‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 85 sur 87 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

distingue ceux que nous vous présentons, c'est qu'ils sont appuyés sur une possession solennelle et respectée pendant plusieurs siècles ; c'est qu'ils sont spécialement revêtus du sceau de l'autorité souveraine; c'est que les, conciles , consacrant nos droits, frappent d'anathème fceux qui oseront y porter atteinte. Si ces titres , les plus authentiques et les plus sûrs qui puissent se trouver dans la main des hommes, ne nous suffisent pas, dites quel garant plus saint vous assure vos propriétés ? ^

i'\\ était possible qu'un prince chrétien oubliât ces principes de justice et de modération, les feli^eui îùi rappët-r leraient alors les conseils que donnait à son fils un jpririce connu par sa bravoure et par la sagesse de son gouvernement : « 0 mon fils , disait en mourant Éugues Capet à Robert, je vous conjure par la sainte et indivisible Trinité, de ne jamais acquiescer aux conseils des flatteurs ; et de ne pas vous laisser gagner par les doiis et les présents empoisonnés qu'ils pourraient vous faire y dans le dessein de vous amener à leurs vues intéressées et frauduleuses sur les abbayes que je vous confie à perpétuité : prenez garde que la légèreté- d'esprit ne vous porte à en distraire et r *Jl en piller les biens, ou qu'un mouvement décolère ne vous excite à les dissiper (1). »

(t) Optàoe Fili i per éànctaisf et ittdtâdaam TrfaHate&r te* obtenir , nâjnatuio ttffrna* «tibripfot àe^ti&feeire eonsiliifr adttfamllàft *el taffnerifel» dotristylë téffefctti* , te tfd voW stia ffiàligna addéoerc dbpîetiftmi ex fcrabbatiis'fjubs tibi posUnodum perpetuattter deiegfc : ocre inhni lerîtalé duetas »■ qùélibdt teodo cKstrabas, dîripiâs v ant » ira* excitante ♦ dissipes. Recueil des t&stoires de France , tom. 10.

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Faibles et obscurs dans leur origine , les divers établisse-? ments de la société ne se sont étendus et affermis que par des progrès plus ou moins rapides. Les circonstances , Futilité qu'on en attendait, leur ont mérité la faveur publique et une existence légale. Plus d'une fois aussi ces espérances ont été trompées; des principes mal analysés ont produit , en se développant, des inconvénients dangereux; et pour n'en avoir pas prévu toutes les conséquences, la politique a souvent été forcée de proscrire ce qu'elle avait adopté.

Mais supposons qu'à la naissance des ordres religieux, les dépositaires de la puissance civile et ecclésiastique se fussent assemblés afin de délibérer sur cette nouvelle association , et qu'un homme savant dans la connaissance de l'avenir , ayant été admis dans ce conseil auguste, leur eût dit : Une religion sainte favorise nécessairement les . principes d'un gouvernement éclairé, et concourt au but qu'il se propose, en commençant dans le temps le bonheur qu'elle promet pour l'éternité* Vous n'avez donc rien à craindre de toute institution avouée par l'Evangile. Mi. nistres des autels, pourriez-rvous ne pas admirer des chrétiens qui , prenant pour modèles les Apôtres et les premiers disciples, pratiquent la vie commune et la désappropriation , et se vouent à la perfection , en accomplissant tous les conseils que Jésus-Christ nous a laissés. Tel est l'esprit qui les anime; voici quels en seront les effets.

C'est loin du monde , c'est au milieu des déserts que doit être placé le berceau de l'état monastique ; là va se former une source abondante de vertus qui se répandra par toute la chrétienté /pour la gloire de l'Eglise et de l'édification des peuples. Appelés aux fonctions du ministère et chargés des plus glorieuses et des plus pénibles, les moines, quit-

COSCLCSIOS. oOi

tant leur solitude, conibaltronl l'hérésie et porteront la lumière aux nations infidèle*. Par eux, les plus sauvages connaîtront Jésus-Christ ; instruits par eux, les Bretons et les Germains idolâtres adoreront un jour le même Dieu que nous, et désormais les conquêtes du christianisme seront le prix du sang de ces sélés missionnaires.

