‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 75 sur 108 · TROISlâMB LETTfiB · texte numérisé non relu

TROISlâMB LETTfiB

Mônsienr, par cinq ou six propositions que je vais vous rapporter , et qui sont du v nombre dea quarante et une qui furent coudamnées par le pape. La 9* était conçue en ces termes : ce Vou^ <€ loir confesser tous ses péchés , qu^est-ce antre fc chose que vouloir souistraire à la miséricorde ce divine toute matière de pardon ( 1 ) ? >3 La 1 2" portait : ce Quand bien le prêtre ne douce nerait Tabsolution que par jeu et en riant , et pourvu que le pénitent croie être véritable* ce ment absous , il ne laissera pas de Tètre en ce effet , ^3 La 1 3* : ce Lorsqu'il n^ a pas de prêce tre présent , chaque chrétien j fût-ce une ce femme ou un enfant , peut aussi efficacement ce remettre les péchés. >i La 1 4* : ce Le prêtre doitce bien se garder de demander au pénitent s'^il ce est marri de ses péchés , et le pénitent étant ce interrogé, s'il est contrit, ne doit point réce pondre à cette question, w La 1 5** : ce II faut ce enseigner aux chrétiens à aimer Texcommuce nication , et non à la craindre (2), ^3 La 29*" : ce Nous avons droit d'examiner les décisions des ce conciles généraux , et de les rejeter , si nous <« ne les trouvons pas bonnes. >i La 34* : ce Faire ce la guerre aux Turcs et les combattre , c'est ce combattre contre Dieu même , qui prétend ce punir nos péchés par l'irruption des Infidèce les. » La 28* : ce Les âmes du purgatoire ce ne sont pas sûres de leur salut ; elles pèchent ce sans cesse , tant qu'elles désirent être délice vrées de leurs peines (3). »

(1) Toiîï^ I. piig. 2S7 II. — (S) PSug. 258 b. — (5) Pag. 858 b.

sua LA PRiHAirrfi mj^pape et des éyëqubs. 379

Telles étaient à peu près les autres propositions comprises au nombre des quarante e( une condamnées par le pape. Or, je vongJe demande , Monsieur , des erreurs si absurdes et si pernicieuses pouvaient-ell^ s se dis^nuler ? n'était-ce pas un devoir pour le pape de chercher à en arrêter Ip cours par une censure publique intimée à tous. les chrétiens?

C'est néanmoins cette^jcensure si juste et si nécessaire, qui échauffa lajpile de Luther , au point qu'il crut devoir en marquer son resseur timent par une action d'éclat , dont le bruit retentit dans tout le monde. Il assembla tous les écoliers de Tuniversité de Wiltemberg , et les conduisit hors de la porte de la ville; un bûcher s'y trouvait prêt à être allumé. Dès que le feu y fut mis , il s'avança d'un pas grave, la Bulle du pape à la main , et la jeta dans les flammes en disant : ce Puisque tu as contristé le saint du Seicç gneur, puisses-tu être brûlée et consumée par ce le feu de Tenfer. Amen (1). >^ Puis il avertit ses auditeurs que c'était trop peu d'avoir brûlé la Bulle du pape, qu'il vaudrait beaucoup mieux brûler le pape même et le Siège papal , afin qu'il ne restât plus de vestige ni de l'un ni de l'autre. Tel fut le premier début de la vengeance de Luther i vengeance qui bien loin de se ralentir par la suite des années , ne fit que croître en impétuosité , et dégénéra enfin en une espèce de fureur et de rage qui lui troublait la raison , toutes les fois qu'il était question du pape. S^

(1) Tom^ 1 . £d. Germ. Jen. pag. 553 b.

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pri^ipale étude était dé chercher de Donveapi^ moyens propres à le chagriner. Il avoue luimême qu'ail avait été fortement tenté de nier la présence réelle de Jésus -Christ dans TEucharistie , et que Carlostat lui eût fait un sensible plaisir du monde , sll eût put réussir à le persuader de son sentiment , ce parce que , ditce il , je me serais trouvé, parlà^ en état de douce nèr une plu3 rude secousse à la papauté (1}* >> Il prit pour devise ces mots :

Peitii evQn^ vipe^s • moriens eromin'S iua , papa.

« Vivant, je fus, ^ pApe* ton fléau; mouraçt^ je se a mort. i>

ser^i ta

Cest ce quH répétait à toute occasion. Lors* qull prit congé des princes et des docteurs Luthériens assemblés à Smalkad , la bénédiction qu^il leur donn^ fut de dire : ce Que Dieu vous ce remplisse de lahainç du pape (2). >:> H employa la fiction et la fable j le crayon et le, burin pour faire entrer par les yeux du peuple toute Thorreur qull voulait faire concevoir pour le souverain pontife. Vous trouverez à la 290' page du second tome de ses ouvrages , la figure d^un monstre horrible qu'il dit avoir été trouvé dans le Tibre, et qu'il prétendit être une représention mystérieuse du pape. Ce monstre avait , selon la peinture qu'il en fait, une tête d'âne, pour maiix droite un pied d'éléphant, poqr main

(1) Tom. 3. Ed. Jeu. Gcrm. po^. 104.

