‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 2 sur 87 · VRAIE ÉGLISE DE JÉSUS - CHRIST · texte numérisé non relu

VRAIE ÉGLISE DE JÉSUS - CHRIST

ES LAQUELLE CHACUN PEUT FAIRE SOîl SALUT.

TRAITE DE LA TRADITION w.

Pour procéder avec ordre, et pour écarter toute discussion étrangère à notre sujet , il fout d'abord expliquer ce que Ton entend par tradition , et ensuite exposer le véritable état de la question.

.Le tenue de tradition pris en général et dans foute Pétendue de sa signification , convient à toute doctrine enseignée par parole et de vive voix, ou par écrit ; mais dans la question présente il est un peu restreint , et il se prend pour une doctrine enseignée, de vive voix , et non contenue dans les Saintes-Ecritures.

(1) Ce traité est de M. Vicaire , curé de saint Pierre de Caen , dans son titre intitulé : Exposition fidèle et preuve* solides de la doctrine catholique. Caen et Paris 1770.

2 itfCfiSOTÉ D'ABMETTtl* *

On distingue différentes sortes de traditions : les unes s'appellent traditions divines , les autres traditions apostoliques, et d'autres enfin traditions ecclésiastiques.

Par traditions divines on entend la parole de Dieu nûfréèrite, certaines vérités. qui concernent la foi ou les mœurs , non contenues dans les Saintes-Ecritures, mais révélées aux Apôtres par Jésus-Christ , ou inspirées par l^prit-Saint , et enseignées de vive voix par les Apôtres à l'Eglise , c'est-à-dire à leurs successeurs dans le sacré ministère , et aux premiers fidèles , et

transmises de siècle en siècle jusqu'à nous sans interruption.

Par traditiwtô apostoliques , nous entendons certains règlements , certaines pratiques appartenant à la foi et aux mœurs , qui ne se trouvent point dans les livres sacrés , mais qui ont été données et prescrites de vive voix par les Apôtres , assistés et inspirés par l'Esprit- Sàint, et transmises jusqu'à nous par une succession non interrompue. • i • >

Qtiand nous disotfs que ces tfaHHititoî divine ou apostoliques ont été * transmises de vive vtont ; à l'Eglise , ribfe entendons qu'à la vérité elles hé se trétiVetit pas dliïiïs tes SâHlèé-Ecrittiircs^ mafis nous ôe prétendons pas ijjiï'il n'en soft' pas ftit mention dans tes ouvrages des Pètes et Altistes actes des conciles : c'est au contraire principalement par le canal de ces précieux monuments de la foi de nos' pères, quVlles se sont conservée^ dans l'Eglise , et qu'elles sont parvenues jusqu'à nous.

Par traditions ecclésiasfjques , nous entendons certaines coutumes anciennes établies d'abord par les pas-

LA TRAtimOK. 3

leurs, et pratiquées par les fidèles de la primitive Eglise : lesquelles coutumes ont ensuite acquis peu à peu , par l'usage , force de loi.

Il faut observer que les traditions divines sont quelquefois appelées apostoliques , et les apostoliques quelquefois divines, et en voici la raison : les divines sont appelées apostoliques , non que les Apôtres en soient les premiers auteurs, mais parce que ce sont les Apôtres qui les ont reçues de Jésus-Christ , et qui les ont confiées de vive voix à l'Eglise. Les apostoliques sont appelées divines , non qu'elles Tiennent immédiatement de Jésus-Christ, mais parce que ce sont des règlements faits avee l'assistance on par l'inspiration de l'Esprit- Saint.

Il est bon d'expliquer quelle autorité nous donnons à ces différentes sortes de traditions. En nous conformant au concile de Trente, nous donnons à celles qui sont divines, u'est-a-dire aux vérités enseignées par Jésus-Christ aux Apôtres , et par eux transmises de vivevoix a l'Eglise, la même autorité qu'aux vérités enseignées par Jésus-Christ aux Apôtres , et par eux rédigées par écrit dans l'Evangile , et dans les autres livres divins. Aux traditions apostoliques, c'est-à-dire; aux règlements que les Apôtres inspirés de Dieu ont faits et confiés de vive voix à l'Eglise, nous donnons la marne autorité qu'aux règlements qu'ils nous ont dans les livres saints (4). A l'égard des tradit

(I) Ornut» lilriii WjnTweria, qatui Km fatuMnti, < =""» nti "nui Dtus m't niirtnr . 'nrinrnn tnilirinM» if , timtà fidem ,

ecclésiastiques nous leur donnons la même autorité qu'on attribue aux règlements et aux constitutions de l'Eglise couchés par écrit.

