ARTICLE II
Le culte des images établi et prouve' par la pratique constante de V Eglise.
On ne peut pas disconvenir que depuis le sixième siècle, l'usage ait été non-seulement d'avoir des images , mais encore de les placer dans nos églises , et de les honorer. C'est un fait constant , et dont vos ministres eux-mêmes ne disconviennent pas. Ils ne tentent d'en exempter que les cinq premiers siècles. « Notons , dit « Calvin dans son premier livre d'Institution , cha- « pitre 11 , n. 13 , notons que par l'espace de cinq « cents ans ou environ , du temps que la chrétienté « était en sa vigueur, et qu'il y avait plus grande put reté de doctrine , les temples des chrétiens ont com- <( munément été nets et exemptés de telles souillures. » ( C'est ainsi qu'il appelle les images. ) t Ainsi > conti- < nue-t-il , depuis que le ministère de l'Eglise s'est c abâtardi , on s'est avisé de forger des images pour « orner les temples. »
Il serait donc inutile de s'arrêter à prouver ce qui n'est point contesté ; mais qu'il me soit permis de faire une réflexion toute simple et toute naturelle sur cet aveu. Croyez-vous , Messieurs , que , comme dit Calvin , depuis le sixième siècle , « le ministère de l'Eglise ait « été abâtardi , » et que depuis ce temps , jusqu'à votre prétendue réforme , elle ait été dans l'erreur et dans l'idolâtrie ? Vous devriez le croire dans vos principes , puisque vous prétendez que , pendant tout ce temps ,
l'Eglise a adopté le culte des images qui est, selon vous, un culte superstitieux et idolâtre. Mais si tous le croyez , il faut conséquemment que vous disiez que , depuis le sixième siècle , « le ministère de l'Eglise s'étant « abâtardi , » et l'Eglise ayant embrassé la superstition et l'idolâtrie , il n'y a point eu de vraie Eglise jusqu'au temps de votre prétendue réforme , et que pendant tout ce long intervalle de temps , c'est-à-dire pendant huit ou neuf cents ans , il n'y a eu que mort et damnation , puisque , selon vos propres termes , « hors de l'Eglise « il n'y a que damnation et mort. » Sentez-vous , Messieurs , l'absurdité de ces conséquences ?
Je n'en demeure pas là. Je remarque que Calvin dans l'aveu qu'il fait , n'ose pas nier absolument qu'il y ait ou des images dans les temples des chrétiens pendant les cinq premiers siècles. Il dit seulement que communément , ils en étaient exempts : expression qui fait entendre que cet usage , quoique moins commun alors que dans les siècles postérieurs , était néanmoins dèslors introduit , au moins dans certaines Eglises. Datllé, également intéressé à combattre cet usage , n'ose cependant en reculer l'époque , comme son maître, jusqu'après le cinquième siècle. Il convient , dans son Trajté des Images , livre troisième , que , « vers la fin du quatrième « siècle , on commença d'introduire des images dans les « églises de quelques chrétiens. » Ce sont ses propres paroles : il est vrai que l'un et l'autre ajoutent que c'était pour y servir d'ornement, et non par respect et vénération pour ces images. Ont-ils droit de faire cette restriction ? Nous l'examinerons dans la suite.
Mais pour le moment présent , profitons de leur aveu , et développons les conséquences naturelles qui en résultent. Les cinq premiers siècles sont le temps « où la . « chrétienté a été dans sa vigueur , et où il y a eu une « plus grande pureté de doctrine. » Calvin le déclare en termes formels : <r Ç'ont été les siècles lumineux de « l'Eglise , » dit Banage : C'est donc dans « les siècles <( lumineux de l'Eglise , et dans le temps dû la chré- « tlenté était dans sa vigueur , et où il y a eu plus « grande pureté de doctrine , qu'on a commencé d'in- « troduire les images dans les églises des chrétiens. » Donc alors on croyait qu'il était bon et utile d'y en avoir ; car il n'est pas possible de se persuader que dans « les siècles lumineux de l'Eglise , » on ait ignoré ce qui était bon ou mauvais , encore moins dans ce temps lumineux , et où il y avait une plus grande pureté de doctrine , on ait voulu introduire un usage mauvais , qui aurait donné une atteinte mortelle à la religion et au culte du vrai Dieu. Donc on croyait alors , et on doit encore aujourd'hui croire que c'est un usage utile , et an le croyant , on croit ce que l'on a cru dès les premiers siècles où la chrétienté, selon vos ministres , était dans sa vigueur. Ces conséquences sont claires et évidentes , mais cela posé, que deviennent presque tous les raisonnements de vos ministres , fondés uniquement sur cette supposition , que la coutume d'avoir des images dans l'Eglise est une innovation et un abus proscrit par la loi de Dieu, et renouvellent l'idolâtrie et la superstition dans le sein du christianisme? .
Ces images , disent Calvin et vos ministres , n'ont été
placées alors dans les églises que pour servir d'orne»» ment. Mais je tous le demande , Messieurs , peut-on regarder comme un ornement du lieu saint , ce que Ton croit être un moyen propre à abâtardir le ministère de l'Église , à détruire le culte du frai Dieu , et à Renouveler l'idolâtrie ? Peut-on regarder comme ornement de l'Eglise ce qu'on regarde cootae propre à causer de si mauvais effets ? Il faut donc que , dans ces siècles lumineux et où il y a eu plus grande pureté de doctrine , on ait eu des images une idée différente de celle que vous en avez.
