ARTICLE PREMIER
Preuves tirées de F Ecriture sainte , pour établir
le culte des reliques.
Nous lisons au verset dix-neuf du treizième chapitre de l'Exode , .que Moïse , sur le point d'entrer dans la Pales* tine, transporta avec lui les ossements de Joseph (1). Nous lisons même au cinquantième chapitre de la Genèse, verset 24, que Joseph, après avoir prédit aux Israélites , que Dieu après sa mort devait les visiter , et leA mettre en possession de la terre promise, les conjura d'y transporter ses ossements (2). Et ne vous imaginez pas que ce désir de Joseph ait été un désir purement humain et naturel. Saint Paul, dans son épltre aux Hébreux , chap. 1 1 . nous assure que ce fat par esprit de foi, qu'il chargea de ce soin ses descendants (3). Nous voyons encore dans le • vingt-troisième chapitre du quatrième livre des Rois, que Josias , ce pieux roi canonisé par les livres saints , et si zélé pour détruire l'idolâtrie parmi son peuple , a néanmoins respecté et conservé précieusement les ossements des prophètes , dans ce temps^là
et pietali cousenianea judicaverit* Conc. Trid. sess. 1 5. de Sacris Imaginibus."
(1) Tulit quoque ossa Joseph secum , eô quod adjurasset filios Israël , dicens » Visitabit vos Deus : efferte ossa mea hinc vobiscum. Exod. 13 « v.19.
(2) Cùmqac adjurasset eos atque dixissct , Deus visitabit vos, asportate ossa mea vobiscum de loco isto. Gen. Lib. 24.
(5) Fide Joseph moriens de perfectione filiorum Israël, merooraUii est , et de ossibus suis manda vit. Hcb. 11. * )
LETTRES
DE
SCHEFFMACHER
<( nignité envers les siens , en sorte qu'il né laisse pas « d'avoir pour agréable leur foi , quoiqu'elle soit petite c et imparfaite , et qu'il ne leur impute pas les vices et c les défauts qui sont mêlés parmi.... Cette femme , <t poursuit Calvin , «st wpue à Christ par la conduite de « la foi , et quant -est de ce qu'elle s'est arrêtée à sa « robe , plutôt que de se présenter â lui avec prière , « pour être guérie , peut-être .que par un zèle inconsi- « déré, elle a un peu tiré hors du droit chemin même- « meut , vu que depuis après elle montre qu'elle avait « fait cela avec quelque doute et incertitude (1 ). » C'està-dire que , selon Calvin , la pensée qu'eut cette femme qu'elle serait inoonfine&t guérie, pourvu qu'elle touchât la robe de Jésus-Christ, était « un mouvement du Saint- « Esprit; » et cependant, selon lui, c'était « un zèle t inconsidéré qui la fait tirer un peu hors du droit çhe- « min ; elle aurait dû aller plutôt à Jésus-Christ tout « droit. » 11 sait l'éloge que ee divin Sauveur a fait de la foi de cette femme; et cependant, selon lui, c'était « une « foi mêlée de vice et d'erreur ; c'était certes une foi « mêlée d'un doute contraire à la foi , et que l'on ne « peut excuser. » Cestr-à-*dire,enunraot,<jueee que Jésus-Christ loue et récompense par un miracle éclatant, Calvin le blâme comme un 'acte « mêlé de vice et « d'erreur, » et même « de doute contraire à la foi, et * « que l'on ne peut excuser. » De bonne foi, Messieurs, est-il croyable qu'un homme capable de contredire si ouvertement les paroles de Jésus-Christ , et d avancer de telles extravagances , ait été suscité de Dieu d'une
(l) ld. Ibid.
■Sk
DBS RELIQUES. 11
façon extraordinaire , pour redresser l'Eglise ? Et pouvez-vous n'avoir pas pour suspecte une confession de foi, et des opinions qui vous sont données par un homme de ce caractère ?
Passons au livre des Actes des Apôtres : au cinquième chapitre, nous y oyons que l'ombre de saint Pierre guérissait les malades (1). Au dix-neuvième chapitre de ce même livre , nous remarquons que Ton portait aux malades les mouchoirs et linges qui avaient touché saint Paul , et que ces malades étaient guéris et délivrés des démons (2). Ce qu'ont pensé et fait ces premiers fidèles, disciples des Apôtres, n'est-ce pas ce que l'Eglise pense et fait de nos jours, au sujet des reliques des Saints ? L'Ecriture dit que les malades étaient guéris par l'ombre de saint Pierre, et nous autres nous disons que quelquefois on a ressenti une protection spéciale par l'attouche*ment des saintes reliques. L'un est-il plus incroyable que l'autre? Les reliques mêmes, les ossements qui sont une partie du corps des Saints, sont-elles moins précieuses, et moins dignes de vénération que l'ombre de leurs personnes ? On portait , dans la naissance du christianisme , aux malades les mpuchoirs et les linges qui avaient touehé le corps de saint Paul ; n'est-ce pas là encore précisément ce que vous nous reprochez ? Vous vous scandalisez de ce que nous avons dévotion aux reliques des Saints. Les fidèles qui portaient aux malades
(1) Ità ut veniente Petro , «altéra ambra illius obumbraret qucmquam iUoram » et tiberarentur ab iofirmitatibus suis. Act. 5.
