aoileot ad Pétri ctAadran, «t tMfcsiam ptindfal iméèairiL'uucadotelianMiHl'Bp.Skl. I, BlUl Baiileniria, du fnbca, oo^, 14.

d20 TaOISIÉMB UStTSltf

livre , il nomme TEglise de Rome ce la Mère et la c< Racine die toutes les Eglises catholiques (1 ) ; t^ ce qoHl répète dans TEpitre à révèque Jvikàat^ nus , où il se glorifie d'être tmi en la personne du pape Corneille , au chef et à la racine de tonte rSglise catholiqne (2).

Mais ce saint Docteur pouvait-il donner xmé instruction plus solide et plus précise à tout son jpeuple sur ce sujet, que ceUe qui se trouve dans sa huitième lettre ? ce H n^y a , dit-il j qu'un te Dieu et qu'un Christ, une Eglise et une Chaire <c fondée sur Pierre par la parole du Seigneur ; ce on ne peut ériger d'autre autel, ni établir ce d'autre sacerdoce que cet unique sacerdoce te et cet unique autel ; quiconque recueille ail^ ce leurs, ne fait que dissiper (3). >3 Ces paroles ne vous paraissent - elles pas assez décisives, pour vous faire connaître le véritable sentiment de saint Cyprien ? Mais si vous pouviez encore en douter , écoutez le conseil qu'il donne an pape saint Etienne dans sa treizième Epltre dn troisième livre? ce Envoyez, lui dit-il , vos lettres ce en Provence et au peuple d'Arles , pour exce commmiier Marcien ( éi^êque d'Arles) et faire ce substituer un autre en sa place (4). >3 Vous

(i) Hortati suttius ut Ecclesiae catliolica matricem ac radicem teiierenr. p«g. 135*

(9) Nos Eoclesia anius caput et radioem tenemus. pag, 518.

(5) Deoi anus est et Christus unuf » et una Ecclesia et Cathedra» nna super Petmm Dominî iroce fundata. Aliud altare oonslitui aut Sacerd<Htium noTum fieri praeter unum altare et unum Sacerdotium non potcst. Qaisquis alibi oollegeril» spargit. pag. o5.

(4) Dirigantur in Provîuciam et ad plebem Arelate consistentem à te ittene , quibus abstento Martiaoo aliw in iocum ejus lubstituatur. P* 9<K

StIB LàFBnUDTi DU PAPB ET DES ÉTÂQCES. 321

^oratt-il, Honisieiil', (jà'on poisse excommunier un éTéqtaè , le déposer et Ini en faire substittier im antre , sans avoir auCnn caractère de snpériorité sur Im ? Avonez donc , s'il tous plaît , qoe Luther n'a pas été pins exact à lire saint Cyprien que saint Grégoire , on du moins qnll n^a pas mieux i»«fité ae sa lecture.

ATobjecterez-Totis , avec Lather (1) , les paroles qtie saint Cyprien prononça an concile de Carthage : u Personne de nous ne se donne pom* « être révéqne des éréqneâ , ni n'oblige ses con- ' n frères en tyran et à force de menaces d'aciM qoiescer à ses sentiments , pnUqae chaqne «c éréqne a la liberté d'opiner coinme il le jnge iN à propos , et ne peut être jngé de personne , « Comme il né pent jnger lés autres (2) ; u mais n*est-il pas évident que Luther par ce passage a bherché à en imposer aux simples ; car la conjoncture fait Toir qu'il parlait aux éréqnesd'Âfriqae présents an concile , et qne son but était de les ^diorter à dire librement leur avis , sans se laisser gêner par qui que ce ffkt de rassemblée. Là il n'est nuUement question du pape, et comment eùt-il pu en pafler ainsi , ou osé Ini disputa le droit de juger les érèqnes , après avoir reconnu si hautement ce même droit dans l'Ept- Ire 6 saint Etienne , Comme nous venons de le dire?