Ce n'est pas assez d'avoir combattu vos ministres par leurs propres aveux et leurs contradictions , il faut encore les attaquer par l'autorité de tout ce qu'il y a dé plus respectable dans l'antiquité. Les Justin, les Tertullien , les Minutius Félix , les O ri gène , les Eusèbe , les Damase , les Basile , les Grégoire de Nazianze et de Nysse , les Ambroîse , les Prudence , les Paulin , les Ghrysostôme , les Augustin , voilà certainement ceux qui ont fleuri dans ces hçureux temps où , selon vos ministres , « la chrétienté était en sa vigueur, et où il y « a eu plus grande pureté de doctrine. » On peut même ajouter qu'ils sont , pour la plupart , du nombre de ceux dont Dieu s'est servi pour conserver le précieux dépôt de la foi,, et la pureté de la doctrine. On ne peut donc ' pas les soupçonner d'avoir voulu innover et introduire un usage et un culte superstitieux et idolâtre : or tous ces Pères font mention des images , et en attestent l'antiquité. Saint Justin*, dans son dialogue avec Triphon contre les Juifs , décrit la forme que l'on donnait aux
croix de son temps , et il dit qu'on la montrait aux incrédules pour leur condamnation (1). Tertullien , dans son livre de la Pudicité , chapitre 7 , rapporte que la coutume était de représenter sur les calices Jésus-Christ sous laTforme du bon pasteur , rapportant sur ses épaules au bercail la brebis égarée (2). Ce même Tertullien , ainsi que Minutius Fdjx , dans leur apologie , répondent à l'objection que les Gentils faisaient aux chrétiens de prier devant les croix de bois : d'où M est naturel de . conclure que , du temps , et même avant ces deux auteurs, c'est-à-dire dès le second siècle , on priait, comme Ton prie encore aujourd'hui , devant l'image de Jésus- Christ immolé sur la croix pour le salut du genre hutaain. Origène, en sa siitème homélie sur l'Exode, dit que l'image de la croix a la vertu de faire trembler et de mettre en fuite les démons (3). Le pape Damase, dans la vie du pape Sylvestre , rapporte que le grand Constantin avait placé , dans l'église où il avait eu le bonheur de recevoir le saint baptême , plusieurs statues d'or et d'argent , et entre autres , uqc de Jésus-Christ , et une de saint Jean-Baptiste. Saint Basile congratule un peintre d'avoir mieux exprimé aveo son pinceau le martyre de Barlaani qu'il ne l'avait pu faire lui-même par ses paroles (4),
(1) Iocredulis autem eadem figura adinteritum , condemnalionemque praeferetur.
(2) Ubi est o vis perdita à Domino requis ita , et humeris ejus revecta. ÏVdotedant ipsâe picturae calicum vestrorum , si tcI in iliis perlucebit interpretatio pecudis illius.
(3) Timor et tremor cadunt super nos (daemones) cùm signum in vobis videriat crucis fideliter fixum.
(4) Video mtnnj ad ignem Iuctam , exactiùs î vobis dcscripiara. Video
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Saint Grégoire de Nj*se raconte qu'il se sentait to» ctaé jusqu'aux larmes , en considérant l'image d'Isaac , courbant sa tête sous le glaive de son père Abraham (1 ).
Dans la liturgie de saint Chrysostôme ]', il est fait mention de l'image de Jésus -Christ placée dans le Temple , à laquelle le prêtre fait une inclination.
Consultons encore les auteursde l'Histoire Ecclésiastique. Commençons par Eusèbe de Césarée ; dans le liyre septième de son Histoire , chapitre 1 4 , il fait mention d'une statue que la femme de l'Evangile , affligée, depuis douze ans, d'une perte de sang, avait fait ériger en l'honneur de Jésus-Christ qui l'avait miraculeusement guérie : il rapporte qu'au pied de cette statue croissait une espèce d'herbe inconnue, qui ayant atteint le bas de la robe de la statue, avait la vertu de guérir toutes mrtes de ntaladies ; il assure qu'il l'avait vue de ses propres yeux. Il ajoute encore avoir vu pareillement les images des apôtres saint Pierre et saint Paul , et de Jésus-Christ , qu'on conservait , et pour lesquelles on avait un vrai respect (2).
Sozomène , au. cinquième livre de son histoire , chapitre 20 , rapporte qu'elle était encore subsistante du
luctatorem vestra imagine illustriùs depictum. S. Basil. Oralione insancli Barlaam martyrium.
(1) Sœpenumero miserabiiis hujoa reî ànaginem in piotnra yidi , nec absque lacrymis praeterii spectaculum , adeo perspicué atque évidente!* an pingendi oculis rem gestam subjecit. S. Greg. Nyss. Oratione de Filii et Spiritùs Sanctî divin.
(2) Nos Pétri et Pauli apostolorum , et Chris* etiam fpsios imagines in picturis colorum varietate «pressas y consertatasque aspexerimu*. Lib. 7. Hist. Eccl. cap. 14. •
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temps de Julien P Apostat (1)» Nicépbore , dans sou dixième livre , chapitre 30 , fait mention de ce même fait , et ajoute qu'on avait pour cette image une vénéra-:, tion particulière (2). Astérius , évêque d'Amasée , en parle aussi dans £on homélie sur la femme malade d'une perte de san$t Peut-on douter d'un fait certifié par tant et de si grates auteurs ?
Nous lisons encore dans Nicépbore , que sainte Pulchérie , associée au gouvernement de l'empire par Théodose son frère , avait fait construire une église dans laquelle elle plaça une image de la sainte Vierge , qui , selon ce même auteur , passait , suivant la tradition des anciens , pour être l'ouvrage de saint Luc (3). Quelques auteurs prétendent que c* fut l'impératrice Eudoxie qui en fit présent à sainte Pulchérie , en signe de l'étroite union qui régnait entre ces deux princesses. ^
En voilà certainement plus qu'il n'en faut pour démontrer non-seulement la fausseté de ce que vos ministres ont osé avancer, que dans les quatre et cinq premiers siècles, l'usage et le culte des image» était inconnu, mais encore pour en prouver la solidité et l'utilité.
(1) Gùmcertior factus esset (Julianus) Caesareae Philippi (estea quidcm Urbs Phaeniciae ) quam Panca&em vocant ,* praeclaram esse Christi statuam, quam mulier, quœ sanguinis profluvio laborabat, cùm esset morbo liberata, ibi collocaverat, eam deturbavit, suamqùein ejus loco posuit. Sosom. lib. 5. c. 20.
(2) Mulier illa quae sanguinis fluxu laboraverat , praeclaram ex aère Ghristo erexit statuam.... ad hujus pedes herba nataest » quae praesentissimum aegritudinum omnium , potissimum verô labidi morbi remedium... statuam autem Christi enrisliani tumin Diaconicum translulèrunt » et honoratiore loco positam cultu convenienti proseculi sunt. Niceph. Hjstori$ sua; Hb. 10. cap. 50. — (3) Niceph. Hb. 14. Hîst: ecçl; cap. 2.