Après ces observations préliminaires il s'agit d'exposer nettement et avec précision l'état de la question , car ce fidèle exposé ne servira pas peu à éclaircir cette importante matière, et à mettre la vérité dans tout son jour.

Prenez garde d'abord à la fausseté de certaines accusations que tos ministres, intentent contre nous pour rendre odieuse notre doctrine sur la tradition. Ils nous accusent de mépriser i'Ecriture-Sainte i et de ne point la regarder comme règle de foi , afin de donner plus de crédit et d'autorité à la tradition. En tenant ce langage ils vous en imposent et nous calomnient : nous confessons hautement que nous devons le plus grand respect i PEcriture-Sainte , que nous la révérons comme règle de foi ; nous ajoutons seulement , avec le saint concile de Trente, que ce même respect dû à l'Ecriture- Sainte est pareillement dû aux traditions divines et apostoliques ; et la raison en est sensible. Pourquoi $ en effet, déférons-nous un si grand respect à l'Ecriture ? Pourquoi la regardons-nous comme règle de foi ? Ce n'est pas à raison du papier , de l'encre et des caractères qui ont servi à rédiger par écrit , ou à imprimer les maximes et les vérités qui y sont contenues ; c'est parce que les maximes et les vérités qui y sont renfer-

mores pertinentes tanquàm vel ore tenus , à Christo , vel à Spiritu Sancto dictâtes, et continua succession? in Ecclesiâ catholicâ conserotas, pari pietatia affecta ac reverentiâ suscipit et vèneratur. Conc. Trid. Sess. 4.

Là TRADITION. 3

■nées sont la parole de Dieu , c'est-à-dire des vérités révélées par Jésus-Christ aux Apôtres , ou dés règlements faits par les Apôtres assistés et inspirés de l'Esprit-Saint. Or, les traditions divines et apostoliques sont également la parole de Dieu , et des vérités enseignées par Jésus-Christ aux Apôtres , ou des règlements faits par les Apôtres assistés et Inspirés de L'Esprit-Saint.

Vos ministres nous reprochent encore de donner pour traditions divines ou apostoliques, jusqu'aux moindres cérémonies de l'Eglise. ■ Les romanesques , « dit Calvin , prétendent qu'il n'y a si petit fatras de * cérémonies entre eux qui n'ait été établi par l'autorité ■ des Apôtres (1). * Ce reproche n'est pas mieux fondé Que le premier : jamais nous n'avons reeonnu , et jamais nous ne reconnaîtrons , en effet, pour traditions divines ou apostoliques , les coutumes et les cérémonies introduites dans l'Eglise, postérieurement au temps des Apôtres. Nous n'admettons et ne reconnaissons pour traditions divines et apostoliques, que Les vérités , les usages , les préceptes et les cérémonies qui nous viennent manifestement des Apôtres et de Jésus-Christ : toute tradition qui u'-est pas de cette source , ne peut être regardée comme tradition, divine et apostolique. Il est des usages, des préceptes et des cérémonies fort anciennes , établies et adoptées pu les paslmn et les fidèles de la primitive Eglise ; ce sont 14 des traditions, mais non des traditions divines ou ap< liques ; ce sont des traditions seulement ecclésiaslii;

(1) Ub. 4" limitai, mji. 10.

qui n'ont pas la même autorité que celles émanées de Jésus-Christ ou des Apôtres, comme nous l'avons expliqué plus haut.

Ce n'est point de ces traditions ecclésiastiques que f ai dessein de vous entretenir dans la question présente. Il s'agit uniquement ici des traditions divines ou apostoliques : vos ministres prétendent qu'on ne doit reconnaître pour parole de Dieu que les oracles contenus dans les livres de l'ancien et du nouveau Testament ; encore retranchent-ils quelques-uns de ces livres divins. L'Ecriture-Sainte , disent-Us 9 « est la règle de toute c vérité et contient tout ce qui est nécessaire pour le « service de Dieu et notre salut (1 ). * D'où ils concluent qu'il ne faut point reconnaître et admettre de traditions divines ou apostoliques. Nous, au contraire, nous disons que, quoique dans l'Ecriture-Sainte soient contenues les principales vérités et maximes concernant la foi et les mœurs , il en est cependant d'autres qni les Intéressent pareillement , que les Apôtres instruits par Jésus- Christ et assistés des lumières de l'Esprit-Saint , n'ont pas jugé à propos de rédiger par écrit , mais qu'ils ont confiées de vive voix à leurs successeurs et aux premiers fidèles y pour être conservées dans l'Eglise , et transmises jusqu'à la consommation des siècles. Nous soutenons que, comme les vérités enseignées et les principes contenus dans les Saintes-Ecritures , sont la parole de Dieu écrite, de même aussi les vérités et les règlements faits par les Apôtres inspirés de l'Esprit-Saint , et trans-