{%) peus vos impleat odio papa».

SURLAPBIMAUTÉDUPAPEETDESÉTÂQUES. 381

gauche la main d'un homme ; son pied droit était un pied de bœuf, son pied gauche la patte d^un griflbn ; il avait la poitrine et le ventre d^une femme , des écailles aux bras et aux cuisses , une tète de vieillard collée sur le derrière, et pour queue un gros serpent qui jetait feu et flamme , assemblage ridicule et trop recherché dans toutes ses parties , pour ne pas faire sentir à tout honmie de bon sens qu'un tel monstre n^exista jamais que dans llmagination de Luther ; mais cet assemblage fournissant autant d^applications injurieures et difTamantes , qu^il y avait de pièces pour le composer; dès lors U fut jugé digne de toute créance par Luther et M élancton ; Us en donnèrent une explication très étendue et wm/^ifé^ d^un grand nombre de passages de rEonlare qu^ili ne craignirent pas de profaner pour revêtir un conte ridicule , bien plus propre à faire coimaitre le mauvais génie des chefs de la réfonne ^ qu'^à flétrir en aucune manière le caractère respectable du vicaire de Jésus-Christ.

Mais qu^est-il besoin d'avoir recours à cette peinture , pour connaître Tanimosité de. Luther? Ne suffit-il pas d'ouvrir ses livres^ ^quelque endroit que ce soit j pour trouver presque à chaque page des traits bien marqués de son implacable haine? Quelle injure a>t-il épargnée au pape? Sur quel ton ne Ta-t-il pas outragé ? ce Le pape ce est le diable incamé , dit-il , dans des thèses ce soutenues à Wittemberg ; comme Jésus-Christ ce est Dieu et Homme , ainsi le pape est homme ce et diable. Si je pouvais tuer le diable j pour-

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et quoi ne le feraîs-je pas (1) ? '^ Viii* m'^avôtlé^ rez y Monsieur , qae c^est là le langage dim homme vraiment emporté pai*^ colère.

cti Prenez garde à vous , mon petit pape , mon ce petit âne , dit-^il , au livre qu'ail composa concc tre les papes peu avant sa mort , aflez don^ ce cément > il fait glace : la glace est fdft pme ce cette année , parce qu'il n^a pas fait beâûboup ce de vent ; vous pourriez aisément tomber , et Cl vous casser une jambe ; et si en tombant il ce vous échapJJâit quelque chose , on dirait , ce quel diaBle est ceci ? voyez comme le petit ce pâpeliM^st gâté ; et cette liberté de parler ce serait*^* fcriine que tous les pardons de ce Rome ne pouFraient effacer (2). 3> Qtfen pen-^ sez-vx)us gBltefUy' ^' n^est-ce pas là une belle elftlbMe^pnQ^âfNiivP? ce Le pape, dit-il au même cc'^vri"^ '•H''jp>îefh* de diables , plein de menée son^^liV^é blasphèmes , d'idolâtrie ; c'est lui ce qui esïTàPuteur et le* J)rotecteur 'debout cela; ce c'est rèrinemr de Dieu, TAntechAst, le'descc tructeur du christianisme , le voleur de* tous ce les biens d'Eglise , le ravisseur des clés. .. (3) ? ce II ajoute :• Ne ftense^vous pas , ^au reste? î' que ce ce soient là des injures que je dise au* pape ; ce- ce sont atltant d'éloges que je lui donne , ce éloges cependant qui ne sont dus qu'au sata-ce nissimus j c'est-à-dire à celui qu'on nontme ce très saint , mais qui au fond est celui qui a le ce plus de ressemblance avec Satan (4). »

(1) Tom. 7. Ed. Germ. Jen. pag. 594. — (S) Tom. 8. pag. SSS^ (3) La bienséance ne nous permet pas de traduire quelques-uns des termes injunca!c qui ^ont h la suite de ceux-ci^ (4) Tom* 8. png. 267.