Peut-être croirez -vous trouver dans la ctHidnite que saint Cyprioi guda depuis envers le

TOK. I. s

U.QaM^^^^

322 nQ^f6m.]umi^

qimàêm l»^ p^al^$ citées contre nous par ^- ^fif. Permn^ n'igwre te /ço^testatipii qa'eunint cm 4e W g^FW^ booioïes 3flf fe bapténie 4^ Wétîques^ et Tpui çiqss ciirea ^^^9/$ dpuie q^ ;«#tol; Ç;3jrpw^ pw W ktm^té à persister dans la cçnAvmii oh â [était 4e rebs^jti&€r ûs ^1Mqpfi|^^ fMÏffii 1^ ^écfeioa <lu p?ipç qm le 4e&^b(Î9it , 4t #M(W ¥f»i* q»'U nQ ^e crpyait pas ^îgé ij(9 èS^ «ppRi^^iç A ses lois,

Jfç i|îép0»43 à ^ett^ fâifficulté ^ap ^auit Cyprie» i$i^ tMΫ«r$ .reg^4é jlVbjet dç peUç ^Ûipate

^pfkU^ ppr h^ Ibéfmefi 4e 9ï^ lettre à 3aH JStieone.

4; lie doimow fiqi^ ^ ^i^ pjw^qoi? Stagne évê- «« ^ «pt JQwUtrp 4(^m c^ qui regarde ji'ajdçii- <» i^$tra{Âe» dk Wft EgJisp (1). >> Saint iCyprien vciy^ IiJPi jÇOQtmiie dt rebap^is^ J^s hérétiques aiH il^iW^ p^r plusieurs conciles y par ceux d7cone^ 'de {^.^ade ^ de Césarée ^ et de plusieurs autres A^À&i^^m i U pensât aycnr pour lui la plur^Jité des é?éques ; est*il surprenant qu^il ait cru pendant qudqie tenqips pouvoir s'en tenir à Tusage -gu^il a^ait troiivé ét^li dans son Eglise ? Poussa^ 4ril d%nii )a iWite sa irési^tauce trop loin ? refuss^ t^il jÇQwtiowiaetfit de as rendre à Tavis de saiojt Etienne ? C'est ce qui n'est nullement certain ; jQW saint Ai;igpEisti»insspre ce qu'on a tout sujet ^ d« «rc^im (^jon 4g!$si|;rfmd homme a corrige ce son erreur ; mais que cet acte a été supprimé

(IJ Ep. « • Ub. 8 , pag. 43.

SÛR tA PBÎMAUté DU PAPE ET DBS ÉY&QUES. 323

kc par ceux qcii la défendaient , et am ne voncc laient pas perdre oné anssi grande antorlté ce qae la sienne (1); » Et Bède dit en termes eieprès : et qtill a mérité d^étre ramené an sente t^ment de ITglSi^ universelle par des homines <cc apiritads (^); ^Mois si sa résistanee a été trop obstinée^ il Êmàn la re^der avec faiut Angastin ce comme nne tacHe qoi ternit la tandeqr k€ de cette sainte âme ; meàs qui fnt cachée par kt les mamelles dé la charité , on emportée ter ce le glaive dn martyr (%). » Or^ cette tfchç. ne prouve en aocmie manière que saint Cyprien se soit cru indépendant dn saint Siège , pnisqn^il atrive tons les jonr« des cas particnliers où les inférieurs se croient atitorisés i smvre im senti- Infint 9 et à gwder tioe côndtdte difTérente d0 celle de lenr sQpà«tew , é^é prétendre néanmoins ^ sonsDraîré à Tel^isiSance qjtA lènr est due. Ce qni est certain, ^''est qde le seiitiçient du pape Etl^ine s'^eat trônté étné la "^^tijé.^ est devfflin d^nis le sentiilsent eonsftant dé rE^lise, tandis qae càxà de sakit Cyj^ien était mie errenr. Or , si ce gran^ t>o6leiir a erré spr le ' dogme y 4j[aeUe merveille qn^il ait aussi été capable d^nne £sinte êfi oondnite , en ne gardant pas assez coactemi^, datfs^ bne affaire 'sf délieate j les règles de là jtute defërenéé qtti! devait à son sapénenr et à sèn hliefz fantë cependant c|?anta]|t plus pf»>dQ|inable j^or loi , ^Vlle a bMijoars été accompagnée ^nn zèle ardent ponr