Car enfin si c'était un culte superstitieux et idolâtre ; comme le prétendent vos ministres , ou même s'il n'était pas bon et utile , saint Luc , inspiré de Dieu pour écrire l'Evangile ,.eùt-il mis entre les mains des nouveaux prosélytes de l'Evangile , l'image de Marie ? Les premiers fidèles auraient-ils été si curieux d'avoir des images de Jésus-Christ , de saint Pierre et de saint Paul ? Est-il croyable que dans ce premier temps , où l'idolâtrie était si en vogue , et par conséquent beaucoup plus à craindre que de nos jours , les Apôtres et les Pères de l'Eglise n'auraient pas ôté des mains et de devant les yeux de leurs néophytes ces images, si elles eussent été pour eux un sujet de scandale et une occasion de retomber dans Pidolàtrie ? Est-il croyable que , par leurs exemples et par leurs écrits , ils en eussent eux-mêmes autorisé et recommandé l'usage ?
Vos ministres ne pouvant contesta* des faits attestés par tant et de si graves auteurs , ont enfin avoué que , dès les premiers siècles de l'Eglise , il y a eu des images , et même que l'usage en a été toléré , et qu'il le peut être en tant qu'elles servent à rappeler le souvenir de certaines histoires et de certains traits de la vie de Jésus- Christ et des Saints ; mais que de là il ne faut pas conclure que Ton doit les placer dans les églises. Tel est l'aveu qu'est forcé de faire Calvin au douiième chapitre du premier livre de son Institution , n. 12.
Mais , en premier lieu , n'est-il pas vrai que c'est
surtout dans les églises , et quand il s'agit de prier le
Seigneur, qu'il faut se rappeler le souvenir de certaines
histoires rapportées dans l'Ecriture , et de certains faits
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de la vie de Jésus-Christ et des Saints , propres à ranintetf notre ferveur et notre dévotion ? C'est donc surtout et principalement dans les églises et dans les lieux destinés à la prière (, qu'on doit placer les images.
fin secondMeti, il est certain que le grand Constantin, au eommence&i&ût du quatrième siècle ^ fit placer des imagée dans plusieurs églises* Ce fait , comme vous venet de le voir, est tellement constaté * qu'il n'y a pas mèfétk de lé contester* On ne peut pas d'ailleurs supposer avec quelque vraisemblance* qu'en cela ce religieux empereur *U voulu contrevenir au sentiment des Pères de l'Eglise , pour lesquels il fit paraître tant de respect et de déférence dans le concile de NictSe, Il faut donc que , dès le temps de Constantin , c'est-à-dire dès le commencement du quatrième siècle , les Pères fussent persuadés qu'il était bon et utile d'avoir et de placer dans les églises des images. On ae peut pas non plus supposer que ces grands *évèques qui , sous le règne de cet empereur* montrèrent tant de zèle pour la cause de Dieu «t les intérêts de la religion > aient voulu introduire un usage proscrit et réprouvé par tours prédécesseurs. Il faut donc encore convenir que, dans le siècle précédent * eVst~à<Klire dans le troisième siècle » o» pensait également , comme dans le quatrième , qu'y est bon et utile de placer des images dans les églises , et cela revient parfaitement à ce que dit Tertidlien , que de son temps , «'est-à-dire dès le commencement du troisième siècle, l1usage ^tait de représenter sur les calices qui ne servent que (Unis Péglise , Jésus-Christ sous la forme du bon Pastear ,, rapportant sur ses épaules au bercail
la brebis égarée ; faisant insuite , au sujet des Pères du second et du troisième siècle , le même raisonnement qie je riens de faire au sujet de toeui du quatrième siècle , i faut dire qu'on ne peut fes accuser d'avoir innové > ni 4e s'être écartés de la doctrine de leurs pères , et que conséquemment c'est des Apôtres qu'est venue h persuasion où ils étaient qu*ît est bon et utile d'avoir et de placer des images dans les égfises.
Il faut que je vous communique encore l'aveu feit par lés centurlateurs de Magdefoourg , auteurs qui ne vous doivent pas être suspects , puisqu'ils sont , comme Vous, ennemis déclarés des images. Dans la troisième Centurie , chapitre 6 , ik conviennent que, selon Ter- UiTTien , les chrétiens avaient Pimage de la croix dans les lieux de leurs assemblées et dans leurs maisons particulières ; que c'est sur cet usage qu'est fondé le reprocbe que les païens leur faisaient d'être les religieux de la croix. Ils auraient pu ajouter que Tertuftien se fait bonheur de ce reproche , et qu'il donne là raison pour laquelle on honorait la croix : savoir, que c'est un bois qui leur était avantageux (1). Ils auraient encore pu rapporter cet autre passage du même Père , en son livre de la Couronne du soldat , chapitre 3 : « Nous faisons le <( signe de la croix sur le front, toutes les fois que « nous entrons dans la maison j ou que nous en sor- « tons ; toutes les fois que nous prenons ou quittons nos « habits , que nous allons aux bains , ou que nous alluu mous de la lumière, que nous nous mettons à table ,
• (1) Sod «t qoî erooîi «os «digitat* putaft , conscatoneot erit noater • cùm >igimmaiiqttod prof iliâtar.Apol. cap. tf.
« au lit , ou que nous nous asseyons, soit pour nous c «reposer, soit pour converser (1). »
Enfin , s'ils eussent voulu* donner une idée exacte des sentiments et des usages de la primitive Eglise , ils n'auraient pas omis que ce Père , comme aussi saint Basile , ont attesté formellement que le signe de la croix est de tradition apostolique. Ces aveux auraient fermé la bouche à vos ministres , et prévenu leurs vaines déclamations. Car si le signe et f image de la croix sont de tradition apostolique , ce n'est donc point une innovation, mais une pieuse pratique établie par les Apôtres ; si de tout temps on a eu recours au signe de la eroix , même dans l'intérieur de la maison , et lorsque Ton était retiré chez soi , ce n'était donc pas seulement pour faire voir aux païens qu'on ne rougissait point de la croix de Jésus-Christ , ainsi que l'ont avancé quelques-uns de vos ministres , mais que c'était encore par respect pour ce précieux instrument de notre salut. Si c'était un signe qui distinguait le chrétien d'avec le païen , ce n'était donc pas un acte de superstition et d'idolâtrie , mais un acte de religion et de catholicité ; si c'était enfin une marque qu'on ne rougissait point de la croix de Jésus- Christ , pourquoi donc avez-vous aboli cette pieuse coutume ? INe sommes-nous pas également , comme les premiers chrétiens , obligés de rendre témoignage à notre foi , et de confesser que nous ne rougissons pas de la croix de notre Sauveur ?
