‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 14 sur 87 · cmQUIÈMB LBTTBB · texte numérisé non relu

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vous , je veux dire que vos ministres n'ont pas* été ordonnés par des évoques. Je n'aurai point, grand effort à faire, pour confirmer cette vérité; je regarde même déjà la démonstration comme établie, car si votre Luther et se* consorts , simples prêtres séculier* ou religieux apostats, n'ont pu ordçmiier des prêtres, comme je l'ai prouvé si amplement *!et,î j'ose m'en flalh ter, si invinciblement, il est évident qu'ils ont encore bien moins pu ordonner des évêques» D'où vous viendraient donc vos évêques, au cas. que vous prétendiez en avoir ? nous diraz?vous> que vos surintendants sont de véritables évé~ ques , puisqu'ils en font toutes les, fonctions, visitent les paroisses , . ordonnent des ministres, président aux assemblées ecclésiastiques, et veillent sur la conduite de leurs inférieurs? mais, Monsieur , il be s'agit pas ici des apparences, ni dés simples fonctions extérieures ; il s'agit du titre et du pouvoir; il s'agit de savoir si ces fonctions, faites à l'imitation des fonctions épis- . copales , sont légitimes et valides , ou si ce ne sont que de vaines ressemblances. Vos ministres donnent aussi des absolutions , et prononcent les paroles de la consécration, consacrentils pour cela ? remettent-ils en effet les péchés ? nous disons que non, parce qu'ils n'ont pas reçu le caractère de la prêtrise , n'ayant été ordonnés par aucun, évéque. Il en est de même de vos surintendants : ils ont beau vouloir ordonner et en faire tous les semblants , s'ils n'ont pas le caractère épiscopal, comme ils ne l'ont pas en effet , puisque jamais ils ne Font

reçu d*tme antorité légitime, capable dé le leur donner , tons les actes d'ordination qu'Us entreprennent de faire, ne peuvent manquer d'être nais, et de rester sans effet*

Nous savons que Luther entreprit en Tan 1 540, le 22 avril , d'ordonner pour évèque on surintendant un nommé Schuman , et qu'il a fait encore d'autres ordinations en d'autres temps et en d'autres lieux ; mais nous demandons à Luther , qui lui a donné lé pouvoir d'ordonner et des prêtres et des évéqûes ? Luther était prêtre , il est vrai ; par qui avait-il été fait prêtre? estce par le prieur de son monastère , ou par Tévèque ? Non , il n'avait pas été élevé à cette dignité par l'autorité de son prieur ; l'imposition des mains de l'éyêque l'en avait seule revêtu ; jusqu'au temps de Luther personne n'avait jamais été ordonné autrement , du moins personne n'avait-il passé pour être véritable prêtre, sans avoir été ordonné par un évèque. Gomment donc 4 et par quel privilège spécial Luther a-t-il pu entreprendre de faire des prêtres? qu'il nous fasse voir ses pouvoirs et sa commission ? qu'il nous produise un seul exemple de l'antiquité qui autorise son entreprise ? Le pouvoir que Luther s'est arrogé , lui a-t-il été communiqué par les hommes ? par qui ? lui estr. il venu inimédiatement du ciel par un privilège rare et singulier ? ou sont les attestations et les certificats qui nous garantissent le fait ? que si les pouvoirs de Luther ont été trop courte pour faire de véritables prêtres , comment auraient-ils pu aller jusqu'à faire de véritables.

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évèques ? Le bonhomme Schuman aVait dono beau se porter pour évèque* et en imiter toutes la» fonctions , il était aussi peu véritable évacue qu'un roi de théâtre est peu véritable roi; #9» titre était aussi mal > et même beaucoup plus mal foadé ppur ordonner, que celui cTutt rot de théâtre pour gouverner des Etats. Il eue* de même de tous vos autres surintendants*