(I) Ep. 48» ad Vîncentium. T. S « Edit. Basil. Froben. p. f 84. — C2) Li 3. qu. 5. -^ (i) Ep. ad Viac^nt. » T. t , jp. «88.

324 , taoïsiËMB lbttbe

la conservation de ronion et de la charité , maî^

gré la diversité des sentiments.

Venons maintenant à saint Denis^ que Lnther n'^a pas assez désigné , pour nous faire connaître quel est celui dont il a voulu parler ^ Je ne puis croire qu'il ait prétendu parler de saint Denis ^Aréopagite , puisque la plupart des savaints regardent les Uvres qui portent son nom , comme des ouvrages supposés , avec d^autant plus de justice , qulls n^ont commencé à paraître qu^au sixième siècle y et ont été produits pom* la première fois par les Sévériens qui étaient des hérétiques. Reste donc saint Denis^ évéque d^Alexandrie , et saint Denis ^ évéque de Rome , qui sûrement n'ont pas ignoré les droits du Siège apostolique, comme il parait assez par un fait dont saint Athanase a eu soin de nous instruire. Il nous apprend (1) que saint Denis, évéque d'Alexandrie , combattant Thérésie de Sabellius , s'était servi de quelques expressions qui semblaient favoriser Terreur opposée, c'est-à-dire le sentiment qui depuis a fait l'hérésie d'Arius. Plusieurs catholiques de la même ville s^en étant scandalisés , quelques-uns d^entre eux portèrent leurs plaintes à Rome. Le pontife qui occupait pour Içrs le Saint-Siège, et qui avait le même nom que l'évêque d'Alexandrie, ordonna au pté^ lat accusé de se justifier; la justification ne se fît pas attendre , et sur Tapologie envoyée aa pape par le prétendu coupable , l'évêque d'A-^ lexandrie fut déclaré orthodoxe dans sa diction,

(1) Atlian. de seoif Dionysii. T. i , Edit. nota , p. 252.

SDH LA PaiHADTÊ DU PAPE n-DES fiTiQUBS. 325

et personne ne Tingoiéta pins. Vous conviendrez , Monsieur , qu'on ne peat s''enipécher de remarquer , dans ce fiait , Tidée qoe le penpie d'Alexandrie avait de la supériorité du Siège de Rome , puisqu'il envoya à Rome porter plainte contre son pasteor, elq^i'on aperçoit également dans la conduite des deux évèqnes , d'une part nn aveu bien marque de dépendance et de subordination , et de l'autre nn exercice bien formel d^rne antorité sopérienre. Mais il n'est pas étrange que Luther ait ignoré ces sortes de faits; le soin d'écrire des sat3rres et des invectives, l'occnpait plus que le soin d'étudier les livres des saints Pères.

Quant à saint Hilaire , qae Lnther ose encore nous opposer , il est facile de faire voir également que notre adversaire n'a pas tout lu, qull 8*en faut même beaucoup qu'il en ait lu assez , pour mériter la qualité qu'il a bien vouln se donner de docteur par excellence , de docteur supérîenr en science et en habileté & tous les évoques, prêtres, moines, etc. (1). Car s'il eût hi l'explication du treizième Psaume parce Père, et son commentaire sur le seizième chapitre de saint Matthieu , il eût trouvé dans l'un et dans . l'autre endroit , que saint Pierre est nommé le fondement de l'Eglise , le dépositaire des clés du ciel , le juge établi de Dieu pour rendre sur la terre des sentences qni ne manquent pas d'être ratifiées dans le ciel (2). Or, si Lnther

f 1) T. s , EJ. len. f/itpi. , p. STS.