(1) Conf. de foi. An. 5.

mis dp vire voix à leurs successeurs,, sqn^t ja pAT^lç do Dieu iiQq écrite, V#t$ rejetez ces. trad j(|^s v é t nous qu contraire pous prétendons qu'il ffut ^essattemenv les admettre. Qui de vous ou de poUjS^.r^isop ? (C'est ce que nous allpi^ examiner.

Ap. reste/* t ne regardez pas, Messieurs, cette question comme indifférente ou de peu de conséquence , car de là dépend la décision de plusieurs articles essentiels. Çest par la yoiç de .ty trayon qu'on fixe le nombre des livre* sacrés ; par elle que ïeg Pères, et les çonçilçs ont déclaré valide le baptême conféré par les hérétiques-} par elle que l'an prouve l'efficacité du baptême conféré aux enfants ; par elle qu'on établit la sanctification du dimanche , etc. .* La tradition est ^qo?jt;e très utile et quelquefois poème nécessaire pouç^r et $éfenn jper le véritable sens de l'Ecriture, Voijs n'ignorez pas que quantf on ofyjeçte aux hérétiques les parqlçs du texte sacré ., ils les interprètent à leur mode, gt leur donnent d*s pens forcés et étrangers, ra£n de mettre à couvert leum erreurs v Ainsi jes Ariens autrefois , et dan? ces dernier» temps les Sociniens, ontdoqné un sens forcé aux textes de l'Ecriture., qui prouvent invinciblement la divinité et la consubstantialité du Verbe. Or, comment réfuter ces interprétations fausses et erronées? C'est en recourant à la tradition. On montre aux hérétiques que jamais on n'a entendu les textes de l'Ecriture dans le sens étranger qu'ils leur prêtent) qu'au contraire, on y a toujours cru voir les dogmes par eux contestés, et qu'on en a dans tous les temps , comme aujourd'hui , trouvé la preuve dans ces mêmes textes de l'Ecriture qu'on

8 NÉCESSITÉ ^ADMETTES

leur oppose. Ils ne sautaient disconvenir de ces faits , parce qu'on leur produit des citations claires et déôisiyes, tirées des Pères et des conciles de la primitive Eglise. Par là il est constant que les dogmes et les vériirfft ..qu'ils contestent ont été crus et regardés comme révélés et comme établis dans l'Ecriture-Sainte : qu'ainsi en ont jugé les anciens Pères de l'Eglise et les conciles, ces illustres témoins de la foi instruits par la bouche même des Apôtres ou de leurs successeurs , et qu'ainsi on a reçu des Apôtres mêmes, les vérités par eux contestées, et l'intelligence des textes de PEcriture-Sainte qu'ils nous opposent. A ce raisonnement point de réplique, dès qu'on connaît la nécessité d'admettre les traditions divines et apostoliques. Basnage fait, à cette occasion , un aveu qui mérite toute votre attention : <r %je$ anciens, c dit-il , se sont servis de traditions , et ils avaient « raison de le faire : car c'est un argument qu'on peut c employer souvent contre les ennemis de la vérité. La « succession d'une doctrine qui s'est conservée dans « tous les siècles qui ont précédé , forme un préjugé « en sa faveur (A). * Ce ministre ajoute même que dans leur réforme ils s'en servent eux-mêmes contre les Sociritens. Il est donc, comme vous voyez, de la dernière importance d'examiner et de bien approfondir cette question,

Mais pour cet effet que voulez-vous consulter ? L'Ecriture-Sainte ? Les monuments les plus respectables de l'antiquité ? Les anciens conciles et les plus

(1) Basnage. Hist. de la 'Rtl. des Egf. réf. part. 4. dm p. 6.

grands docteurs de l'Eglise ? La raison même , et vos ministres ? J'y consens , et f espère vous montrer clairement que tout concourt à établir la nécessité d'admettre et de reconnaître la tradition.