Embrasés d'une charité sans bornes, ils se partageront pour ainsi dire tous les besoins de la religion et de l'humanité. Les uns , occupés de l'instruction des fidèles , feront sans cesse retentir nos temples des vérités du salut ; d'autres iront arracher aux fers des Musulmans , les malheureuses victimes de la guerre et du commerce , et rendront à leur patrie des citoyens utiles ; d'autres se dévoueront au généreux et sublime emploi de soulager les infortunés qu'accablent à la fois les maladies et la misère ; enfin i| Tiendra des jours malheureux on , le clergé oubliant ses devoirs , le vaisseau de l'Eglise paraîtra n'être sauvé du naufrage que par leurs soins et leurs travaux. Parmi eux ■ Combien de docteurs , d'évèques et de souverains pontifes ! qui pourra compter les saints qui vivront dans les cloîtres? Ardents propagateurs de la foi , les religieux seront en même temps les bienfaiteurs des Etats. Encore quelques an- * ruées , et le colosse de la puissance romaine tombe de toutes parts. Des barbares viennent s'asseoir sur ses vastes débris, et font régner avec eux la férocité de leurs mœurs. Sous leur domination destructrice, les plus belles contrées seront frappées de stérilité; toutes les lois seront méconnues ou sans force , tous les droits violés et la société humaine sera prête à se dissoudre.

Dans ce bouleversement universel , les monastères serviront d'asile à la paix ; ceux qui auront été assez heureux pour l'y trouver , sensibles anx maux de leurs frères , occupés de les adoucir , lutteront contre l'influence d'un gouvernement absurde et s'efforceront de ramener l'ordre et la tranquillité publique. Par leur défrichement, l'agriculture est remise en honneur ; le fruit de leur sueur dévie la richesse du pauvre ; ils associent les malheureux à leur! travaux, et les couïrect d'une protection utile. Entre let

$Q$ COHCLtJgïON.

ma£ns, les lieux les plus avides se changent en habitations Fiches et agréables : du milieu des forêts s'élèvent des villes importantes, et chaque empire leur doit quelques-* unes de ses provinces.

Ainsi que nos champs, toutes les sciences seront incultes et abandonnées , et ce sont encore les moines qui défri* cberoui le domaine de l'esprit humain ; ils conserveront les monumentf et les chefs*d'GeUivres de l'antiquité. Les cloître? détiendront autant décotes où les enfants des barbares iront abjurer l'ignorance de leurs pères, et les re. Ugieux répandront également l'abondance et les lumières.

N'espérons pas cependant , qu'inaccessibles aux révolufions de la politique ? des moeurs et des opinions ? ils restent inébranlables quand tout se troublera autour d'eux. Quelquefois, oubliant leurs propres principes /ils partagèrent les fautes et les erreurs de leur siècle ; mais ils auront cet avantage qu'alors ils céderont au torrent , au lieu que le bien qu'on leur devra, ils le feront souvent seuls et toujours comme religieux.

Nous en' attestons leurs ennemis mêmes ; d'après cet exposé, dont chaque proposition vient d'être prouvée » avec quel empressement et quelle reconnaissance n'aurait-on pas apcujeiUi une institution si précieuse? Et nous parlons de l'anéantir, lorsqu'il est possible d'en accroître Futilité par une heureuse réforme) plutôt que de les réparer, nous aimons mieux renverser des monuments antiques et respectables! Quand l*Eglise manque de ministres, pourquoi 1? priver des ressources qu'elle trouve dans les monastères ? Quand de toutes parts elle est attaquée, quel moment pour abattre ses remparts et pour licencier ses troupes auxiliaires S BsUce donc pour que l'impiété marche triomphante au milieu des tombeaux des plus zélés défenseurs de la religion? Loin de nous les fanatiques qui prétendraient que sa durée dépend de celle de l'état religieux : mais nous pensons avec tous les Pères , que dette institution importe i la gloire du christianisme. Avant qu'on connût te* moines, VEgUse subsistait florissante : oui , sans doute, parce que les vertus du olojtre étaient communes parmi

C0MCÏ.US10N.

les fidèles ; et c'est un mérite de ta vie reU§ ieuee d'offrir • au» siècles le» plus corrompus l'image dei^lejdesp: chrétiens.