(2) It& ut sliam super languides deferrentur à corporc ejas sudaria et semicinclia , et recedebant ab lis languorcs et spiritus nequam egredicbantur. Act. 9.
les reliques de saint Paul , et les malades auxquels on les portait , en avaient-ils moins que nous ? Ou ce qui était en eux un acte de religion et une preuve de leur foi; peut-il être en nous un acte de superstition et d'idolàtrie ? nous honorons les reliques des Saints , parce qu'elles nous rappellent le souvenir de leurs vertus , qu'elles nous animent à imiter' leurs exemples. Nous sommes persuadés qu'en honorant leurs reliques , nous nous procurons le secours de leurs prières , et que par le secours de leurs prières , nous obtenons plus facilement les grâces que nous demandons à Dieu. Dans quelle autre vue peut-on supposer que les premiers fidèles portaient aux malades , et que les malades recevaient les reliques de saint Paul ?
Ces raisonnements sont sensibles et sans réplique. Il faut cependant que je vous fasse part des réponses de Calvin, ou plutôt de rembarras où il se trouve en voulant y répondre.
A Tégard du respect que les premiers fidèles portaient à l'ombre de saint Pierre, et des miracles opérés en conséquence : « Je réponds , dit - il dans son cornet mentaire sur le texte dont il s'agit, que tout ce « que saint Luc raconte avoir été fait par gens rudes <c et ignorants de la vraie foi, il ne s'ensuit pas qu'il le « faille affirmer être du tout bon et droit. » Il ne faut pas de commentaire pour entendre le sens de ces paroles ; c'est-à-dire que , selon Calvin , les sentiments de respect des premiers fidèles envers l'ombre de saint Pierre , étaient un effet de leur « rudesse et de leur « ignorance de la vraiû foi ; » que ce qu'ils ont fait
« n'était pas du tout bon et droit. » Que pensez-vous, Messieurs , de cette réponse ? Si le respect que les premiers chrétiens avaient pour l'ombre de saint Pierre , était l'effet « de leur grossièreté , et de leur ignorance « de la vraie foi , » pourquoi les Apôtres les ont-ils laissés dans ce leur grossièreté et dans leur ignorance de a la vraie foi ? » Pourquoi ne les ont-ils pas instruits sur un point aussi important ? Si ce que les fidèles ont fait , « n'était pas du tout bon et droit , » pourquoi ces Apôtres ne les en ont-ils pas repris ? pourquoi n'ontils pas rectifié leurs démarches? pourquoi le texte sacré donne-t-il le sentiment de ces fidèles, comme une preuve de l'accroissement de la foi et de l'Evangile? De jour en jour s'augmentait, dit le texte sacré, le nom" bre des croyants , de sorte qu'on portait dans les places publiques les infirmes , et on les mettait sûr des lits et sur des grabats , afin qu'à l'arrivée de saint Pierre, F ombre de cet apôtre passât sur eux (1 ) .
Disons plus. Pourquoi Dieu a-t-il autorisé leurs sentiments par des miracles éclatants? Dieu, auteur et consommateur de la vraie foi, Dieu la vérité , la bonté, et la droiture même, peut-il avoir approuvé, par les opérations miraculeuses de sa toute-puissance , ce qui n'est pas « conforme à la vraie foi, ni du tout bon et droit ? »
Calvin a bien senti que cette réponse n'était pas de nature à satisfaire un homme qui pense et qui réfléchit.
(1) Magis autem augebatur credentium in Domino multitude* virorum acmulierum, ità ut in plateas ejicerent infirmos , et ponerent in leciulis ac grabatus, ut veniente Petro, saltem umbra illius obumbrarct quemqutm illorum , et libexarentur ab infirmitalibus suis. Act. 9.
II en annonce tint autre, selon toi, pins certaine, vous allez en juger. « Les Apôtres , dit-il , ont eu cette puis- « sanee ( d'opérer des miracles par leur ombre) pour ce
* qu'ils étaient ministres de l'Evangile ,• et pourtant « selon qu'il était bon d'avancer la foi de l'Evangile, ils « ont usé de ce don f et qui plus est , Dieu n'a point <( moins montré sa vertu en leur ombre , qu'en leur « bouche. Or tant s'en faut que es miracles desquels « les papistes babillent , il n'est rien qui approche de « cela , que plutôt toutes choses y sont contraires ; car « voici la fin à quoi 'as tendent, c'est que le monde étant « détourné de Christ ^ ait son refuge aux Saints. » Voilà des ftiôts } mais y en a-t-il un seul qui infirme le raisonnement tiré des miracles opérés par L'ombre de fcaitft Pierre? <* Tant s?en faut, dit-il , que les miracles « dortt les papistes babillent, il n'est rien qui approche
* de cela, que plutôt toutes choses y sonUcontraires. » Il le dit , mais en donne-t-rl quelque preuve ? Non. Et comment en dônnerait-H ? N'est-il pas naturel de penser, que , par la même raison que Dieu a voulu rendre respectable le ministère i et avancer la foi de l'Evangile, en opérant des miracles par Fombre de saint Pierre ; il veut encore quelquefois , dans les mêmes vues , opérer dés miracles par les reliques de ce prince des Apôtres et des autres saints. Où est la contrariété que vous annonce Calvin? Ne voyez -vous pas au contraire un rapport particulier entre les deux membres de cette proposition? Calvin ajoute que « la fin à laquelle tendent les « papistes, est que le monde étant détourné de Christ, « ait son refuge aux Saints. » Il le dit encore sans