(i) Ad omnem progressum atque promotum, ad omnem aditum et exitnrr. , ad vestilum , ad calceatum , ad lavacra , ad mensas , ad lumina , ad cubicula , ad sedilia , quandocumque nos conversatio eiercet, frontem crucis signaculo teremus. Tcrt. iib. de Coronà mililo* cap, 3,
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Vos ministres vous disent qu'il n'est pas fait mention, dans l'histoire des trois premiers siècles , d'images placées dans les églises. Je conviens que l'usage des images était alors moins commun , et qu'on ne les mettait pas aussi publiquement dans les églises qu'on l'a fait dans les siècles suivants ; et la raison en est sensible. Vous connaissez les violentes tempêtes dont l'Eglise fut agitée à la naissance du christianisme : toutes les puissances de la terre s'armèrent contre les chrétiens ; elles faisaient partout éclater leur haine et leur fureur, non-seulement contre ceux qui embrassaient l'Evangile , mais encore contre tout ce qui pouvait autoriser et accréditer la religion chrétienne. Vous n'ignorez pas que les premiers fidèles étaient obligés de tenir leurs assemblées dans des lieux cachés, pour se dérober à la recherche et à la rage des tyrans. Vous savez même que quand les empereurs païens pouvaient découvrir les . maisons où se tenaient ces sortes d'assemblées , ils les faisaient raser ; témoins les édits de Dioclétien et de Licinius à ce sujet. Dans ces tristes circonstances , il est visible que les chrétiens n'avaient pas des églises stables, et sur la durée desquelles ils pussent compter. Il ne convenait pas alors qu'ils les décorassent de riches statues et de belles images , comme on l'a fait lorsque la paix a été rendue à l'Eglise : c'eût été donner lieu de les piller et de les détruire.
Vous n'ignorez pas non plus les exactes recherches que les empereurs païens faisaient des exemplaires de l'Ecriture sainte pour les brûler, et l'attention qu'avaient les premiers fidèles pour cacher et mettre à couvert de
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pareilles insultes, ce précieux dépôt. Par la même raison, si ces empereurs païens et idolâtrés avaient pu mettre la main sur les images de Jésus-Christ, dés Apôtres et des Martyrs , Us leur auraient fait pareillement toutes sortes d'outrages. Jugez-en par Julien PÀpostat , qui t suivant le rapport de Sozomène, de Ntcéphore et de plusieurs autres f eut l'audace de briser la statue dé Jésus-Christ, pour substituer la sienne en sa place. Il était alors de là prudence dé ne pas exposer à la me et aux insultes des païens et des Juifs , les images de Jésus-Christ et des Saintsi
Dam tes temps de trouble et de persécution , on est obligé de prendre certaines précautions dont on n'use pas dans les temps de paix et de tranquillité. Aujourd'hui , Messieurs , si quelque puissance séculière s'avisait de vouloir briser les images, ne serait-il pas de h prudence de les cacher, s'il était possible ? Il n'est donc pas surprenant que l'Eglise des premiers siècles ait pris les mêmes précautions qu'elle prendrait encore aujourd'hui en pareil cas ; et comme les prenant aujourd'hui , si le cas échéait , il ne s'ensuivraft pas de là qu'elle proscrirait l'usage des images dans nos temples , de même , quoique l'Eglise des premiers siècles ait eu cette attention , et usé de ces précautions , à raison des fâcheuses circonstanciés où elle s est trouvée , il ne s'ensuit pas de là qu'elle ait jamais proscrit et condamné l'usage et le culte des images de Jésus-Christ et des Saints dans les églises.
Il parait au contraire par le zèle avec lequel les Gdèles en remplirent les temples , quand Dieu eut donné
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la paix à l'Eglise , que si ou ne IVait pas fait plu* tdt, c'était par respect #ew ee$ iuagw , et par la erainte de les exposer aux outrages des psiegs.
An reste 9 dans ees temps-*!* même, il est certain, par le témoignage de Tertullien et l'aveu des ceuluriatevs de Magdebourg* qu'on les plaçait non-seulement daûs les maisons particulières des chrétiens , mais epeor* dans les lieux où ees fidèles tenaient leurs assemblées.
Il est encore constant par le rapport d'Ensèbe , de Théodore Lecteur, de Sozomène^ de Nicéphore , d'Ev*grius et de plusieurs autres , que dès les deux prenners siècles > on était fort curieux des images de J^susjGhrist, de la sainte Vierge et des apôtres saint Pierre et saint Paul ; qu'on les conservait précieusement , et que , par conséquent , dès la naissante du christianisme 5 l'usage et le culte dès images a été approuvé de l'Eglise.
Comment se peut-il faire , direz«-voifs , que l'usage d'avoir des images dans l'Eglise soit tpssi ancieu que nous le prétendons ? Saint Epiphane Vivait dans le quatrième siècle ; H était certainement bien an fait des sentiments et des ùiâximes de la primitive Eglise. Il ne pouvait cependant tolérer lès images dani les lieux saints, ainsi qu'il parait par sa lettre à Jean de Jérusalem. « Etant entré, dit-il, dans l'église d'un village, « nommé Anablate , je trouvai suspendu à la porte un « voile teint et peint , ayant une image comme de Jésus» c Christ , ou de quelque autre saint , car je ne me souc viens pas assez de qui était cette image ; mais voyant « que contre Pautorité des Saintes Ecritures , il y avait « dans l'église l'image d'un homme , je k brisai , çt jp
« donnai ordre à ceux qui avaient soin de cette église « d'ensevelir un homme avec ce voife (1). » Le concile d'Elvire , plus ancien encore que «aint Epiphane , défend en termes formels de placer des images dans les églises (2)»
Voilà les deux principales objections que vos ministres proposent contre l'ancienneté du culte et de l'usage des images dans nos temples ; mais je me flatte de vous satisfaire sur l'une et sur l'autre. Commençons par celle qui est tirée de la conduite de saint Epiphane.