Peukéttfe me direiMrous, Monsieur, qtfil y a eu des royaumes entiers , tels que la Suèàft et le Dannemarck > qui ont embrassé la doctrine de Luther; qu'il y avait dans ces pays plusieurs évèque*, qui, quoique devenus Luthériens, ont pu en ordonner d'autres > et que par là le ppt* voir épiscopal et les ordinations légitimes et va* lides ont pu se perpétuer jusqu'à vous. J'avoue^ Monsieur , que la chose a pu se faire ainsi que vous le dites £ mais s'eskeile faite réellement ainsi ? c'est une autre question. Je doute fort que vos ministres de Strasbourg veuillent répéter du fond de la Suède et du Dannemarck la légi* timité de leur ordination* Vos principes sont» que l'ordination est une cérémonie libre dont on peut fort bien se passer , et qui ne sert qu'à ratifier et faire connaître l'élection faite canons» quement par le peuple 5 que c'est le choix mèmm de l'assemblée i qui de soi donne les véritables pouvoirs du ministère (1 ). Avec de tels prince pes , il tt*y a pas grande apparence qu'on se soit mis fort en peine en Suède et en Dannemarck de conserver la succession épiscopale. Sans

(1 ) lu Coufesj. tan. Getltardi éé Sacrameolo ordinii , p. 13*5*

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doute | ceux qui depuis ont porté le nom iTévèque (ions ces royaumes t n auront pas été fort attentifs à se faire ordonner par cens qui avaient reçu le caractère épiscopal des anciens évoques déserteurs de la religion catholique ; si tant est qu'il se soit trouve» des /successeurs , qqi effectivement se soient mis en peine de le recevoir par cette voie, Il y a 'd'autant pins de sujet de douter qu'on ait constamment observé l'e$acti~ tude requise à la propagation des évoques, que Luther a témoigné un mépris infini pour toutes les ordinations qui se font par l'imposition des mains de l'évèque , telles qu'elles sont et ont toujours été en usage dans l'Eglise romaine , jusqn'à dire , u que les ordres ne se confèrent c< nulle part moins validement que #pu$ le rè- « gne du pape(1)*».

Mais je veu* » Sfomww r que jàans les v oyan-

mes du Nord on <oit resté constamment persuadé de la nécessité de l'ordination épiscopale, et qu'on y ait toujours agi conséqnemment à cette persuasion; je Yen* que de ces royaumes il se $oit répandu dans les pays voisins quantité de surintendants qui fnssent de véritables évoques , et môme qu'il en soit venu jusque dans nos quartiers, toujours est^l incontestable que Luther en a ordonné plnsieiçrs de sa main r qui jamais nVntreçn le caractère épiscopal, et qu'une infinité ^'antres ont été ordonnés par les communautés suivant la forme prescrite par Luther

(1) Defiftita sententjaest, notetoara minus ordiaet tacros conferrî, aut Sacerdotes fteri , quaoi sub regno Papas. De instituendis Mipistris. T. 2. Edit. Jefc pag. 578. b.

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dans sa lettre aux magistrats de Prague ; forme qui exclut positivement l'ordination de l'évêque» Comment donc pourrait-on démêler parmi lès ministres d'aujourd'hui , ceux qu'on suppose tenir leur pouvoir des anciens évêques , d avéfc ceux qui ue pehvçnt remonter jusque-là? il && drait, poqr pouvoir en faire le discernemëôf y dresser tin' arbre généalogique de tous les riiinistrés et de tous Jes surintendants qui ont jamais été depuis le commencement de là prétendue réforme; mais comment cette recherche serait-elle praticable ? et quand même on pourrait y réussir , et qu'on y réussirait eflfee* tivement, si les ministres qui peuvent faire preuve de leur origine en remontant jusqu'aux anciens évêques, prétendaient l'emporter sur ceux qui ne pourraient faire la même preuve ; s'ils voulaient se regarder seuls comme légitimes , et tenir les autres pour illégitimes ; si les peuples donnaient leur confiance aux premiers, et cjuils la refusassent aux seconds , quelle division ces prétentions ne mettraient-elles pas parmi* vps ministres , et quel bouleversement n'y aurait-il pas dans tout le parti ! Vous voyez donc clairement , Monsieur, que vous ne pouvez vous flatter d'avoir des évêques chez vous , et que cjuand vous ep ' auriez , il ne vous serait pas possible, de les connaître ni de les distinguer; ainsi ils ne vous serviraient de rien pour assurer votre ministère.

Que reste-t-il après ces réflexions , sinon de conclure par la conséquence la plus directe que vos. ministres n'ont aucun pouvoir de consacrer

ni d'absoudre? Car les deux, propositions qui concourent à établir la justesse et la nécessité de cette conclusion , ont été parfaitement bien prouvées. Je les répète et' les réunis, pour vous faire sentir d'autant mieux la justesse et la force cle l'argument : Pour avoir le pouvoir, de consacrer et d'absoudre , il faut1 avoir été ordonné par un évéque; vos ministres n'ont été ordonnés par aucun évéque ; donc ils n'ont pas le pouvoir de consacrer ni d'absoudre.