preuve et eontre le témoignage de sa conscience. I) savait bien que nous sommes en effet bien éloignés, de penser de la sorte; nous disons au contraire que comme le respect des premiers fidèles pour l'ombre de saint Pierre, ne les a point détournés , mais le* a attachés de plus en plus à Jésus-CIrist, de même aussi le respect que nous avons pour les reliques de ces Apôtres et des autres Saints, loin de nous détourner de Jésus-Christ , ne sert qu'à nous conduire et ai nous attacher à ce divin Sauveur, ainsi que je vous l'ai expliqué ci-devautv
A l'égard des antres miracles opérés sur «eux auxquels on portait les mouchoirs et autres linges qui avaient touché le corps de saint Paul * voici la réponse de Calvin dass son commentaire strr h texte de récriture quien fait mention : « Quanta ce que Dieu a guéri « les malades par les coùvrc-ehefs même de saint Paul, « cela tendait au but que ceusr qui m l'avaient jamais « vu 1 néanmoins reçussent sa doctrfae ar-ec révérence « et humilité : doue tant plus se montrent ridicules les k papistes qui s'aident de ce passage pour Caire valoir « leurs reliques* voire comme si saint Paul avait fait por- <( ter les couvre-chefs, afin que les gens les baisassent « en l'honneur d'icelui par dévotion , comme en la pair pauté ou adore les brayes et souliers de saint Fran» « çois r la ceinture de sainte Rase, le peigne dé sainte « Marguerite , et tels autres fatras ; mais plutôt il a <( choisi les choses les plus viles , afin que le prix et le « lustre n'engendre quelque superstition; car son intente tton était d'attribuer h gloire toute entière au seul « Seigneur Jésus. »
Je ne m'arrêterai point ici aux fades railleries de Calvin. Je tous l'ai dit, dès le commencement de cette dissertation, le culte des reliques ne doit s'étendre qu'à celles qui sont bien et dûment autorisées par l'Eglise , telles que sont les précieux corps des Apôtres et des Martyrs , ou ce qui a servi à leur usage , et a de tout temps été en vénération. Si l'auteur de votre prétendue réforme eût été de bonne foi , il aurait comparé aux couvre-chefs de saint Paul, le corps même de cet Apôtre reconnu universellement dans l'Eglise pour une véritable relique. Mais un exemple si frappant ne l'accommo- > dait pas , parce qu'il faisait toucher au doigt le défaut de son raisonnement.
Y a-t-il en effet quelque liaison entre l'aveu qu'il fait, et la conséquence qu'il en veut tirer ? Il oonvient que Dieu a « guéri les malades par les couyre-chefs mêmes « de saint Paul; que cela tendait à ce but, que. ceux qui a ne l'avaient jamais vu, reçussent sa doctrine avec ré- « vérence et humilité. » Voilà l'aveu de Calvin ; voici maintenant la conséquence qu'il en tire : « Donc , tant « plus les papistes se montrent ridicules , qui s'aident de « ce passage pour faire valoir leurs reliques. » Une pareille conséquence est-elle supportable ? Ne faut-il pas au contraire raisonner de cette sorte : Dieu a guéri les malades par les couvre-chefs de saint Paul ; donc Dieu a autorisé le culte de ces couvre-chefs, qui étaient de vraies reliques , par des miracles éclatants. Le culte de ces couvre-chefs contribuait à faire recevoir la doctrine de saint Paul, avec révérence et humilité; donc ce culte et celui des reliques est louable et utile ? non su-
perstitieux et idolâtre. Je ne crains point de vous faire ici juges dans votre propre cause ; lequel de ces delà raisonnements est juste et concluant?
Calvin voudrait insinuer , que les fidèles n'avaient point de respect et de dévotion pour ces reliques de saint Paul; il n'ose cependant le dire ouvertement. Il se contente de hasarder cette proposition : « Comme si saint a Paul avait fait porter ses couvre-chefs , afin que les « gens les baisassent en l'honneur d'icelui par dévo- « tion. » Mais de bonne foi , pouvez-vous ne pas être révoltés d'une pareille idée ? Comment penser que ces fidèles regardaient ces couvre-chefs de saint Paul , comme l'instrument des guérisons miraculeuses opérées en leur faveur , et que néanmoins ils n'avaient pour eux aucun respect , m aucune dévotion ? S'ils n'avaient eu pour eux que du mépris et de l'indifférence , pourquoi était-on si curieux de les porter aux malades ? Pourquoi les malades étaient-ils eux-mêmes si empresséf S les recevoir? S'ils n'avaient pour eux que l'indifférence et du mépris, cette indifférence aurait rejaillnsur la personne même de saint Paul ; ils l'auraient traité d'imposteur , qui par ses prestiges et ses faux miracles , cherchait à les séduire; ils auraient pris de là occasion, non de recevoir, comme ils ont fait, sa doctrine, avec révérence et humilité , mais de la proscrire et de la décrier. Il est donc visible , que de quelque côté qu'on se tourne le culte des reliques est solidement établi par les guérisons miraculeuses opérées par les couvre-chefs de saint Paul, qui étaient de vraies reliques; c'est cependant delà que Calvin conclut que ce cuite est ridicule. Encore
un ©oup, qu'elle confiance doit-on avoir à gens qui rai* sonnent de la sorte ?
Mais laissons là les pitoyaWes réponses que vos ministres font aux textes de l'Ecriture , qui établissent le culte des reliques des Saints. Voyons s'ils seront plus heureux dans ceux qu'ils nous objeetent,
Jésus-Christ, disent-ils, en saint Matthieu, chap. xxiil , reproche aux Juifs de bâtir des tombeaux aux Prophètes, et d'orner les monuments dès Justes (1). Jésus«C{irist était donc bien éloigné d'autoriser le culte que Ton rend aux sépulcres et aux reliques des Saints ?