Si".

De la nécessité d'admettre et de reconnaître la Tradition , prouvée far V Ecriture-Sainte.

Entre les différents textes de l'Ecriture qui établissent la nécessité d'admetfre les traditions divines et apostoliques , j'en choisis deux ou trois qui sont clairs et évidents. Le premier est tiré de la première Epltre au? Corinthiens : « Je vous loue , mes frères , dit ce % grand Apôtre , de ce que vous vous souvenez en tout ç 4e moi, et de ce que voip gardez avec soin mes « commandements, comme je vous les çu donnés (1). » Remarque* , je vous prie , Messieurs , V^pression de l'Apôtre ; il ne dit pas qu'il leur ait laissé ses commandements par écrit , il dit simplement qu'il les leur a donnés, sicut tradidi vobis. Que si nous consultons le texte grec , il est encore plus positif , car on y voit le mot ir«pctôoai«, qui dans son sens propre et naturel signifie tradition. Bèze lui-même dans son nouveau Testament a traduit ce mot grec par le mot latin traditiones, qui signifie traditions. Qr, de là que conclure? Ce qu'ont conclu les Pères et en particulier saint Chrysostôme ,

(1) Laudo vos , fratres , quod per omnia met memorcs estis , et sicut tradidi vobis praecepta mea tenetis. 1. Cor. 11.

dont voici les paroles : « Saint Paul dit , vous yous

« SOUVENEZ. EN TOUT PB MOI , ET VOUS GARDEZ LES € TRADITIONS AINSI QUE JE VOUS LES AJ DONNEES,

« Donc il a donné plusieurs leçons, sans les rédiger « par écrit , ce qu'il indique encore en plusieurs autres c textes (1 ). » Telle est pareillement la conséquence que saint Basile en a tirée : « Je crois que pour se conforc mer à la doctrine des Apôtres ,* il faut se tenir eonst tamment attaché même aux traditions noik écrites, c Je vous loue, dit l'Apôtre, de ce que vous vous

€ SOUVENEZ DE TOtt CE <jbl \ÎENT DE MOI i ET DE

€ CE QUE, COMME JE VOUS ifjfr RECOMMANpE . VOtS

c TENEZ LES TRADl^iôNS ^Ôfe VOUS AlVEt R^dtÉ*V < SÔIT PAR NOS DÎSCOURS, SOIT PAfTNOS EPITRE$(2). »

Ecoute/ encore saint Epiphantf «ta flijet du même pas** sage de I^ôtfe ^ if vous dira * qu'il faut reeotirfr « aussi à la tradition , parce qu'on ne trouve pas tout € dans les Maintes-Ecritures. L&'Àj^ttës nbtftr dnl « transmis dans les Saintes-Ecritures une partie de leufcs « leçons,. et les autres par traditions, comnlenôit^.en « assure FApôtre (3). » Est-il en effet rren de ph» na~

(1) Dîcit ( Paulus) : Per omnfa mel membres estis 9 et sfcut ttadidi *obis traditiones ità tendis; ergo et sine scripto mutai tuac itlîs tradebat-f ^SP^etîam.miiltis a|iis in loçis jbdiçat, $• Q*ryu Bom. 26. ip cap. llv Ep. 1. ad Cor. .

(2) Apostolicum arbitrer esse etîain in non scrîptis traditionibris perseverare. Laudo enim , idquit ,. vos1 qnàà orania mea memintsti» , et quemadmodùm tradidi ▼obis , traditiones teoetis , et obtioetis tfaditiooeBfity* accepistis , sive per sermonem , siye per Epistolam. S. Basil, libro de Spiritu s. capite 29.

(3) Oportet aatem et tradilione uti , uon enim omuia à divinâ scriptura

turel que cette conséquence ? Car suivant la remarque des plus habiles critiques , la première Epitre de saint Paul aux Corinthiens est la première de toutes celles qu'il a écrites : on ne peut donc pas supposer que les préceptes dont il parle dans cette lettre eussent étji donnés auparavant par écrit : c'étaient donc des préceptes donnés de vive vpix, ou, ce qui est la même chose, des traditions dont il faut, entendre le texte en question.