Rien de plus, simple ni de plus pressant , Monsieur , que cet argument , et rien en même temps de plus propre à vous faire connaître la mauvaise ruse de Kemnitius , qui emploie ici un misérable sophisme pqur accréditer votre ministère. Voici son raisonnement; c'est l'unique qu'il fasse, il lui donne beaucoup, (d'étendue, et croit dire merveiU.es : il faut avant définir y répondre , de peur que quelqu'un de sçs admirateurs n'entreprenne de le faire valoir auprès de vous , et que vous ne vous y laissiez surprendre. Le ministère de ceux , dit-il , que Dieu choisit et appelle lui-même , ne peut manquer d'être efficace, Ôr , c'est Dieu même qui choisit et appelle ceux qui sont choisis par la communauté ; donc leur ministère ne peut manquer d'être efficace. Voilà à quoi se réduit tout ce qpé jàxt Kemnitiqs dans sept grandes pages (1). . Je réponds que le ministère de ceux que Dieu choisit et appelle est efficace, quand ils satisfont aux conditions exigées de Dieu, et

(I) lu 2. part. cxaip. EU* Franco!, £ p< 403, usque ad p. 414»

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nullement s'ils ne le fqtet pas. Je (mis passer à Kemnitius la seconde partie de sa proposition : ceux qui sont choisis part* la communauté , sont choisis et appelés par Dieu même; mais dans quel CM ? Cest lorsque la communauté est àti* torisée à choisît , qotelle choisit comme il fatrt, et qu'elle satisfait anx conditions requises. Or, je demande si cetrx qui sont choisis par la corn* munauté , sont choisis pont avoir le pouvoir de consacrer et d'absoudre, sans être ordonnés par révèque ? non , sans doute , car 11 n'est pas au pouvoir de la Communauté de les choisit pouf eet effet , sans satisfaire au* lois que Dîeti a marquées. Ainsi, quand onymanqrie, Dieu n'appelle pas efficacement; ce n'est plus Une vocation qui puisse avoir aucun effet.

Avec un argument Semblable que né prouverait-on pas? un homme a promis d'épotteer une jeuii& fille; #à jptfôxfi&sé a été réciproquement agréée, donc il a déjà tous lés droits d'un mari Sut la personne et sur les biens de Sa prétendue. Car le prétendant est maître de la personne et des biens de celle que Dieu a choisie lui-même pour être sa femme légitime j or celle que le prétendant à choisie pour être Son épouse , a été aussi choisie de Dieu. Oui, Monsieur , elle a été choisie du prétendant et de Dieu en même temps , bien entendu que les deux personnes promises Comparaîtront devant le curé , et se marieront suivant la forme prescrite par PEglïse : sans cette formalité , le choix du prétendant et celui de Dieu ne sera qu'un choix commencé; il pourra faire une

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fiancée, il ne fera «pu «ne femme légitime, Il en est de même du choix de la communauté, et ai fous le voûtez , du choix de Dieu même , gai tombe sur une personne non ordonnée; tel choix peut faire on prétendante l'ordination, mais non plus «m minUtre , qui dès là même ait le pouvoir de consacrer et d'absoudre.

Voilà dow la misérable défaite d'un homme qui a osé combattre les décisions des hommes les plus habiles de l'univers assemblés en concile; de ces vénérables pasteurs aussi respectables par leur nombre que par leur profond savoir ; de ces organes vivants du Saint-Esprit , dont l'âssig£ance leur a été promise si formellement ! JNTest-U pas honteux À un homme si plein de suffisance de faire un si pitoyable raisonnement dans une matière de la dernière importance , où il avait à défendre non-seulement la cause commune de son parti, mais aussi ses intérêts particuliers i son honneur et son caractère? N'est-il pas honteux dans une pareille circonstance de ne dire que ce que vous venez de voir, de le dire sans ordre, de l'envelopper dans une infinité de termes, et de le dpe avec des airs d'assurance et de confiance qu'on ne prend pas d'ordinaire sans avoir la certitude d'avancer des propositions claires ou du moins plausibles? Confiez, après cela. Monsieur, voire âme et votre salut k un ministère si bien prouvé, et risquez sur la justesse de ce raisonnement le sort de votre éternité!

