NB MANGBZ SON CORPS, ET NE BUVEZ SON SANG
Se peut-il un obstacle plus réel à votre salut , que celui de rester , comme vous faites , dans une impuissance volontaire de satisfaire à ce pré-
(i) Jo*w. 6. 54. '
cepte ? Vos partisans nous reprochent sans cesse que nous enlevons au peuple le sang de Jésus- Christ ; nous répliquons , qu'on ne peut donner le corps sans donner en même temps le sang; que ce serait se former une idée bizarre de l'état du corps de Jésus-Christ , que de supposer le sang répandu hors des veines , et séparé du corps; que d'après l'avertissement de l'Apôtre,
CELUI QUI MANGE OU QUI BOIT INDIGNEMENT, SOÎt
qu'il fasse l'un ou l'autre , seul et séparément , ne laisse pas de se rendre également coupable du corps et du sang de jésus-christ (1) , ce qui ne peut se faire sans recevoir l'un et l'autre en même temps ; d'où il suit que Jésus-Christ est nécessairement tout entier sous une seule espèce : rien de plus solide que cette réponse; rien de plus capable de satisfaire tout esprit raisonnable» Mais tandis que vos ministres nous font un reproche si mal fondé sur l'enlèvement prétendu d'une partie , avec combien plus de justice leur reprochons-nous l'enlèvement du tout ! Car enfin , s'ils s'arrogent un pouvoir qui leur manque effectivement , n'est-il pas évident que par l'exercice d'un pouvoir imaginaire, ou plutôt par le faux-semblant d'un pouvoir réel, ils frustrent le peuple de tout ce que Jésus- Christ a renfermé dans cet auguste sacrement ? comparez, s'il vous plaît, les reproches que nous nous faisons de part et d'autre ; celui que nous vous faisons , n'est-il pas et plus considérable et mieux fondé que le vôtre ? jugez-
(4) 4. Cor. 41. 2T.
en vous-même , et prenez sur ce point votre parti.
Si quelqu'un de vos amis pensait à aller s'établir parmi les infidèles , dans un pays éloigné, où il fût sûr d'être privé pour toujours de l'usage des sacrements , ne croiriez - vous pas devoir lui remontrer combien il est triste de vivre et de mourir sans ces secours du salut ? faites-vous donc à vous-même , Monsieur , les mêmes remontrances, et ne restez pas plus longtemps dans une religion , qui vous met dans une indigence aussi fâcheuse des ressources les plus nécessaires au salut , que si vous étiez en effet au bout du monde , éloigné du commerce de tous les chrétiens.
C'est là une des considérations qui a eu le plus de force pour porter le duc Antoine Ulric de Wolfenbutel à se faire catholique ; arrivé à un âge fort avancé , il appréhenda de mourir sans avoir jamais reçu d'absolution valable devant Dieu, et sans être muni du précieux gage de l'immortalité. Il y avait déjà longtemps que les savants Messieurs de Wallembourg lui avaient adressé un petit livre, dans lequel ils lui faisaient voir clairement que les ministres n'avaient aucun pouvoir de consacrer ni d'absoudre. Le duc en avait été frappé , et- il a avoué depuis plus d'une fois que ses réflexions sur ce sujet avaient eu beaucoup de part à sa conversion.
Croiriez-vous bien, Monsieur, que Jean, électeur de Saxe, qui avait si fort protégé Luther dans sa révolte contre l'Eglise , effrayé des approches de la mort , refusa de recevoir les sa-
erements des ministres luthériens , demanda à se confesser à on prêtre catholique , et voulut recevoir la communion de sa main ? ce qu'il fit après avoir fait promettre à son fils d'employer tous ses efforts pour bannir de ses Etats toutes les nouveautés introduites depuis peu en fait de religion, et pour mettre tout sur l'ancien pied. C'est un fait dont le détail se trouve bien marqué dans une lettre adressée aux ducs Guillaume et Louis , comtes palatins du Rhin , et ducs de la Haute et Basse-Bavière, par l'électeur Jean-Frédéric de Saxe , fils et successeur de Jean , immédiatement après la mort de son père. L'original de cette lettre se conserve encore aujourd'hui dans les archives de Munich, et je puis vous en faire voir , quand il vous plaira , une copie dûment collationnée , et signée par main de notaire.