À cette objection , je réponds , ou plutôt ce sont les Pères de l'Eglise qui vont répondre. Jésus-Christ fait des reproches aux Scribes et aux Pharisiens , cela est vrai; mais ce n'est pas de ce qu'ils bâtissaient des tombeaux aux Projetés, et de ce qu'ils ornaient les monuments des justes ; c'est de ce qu'intérieurement et dans le secret oe leur cœur, ils désavouaient ces sentiments de respect et de vénération qu'ils témoignaient avoir pour la personne et la doctrine de ees Prophètes. De là le reproche d'hypocrisie que ce divin Sauveur leur fait : Malheur à vous , Scribes et Pharisiens hypocrites. On n'est hypocrite en effet qu'en couvrant un intérieur vicieux des dehors de reli gion et d'une piété affectée. Les Pharisiens en bâtissant des tombeaux, et ornant les sépulcres des Prophètes et des justes, faisaient semblant de les respecter et de «croire en leurs prophéties; voilà le dehors de piété et de religion. Cependant ils
(1) Vavobis Scribae et Pharpaei bypocrila, qui adificatis tepulchra Prophelarum , et ornatis monumenla Justorum. Mal th. 23.
if
Payaient pour les Prophètes, pour leur doctrine et leurs prophéties , que du mépris , puisque loin de croire au Messie annoncé et prédit par tés Prophètes , ils ne témoignaient au contraire pour lui que de la haine et du mépris; voilà l'intérieur vicieux. Ils condamnaient , par leur conduite extérieure, la conduite de leurs pères. Ib disaient que, s'ils avaient été de leur temps, ils n'au* raient paé mis comme eux à mort les Prophètes (1 ): Et cependant ils étaient intérieurement dans les mêmes dispositions t puisqu'ils persécutaient , et qu'ils devaient mettre à mort celui après la venue, duquel ces Prophètes avaient si longtemps soupiré ; celui dont ils avaient prédit et annoncé la grandeur; celui enfin dont ils n'avaient été que l'ombre et la figure, c'est-à-dire Jésus-Christ.
Voilà , Messieurs , le sens naturel des paroles du Satire tzr; et c'est en effet celui qu'y ont dwné les Hilaire, les Ambroise, les Jérôme, les Chrysostôme, les Théophifatcte, etc. Et il suffit de lire attentivement le texte sacré pour en être convaincu. Cela parait encore plus par la conséquence que Jésus-Christ tire de ces premières paroles» Vous servirez, dit-il, de témoins contre vous-mêmes , parce que vous êtes enfants de ceux qui ont mis à mort les Prophètes ret vous remplirez la mesure de vos pères; vous servirez de témoins contre vous-mêmes , papce qu'en ornant les sépulcres des Prophètes , et en condamnant par là vos pires qui tes ont méprisé* et persécutés, vous vous condamnez vous-mêmes , qui méprisez leurs prophéties , et
(1) Si fuissemus in diebus patram nostrorum , ion cssemus socii c&rum in sanguine Prophetarum. Haith. 23.
qui ne Voulez pas y ajouter foi. Vous vous montrez véritablement enfants de eeux qui ont mis à mort les Prophètes, et vous comblerez la mesure de vos pères, parce que autant et encore plus criminels qu'eux, vous me persécutez et vous me mettrez à mort , moi qui suis le plus grand de tous les Prophètes, moi qui suis le Messie, le désiré des nations, l'attente des Prophètes, et l'Homme- Dieu (1). Voilà, encore un coup, l'interprétation propre et naturelle des paroles de Jésus-Christ , mais interprétation qui , comme vous voyez , loin de supposer que les honneurs rendus aux tombeaux des Prophètes soient en eux-mêmes mauvais et condamnables, suppose au contraire quee'est un acte extérieur de piété , qui n'avait en soi rien que de louable , mais qui était condamnable chez eux, en ce qu'il leur servait de voile pour cacher leur hypocrisie , leurs sentiments pervers , et leur mauvais cœur.
Mais , "direz-vous , si le culte des reliques est saint et utile , pourquoi Dieu n'a-t-il pas voulu que l'on rendit un culte particulier aux reliques de Moïse ? Si quelqu'un dans l'ancienne loi a mérité d'être honoré après la mort , c'est certainement Moïse, lui qui pendant tout le cours de sa vie s'était signalé par son attachement au Seigneur , et par son zèle pour la loi ; lui qui avait donné aux siècles à venir l'exemple des plus héroïques vertus ; lui qui , comme dit l'Ecriture , n'a point eu d'égal parmi les Prophètes d'Israël. Cependant nous voyons par le
(1) Itaque testimonio estis vobis metipsis , quia filii estis eorum qui Prophetas occiderunt, et vos impiété mensuram patram vestrorum. Matth. 23.
DBS RELIQUES. 21
dernier chapitre du Deutéronome , que Dieu a pris soin lui-même de cacher tellement le lieu de sa sépulture , que personne n'en a eu connaissance (1 ). Pourquoi cela? sinon afin d'empêcher que le peuple d'Israël ne rendit un culte particulier au sépulcre et aux reliques de Moïse ; ainsi Dieu , loin d'approuver , improuve et condamne le culte des reliques. Tel est à peu près le raisonnement de Calvin dans son avertissement sur les reliques ; mais raisonnement qu'il est bien aisé de réfuter.