SUR LA PRIMAUTÉ DU t»ÂnET DES ÉTÊQUSS. 3S5

ce Le pape a fait de TEglise un cloaque qu'il c« a rempli de ses ordures, dit-il dans son Traité ce des Conciles , tout ce qu'ail a jeté par le haut ce et par le bas, nous avons été obligés de Tadocc rer comme autant de divinités (1). >> Comment appellerez -vous ce badinage, Monsieur? Vous êtes trop équitable , pour ne pas rendre ici à Luther toute la justice qu'ail mérite. Mais que dirons - nous de son ton dévot ? ce II faut ce bien se garder , dit-il dans une préface , de cK donner des malédictions ; il faut au contraire ce prier que le nom de Dieu soit sanctifié, et que ce le nom du pape soit confondu ; que le royauce me de Dieu nous advienne , et que celui de ce TAntechrist s'abîme ; c'est là la prière que ce tout bon chrétien doit faire (%). » Et pour joindre Texemple à Tinstruction: ce Puisse, dit-il, ce la papauté avec tout ce qui en dépend , tomce ber dans Tablme des enfers. Ainsi soit-il (3). ce Que Jésus-Christ descende du ciel , et écrase ce le Turc et le pape , avec tous les tyrans et ce tous les impies. j4men^ amen (A). » Rien de plus ordinaire à Luther que de mettre en parallèle le pape, le Turc et le diable; delà les jolies antithèses dont il se sert si souvent pour animer son style : ce Celui qui veut entendre ce parler Dieu , dit - il , qu'Ù . lise TEcriture ; ce mais celui qui veut entendre parler le diable , ce qu'il lise les décrets des papes (5). Si le Turc

(I) Tom. 7. [Ed. Jen. Germ. pag. 277. — (2) Tom. 6. png. 535. — (3) Tom. 5. Jen. Germ. pag. 303 b. ^ (4) Tom. 4. pag. 446. b. — (H) Tom. 8. pag. 857.

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c< s^empsffe de nous, nous voilà au diable; et tt si nous restons au pouvoir du pape , nous ce voilà en enfer; il n^y a pour nous que des diac€ blés à rencontrer de toutes parts (1). Je sois ce sûr que le diable du Turc et le diable du pape ce sont deux cousins germains ou deux beau^» ce frères , et que sans le pape le Turc ne serait ce jamais devenu si puissant (2). Qu^il serait ce beau de voir le pape et les cardinaux attace chés à une grande potence, en bel ordre , à ce peu près comme les sceaux sont attachés aux ce Bulles des papes (3) ! Il faudrait leur faire cc/une incision derrière le cou pour faire passer ce leur langue parla. Cest dans cette attitude, ce qu^il faudrait leur permettre de se trouver ce assemblés, pour céléblrer un concile au gibet, ce ou pour le célébrer en enfer au milieu de ce tous les diables (4).> x>

Pardon , Monsieur , si j^ose vous rapporter de telles infamies; je sens que je ne ménage pas assez votre délicatesse, et Tamour que vous avez pour Luther doit en souffrir. Mais il s^agit de votre salut; puissé^je passer pour impoli dans votre esprit , et à ce prix vous désiller les yeux. Voilà rhonmie qui a levé Tétendard de la rébellion contre le pape , et que vous suivez comme votre guide. Tout le parti le regarde comme suscité de Dieu ; on veut que ce soit Torgane an Saint - Esprit; vos rituels même le qualifient 4^instrument rare et précieux , dont la

(1) Tons. 4* pag. 486. — (8) Tom. 8. pag. 870, — (3) Tom. 8« pag. 948. — (4) Tom. 8. pag. IS. 13. 346.

SUB LA PAIMAtTË OU PAPE ET DESËYÉQUSS* 38S

ctodé divine s^est sem dans ces derniers temps , pour rétablir la pureté de la religion (1). Quand on entend parler Lutlier , ou Ton rit , ou Ton rougit de ses excès , selon qu'ion est disposé à son égard. Mais n^y a-t^il pas encore plus de sujet pour nous dé rire , et pour vous de rougir de ridée (ju^on se forme chez vous de Luther , surtout quand on rapproche cette idée de ces éxpressiohis brutales et insensées que nous venons d^entendre , et dont tous ses livres sont reàiplis ? Le bon sens permet-il de penser que ce soit là le langage d^un homme plein de Tesprit de Dieu? Dieu aurait-il voulu nous communiquer la pureté de ses lumières par une bouche aussi sale et ausisi infecte ? Quel sujet de bénir Dieu, qu^ n^ait pas permis à la séduction de se masquer plus fuiement ! Quel effet de sa provijdence , d^avoir voulu que le poison ne se répandit pas sans être accompagné d^indices qui puissent servir aisément de préservatifs et de remèdes !

Mais ce n'^est pas là le point principal de la question. tPai Thonneur de vous le dire, Monsieur , et vous ne Tignorez pas , c^est un crime damnable de se révolter contre ses supérieurs légitimes ; c^en est un plus damnable encore j de persévérer dans la révolte. Si vous désapprouvez les grossièretés de Luther , conmie je n^en doute pas , vous persistez cependant dans la dé* sobéissance où il a entraîné tous ses adhérents. Vous adhérez à un parti où Ton fait une pro-

(1) Tom. 8. pag. IS. 13. 346.

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