La fui de ce même chapitre fournit une nouvelle preuve en faveur de cette vérité. Après avoir exposé l'institution de la sainte Eucharistie , et la nécessité de $*y préparer par de saintes dispositions, il ajoute ces paroles : « Le reste je le réglerai quand je ret viendrai (1). » Il est visible que dans ces paroles il s*agit de règlements concernant la célébration de J$ sainte Eucharistie : montrez-nous donc ces règleme^ et ces dispositions promises par saint Paul aux Coripr thiens sur ce grand mystère : montrez-les-nous , couchés par écrit, ou convenez de bonne foi que <$i Apôtre a fait et donné de vive voix des préceptes et, des leçons qui ne se trouvent point dans les Saintes-Ecritures. Pour moi j'ai lu et relu, avec la plus grande attention, les Epitres de saint Paul, et je n'ai pu les y découvrir.

Dumoulin , pour se tirer d'affaire, répond « qu'on ne « peut nier sans impiété que Jésus-Christ n'ait institué

aocipi possunt. Qoapropter aliqua in scripturis , aliqua in traditione sancti Apostoli tradiderunt, quemadmodùm dicit S. Apostolus , Sicut tradidi vol»is , et alibi, sic doceo et sic tradidi in Ecelesiis. S. Epiph. haeres. 5V

(1) Cxlera cnm venero disponam. i. Cor. 11.

< la Cène comme il faut , et sans y rien omettre de ee

< qui est nécessaire (1 ). » Qui en doute ? jamais vos ministres ne citeront aucun de nos auteurs qui ait pensé autrement : mais moi je demande à Dumoulin et à vos ministres, qui leur a dit que Jésus-Christ , au sujet de ce grand mystère , n'a pas donné des leçons et fait des règlements que les Apôtres instruits par lui et dirigés par le Saint-Esprit , n'ont pas jugé à propos de rédiger par écrit ? N'est-ce pas là même le seul sens dans lequel on puisse raisonnablement entendre les paroles de l'Apôtre : « Le reste je le réglerai

< quand je viendrai ?» Il était aisé de joindre ces sages règlements aux saintes leçons qu'il a données dans ses épltres; il lui était même, dans votre sentiment, naturel de les joindre à l'exposé qu'il faisait par écrit de l'institution de l'Eucharistie , et de la préparation nécessaire pour la recevoir : il ne l'a cependant pas jugé à propos , et instruit comme il Fêtait par l'Esprit- Saint , il a sans doute eu de bonnes raisons pour ne les donnçr que de vive voix : « Le reste je le réglerai

ç QUAND JE VIENDRAI. »

Vous demanderez peut-être, pourquoi tant de réserve de là part de l'Apôtre sur ce mystère ? Je vous ré* pondrai premièrement que quand je ne pourrais en donner la raison , on ne devrait pas ppur cela douter que saint Paul n'ait été sur ce point, comme dans toutes ses autres opérations , conduit par l'Esprit de Dieu. En second lieu , je vous dirai que les raisons de l'Apôtre sont celles que dans les premiers siècles l'Eglise a eu

(\, Dum. Boucl. delà foi, sect. 13.

d'être elle-même fort réservée sur Pexplication de ce divin mystère. Vous savez que dans ees premiers temps, on n'admettait point; les catéchumènes à la célébration des mystères divins, et qu'on ne donnait l'explication aux néophytes qu'après avoir, pendant un certain temps, éprouvé leur fidélité et leur attachement à la religion. Et pourquoi ? Pour ne pas exposer les choses saintes au mépris et aux railleries des infidèles , suivant l'avertissement de Jésus-Christ. Ne donnez point ce qui est

SAINT AUX CHIENS , ET NE JETEZ POINT LES PERLES DEVANT LES POURCEAUX, DE PEUR QU ILS NE LES FOULENT AUX PIEDS , ET QUE SE TOURNANT CONTRE

vous ils ne vous déchirent (1). C'était encore*, selon l'expression du Sauveur, par ce que les néophytes n'étaient pas, dans les commencements, en état de porter les vérités et les leçons sublimes renfermées dans nos divins mystères (2). « Il n'est pas , disait saint Amt broise ,> donné à tous d'entrer ipns ces immenses « profondeurs. Les lévites les cachent de peur que < ceux-là ne les voient, qui ne doivent pas les voir (3). » Saint Chrysostôme dans son homélie soixante-douzième sur saint Matthieu, fait la même remarque. « Il n'y a, « dit-il, que les initiés qui connaissent les grandes « miséricordes attachées à l'Eucharistie (4). » Saint

(1) Nolite dare sanctum canibua, et ne mittatis margaritas ante porcos, ne forte conculcent eas pedibus sais , et conversî dirumpant vos. Mat th. cap. 7.