Ne tardez pas , Monsieur , à imiter ces exemples de sagesse; ce serait trop risquer que de différer à le faire jusqu'à une dernière maladie , ou jusqu'à un âge décrépit : il y a bien assez longtemps que vous êtes privé du plus précieux don de l'amour de Jésus-Christ , et du bonheur de pouvoir vous réconcilier avec un Dieu offensé ; hàtez-vous de vous faire un ccbur nouveau et un esprit nouveau (1), en vous nourrissant du pain des forts , qui vous donnera un nouveau courage pour résister à la violence des tentations. Jetez bien loin de vous le poids de vos péchés (2),
(t) Façite vobis cor novum et spiritum novum. Ezech. 18. 31. (2) Projicite à vobis omnes veslras iniquilales , in quibus praerarîcaii eslis. Ibid.
278 conclusion. i
sons lequel tous avez marché courbé jusqu'à présent. Qu'y a-t-il de comparable à la tranquillité d'une bonne conscience, et à l'allégresse d'une âme qui a pris de justes et sages mesures pour rentrer en grâce avec son Dieu , et cimenter avec lui une amitié éternelle ? eh quoi donc , Monsieur , n'êtes-vous pas de la maison d'israel ? je veux dire , n'avez-vous pas en vertu de votre baptême tous les droits que peut avoir un chrétien à l'héritage que Jésus-Christ nous a laissé en terre? et pourquoi donc vous lais* SBBiez-vous mourir (1 ) de langueur et de défaillance , faute de la nourriture et des remèdes qui vous ont été préparés ? est-ce qu'il n'y a
PAS DE BAUME DANS GALAAD , OU NE S'Y TROUVE-T-fcé
pas de MÉDEciNS (2) ? Non , Monsieur , non , il n'y a chez vous ni médecin ni baume ; si Ton veut en trouver , c'est chez nous qu'il faut les chercher; personne ne conteste à nos prêtres catholiques le pouvoir de consacrer et d'ab* soudre; du moins personne ne peut-il le faire sans se rendre ridicule : Luther lui-même avoue nettement que dans la papauté se trouvent le véritable sacrement de l'autel , et les véritables clés pour la rémission des péchés ; il ajoute même , que sous le pape se trouve la véritable chrétienté, et qui plus est, le choix et l'élite des véritables chrétiens (3). Je m'attache aux
(1) Et quare moriemini , Domus Israël ? Ibidem.
(2) Nunquid résina non est in Galaad, aut medicus non est ibi ? Jerem. 8>28è
(S) In Ep. ad duos Parodias contra Aoabaptistas. Tom. 4. Edit. Jen. Çerman. pag. 520.J
premières paroles , et vous laisse faire vos réflexions sur les dernières. Les premières nous Suffisent, pour nous rassurer pleinement par l'aveu même de notre adversaire le plus échauffé. Luther , il est vrai , se contredit ici manifestement , après avoir dit ailleurs que les ordres ne se conféraient nulle part moins validement que sous le règne du pape; mais, Monsieur, il n'y a pas là de quoi vous surprendre ; rien dé plus fréquent à Luther que de tomber dans ces sortes de contradictions , qui ne manquent pas d'avoir un|double effet : le premier , de rendre ridicule celui qui les fait ; le second , de rendre témoignage à la vérité; car on conçoit aisément que la force de la vérité peut seule arracher un aveu favorable aux adversaires , et que la proposition contraire ne peut être dictée que par passion , ou l'envie de récriminer»
Vous trouverez, Monsieur, dans la même lettre que je viens de citer , un argument dont Luther se sert pour prouver contre les Anabaptistes la bonté du baptême des enfants , et qui prouve également et invinciblement en faveur de notre ordination, a Si le baptême des enfants, « dit-il, n'était pas bon, il s'ensuivrait que pence dant plus de mille ans il n'y aurait pas eu « de chrétienté ni de véritable Eglise ; car pence dant plus de mille ans on n'a baptisé que ce des enfants (1). » Que Luther applique le même argument au sujet présent, et il verra qu'il a tout autant et plus de force pour prouver la
(1) Tona. 4« Ed. Jen. Germ. p. 550. B. per Donatum. An 1560.
validité de l'ordination épiscopaie , qui a été constamment en usage depuis le commencement de l'Eglise. Car, si cette ordination n'a pas son effet , qui est de faire de véritables prêtres , il faudra dire que pendant plus de quinze siècles les Chrétiens n'ont eu ni ministres légitimes , ni sacrements ; et alors qui pourra regarder une société ainsi destituée de tout pouvoir , comme la véritable Eglise de Jésus-Christ ?