Que ce Père ait écrit à Jean de Jérusalem, nonseulement pour se laver du reproche que ce patriarche lui faisait d'avoir ordonné prêtre Patilinien, mars encore four l'exhorter à ne point adhérer aux erreurs d'Origène , tout le monde en convient ; mais il n'en est pas de même du texte que vous nous objectez. De graves auteurs pensent que c'est un texte supposé et inséré par une main étrangère dans la lettre de saint Epiphane, et il y* a tout lieu de le croire ; car, en premier lieu, sa lettre parait être finie avant l'exposé de ce qui concerne l'image trouvée dans l'église d'Anablate , et cet exposé n'a en effet nul rapport au but que saint Epiphane se pro-
(1) Inveni ibi vélum pendens in foribus ejusdem ecclesiae linctum atque pictum , et habens imaginent quasi Christi Tel Sancti cujasdam : non en ira salis memini cujus imago fuerit ; cùm ergo liane vi disse m in ceclesiàXhristi , conlfa autoritatem Sciipturarum hominis pendere imaginent, scidi illam et magis dedi consilium ejusdem loci custodibus, ut pauperem morluum eo obvolverent et ef ferrent. S. Epiph. ad Joannem Jerosolimit. apud S. Hieronimum.
(2) Placuit picturas in eccWia esse non debere , ne quod colitur aut adoratur, inparietibus depîngatur. Concilium EKb. enoone 5&.
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pose dans sa lettre, qui, comme je viens de vous le dire , est de se justifier sur l'ordination de Paulinien , et de détacher Jean de Jérusalem des erreurs d'Origène.
Votre ministre Duplessis cite cette lettre comme étant parmi celles de saint Jérôme , et il a raison ; je l'y ai lue moi-même : mais il ajoute que dans le teite mis à la tète de cette lettre , il est fait mention de l'image brisée par saint Epiphane ; en cela je n'ose pas prononcer absolument que ce ministre veuille en imposer. Mais je ne vous dissimulerai point que j'ai eu la curiosité de consulter les différentes éditions de saint Jérôme , et j'en ai trouvé plusieurs qui , dans le titre de la susdite lettre, annoncent les différentes matières qui y sont agitées ; maïs je n'en ai vu aucune où , dans le titre , il soit parl& du voile déchiré par saint Epiphane.
En second lieu , il est constant que les iconoclastes , dans le second concile de Nîcée , firent tous leurs efforts pour s'appuyer du suffrage de saint Epiphane ; jusque-là même qu'ils produisirent, comme de lui , plusieurs passages qui furent réprouvés comme faux *et supposés. Lisez les actes de ce concile , et vous en serez convaincus par vous-mêmes. Si donc le passage dont il est foi question eût été véritablement de ce Père , comme vous le prétendez , ils n'auraient pas manqué de s'en prévaloir préférablement à tout autre , d'autant plus que cette lettre avait été très commune , ainsi que l'atteste saint Jérôme dans sa trente-sixième lettre à Pammachius. Ils ne l'ont pas fait cependant ; preuve sensible que ce texte n'est point de saint Epiphane.
En troisième lieu , si saint Epiphane eût été réelle-
ment convaincu que c'était un abus intolérable et condamné par l'Ecriture sainte, d'avoir dan» l'église des images , dans son livre des hérésies il en aurait certainement fait mention * comme il t'a fait de l'hérésie des Collyridiens , et de plusieurs autres abus que des particuliers avaient voulu introduire dans le culte divin.
Quatrièmement enfin , dans l'article de la trentième hérésie , il parle avec de grands éloges de la croix , qui est une vraie image de la mort et passion de Jésus- Christ. Concluons donc que le texte en question n'est point de saint Epipbane,
Si cependant vous ne voulez pas encore vous rendre è ces raisons , toutes solides qu'elles sont , je veux bien , paç grâce , vous passer que ce texte est de saint Epiphane , comme vous le prétendez ; mais vous n'en serez pas pour cela plus avancés. Pour que l'objection puisse avoir lieu , il faut supposer que l'image brisée par saint Epiphane était une image de Jésus-Christ > ou de quelque Saint , et non une image profane : ear si c'était une image profane , telle que celle d'un particulier qui ne serait point reconnu pour saint * la conduite de saint Epiphane preuve parfaitement qu'on ne doit pas souffrir dans l'église des images profanes ; mm de là l'on ne pourra pas inférer qu'on n'y doit pas souffrir celles de Jésus- Christ ou des Saints. Nos prélats , conformément au décret du concile de Trente , ont grand soin , dans le cours de leurs visites , de bannir de nos temples les images profanes ; de là est-on en droit de conclure qu'ils n'y veulent point tolérer celles de Jésus-Christ et des Saints ? Il vous faut donc nécessairement montrer que
saint Epi pbane parle > non -d'une image profane , mais d'une image de Jésus-Christ on de quelque saint , autrement l'objection tombe d'elle-même. Or je prétends qu'on ne saurait le montrer , et que te contraire parait par les termes même de ce Père. Car en premier lien , il ne dit pas que c'était l'image de Jésus-Christ ou de quelque saint , ce qui lui était naturel de dire , si son intention eût été en effet de proscrire ces sortes d'images; il déclaré même qu'il ne se sourient pas de qti était cette image (4 ) t que c'était un voile teint on peint , ayant une image comme de Jésus-Christ ou de quelque Saint (2). Cette expression , « ctmme de Jéêu*~Chri*t « ou de quelque êaint , » ne signtfie-t-elle pas que ce n'était point en effet limage de Jésus-Christ ou de quelque saint , mais l'image d'un particulier , du Aom duquel t! ne se souvenait point i lequel on avait peint honorablement sur le voile du temple placé à la porte de Fégfi&j comme si c'eût été l'image de Jésus-Christ ou de quelque saint?
Remarquez eticore le motif qui porta saint Epiphane à briser cette image ; * c'était , dit-il , parée qu'il est « contre l'autorité de* Saintes Ecritures dVoir dans * l'église l'image d'un homme (3). » Ces paroles , comme vous voyez , ne s'étendent point aux images des Saints : on ne peut pas même supposer que ce Père ait
(i) Non enim satif memlnioojas imago fuerit.
(?) Vélum Unctum atque depictum , habens imagines quasi Chritti aut sancti cujusdam.