(9) 0 ifi aaiiça|>alîf)Be mtî iWMÎaîi lélîx Ecdeiiz. rnndameDlai^ bniiM ctrli Jauiiot , cujiu aibitrici clam triernl adiiiltii'aduniur ,

326 VqUWlâHB LBTTU

eût rem^rfjoé ces titres magnifiqoes 4o]wés par, sai^t llilaire i saint Pieire , n^e^t-il pas aisé^ ment compris, qae les évéques de Rome,, suc-r cesjfenrs de l^ierre et héritiers de son siège ^ ont hérité en iqéme temp^ du pouvoir exprimé par ces ti|3^ ? M Xil eût encore lu les fragments de Touirage I^storiqne de o^ Père , eût-il manqué d'y voir la lettre du concile de Sardiqqe au pape Jmes | lettre qui y est insérée tout entièi^^ et oà il est dit : ce Usera très bon et très ce convenable que les évèques, de quelques pro-:. ce vince^ qu'ails soienf:, fassent au chef, c'^est^àce di4:«i au Si^e de Pierre , le rapport des diffice cultes qui viendront à nsîitre (1). >) Si Luther, eût jamais eu connaissance de ces ei:[»*essions si énergiques ra[^ortées par saint Hilaire , se serait-il avisé de nous dire , comme il a fait ^ que ce Saint n^a eu aucune coni^aissance de la primauté des évoque^ de Rome ? Il faut ^ je vous assure , Monsieur, bien de la modération ^ pour ne pas s^échauffer contre un adversaire si mal instruit , et en même temps si hardi à nous débiter tout ce qu'il lui a plu d^imaginer. Mais voyons s'il aura mieux réussi à citer contre nous, saint Ambroise,

Un seul endroit de ses ouvrages suffira pour n^us faire connaître la juste et véritable idée que ce Père a eue de FEglise de Rome. Il rap-.

ierre^ce jjpdicjuin snjucUoaitii af^tbonritas fit io cœ!o« la Cap. 16 ^ MatUk. Ed. i^àrîsiha à'n \èH » ]^g. 69t). Item in Psatîn. ISl , p. 1693.

SDBUHUlUOlAlllinMmntSiTÊQUBS, 337

porte de son frère laint Satyre ^ qâ'écluippc à wn minfrage par on mîracte de li diTme £iidifi< ristie qd'on lui avait attashëo an caiif U ràioiat de se faire baptiser , et qos potir nt efibt il fit venir Tévéqae dn Hen, et lai demanda a. s^il n était dans là ccrnimniiloii des érèqiles mi^a- K liqnes, c'est-à-dire dans oellv de TËgHse ^ « Rome (1). u Ce qcà suppose nanifectement , qae dans la pensée de ce Pèi% tawt les évèqucB catfaoliqnes ont une relatsm nécessaire & l'éréqne de Kome , eomiXie à leur cbef;

PTonblions pas saint JérAma , (|Bi est k cpi»trième de cenz «|ae Ltither prétend avoir été contraires anx papes. Use fonde (3) partictilièreibent sctr TEpltre de ce Saint à ËVagttaus , «a à Evagtiiu , oii il est (fit « qoK tout éréquc , « qa^ soit é Rome on à Eogube , A Constan-* « tinopler oq à Reggio, à Alexandrie aa & Tanne, çt apartontnnm^teettin 8acerdo(feégal(3)t » Mais Lntfaer ne devait-il pas feire attention qtie le Saint parle ici d'one égalité d'o#dre et de ca^ ractère ^ et nda d'une égalitâ de joridictim ? Car saint Jérdtne poitvait-U ignoreir que la jnridic&)n de Tévéqne d^Alexandrie était beaucoup plus ample que celle de Tévèque de iWiue , puisque la première s*étendait sof ti^eis gnLde» provinces , et la seconde se bornait à une seule petite ville 7 Là pensée du Saint docteur

MM Eeclnii conrcniret. fia éiOMM Tratru wii t. S . Edlt.