Ne tardez donc pas davantage à préférer le certain à l'incertain, suivant la belle et sage maxime de saint Augustin : Tene certum, dimitte incertum. Oui , Monsieur , je veux que je n'en aie pas dit assez, pour vous persuader entièrement sur l'inefficacité de votre ministère ; n'y a^ t-il pas du moins de quoi faire naître les doutes les plus légitimes à quiconque voudra réfléchir? Il s'agit ici de votre salut et de votre éternité ; si votre ministère n'a pas de pouvoir , vous voilà pour toujours retenu dans les liens de vos péchés ; vous voilà pour toujours privé du germe de l'immortalité ; votre confiance trompée ne pourra réparer la perte que votre erreur vous aura fait faire, et elle vous rendra inexcusable devant Dieu , de n'avoir pas mieux pris vos sûretés dans l'affaire la plus importante que vous ayez à ménager en ce monde.
Comment en useriez-vous, Monsieur , si vous aviez un testament à faire, et que Ton vous présentât deux notaires , dont l'un , de l'aveu de tout le monde , serait bien et dûment autorisé par le magistrat , tandis que le plus grand nombre disputerait à l'autre la qualité et les
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pouvoirs de notaire? et si dans une maladie dangereuse on tous parlait de deux médecins, dont l'an attrait des remèdes généralement regardés comme bons et efficaces , tandis que l'autre ne présenterait , selon le jugement commun, qu'un charlatanisme illusoire uniquement propre à amuser le malade , sans le guérir , à quel notaire tous adresseriez-vous pour disposer de vos biens î à quel médecin auriez-vous recours pour guérir promptement de votre maladie ? ne suivriez-vous pas en ces cas la règle de prudence qui engage à préférer le certain à l'incertain? comment donc pourrez-vous vous déterminer à négliger cette règle , lorsqu'il s'agit d'intérêts bien plus considérables , des intérêts de votre salut et de votre éternité ?
Vous n'êtes pas assez inconsidéré , Monsieur, pour vous rassurer par les impressions de l'habitude , et je vous crois bien éloigné de donner dans le faible sur lequel Luther a si fort compté en disant aux Hussites , pour les encourager à se contenter de sa nouvelle méthode d'ordonner, « que le temps et les années ne manquent raient pas de corriger et d'adoucir ce que la « nouveauté pouvait avoir de rebutant (1), » Si vous ne trouvez pas l'ordination luthérienne bonne dans son origine , je me persuade aisément qu'un usage de deux cents ans ne pourra pas la rectifier dans votre esprit.
qui*) aspcrum eslbiius novilaui, P. 579. h.
Voilà , Monsieur , bien des observations que j'ai eu rhonneur de vous faire ; j'appréhende
Sue vous n'en soyez fatigué. Mais l'espérance e vous toucher en essayant de vous faire sentir Ténorme perte que vous faites , m'a rendu plus diffus que je ne voulais. J'avoue que je n'ai pas été assez maître de ma matière , elle m'a entraîné et comme forcé à en dire plus que je n'avais projeté. J'ai parlé de l'abondance du cœur, j'ai voulu répondre à tout , prévenir tous vos doutes , donner sur chaque point les éclaircissements que les chicanes de vos ministres peuvent faire désirer, et par là je me suis mis en danger de vous ennuyer : c'est, Monsieur, un motif de plus pour rester convaincu qu'aucun inconvénient ne m'arrête , quand il s'agit de vous procurer des avantages aussi considérables que le sont ceux dont je désire vous procurer la jouissance* Je suis, avec un attachement infini , et une sainte impatience de voir l'heureux moment de votre retour à l'Eglise ,
Monsieur ,
Votre très humble, etc