Voilà, Monsieur, tout ce que j'avais 4 dm sur rmco&pétence de vos ministres, et sur

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l'inefficacité de vos sacrements. Vous jugez bieri, Monsieur , que je n'ai pas prétendu attaquer votre baptême ; nous le reconnaissons pour bon et valide ; car il n'est pas nécessaire d'être prête pour le conférer d'une manière utile, au salut; j'ai déjà eu l'honneur de vous en donner la raison. Mais pour ce qui est de votre Gène et de votre absolution, nous soutenons hautement, fondée sur les raisons invincibles dont nous vous avons donné le détail ; que vous recevez uniquement du pain et du vin, et qu'une absolution donnée par vos ministres n'a pas plus d'effet pour vous réconcilier avec Dieu , que n'en aurait une donnée par l'homme d'affaires chargé du recouvrement de vos rentes.

Ainsi, Monsieur, toutes ces préparations qui se font dès la veille , tout l'apareil de piété qui parait le jour même de la communion, cette propreté d'habit jointe à un extérieur grave et modeste , Tordre et l'arrangement avec lequel on fait avancer ceux qui doivent communier, leur contenance et leur maintien , quelque édifiants qu'ils puissent être , tout ce que font et disent vos ministres pour retracer la mémoire du banquet sacré institué par Jésus-Christ , tout cela n'aboutit qu'à mettre sur la langue de chaque communiant une petite parcelle de pain bien mince et bien légère , et à faire passer quelques gouttes de vin dans leur estomac. Quelque sérieuse que soit la cérémonie dans l'idée de ceux

qui y ont part , ce n'est an fond qu'une ombre et une simple représentation , où il ne se trouve aucune réalité. Voilà , Monsieur , ce qui est un article de foi chez nous , et ce que nous croyons sous peine de damnation éternelle. Mais le croyons-nous légèrement ? est-ce pour vous faire de la peine que nous vous faisons des reproches si peu obligeants ? où est-ce un motif de charité qui nous presse , et qui ne nous permet pas de nous taire sur une privation si certaine et si fâcheuse pour vous? Remettez-vous , s'il vous plaît, Monsieur, le précis de tout ce qui est contenu dans cette longue lettre f et voyez vousmême si vous pourrez encore vous dissimuler la perte que vous souffrez. D'où vos ministres auraient-ils le pouvoir de consacrer? est-ce la qualité de chrétien qui le leur donne ? mais ce sentiment de Luther n'est-il pas assez généralement abandonné? et la plupart de vos savants ne le regardent-ils pas aujourd'hui comme une véritable extravagance? est-ce le choix de la communauté qui donne le pouvoir surnaturel de consacrer et d'absoudre? comment vous persuaderiez-vous , Monsieur, qu'une colonie de laboureurs et de soldats, qui s'établiraient dans quelque contrée inculte du Nouveau- Monde , sans avoir de prêtres avec eux , put en choisir un de la troupe, qui en vertu de ce choix eût un pouvoir réel et effectif d'administrer la Pénitence et l'Eucharistie ? qu'on vous produise sur cet article une seule parole de l'Ecriture , un seul exemple de l'antiquité pour vous rassurer. Sont-ce les prêtres et les moines

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apostate de la religion catholique , qui ont communiqué à vos ministres les prétendus pouvoirs en question ? mais , Monsieur , outre qu'il vous siérait assez mal d'avoir recours à une source que votre Luther a si fort méprisée , n'est-ce pas , comme vous l'avez vu , une hérésie reconnue de tous les temps > de soutenir qu'un simple prêtre puisse ordonner des prêtres? Qu'est-ce qui peut donc faire encore l'appui de votre confiance au ministère luthérien ? car il n'est pas possible d'imaginer d'autres sources du pouvoir ecclésiastique , que celles dont il a été parlé»

Rien donc de plus triste que la situation où vous êtes, Monsieur, ni de plus pressant que les motifs qui vous sollicitent d'en sortir sans délai* Quoi ! pourrez-vous vous résoudre à rester privé de la divine nourriture de nos âmes , dé ce gage si précieux du salut , de ce qui fait la plus douce consolation et le plus ferme appui de l'espérance d'un chrétien? renoncerez-vous pour toujours au bénéfice des clés? exposé à tant de chutes, ne vous mettrez- vous aucunement en peine de pouvoir profiter du remède qui a été préparé à la faiblesse humaine ? Jésus- Christ ne vous avertit-il pas en termes formels que « vous n'aurez pas la vie en vous , si vous

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