TOM. JJ
yeux, pour se rappeler le souvenir des belles actions et des titres glorieux qui le rendent recomtaandable; en se rappelant ses exemples , on s'anime à marcher sur ses traces , et à imiter ses vertus.
Cependant comme vos ministres déclament , à tout moment et dans tous leurs ouvrages, contre le culte des reliqjies et des images , et que dans mes conversations avec vous f et avec plusieurs autres de votre prétendue réforme , j'ai remarqué que ces deux articles vous tiennent encore fort au cœur, j^ai cru ne devoir pas les passer sous silence. Je commence par celui des reliques.
On entend par reliques des Saints, les précieux restes de leurs corps, comme leurs ossements, ou même ce qui a servi à leur usage.
Les auteurs de Vôtre prétendue réforme et vos ministres traitent le culte de ces reliques , de culte superstitieux*, et qui ressent l'idolâtrie. Longtemps avant eux , c^est-à-dire dès le quatrième siècle , Eunomius et les partisans db son hérésie avaient fait aux catholiques ce même reproche. Mais ces hérétiques sont trop décriés par leurs extravagances et leurs obscénités , pour que vous osiez Vous greffer sut eux.
Vigilance, au commencement du cinquième siècle , a renouvelé les erreurs et les impiétés dTEunomius contre les reliques des Saints, et vos ministres n'ont pas honte de s'avouer de lui. Ils le vantent comme un homme plein de piété , et dont le mérite était bien supérieur à celui de saint Jérôme qui Pâ si solidement et si ouvertement réfuté. Mais prenez garde, Messieurs, que vos ministres en faisant cet aveu , sont obligés de convenir qu^ils ont
contre eux saint Jérôme , ee grand docteur , ce savant Père de l'Eglise, si versé non-seulement dans la science des saintes Ecritures, mais encore dans la connaissance des faits et des vérités qui intéressent la religion. Il faut encore qu'ils avouent que pas un des Pères de l'Eglise n'a pris en main la défense de Vigilance , ni reproché à saint Jérôme de l'avoir attaqué mal à propos. Car ce que les centuriateurs de Magdebpurg avancent que saint Grégoire a accusé saint Jérôme d'avoir oublié les règles de la modestie, en combattant Vigilance et ses erreurs, est absolument faux. On ne trouve rien de pareil dans les ouvrages de ce Père, et ce prétendu reproche qu'ils ont la témérité d'attribuer à saint Grégoire , sans pouvoir citer le lieu d'où il est tiré, n'est nullement de lui, mais d'Erasme dans sa préface sur les livres de saint Jérôme contre les erreurs et les hérésies de Vigilance. Or , Messieurs , je vous en fais juges : est-il croyable que dans un siècle aussi éclairé et aussi fécond en grands hommes et en sublimes génies que le cinquième , aucun ne se soit récrié contre le culte des reliques établi si ouvertement par saint Jérôme contre Vigilance , si ce culte eût été en effet , comme le prétendent vos ministrès, une innovation et un culte superstitieux et idolâtre? Remarquez encore que tous les efforts de Vigilance contre le culte des reliques , ont été entièrement inutiles : cette erreur fut éteinte presque au moment qu'elle vit le jour. Du moins est-il certain par l'histoire ecclésiastique, que, dans ce siècle et dans les suivants, on ne vit personne se déclarer pour cette erreur ? Il est au contraire certain par les différentes translations de reliques,
faites dans ce siècle et dans les suivants, que le culte des reliques ne fit alors que s'accréditer de plus en plus dans l'Eglise.
Ces réflexions ne doivent certainement pas vous prévenir en faveur de votre opinion sur le ct^lte des reliques. Ce n'est pas là cependant à quoi je veux m'en tenir. Ce n'est pas seulement par des raisons de convenance que je veux prouver ce dogme catholique ; c'est par l'autorité de l'Ecriture sainte , et par la pratique constante de toute l'Eglise.
Au reste , Messieurs , ne vous imaginez pas que le culte des reliques s'étende indifféremment à tout ce que les particuliers pourraient proposer comme de vraies reliques ; nous ne sommes tenus de révérer que celles qui sont bien et du moins reconnues pour vraies reliques; reconnues, dis-je, non par de simples particuliers, mais par les évoques, établis de Dieu pour instruire et paître le troupeau de Jésus-Christ. C'est à eux qu'appartient le droit de vérifier ces reliques , d'en dresser le procès verbal, d'en faire l'examen avec toute l'exactitude possible. Le saint concile de Trente défend expressément de » recevoir aucuns nouveaux miracles , ni aucunes nou- « velles reliques, qu'elles n'aient été préalablement « reconnues et adoptées par Tévèque, qui, conjointement « avec des théologiens habiles , et avec des personnes « pieuses , en fera l'examen, et prononcera ce qui sera « conforme à la vérité et à la piété (1 ). »
(1) Statu it sancta synodus.... nulla etiam admittenda esse nova miracula , nec novas reliquias recipiendas , nisi eodem recognoscente et approbante Episcopo , qui simul atque de iis aliquid compertum habuerit , adhibitis in concilium Theologis et al iis piis viris, ea faciat quae veriiati