(3) Cùm ergo vidisscm in ecclesià Christi contra auctorita(enl Scrip* turaram nomiais pondère imaginem , sewll ilbui.
eu intention de les y étendre. Il était trop versé dans la science des livres sacrés, pour ne pas savoir qu'il y est fait mention des chérubins , posés par Tordre de Dieu sur le propitiatoire , et de l'arche d'alliance placée dans le temple de Salomon : il était pareillement trop instruit des sentiments et des usages de l'Eglise de Jésus-Christ, pour ignorer que, de son temps, la coutume était d'avoir des images dans les églises. Enfin , il était trop étroitement lié avec les Basile, les Grégoire de Nysse, et tous les autres Pères de ce siècle , pour n'être pas informé qu'ils s'étaient ouvertement déclarés en faveur de cette pratique. En supposant donc que le texte en question soit réellement de saint Epiphane , on doit l'entendre , non d'une image de Jésus-Christ ou de quelque satttt , mais d'une imagé profane ; et on ne peut en rien conclure contre le culte des images de Jésus-Christ et des Saints.
A l'égard du trente-sixième canon du concile dTElvire, j'espère encore vous faire convenir, du du moins vous prouver invinciblement qu'il ne vous est nullement favorable. Je vous ai déjà fait observer que , dans les premiers siècles , les païens , ennenfts de tout ce qui pouvait accréditer la religion chrétienne, ne pouvaient souffrir la vue des images de Jésus-Christ ou des Saints , d'autant qu'elles leur reprochaient vivement , quoique tacitement , leur incrédulité , leur injustice et leur cruauté. On ne pouvait donc alors exposer publiquement ces images , sans les exposer en même temps non-seulement au mépris , mais encore à la profanation et aux plus grandes insultes de la part des païens. Il était donc alors
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à propos de ne pas les exposer dans les églises i voilà ee qui a occasionné le décret,du coneile dTSlvire ; mais de là que s'ensuit-il ? Que ce n'a point été par mépris f mais , au contraire , par respect et par vénération pour les images , que ce décret a été prononcé , et que conséquent— ment, dans la primitive Eglise , on honorait , comme on honore encore aujourd'hui , les saintes images.
Aussi remarquez, Messieurs , que ce concile ne condamne pas absolument le culte des images et leur usage, ce qu'il aurait dû faire, s'il eût regardé , ainsi que vous, le culte comme superstitieux et idolâtrique. Il défend seulement de les placer dans les églises : encore, à prendre le canon dans la rigueur des termes , pourrait-on dire qu'il défend seulement d'en peindre sur les murs des églises , et cette défense suppose évidemment que dès-lors on voulait y en avoir ; et que , si ce concile ne le jugea pas à propos , ce ne fut que par économie , et à raison de la persécution qui n'était pas encore cessée; car, quoi qu'en disent certains auteurs, il demeure constant par les canons de ce concile , et entre autres par le vingt-cinquième et le soixante-treizième , qu'alors on était encore dans un tenfps de trouble et de persécution.
J'ai encore une ou deux réflexions à vous communiquer au sujet de ce concile. Il est porté par le canon que l'on nous objecte , que la raison pour laquelle les peintures furent prohibées sur les murs des églises , fut la crainte que ce qui est honoré ou adoré , ne fût peint sur les murs des églises (1). Il fallait donc que ceux dont
(i) Plaçait pictunu in ecclesià detare non esse , ne quod coHtur ant adoratur 9 in parietibus depingatur.
an voulait peindre les image» sur le* murs des églises fussent réellement l'objet de la* véftératioa des fidèles ; si vous prétendez donc que les images des Saints soient prohibées dans les églises par le canon de ee concile , \l faut que vous vmswiez aussi que ♦, sefb» ee mèipe canon , les Saiuts étaient alors l'objet du culte et de la vénération des fidèles* Voilà donc le culte des Saints reconnu par ce même concile dont tous vantez le&décrets.
Q'*n autre côté , je vois que le treizième canon de ce concile prescrit aux vierge <|ç garder leur vœu de virginité , et que le trente-troisième interdit aux évéques , aux prêtres , aux diacres * aux sous-diacres » tout commerce avec les femmes* Voilà donc encore deuj articles fart vous ne voulez pas convenir dans votre prétendue réforme , nettement établis par ce compile : savoir f <*hUr gation aux vierges de garder leur virginité quand «elles en ont bit vœu , et i'oUigatiott aiux évoques et ^ux ministres initiés dans les ordres âaçrëa de vivre dans la continence. Proposez «, Messieurs , à vos ministres ces réflexions , et voyez s'ils y répondront aussi voiontie^ ., et aussi solidement que bous à l'objection,
Fmsfoe nous eu sommes sur d'article des conciles y il faut qu'à «ion tour, je vous en cite plusieurs qui se sont manifestement déclarés en faveur de l'usage et du culte des images* Tels ont été les deux tenus à Rome sous les souverains pontifes Grégoire et Etienne 111, Tel est encore le second cowUe de Nicée f tenu en 768» Ces trois eoDcites ont été célébrés contre les iconoclastes : cela n'est ni douteux ni contesté. Je m'arrête surtout au dernier, parce que , malgré ce qu'en* disent vos miiis-
très * il mérite Certainement toute notre attention, Cest un concile oecuménique , auquel ont été convoqués les évoques de toutes les parties du monde j. un concile auquel a présidé le pape Adrien t &on en personne , il est ?rai , mais par ses légats ; un ooneile auquel ont assisté les patriarches des grandes Eglises d'Alexandrie, d'A»tiocfce , de Jérusalem et de Constaotiaaplc , et plus de trois cent cinquante évèques ; un ooneile dans lequel la question des images a été exactement discutée , taaft par rEcriture , que par les plus authentiques témoignages des Pères } un ooneile dans lequel ont été exposées et résolues toutes tesdiffieultéspropeséespar les iconoclastes $ un eonoile , enfin , avoué et reeoonu pour œcuménique par plusieurs autres ceueilea postérieurs. Tous oes iaitq sont constatés nonrsieidement par ks actes des conciles , mais encore par h$ plus graves auteurs. Que peut-on dire et souhaiter de plus pour établir JVeeuméniçité et J'autorité d'un concile ? Vous révérez , et avec raison , le» premiers conciles ; mais qu'y a?rt-ti dans ceux— w plus que dam celui-là?