Nous nous flattons que bob lecteurs ua le» a plus d'oisiveté ni d'ignorance ; an les a maatrés utiles par l'ex^rcjce des fcwctîws du ministère, et par la culture des lettres saintes et profanes. Eux seuls, semblent avoia conservé le goût du siècle dernier , pour ces vastes dépota ds sejeuce et d'érudition.. Par ordre du gouvernement, Us sont chargée de l'histoire de tontes nos provinces , de la collection des historiens de France, du recueil da tontes les chartes du royaume. Ces grands et important» ouvrages, qui exigent des recherches longues et suivies, le concours, d'une multitude de coopérateiira , et qui « confiés à d'autres mains, coûteraient tant â, l'Etat, sont exécuté* avec succès par les religieux , qui , consacrant Jeura «cilles à la nation , ne lui demandent pour salaire que 4e pouvoir les continuer.

Ils sont trop riches.... On ne veut donc pas voir qu'ils jouissent à peine du tiers deshiensqu^ilsont acquis; etee tiers, nous sommes tous appelés a le partager. Nous en profitons réellement , puisque les religieux sont nos concitoyens et nos parents ; c'est comme un supplément aux fortunes particulières. Les seuls ordres riches sont ceux qui , en défrichant , ont enrichi leur pays et fait naître des peuplades qui ne subsistent aujourd'hui même que par l'emploi qu'ils font de leurs revenus (1); en, sorte qu'il, n'y a pas un

(1) Al'OMaÙQB dessecouw da toute espace qo« Issctastrasa ml donné! nm hahitaMs da Chirj, atMqaés dTaaf épidimw ensila , Paattar du Journal général ée France lait une observation judicieuse que nenf rapporterons ici, parée que nous n'avons pu la oj nous semble que ces exemples multiplies da la part" da- moines rentré, | questiuD agitée depaN si longtemps , si l'Etal. Ils consomment It

répandent, par conséquent , l'abondance dan» ce sont des preuves de.bit , qui ne ionique fwf

propriétaire dont les richesses aient une source aussi pure j et dont Fusage tourne aussi directement au bien de l'Etat.

Si * malgré tous les services de tous les genres que les religieux ont rendus, malgré ceux qu'ils rendent encore , malgré les titres les plus sacrés , qui assurent leur existence et la conservation de leurs biens, leurs adversaires, séduits par l'espérance d'un emploi plus utile, pouvaient encore solliciter leurs dépouilles , nous leur dirions : Des ordres entiers ont été anéantis sous vos yeux, quel fruit en a retiré la société ? nos terres sont-elles mieux cultivées P la dette du pauvre est-elle plus exactement acquittée ? vos patrimoines se sont-ils accrus ? Enfin nous leur dirions avec un auteur moderne : «Henri VIII, gorgé de richesses ecclésiastiques, ne s'en tiouva que plus pauvre, et deux ans après ses rapines , il fut obligé de faire banqueroute. a

Ecartons ces présages funestes : écartons l'idée d'une injuste destruction dont gémiraient à la fois les lettres, l'Etat et l'Eglise : « Tant que, disait au parlement de Paris, le 16 avril 1764, M. de Saint-Fargeau , alors avocat-général, tant que les vertus et l'esprit de leur pieux ministère subsisteront dans leur sein, les ordres religieux subsisteront eux-mêmes* Si quelque injuste préjugé s'élevait contre eux , ils trouveraient des défenseurs dans les magistrats. Nous ne craignons pas que vos cœurs désavouent l'engagement dont nous sommes ici l'organe. »

de ce qui arrive , lorsqu'on supprime des couvents dans certains endroits»' où la plus affreuse misère succède à l'aisance dont avaient joui jusqu'alors les habitants; Les pauvres trouvent des secours dans leurs aumônes constamment soutenues* Dans quelles mains pourrait-on placer leurs biens pour en Caire un meilleur usage T II est inutile d'entrer dans des détails à cet égard ; mais on peut faire toutes les suppositions qu'en voudra, ety si l'on n'est aveuglé , ni par l'intérêt personnel , ni par le préjugé , que l'on décide si» pour l'intérêt même des malheureuf , il ne vaut pas encore mieux laisser les choses telles qu'elles sont dans l'état actuel. * Affiches, Ann. et Av. div. du 25 mai 1784. '

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