[»«• mi.

(1) T. I , Ed. Jm. bt.,p«, »«.>— <5) T. a.faktfcfiJiBÉ». pMte. S , pj. lOS. ^y

328 tBoiSDtan urms

donc qa-on éVèqae d^un petit jpays , comme cehû d^uB pins grand , est égatement respectable à raison de son caractère , et qne les diacres > particnlièrement cenx de Rome , qni affectaient je ne sais quels airs de grandeur, à cause de la garde du trésor de TE^ise qui leur était con-^ fiée , devaient se souvenir de leur rang, et ne pas se comparer aux évéques , ni s^émanciper en leur présence. Or, Monsieur, je demande si le passage de saint Jérôme expliqué en ce sens , qui est le véritable , peut donner la moindre atteinte à Tautorité des papes , et affaiblir tant d^autres passages , où le Samt nous a marqué si clairement sa pensée* Ne dit-il pas dans son livre contre Jôviùien, que ce quoique TEgUse soit Cl également fondée sur les douze Apôtres , . Je* Ci sus-Ghrist néanmoins en a choisi un parmi c^ eux pour être le chef , afin de prévenir les ce dangers du schisme (1 ) » , en établissant une autorité propre à réunir Ceux que la diversité des. sentiments pourrait diviser? IVapprenonsnous pas par son Epitre à Ageruchia, qu'il avait serv^ de secrétaire au pape Damase , et qu'ail s^était trouvé fort occupé à répondre aux consultations des synodes qui se tenaient en Orient et en Occident (2) , ce qui démontre assurément la correspondance de toutes les Eglises avec le Siège de Rome . qu^on consultait de toutes parts

(1) Lioet super omaet Apostolos ex aequo Ecclesia fortitudo solidetnr , umen propterea inter duodecîm unut eligitar , ut capite constituto echninatis toUeretur oocaii. T. 4 » Edit. Paris. Martianajr , parte 2 , p. 447.

(S) Ante aonos plurimos , cum chartîs EoclesiasUcis juvarem DauMsuai Romanas urbk Episcopum » ec Orientii atque Oocidentis syoodids oonfulUtîonibus responderem. T. V^ Edit. Paris, part. 2 « p. 744.

SDB LA PBnuirrfi du pais et dgs firiQUES. 329 comme Toracle ? Mais quV a-tril de plus formel qne les paroles que noas lUoQS dans son Epltre à Damqse même ? N'y dîtril pas , « qa'il demande K à son pastenr le aeconrs qui est dû Â tine de M ses ouailles? » Il nomme le pape son pastem-, quoiqu'il fût lui-même prêtre de l'Ë^Use d'Antioche ; n'est-ce pas une preuve qa''il le reconr naissait pour être le pasteur de tous les fidèles ? Il ajoute ensuite : k Je m'associe par la comtt ii:(mûonàTOtresaintetéfC''est-à-^eàla Chaire « de Pierre ; je sais que l'Eglise est bâtie sur « cette Pierre; (joiconque aura mangé l'Agneau K hors de cette maison est on profane ; quicon- « que ne perce pas dans Tarçhç de Noé , périra « dans les eaux du déluge.... Je ^e connais pas « Vital f je repousse Meléce , j^gnore papjin. fc Celui qui n'amasse pas avec tous , dissipe ; CI celui qui n'est point à Jésus-Christ , est à PAn- « techrist (3). » Se pept-ril que Luther n'ait jar; xnaàs lu un passage si familier à tout le monde , et si souvent cité dans les livres ? Qui pourrait se le persuader ? Mais si Luther en a eu con^ naissance , n'est - ce pas en lui la dernière de (oQtes les imprudences d'avoir vonla autoriser du témoignage de saint Jérâme la querelle qu'il ^ faite aux papes ?N'eut-iL pas été plus sage pour lui de supprimer un nom qui ne peut manquer