Car, en premier lieu, ne savez-vous pas la réflexion de Philon , Juif , à la fin de ses livres sur la vie de Moïse ? C'est, dit-il, un trait qui ne contribue pas peu à la gloire de ce Législateur d'Israël , que Dieu ait voulu qu'il fut enseveli non comme les autres par la main des hommes mortels , mais par des esprits immortels , et que le sacré dépôt de son corps reposât dans un sépulcre si admirable , qu'aucun mortel ne fût digne de l'envisager ? Dieu a donc voulu , selon la pensée de Philon , honorer par lui-même le corps de Moïse après sa mort, et nous apprendre par conséquent à honorer nous-mêmes la mémoire et le corps des Saints quand ils ne sont plus.
En second lieu , je veux bien que c'ait été de peur que le peuple d'Israël ne tombât dans la superstition et l'idolâtrie , que Dieu lui a caché le lieu de la sépulture de Moïse. Saint Chrysostôme l'a dit ; et c'est tout ce qu'on peut conclure de ce fait. Mais qu'elle est cette espèce d'idôlatrie , qui était à craindre pour le peuple d'Israël ?
(2) Mortausque est ibi Moïses seras Domini in terra Moab , jubente Domino ; et sepelivit cum in valle terrae Moab contra Phogor » et non cognovit komo sepulclirum cjus , usquc in prœscntcra dicm. Dcut.
Etait-ce précisément qu'il honorât et respectât le corps et les reliques des Saints ? Non , Messieurs , puisque Dieu par des miracles éclatants a autorisé lui-même cette espèce de culte , ainsi que je vous l'ai montré par la résurrection d'un mort, opérée miraculeusement par l'attouchement du corps d'Elisée. Ce qui était à craindre pour les Israélites, c'était qu'ils ne se continssent pas dans de justes bornes. Le texte sacré, nous apprend deux choses à cet égard, savoir : premièrement , que ce peuple était de toute part environné de nations idolâtres , accoutumées non pas à honorer seulement , mais à diviniser après la mort, les hommes qui, pendant la vie , s'étaient rendus recommandables parmi eux- Secondement , que ce peuple d'Israël était lui-même fort enclin à l'idolâtrie , puisque toute les fois qu'il faisait alliance avec les étrangers , il donnait dans leurs superstitions , et adorait leurs idoles. Il était donc à redouter que ce peuple ne se portât non-seulement à honorer , mais à diviniser Moïse, qui pendant sa vie avait opéré tant de merveilles , et qu'il ne lui déférât non-seulement un culte honoraire , tel que nous rendons aux Saints , et à leurs reliques , mais le culte suprême et les honneurs divins ; en un mot qu'il ne l'adorât comme un Dieu , et ne lui offrit des sacrifices comme il en avait offert aux idoles des nations étrangères.
Voilà l'espèce d'idolâtrie qui était à craindre de la part des Juifs , s'ils avaient vu de nombreux miracles éclater sur le tombeau de ce grand Saint. V oilà aussi pourquoi Dieu dans l'ancienne Loi a rendu plus rares les prodiges opérés par l'intercession des Saints , mais de-
{tais que ta religion chrétienne a triomphé des nations et des puissances idolâtres , depuis qu'elle s'est établit sor tes ruines du paganisme et de l'idolâtrie, a-t~on rien de semblable à redouter ? Trowera-fc-on parmi nous nn seul homtbè qui s'avise de diviniser les Saints , et de les mettrt en parallèle avec Dieu ? Je sais que vos ministres nous imputent cette extravagance f mais vous savai. ce que répondent d'un commun accord tous les catholiques , et ce que je vous ai déclaré plusieurs fois , c'est une pure calomnie avancée sans preuve. Le premier principe et la base de la religion catholique est l'unité de Dieu à qui seul sont dus les honneurs divins et le culte de latrie. Si nous honorons les Saints et lenrs reliques , ce n'est certainement pas du même culte que nous déférons à t>\eu , ce n'est au contraire qu'à cause de Dieu que nous les honorons , «t le culte que nous leur rendons , se rapporte à Dieu , et à Dieu comme en étant le premier et Je principal objet. C'est Dieu que nous honorons en les honorant , parce que nous n'honorons en eux que les dons de Dieu , parce que nous ne les honorons qu'autant et parce qu'ils ont été les serviteurs de Dieu et ses amis , et parce que Dieu lui-même les comble de gloire dans la céleste Jérusalem. Si nous honorons leurs reliques , c'est parce qu elles sont les précieux restes des corps qui ont été les temples de l'Esprit Saint , et les instruments dont le Tout-Puissant s'est servi pour faire éclater les merveilles de sa grâce *t de sa tontepuissance pendant qu'ils ont été sur la terre.
AVouez donc , nos chers frères, séparés , que ce qu'on
Ht dans l'histoire du sépnlere de Moïse , to coûtai i tous
les mortels , ne préjudicie nullement au culte que nous rendons aux Saints et à leurs reliques ^ et que , tu l'impuissance de détruire les preuves solides que ses livres saints nous fournissent pour établir ce culte , nonseulement on ne peut pas l'accuser de superstition et d'idolàtrie ; mais on doit encore le reconnaître pour saint ^et fondé sur la parole de Dieu même.
article n.