(2) Non potestis portare modo. Joan. 16.

(3) Non omnes vident al ta mvsteriorum , quia operiuntur à levitis, ne videant qui videre non debent. S. Ambros. lib. 1°. offic. cap. 50.

(4) Ipsum autem Eucharistie mysterium quanta misericordiâ plénum cit, initiati solummodo noverunt, S. Chrjs. Hom. 7$. in Matth.

\i NÉCESSITÉ D'ADMETTRE

Basile s'exprime encore d'une manière plus précise : c La vénération dès mystères se conserve par le silence, c car il ne convenait pas de publier par écrit la docc trine que les non-initiés n'avaient pas la permission t de voir (1). »

« Saint Paiil , ajoute Dumoulin , se réservait seut lement de régler à sa venue l'ordre extérieur , et ce « qui concerne la bienséance de l'action (2). » Calvin avant lui en avait dit autant, « Je ne veux point nier , « dit-il , qu'il n'y ait eu quelques ordonnances des « Apôtres qui ne sont pas écrites ; mais je ne confesse « pas que telles ordonnances concernassent la doctrine, « et qu'elles contiennent chose nécessaire à salut , mais c ce qui appartient à l'ordre et police de l'Eglise (3). » Je voudrais bien que vous me disiez où vos ministres ont puisé cette belle restriction. Sont-ils plus croyables que les Pères de f Eglise qui, voisins du temps des ÂpÀtres , étaient certainement plus en état 4e savoir ce que les Apôtres avaient dit et enseigné ? Sont-ils plus croyables qu'un saint Augustin qui assure « que les « Apôtres ont établi l'usage de communier à jeun, » et qui ajoute « que cet usage est un des règlements que cet « Apôtre, écrivant aux Corinthiens, avait promis de < faire à son arrivée par ces paroles : Le reste je le

« REGLERAI QUAND JE SERAI VENU (4). » Sont-ils plus

croyables que Tertullien, saint Cyrille de Jérusalem (5)

(1) S. Basil. lib. 1. de spiritu , cap. 27.

(2) Boucl. de la foi. Sect. 12.

(3) Dans son connu sur le chap. 11 . vers. 2. (Je la f ** Ep. aux Cor.

(4) Ep* 54. — (5) S; Cyril, cap. 5.

LA TfiÀDITIO!!, 1 6

et saint Cyprien, qui n'ont pas- craint de donner l'usage d'offrir pour les défunts le saint sacrifice de l'Eucharistie, comme venant des Apôtres, ainsi que j'en ferai la remarque dans l'occasion.

Allons plus loin et servons-nous de l'aveu de vos ministres. Est-ce de son propre mouvement que saint Paul a donné aux Corinthiens ces règlements- faits de leur aven même < pour l'ordre extérieur et la bienséance * de l'action Eucharistique , » ou est-ce par le mouvement et avec l'assistance du Saint-Esprit ? Si c'est de son propre, mouvement , voilà saint Paul accusé par vos auteur»d'avoir ajouté à la parole de Dieu ; ce qui selon l'article V° de votre confession de foi ■ n'est licite ni « aux hommes, ni -même aux Anges. • Si c'est par le mouvement et l'inspiration du Saint-Esprit , Ivotlft donc des règlements donnés, non par écrit, maïs de vive Voix, par le mouvement et l'inspiration dn Saint-Esprit : règlements par conséquent qui, quoique non contenus dans l'Ecriture-Sainte, sont la parole Oe^Dieu, à laquelle on est obligé de- déférer et de se soumettre* Voilà encore une fois ce qu'on appelle tradition .

« Il n'est pas croyable|, reprend encore Dumoulin ,

■ que saint Paul, après «voir proposé l'institution de

■ l'Eucharistie , ait eu intention de ta corriger, et de < contrevenir a ce que lui-même avait ordonné (1). » Non, sans doute, cela n'est pas croyable , et il faudrait être impie et dépourvu de bon sens pour le penser. Nous protestons que Jésus-Christ seul a institué l'Eucharistie.

(1) Boucl. delà toi. Sect. 1!.