(I) A pasiore pr»iitiiiin ovù p«to... Bdliladiai ion , id «at catbedrs Peûi commuiiioae cooiocior ; inper illam petram adioâu» Eceleikm fçiai qukQOqiM eitri banc domuin Agaam cDnMderilt jMbam en, SI qaû in «rca Nœ noa fuerit, peribit irgnaDle dilotio--. WM nori VîUtnn, UeldiiuB rapuo , ignoro FauUaaii; quicDiM|ue Ibcibimhi calligit , ^urgii :' hoc en ■ qui Cbmii non Mt ■ Aiil«chrtUi M, T, f , jorl. t , (iig. 805.

^30 • tliôRâliM iS^^tkà

aothehtiqcie (êitë ëh favéttf dti Siège de Ronâë ? Trdtirei*à4^tt cptë Luther ait fait plm sagci^ ment de compter Àeiiiït Âtfgtistiii parmi leè té^ xatMà dé l\ivi^à6oA prétendue des {iapës ? CTést le àttmét dé t6ëtlx qn^il a osé niyimhet , nrnê (è'ëàt mèsi lé pl«tô pi^oprë à le cc^trir âe cofnfbéfbfïi^ tptië êtes tdrien^t ,' Mohsietirv de vOfir de vO« pi^prè^i yéta ce que té Père Rpehsé Eût te atijêt , je votSs ferai voir dan^ stta Epitre Oêlilt soixaÉtterde^èine à Glorius , Hjne lé âaiut doetëur dit éti tèfïnéi exptè^ : <« daiis TEgHâë de ce Ik&tùe j là pûÉtiàxAé dtt Biégel âpostôli^e a et tOYïjotlf^ été éti tireur (1). ^^ Dans la centciiiqtiaiitë-tLnième à Optât, il déclare : <« qu'il ce fdt k Gésàréë pddr obéir , où, Tavait appelé ce la tiécessité ëcdéëîastîqtie ^ c'est-à-dire Tordre ce (d'ésf son ëipressiOh) du vénérable pape Zocc zîiîie , érêqùé dti Siège apostolique (2). » Dans ïë ëtiapitrè premier du livre premier, à Bohiface , vous trouverez ces paroles adressées au pape t et Nous tous qui sommes appelés à tt remplir avec vous les fonctions de Tépiscopat, <« nous partèfgëôi^s aussi avec vous la vigilance c< pôStoràle ^ quoique votre prééminence toti$ « place daiiS une plt^S haute élévation (3). »

(1) Iq Romanft Ecclesiâ semper apostolicae Cathedra: viguit prindpatus* T. 2 » Ep« 62 « Edit. Basileeosis Froben. « pag. 728,

(2) Me «fiod Cmareim prniéfite Tenerant « quà nos injuncta nobif à veaerabiii p^pa Zasino apottolicn sedia Epi^copo eoclesiastica qéisea^ ailas traxerat. Ti 2 > p; TOSi

(3) Commniiia éM omnifaite tiôbis qui fongittiût' fipiscôpaiûs «ffititô » specnlapastoralit^ qualités itt éô prseetninas cfelsiore fasligio» Lib. f, Cap. 1 » ad Bonifacium. T, 7 , p. 862.