Preuve tirée de la constante pratique et de la tradition de V Eglise , en faveur du culte des reliques des Saints*
< Il faut vouloir douter de tout , Messieurs , pour ne
pas voir le culte des reliques établi par la pratique et la tradition constante de PEglise : soit que nous parcourions les ouvrages des Pères , soit que nous consultions les actes des conciles et les plus anciens historiens ecclésiastiques, tout concourt à prouver ce dogme de notre foi. Je commence par les ouvrages des Pères. S. Athanase dont la sainteté et le zèle pour la foi sont si connus , et S. Jérôme, ce docteur si versé dans la connaissance des usages et des maximes du christianisme , parlent tous deux du manteau de S. Paul , hermite. Le premier, en son Livre de la vie de S. Antoine, rappelle « un héritage « précieux qui rappelle le souvenir des vertus admira- « blés de ce saint anachorète et qui excite à les imî- « ter (1 ). »
(1) Legatarius Àntonii benedicti , qui tritum palliam cam melote împerio ejus meruerat accîpcrc, Antonium in Antonii muncribus amplcc-
* DES REUQUES. 25
L'autre dît , en son Livre de la vie de S. Paul, ermite, que S. Antoine avait pour ce précieux dépôt une si grande vénération , < qu'il ne s'en servait que dans les « jours de Tannée les plus solennels , comme à Pâques « et à la Pentecôte (1). »
S. Basile, une des plus brillantes lumières de l'Eglise grecque , révère comme précieuses les reliques des Martyrs, et il leur donne le nom « de forteresses qui mette tent les villes à l'abri des incursions de l'ennemi (2). •
S. Grégoire deNysse, en son discours sur Théodore, martyr, assure que le corps de ce Saint était « un monn- « ment précieux , qui par vénération avait été placé dans « un lieu auguste et sacré (3). »
S. Grégoire de Nazianze, en son premier discours contre Julien, fait des reproches à cet apostat , « de ce a qu'honorant les statues des faux dieux , il ne voulait « pas honorer, et méprisait même les corps des mar- « tyrs (4). »
tîtur, et tanquam magnâ bsereditate dilatas Iaetanter per veslimentum recordatur imaginent sanclitatis. S* Athan. in vitâ. B. Ântonii.
(f ) Diebus solemnibus Pascbœ et Pentecostes temper PaoU taoicà vestitus est. S. Hier, in vitâ Beati Paali eremits.
(2) Hi siint , qui nostram regionem administrant, et vcluti tarres quidam cohasrentés securitatem ab bostium incursu oohibeot , non uno loco se iocladentes y sed multis jam locis hospites facti, et maltas patrtat «ornantes. S. Bas. orat. in 4 martyres.
(3) Corpus venerandum (Theodori) et immaculatnm ipsias (animas ) instramentum cum malto bonore , et cam coltu composîtum atquo ornatum., in aagusto sacroque loço situm est. S. Greg. Nysscnus , oratione in Tlieodornm.
(4) fiaec (Sanctoram corpora) non colis , sed contemnis et aspernaris « qulHerculisrogum. *s calamitate, injuriisqaê mulieribus illatîs excitatum admiraris. S. Greg. Nazianz. orat. i in Julianum. .
S. Cyrille , évêqùe de Jérusalem /en sa dix-septième catéchèse t prouve par Péxemple da mort ressuscité stir le tombeau du prophète Elisée , l'utilité du culte des reliques. (1) S. Chrysosttone , en son sermon des saints Jùvence et Maxime , fait l'éloge de ceux qui par esprit de piété avaient , au péril de leur vie , ramassé les reliques des corps de S. JuVence et de S. Maximfc ; ef ensuite il exhorte à aller sur leurs tombeaux , et à honorer leurs reliques afin «Fobtenir par l'intercession de ces Saints , les bénédictions du ciel.
Joignons à ces Pères grecs le suffrage des Pères latins : S. Ambroise en son quafre-vitigt dix-huitième sermon , faisant l'éloge des SS. Nazaire et Gelse , s1étend beaucoup sur la solidité et la qualité du culte que Ton rend aux reliques des Saints. Il expose même nettement en quoi consiste ce culte , ainsi que nous le verrons dans un moment. Saint Maxime prononce que les martyrs sont à honorer avec une vraie dévotion , et surtout ceux dont nous possédons les reliques (2). Tout le monde sait avec quel zèle et quelle force saint Jérôme à soutenu cet article de nôtre croyance contre Vigilance. Que n'a pas dit pareillement safjnt Augustin , en parlant des reliques de saint Etienne ? Que de miracles ne rapporte-t-il pas opérés par son intercession , dans son livre
(1) Ut autém non solùm anima Çianctorum honoretur, cfedaturque quôd etiam in corpoiïbus mortaorum inest virtus seu potentia jacens , in sepulcro Eiisaei mortuus , mortuumque Prophetae corpus attingens , vivificatus est. S. Cyrilltis Jeros. Catechesi 17*
(2) Cuncli martyres devotissimé percoïendi sunt s sed ii praecipui vénéra ndi surit à notis , quoram relliquias possidemuil 6, Maximus in Sermone de Octavio Adventore et Solutore.
XXII de la «cité 4e Dieu , chapitre 8 ? Je ne finirais pas , si je foulais recueillir iei tant oe que nous ont transmis , à ce sujet , les Pères et les docteurs de l'Eglise. . Je passe aux aneiens conciles qui ont traité de ee même sujet : je pourra» vous citer celui de Gangres , tenu au commencement du quatrième siècle , qui prononce anathème contre ceux qui avaient de l'aversion et du mépris pour les lieux où reposent les reliques des martyrs : en Afrique, le concile de Carthage , tenu en Tan 368 , qui ordonne de détruire les autels érigés en certains lieux , lorsqu'il n'était pas constant qu'il y eût eu le corps , ou les reliques des martyrs , et cela crainte de superstition , c'est-à-dire , crainte que l'on n'honorât comme le tombeau d'un martyr , celui qui ne le serait pas en effet. £n Espace , le concile de Bragues , tenu en Tan 675 , qui prescrit le respect ci la vénération avec laquelle on doit porter ks châsses oà reposent les reliques des martyrs. En Allemagne , le concile de Mayence , tenu en 813 , qui % dans le canon 36, ordonne de faire la fête des martyrs et confesseurs , dont les saints corps reposent dans les paroisses (1), et qui , dans le 51e défend de transférer les corps des Saints d'un lieu à un autre , sans la permission de l'évèqoe et du concU*} ce qui est une preuve constante du respect et dé la vénération que Ton avait , et que l'on doit avoir pour les reliques. Je pourrais Vous en citer encore plusieurs autres + mais je me borne au seeoad concile de Nieée,
(1) Illas feslivilates martyrum vel eonfessorum obeemre decrevimus , quorum in unaquaqae Parochiâ sancta corpora requiescunî. Concil. Mo* gont.Can. 31.