16 nécessité d'admettre

et que ni saint Paul , ni aucun des Apôtre* n'a pu corriger ce qui a été institué par ce divin maître, et contrevenir à ce qu'ils avaient appris de lui ; mais dire que saint Paul, instruit par Jésus-Christ et guidé par FEspritsaint , a donné de vive voix des préceptes et des leçons touchant Fadministration et l'explication de ce grand mystère > ce n'est certainement pas . dire que saint Paul ait corrigé l'institution de l'Eucharistie , et contrevenu à ce qu'il avait enseigné lui-même par écrit à ce stijet. Nous disons , Messieurs , que ces leçons et ces ordonnances , données de vive voix par saint Paul, sont parfaitement conformes à l'institution 4e l'Eucharistie : nous croyons que c'est en conséquence des institutions de Jésus-Christ , par l'inspiration céleste et sous la direction de FEsprit-Saint, qu'il les a données de vive voix à l'Eglise ; d'où suit évidemment la nécessité de les reconnaître et de les admettre comme traditions ditines et apostoliques.

Dumoulin, pour vous foire perdre dô vue la forUe des paroles de F Apôtre , et les conséquences qui en résultent , vous dit que les pratiques dont parle saint Paul t ne sont point celtes que l'Eglise romaine a ajoutées à « ce sacrement, par lesquelles est renversée l'institution « du Seigneur ; car Jésus-Christ n'a point levé d'hostie* f il n'a point commandé aux assistants d'adorer lésa- * cremeût, etc. (1). » Nous n'entrerons point ici. dans ce détail; nous le ferons, lorsque nous traiterons en particulier de FEueharistie : alors nous vous démontre-

(1) ibid.

fc*

LA TBADmON. '17

rons que ces traditions ne renversent en aucune manière Pinstitution du Seigneur*. Dumoulin le dit, mais sans en donner aucune preuve. Au reste , ce n'est pas là ce dont il est présentement question : il s'agit d'examiner non en particulier, si telle ou telle maxime, telle ou telle vérité, sont ou ne sont pas de tradition divine ou apostolique ; mais de savoir en général s'il faut en admettre, et j'ose dire que le texte de saint Paul aux Corinthiens en fournit la preuve de la manière la plus claire et la plus évidente.

En voici cependant un second encore plus décisif , c'est celui du même Apôtre en sa seconde épltre aux Thessaloniciens , chapitre second , verset quinzième :

< Mes frères, dit-il, soyez fermes, et tenez les traditions « que vous avez apprises , soit par notre parole , soit « par notre épltre (1 )• » Pesons, Messieurs, la force de ces paroles : Tenez les traditions , tenete traditionès. Voilà le terme de tradition consacré par l'Ecriture-Sainte, et pour qu'on ne puisse restreindre ce terme aux seules instructions données par écrit , il prend grand soin d'ajouter « que vous avez apprises soit par notre parole ,

< soit par notre épltre (2) . »

Peut-être me direz-vous que vous ne trouvez pas dans vos bibles françaises le terme de traditions} cette remarque est vraie , si vous n'en avez pas les premières éditions : car vos ministres, sentant bien le coup u ortel

(1) Fralres state et tenete traditiones quas didicistis , sive per sermoneffl^, sive per Epistolam nostram. 2. Thess. cap. 2. v. 15.

(2) Quas didicistis , sive per sermonem , sive per epistolam nostram . lbid.

4é NÉCESSITÉ DEMETTRE

que leur portait ce passage , h'qnt rien omis pouf en Alerter la force. Dans les premières éditions , c'est-àdire dans celles que vos ministres ont fait imprimer à feefaève , avant 1 560 , ils ont conservé le terme de traditioM; déduis 1 560, ils Font retranché , et y ont substitue celai d'enseignements ; mais en 1 575 on le lisait encore, non plus à la vérité dans le texte , mais Sans lés notés marginales de «certaines éditions post^ Retires â Tannée 4560 : enfin dans lès édifions fins récentes on ne le trouve plus, ni dans le texte ni dans les hôtes marginales, je suis en état de jt&tiGer ce que je Vous avancé, par la représentation dé éès différentes ëdîtïofté.