SUR LA PBIMAUTÉ DU PAFB ST BES ÉTÂqUES. 331

Qui ne sait la manière «oomise et respectueuse dont les évéques assemblés atux conciles de Gar-. thage et de Milève écrivirent au pape Innocent 2 Saint Atigostm rapporte les deux lettres ; on croit même que la seconde est son ouvrage ; du moins donnef4^ à Time et à Tautre son ap* probation* Ces évéques disecut dans la ^cmière çc qu^ils ont soin d'^instruire Sa Sainteté de tout y fK .fi^Sn qu^Elle emploie Tautorité du Siège apos- <c toliqne , pour confirmer les décisions de leur €t médiocrité (t)» ^> Sans la seconde | les Pères de MUève | parmi lesquels était saint Augustin , conjurent le pape ce de daigner, par Tautorité ce du Siège apostolique où Dieu Ta placé 5 venir a par sa vigilance pastorale au secours des mem- <^ bres infirmes de Jésus ^ Christ , exposés au fc danger de se perdre par la contagion de Phéce résie (2)* :>3 Le pape Innocent répond aux premiers ce quVn référant ainsi leur jugement ^ au Saint Siège , ils avaient suivi l^s exemples «< de Tancienne tradition j observé là discipline ce ecclésiastique , et rendii au Saint-Siège ce qui f< lui était dû (3). » Aux seconds ce qu'ails avaient fc suivi la coutume de toutes lés provinces , qui f c ne manquent pas d^avoir recours au-Sîége aposf< tplique y pour puiser dans cette somrce des

(1) Ut statutîs noslr» mediocritaUs etiam apostoUcas Sedis adhibeator •ntiioritas. Ep. ilO, T. 2, Ed. Froben. , p, 414.

(S) Qma te Dominus in Sede épostôKca c6fk>6à^t^ î^e^odis ihtktàshmmmembrorum Chrisii pastoralém diligéhti^m quaesûmos adhibere à^» nerit. Ep. 112» T. 2 , pag.42i.

(3) AnliqaaB traditioiiia exempta serraotes et Ecdesîastic» meitidres dlseipUn» ad noBtrum referenduin -approbastls esse jvdidiupf sdèntei quid apostolicas Sedi dcbeatur. Ep.Aiie. i01« T. 2 , p. 417.

332 TROISIËMB UTTRB

<c éclaircissements à leurs dontes , tontes les ce fois snrtoat qn^il vient à naître des difiicaltés ce snr la foi (1). ^> Mais ce qoi prouve mieux qae tout le reste la haute idée qae le saint docteur avait de la grande autorité: du Siège de Rome , ce sont les paroles célèbres qu^ dit à Tôccasion de Terreur de Pelage : ce On a déjà ce envoyé sur cette affaire les actes de deux concc dles au Siège apostolique , les rescrits sont ce venus de Rome ; la cause est finie , plaise à ce Dieu que Terreur finisse aussi (2). » Après une telle autorité, Luther a-t*il bonne grâce de nous donner saint Augustin pour un homme redoutable à Tautorité des papes ? A-t-il pu se persuader qu^aucun catholique de son temps n^aurait lu , ni ne lirait les ouvrages de ce Père, ou a-t-il ignoré la facilité qu'on trouverait en tout temps à relever une fausseté si criante , et débitée avec tant de hardiesse ?

Vous voyez , Monsieur , que Luther n'est pas heureux à nommer les Pères dont il prétend s'appuyer pour prouver Tusurpation des papes ; vous trouverez qu'il Test encore moins à nous dire en général ( que tous les Pères qui ont précédé saint Grégoire , ont absolument ignoré la juridiction universelle des évéquesdeRome(3). Plus Luther donne d'étendue à ses propositions ,

(i) Sdentes qood per omnes Provincias de apostolico fonte petentibus responsa semper émanant ^ presertim quoties fidei raiio eventilatar. Ep^ àog. 103 , T. 2 » pag. 423.

(2) Jam enim de bac causa duo concilia missa sunt ad sedem apostolieam» unde etîam rescripta Tçuerunt, causa iinita est^ error utinam aliq^ando finiatur. Serai. 2 de veiins Apostoli Sn fine. T. iO , p. 254,

(3j T. 8, Edil. Jen. Oerm., pag. 241 , b.

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