concile général composé de trois cent cinquante évêques , tenu en 787. Il appelle les reliques des fontaines salutaires d'où découlent des bienfaits particuliers , en plusieurs manières (1 )•
Faut-il encore tous produire le témoignage des historiens ecclésiastiques ? J'y consens volontiers. Que de nouvelles preuves se présentent à nous : je vous ai déjà cité le monument le plus précieux de l'histoire ecclésias* tique, les Actes des Apôtres. On y voit les premiers chrétiens favorisés de grâces particulières et de guérisons miraculeuses opérées par l'ombre de saint Pierre, et par les linges qui avaient touché le corps de saint Paul. Ruffin, au vingt-huitième chapitre de son onzième livre, fait mention des reliques de saint Jean-Baptiste à Alexandrie, soustraites par le zèle et la piété des fidèles à la fumeur des païens qui , du temps de Julien , voulaient les brûler. Eusèbe , dans le septième livre de son Histoire ecclésiastique, chapitre 14, rapporte que la chair de saint Jacques , apôtre , et évèque de Jérusalem , avait été conservée précieusement et avec respect , jusqu'au temps où il écrivait son histoire. Le* ossements de saint Ignace , qui a vécu du temps des apôtres , furent transportés honorablement de Rome en la ville d'Antioche , et on les déposa dans une châsse , comme un trésor inestimable ; ce fait est extrait des actes de son martyre, laissé en écrit par ses propres disciples, Eusèbe rapporte encore la lettre de l'Eglise de Smyrne , qui. atteste que le
(1) SaWator noster Cbristus fontes anlutares , Sanctorum reliquias nobis reliquit , multis modis bénéficia fandentes. Concil. Nîcan. 2.
DES REUQUBS. Î9
même honneur a été rendu aux reliques de St. Polycarpe , disciple de saint Jean. Voici les paroles de cette lettre : <( Nous ayons recueilli et conservé , comme il convec nait, les ossements de saint Polycarpe , qui nous sont a plus chers que les perles les plus précieuses ; et , « dans le même lieu où elles sont placées , nous tien- « drons nos assemblées solennelles de piété , et surtout « le jour de son martyre. » Saint Jérôme , dans son livre des écrivains ecclésiastiques , rapporte que le grand Constantin fit transporter à Gonstantinople les reliques de saint André , de saint Luc et de Timothée ; et Sozomène , au dernier chapitre du premier livre de son histoire , ajoute que le grand Constantin fit bâtir un temple où étaient les reliques des Apôtres , afin que les empereurs et les Evèques ne fussent jamais sans reliques. Saint Chrysostôrûe fait mention de la translation des reliques de saint Babylas ; et Sozomène , en son cinquième livre, chapitre XVIII et XIX, raconte avec quelle pompe et quelle appareil se fit cette cérémonie ; loin que dans ces sortes de translations , les peuples donnassent dans la superstition et l'idolâtrie , ils la détestaient au contraire publiquement et de la manière la plus authentique , en chantant ces paroles du psaume XCVI , verset if. Que ceux-là soient confondus qui adorent les faux dieux ^t qui se glorifient dans leurs idoles (1). Combien Vautres auteurs , également respectables , font mention de l'invention et de la translation des reliques
(1) Confandantur omnes qui adorant sculptilia, et qui gloriantur in simulacre suis. Psal, 96. 7.
de saint Etienne , et des miracles opérés à cette occasion? Tels sont Nicéphore , Marcellin, etc.
En un mot , parcourez vous-mêmes, Messieurs , les monuments les plus authentiques de l'antiquité , et tous verrez que je passe sous silenee une infinité de traits qui prouvent invinciblement le culte des Saints et de leurs reliques.