Ce n'est pas là l'idée (pie vous en donnent vos .ministres , et surtout Calvin dans le enzrèaae «chapitre du premier livre de son Institution ,n. 44. u Je Je snis^dihil , « .c -est une méchante Prcçscqaine <pu Ta assemblé : » ainsi nppelle^tMl l'impératrice Iuène (cette vertueuse princesse à laquelle les souverains pontifes et les Pères ont «donné les plus grands éloges ). Les évèques dont î| était composé étaient , selon lui , «des évèques qui dé- « pravent le sens de l'Ecriture , qui produisent à fausses « enseignes ce qui ne se lit nalk part ; des àniers qui
« parlent sottement ; des blasphémateurs qui protestent c faire aux images un honneur égal à celui qui est dû « à la Sainte Trinité , » en un mot , selon lui , ce concile, « sans rien excepter, en donne autant aux simuc lacres qu'au Dieu vivant. » Tel est le langage de cet auteur de votre préfendue réforme.
Vous avez peut-être peine à vous persuader que Calvin , qui accuse sans cesse les autres de fureur et d'extravagance, se soit lui-même oublié jusqu'à cet excès de témérité ; cela est en effet bien surprenant ; je puis néanmoins vous assurer que je ne vous en impose nullement. Lisez vous-mêmes le premier livre de son Institution, chapitre 12 , n. 22 , et vous serez forcés de reconnaître que je ne vous avance rien sur son compte qu'il n'ait dit en termes formels et en termes encore plus forts. A ces ,> traits aussi faux que satyriques , peut-on ne pas recon- * • naître le langage de ta passion ? Et dès-lors quel cas doit-on en faire ?
Ce n'est point par le mensonge et la calomnie que l'on attaque l'autorité et les décisions d'une assemblée aussi respectable que celle de ce concile ; si l'on veut le réfuter, ii faut porter contre lui des causes de récusation solides , et les bien prouver. C'est ainsi qu'on en use , quand on est sûr de son fait ; mais Calvin n'a garde de s'y hasarder/ Il sait que tout ce que l'on peut alléguer contre ce concile n'est que mensonge et calomnie ; et il le sait si bien , qu'il n'ose prendre sur son compte ce qu'il en dit ; il le met sur celui de l'auteur des livres Caroiins.
Je ne m'arrêterai point à relever en détail toutes ces ca-
lomnies; c'est àceux qui en sont les auteurs d'en donner la preuve , et ne la donnant pas , ils se couvrent de confusion. Je ne vous demande qu'une chose , c'est de parcourir vous-mêmes les actes de ce concile, et je suis sûr que vous serez aussi étonnés qu'indignés de l'injustice et de la témérité de vos ministres ; mais afin que vous ne me soupçonniez pas de m'avancer trop , je veux bien examiner avec vous le principal grief de vols ministres. C'est, pour me servir des propres termes d Calvin : « que les « Pères de ce concile protestent faire aux images le « même honneur , et égal qui est dû à la sainte Trinité ; (cc'est que ce concile , sans rien excepter, en donne « autant aux simulacres qu'au Dieu vivant. »
Pour s'assurer de la vérité ou de la fausseté de cette accusation , à qui faut-il s'en rapporter ? N'est-ce pas aux actes de ce concile , aux paroles de ceux qui y ont présidé et assisté , et x termes même dans lesquels est conçue sa définition ou son décret. Or par tous ces divers moyens , il est évident que ce concile , loin de déférer aux images le même honneu qui est dû à la sainte Trinité , loin d'en donner autant aux simulacres qu'au Dieu vivant , a au contraire protesté hautement , et dans les termes les plus précis , être entièrement éloigné de pareilles idées.
« Nous ne voulons point , disent les Pères de ce con- « cile , qu'on fasse et qu'on regarde nos images comme <( des dieux , ainsi que quelques-uns nous l'imputent <( mal à'propos ; le culte que nous leur rendons se rap-
« porte à Dieu et aux Saints Ce n'est point aux
« couleurs et aux tableaux que se terminent nos hom-
tom. nr. 7
« mages ; mais nous vantons la gloire de ceux dont les « images nous rappellent le nom Et le souvenir. » C'est ainsi que s'explique le pape Adrien , dans sa lettre à Constantin et à Irène (1). Est-ce là rendre aux images un honneur égal à celui qu'on rend à la très sainte et adorable Trinité ?
Nous protestons hautement et ouvertement que nous ne rendons qu'au seul vrai Dieu le culte de latrie , c'est-à-dire que c'est à lui que se rapportent et se terminent nos hommages et notre confiance (2). Ainsi parle , dans la seconde action de ce concile f Terasius , patriarche de Constantmople f et le concile reprend aussitôt : « Ainsi croit et enseigne tout le synode (3). » Estce là , Messieurs , en donner autant aux images qu'au Dieu vivant ?
Dans la troisième action de ce concile , les Pères confessent qu'ils honorent les images dans le même sens que saint Bastle-le-Grand : en tant que l'honneur qu'on rend à l'image se rapporte au prototype même (4). Saint Basile , en parlant de la sorte f a-t-il déféré aux
(4) Nequaquam autem sic statuimus quemadmodum quidam nugantur, ut imagines , tanquàm Deos , conficiamus : labor enim et fatigatio nostra quam exhiberaus in desiderium Dei sanctorumque ejus perficitur.... non inquam, in coloribus , et tabulis honorera conslituentes , sed eorum pra> dicaates , quorum appellationem imagines referont. Epist. Adrian. ad -ïren*
(5) Apertis verbis testamur nos duntaxat in unum Deum verura latriam , hoc est cultum et fidem nostram referre et reponere. Conc. Nie. 2. Act. 2.
>(&) Unnrersa sancta synodus sic crédit , et docet. Id. Ibid. (4) Eo sensu quo dixit Basilius magnus, quod imagini honor exhilitus ad ipsum Prototypum referatur. Id. Art. 3.
images un honneur égal à celui que Ton rend à la très sainte Trinité ?
Dans la quatrième action , après avoir produit plusieurs textes de l'Ecriture et des Pères , en faveur du cuite des images , le concile ajoute : c II ne faut point « orner les temples de peintures vaines et badines ; mais u il convient d'y peindre les histoires df l'ancien et du « nouveau Testament , afin que ceux qui ne savent pas « lire , puissent , par le moyen des images , se rappeler « le souvenir des Saints qui ont signalé leur zèle- pour « le culte du vrai Dieu , et s'animer par là à imiter leurs « exemples (1). » Voilà le but que l'Eglise s'est toujours proposé en mettant dans nos temples les images de Jésus-Christ et des Saints. Y a~t-il en cela rien qui ressente la superstition et l'idolâtrie ?