Vous rie Sauriez d'ailleurs alléguée pour prétexte de ces chari^ïnehts, tjue le terme de tradttton n'est pas français , pùisqull t'fcst en effet j vos Ministres Pont euïînèmès s! bien reeoilnu , que dans lès passages de PEcrilure, bû se irouVé ce inôt grec irapaSto^ et ïe terme latin traditto, ils l'ont traduit par le terme dé tràiïitiôn datià le chapitre XVe dé saint Matthieu; et toutes lès fois qu'ils ont cru que cette intèrpi éfatîori ne tirait point à conséquence contre eux et contre leur système* Que conclure donc de ce changement , sinon que vos ministres ont parfaitement remarqué que ce texte , tet qu'il était dans vos bibles des premières Miiiohs , établissait clairement et invinciblement là nécessité de reconnaître et d'admettre la tradition. Cette manœuvre de leur part ne devrait-elle- pas voua ouvrir le» yeux f et vous engager \ être en gardé bôritré eux et contre fous leurs artifices?

Mais malgré ce changement, je soutiens que U texte de saint Paul, tel qu'on le lit aujourd'hui dans vos bibles les plus récentes, est encore suffisent pour décider la question, le voici tel qu'il est conçu : F hères , soyez

FERMES, ET TENEZ LES ENSEIGNEMENTS QUE VOUS AVE» APPRIS, SOIT PAR NOTEE PAROLE t SOIT PAE NOTRE EPI*

tre. N'est-il pas évident que dans ce passage P Apôtre distingue deux sortes d'enseignements , les uns qu'il a hissés par écrit , et les autres qu'il a donnes par paroles et de vive voix (1 )? Ceux qu'il a donnés dans les lettres, sont Ecriture-Saîn4e : ceux qu'il a donnes de parole et de vive voix sont tradition. Ceux-ci sont aussi recoin-' mandés que ceux-là ,. et conséquemment l'Apotre veut que l'on ait le même respect pour tes uns et pour les antres. Ce ne sont pas nos théologiens qui sont les a«teurs de ce raisonnement, c'est saint Gfarysostyroc : ■ II

* est clair, dit-il, que les Apôtres n'ont {las écrit, tout

* ce qu'ils ont enseigné j mars qu'ils ont laisai beaucoup « de vérités sanS'les rédiger par écrit, et ces yéritésn'en

* sont pas moins dignes de-foi : c'est pourquoi nous

* croyons aussi que la tradition de l'Eglise est digne de « foi ; c'est la tradition, n'en demandez pas davan-

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Vous me direz peut-être q»e vons feentéa a h vérité"

('*) SSte pèf «wMotieto , airt JtW epUUjbnl màttM.

^ Slncert p*h,fie«unriïuBJ »(* oméia Irtdidenrti (JfcoaWlyp* Epàtolm , Md imulfâ ctiam «ne ecriptn, et e* qnoqiw <?"#-ide digo» l c|uamobrem EacHwhi qnoqoe traditioucm censeamn» eme fide rfigoam Ett iraditio : nihil qo*™ ampliii. sauci. Chrja. Bom. J. in Ep. ad Tîiatat.

toute la force des textes que je viens de citer en faveur de la tradition ; mais que vos ministres y en opposent d'autres non moins clairs et non moins décisifs en leur faveur. Comment concilier les uns avec les autres ? Il est juste, Messieurs, de satisfaire à cette difficulté ; remarquez d'abord^ je vous prie, que dans les textes allégués, ici, il est dit en termes formels, qu'il existe des préceptes et des traditions données de vive voix , dont il faut admettre l'autorité, et qu'au contraire parmi tous ceux rapportés par vos ministres , il n'y en a pas ua seul où il soit dit en termes formels ou même équivalents qu'il faut rejeter toute tradition. Vous en trouverez quelques-uns qui proscrivent les fausses traditions des scribes et des pharisiens , et les raisonnements vains et trompeurs qui ne sont fondés que sur la tradition des hommes , .mais tous ne sauriez en produire aucun où il soit dit qu'il faut rejeter toute tradition, et que l'Ecriture seule est le fondement de là foi ; aucun d'où les Pères de l'Eglise aient inféré une pareille conclusion; Entrons maintenant dans le détail, et examinons les textes que vte ministres nous objectait. .

D'abord ils en opposent deux, tirés: l'un du ehapttre quatrième et l'autre du chapitre douzième du Deqtéronome (4)i Dans l'un et l'autre* Moïse recommande aux Hébreux de garder les commandements qu'il leur avait donnés de la part de Dieu , san&y rien ajouter , ni diminuer •Vous m'ajouterez , dit-il dans le premier, m

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