Ajoutons à ces témoignages les aveux formels de deux de vos plus fameux ministres. Daillé , dans son livre de l'objet du culte religieux , livre premier, huitième chapitre , dit que « Saint Grégoire de Nazianze a suivi la « coutume de son siècle (qui était le quatrième); où « déjà l'usage public et solennel était de baiser les re- « liques des Saints , et de les vénérer. »
Bkradel de Sybill., en son second livre, chapitre 36, page 304, s'exprime ainsi : « Quelle fut la solennité du « transport des reliques du prophète Samuel , amenées « de la Palestine à Con&tantînople. Tous les évèqucs « (du quatrième siècle), nous dit saint Jérôme , les ont « portées dans la soie et un vase d'or, etc. Les peuples « de toutes les églises sont venus au-devant , et comme h s'ils eussent vu le prophète Samuel présent et vivant , « ils les eut reçues avec tant de joie , que le concours « du peuple se joignait depuis la Palestine jusqu'à Cal- « oédoine, et raisonnait d'une voix à liMouange de « Christ. » ^
Reprenons maintenant notre raisonnement. Par où peut-on connaître quel a été constamment le sentiment de la primitive Eglise , sinon par la doctrine des Pères , par les actes des conciles , et par les monuments de
l'histoire ecclésiastique ? Or , vous venez de le remarquer , les Pères , les conciles , les histoires ecclésiastiques concourent également à établir le culte «les reliques , on ne peut donc pas dire que ce culte ait été inconnu dans les premiers siècles. Parles Actes des Apôtres, il demeure constant qu'il était en usage parmi les premiers chrétiens qui avaient du respect et de la confiance à l'ombre de saint Pierre , et aux linges qui avaient touché le corps de saint Paul. Par les actes du martyre de saint Ignace, dont fait mention Eusèbe, et qui , suivant cet historien , nous ont été donnés par les disciples même 9e ce grand saint , il est certain qu'au commencement du second siècle, les fidèles ont honoré les reliques de saint Ignace. La lettre de l'Eglise de Smyrne , rapportée par le même Eusèbe , nous atteste pareillement l'honneur rendu par les fidèles aux reliques de saint PoJyoarpe. La translation des reliques de saint André , de saint Luc et de Timothée , faite par le grand Constantin , est attestée par saint Jérôme et Sozomène ; il est donc clair que , dès le commencement do quatrième siècle , le culte des reliques était profondément gravé dans le cœur des fidèles. Ce siècle et les postérieurs nous donnent encore plus fréquemment des preuves de ee pieux usage. Tous les Pères, d'ailleurs , que je vous al cités pour garants de l'ancienneté de cette coutume , sont tous des premiers siècles ; et de tous les conciles dont je vous ai produit les témoignages , le plus récent est du huitième ou neuvième. Direz-vous que les premiers chrétiens , les Pères et les conciles des premiers siècles ont donné dans la superstition et l'ido-
latrie ? Quoi ! les premiers chrétiens, les Pères de la primitive Eglise , les Athanase , tes Cyrille de Jérusalem , les Grégoire de Nazianze , les Chrysostôme , les Ambroise , les Maxime , les Augustin , ces grandes et respectables lumières de l'Eglise grecque et latine, ont donné dans Terreur et la superstition. Quoi ! tant de conciles tenus dans les différentes, parties du monde, ont embrassé et enseigné une doctrine pleine de superstition et d'idolâtrie ! Cest comme si ?ous disiez que les plus grands saints et les plus zélés défenseurs de la foi en ont été les ennemis déclarés ; comme si vous disiez qu'il n'y a jamais eu de vraie Eglise avant vous : cela ne faitil pas horreur ?
Reconnaissez-donc, Messieurs , l'erreur dans laquelle vos ministres veulent vous entraîner , et au lieu de regarder le culte des Saints et de leur reliques comme une innovation et comme un culte superstitieux et idolâtre, ayouez de bonne foi ; ce culte est , ainsi que je vous l'ai prouvé , aussi ancien que la religion ; il est autorisé par la tradition et la pratique constante de l'Eglise, et fondé sur la parole de Dieu ; c'est donc un culte louable , saint et utile.
Mais qu'honorons-nous en honorant les reliques des Saints? Ce n'est pas moi , c'est saint Ambroise qui va répondre, c Nous honorons, dit-il en son sermon sur «• les saints Nazaire et Celse, nous honorons dans la « chair d'un martyr , les cicatrices qu'il a reçues pour (( la défense du nom de Jésus. Nous honorons la mé- « moire d'un saint qui vivra éternellement dans l'esprit « des fidèles par le souvenir de ses vertus. Nous heno-
c rons des cendres consacrées par la confession que le c généreux martyr a fait de Jésus. Nous honorons dans c ces cendres la semence d'une éternité bienheureuse. « Nous honorons un corps qui nous a montré à aimer « Dieu , et qui nous a appris à ne pas craindre la mort « quand il s'agit des intérêts de Notre Seigneur. Pour- > « quoi les fidèles n'honoreraient-ils pas un corps que « tes démons eux-mêmes sont forcés de révérer et de « glorifier dans le sépulcre, après l'avoir fait succom- « ber sous le poids des supplices (1). J'honore , conti- « nue ce Père dans ce même sermon , j'honore un corps « que Jésus-Christ a honoré de la couronne du mar- * « tyre, et qui régnera à jamais dans le ciel avec ce divin u Sauveur (2). », Voilà, Messieurs, en deux mots, ce que nous honorons ; en honorant les reliques d'un martyr , nous honorons un corps qui a été immolé et sacrifié pour avoir constamment et ouvertement refusé d'offrir de l'encens aux idoles , et pour avoir , en présence des rois et des empereurs païens et idolâtres , confessé (5ar l'effusion de son sang Dieu à qui seul est dû le culte suprême de latrie. Qu'y a-t-il en cela qui ressente, ou plutôt qui ne condamne ouvertement la superstition et Tidolâtrie ?
(1) Hoooro in carnejmartyris exceptas pro Christi nomine cicatrices* Honoro per confessionem Domini sacratos cioeres. Honoro in cineribus semina seternitatis. Honoro corpus quod mihi Dominum meum ostendit diligere, mortem docuit non timere : cor autem non honorent corpus illud fidèles, quod reverentut etdaemones, quod et aflliierunt in supplicio, sed glorificant in sepulchro. S. Ambr. Serm. in SS. Nazar. et Cela.
(S) Honoro itaque corpus quod Christus honoravit in gladio , quod cum ChritfQ regnabit in Cœlo Id. Ibid,
TOtt« IT. 3 h