Dans cette même quatrième action , fut lue en plein concile la réfutation faite par Léonce , évêque en l'Ile de Chypre, de l'accusation que les Juifs de son temps avaient faite contre les chrétiens , et que vous renouvelez aujourd'hui contre nous , d'être idolâtres et de rendre aux images le même culte qu'au Dieu vivant. Rien de plus solide que cette réfutation ; mais elle est d'une trop grande étendue pour vous la rapporter ici. Je me ferai un plaisir de vous la communiquer, si vous le sou-
(1) Templa nugacibus et vanis picturis ornanda non sunt , sed historiis veteris et novi Teslamenti parietes îempli replere convenit, ut hi qui litteras non norunt , nec Sacrara Scripturam légère queunt , contemplationc picturae in memoriam reducant , quinam germanè vero illi Deo per fortia facinora servierunt , atque ad imitalionera excitentur laudatorum facinorura per quse cum cœlo terram commutaverunt. Id. Art. 4.
haitez. Elle fut unanimement approuvée par tous les Pères de ce concile.
Voulez-vous enfin vous en rapporter au décret de ce
concile ? Le voici : « Nous définissons , avec tout le soin
« et l'exactitude possible , que les images comme celles
« de la sainte et vivifiante croix de Jésus-Christ notre
(( Seigneur ," nftre Dieu et notre Sauveur, de la très
< pure Mère de Dieu , Notre-Dame , des Anges et des
« autres Saints , sont à avoir et à exposer dans les
« églises , sur les vases sacrés , sur les ornements , sur
« les murailles , dans les maisons et les places publi-
« ques , soit qu'elles soient faites avec des couleurs ou
« à la mosaïque, ou de quelque autre matière, afin que
« par la vue de ces images , tous ceux qui les contem-
« plent se rappellent le souvenir des prototypes , et
« s'excitent à les imiter, et afin qu'ils leur rendent le
« salut et l'adoration honoraire , qui , selon notre foi ,
« n'est pas le culte de latrie qui ne convient qu'à la
ce seule nature divine , mais un culte semblable à celui
« que nous rendons à la respectable et vivifiante croix ,
« aux saints Evangiles et aux reliques. Nous leur of-
« frons de l'encens , et mettons des lumières devant
« elles , en signe de notre respect , suivant la pieuse
« coutume des anciens : cet honneur se rapporte aux
« prototypes , et ceux *qui adorent l'image , adorent
« seulement ce qui y est représenté (1). »
(1) Definimus cura orani diligentiâ et cura , venerandas esse sanctas imagines ad raodum et formam venerandae et viviGcantis crucis , é coloribus , è tesseris , aut aliâ quavis materia commode paratas dedicandas , et in t emplis Dei collocandas , habendasque, tum in sacris vasis et veslibus,
DBS IMAGES. 1 0i
Voilà les actes qu'il faut consulter pour s'assurer des vrais sentiments du concile ; mais en les consultant , il demeure constant , en premier lieu , que cette sainte et nombreuse assemblée a eu Pattention de manifester, presque chaque page , son éloignement pour tout ce qui ressent l'idolâtrie ; en second lieu , que, dans cette vue, elle a pris grand soin de distinguer 1^ culte honoraire des images du culte de latrie , qu'elle proteste n'être dû qu'à Dieu seul. Elle appelle , il est vrai , le culte des images adoration , et c'est sur ce terme que vos ministres fondent le reproche qu'ils nous font d'avoir donné dans l'idolâtrie ; mais ce que vos ministres suppriment pour vous cacher leur imposture et pour donner quelque air de vraisemblance à leurs fausses imputations , c'est qu'en donnant le nom S adoration au culte des images , elle a eu la précaution de l'appeler adoration honoraire / pour la distinguer de X adoration souveraine et absolue de latrie , qui n'est due qu'à Dieu
seul. Elle a même porté l'attention jusqu'à déclarer que,
tum in parietibas et tabula , in œdibus privatis , in viis publias ; maxime autem imaginem Domini et Dei Salvatoris nottri Jesus-Christi, deindè intemeratae Domina? nostre Dei-pare , venerandorum Àngelorum , et omnium deindè Sanctorum vivorum , quo scilicet per hanc imaginum pictarum inspectionem , omnes qui contemplantur , ad prototyporum memoriam et desiderium et recordationem veniant, illisque salutationem ethonorariam adorationem exhibeant , non' secundùm fîdem nostram veram latriam , quae solum divin» nature competit , sed quemadmodum typo tenerandae et vmficantis crucis et sanctis Evangeliis , et reliquiiï, et sacm oblationibus sufBtorum et luminarium reverenter accedimus, quemadmodum veteribus pie in consuetudinem hoc adductum est. Magnus enim bonor in prototypum résultat, et qui adorât imaginem , in eâ adorât quoque descriptum argumenlum. Conc. Nie. 2.
par cette adoration honoraire , elle entend un honneur qui se rapporte aux prototypes , c'est-à-dire un honneur relatif qui se rapporte aux prototypes , un honneur qui ne se termine point au bois, à la peinture, en un mot, à Pimage , mais à celui que l'image représente.
Comment donc Calvin et vos ministres ont-ils osé avancer que ce -concile a déféré aux images « le même « honneur et égal qui est dû à la sainte Trinité , et « que, sans rien excepter, il en donne autant aux simu- « lacres qu'au Dieu vivant. » Et vous , Messieurs , pouvez-vous , sans étonnement et sans indignation , voir vos ministres employer ainsi le mensonge et l'artifice pour décrier dans vos esprits tant et de si grands prélats , en les taxant d'idolâtrie , tandis qu'ils ont pris toutes les précautions possibles pour se mettre à l'abri d'une ^pareille calomnie.
Nos ministres , direz-vous , n'ont fait que copier les livres Car o lins. En cela on vous trompe encore , et dans peu je vous le montrerai. Je conviens cependant que l'auteur de ces livres attribue au concile d'avoir décerné aux images le même culte qu'à Dieu ; mais de bonne foi , croyez-vous que , sur l'autorité de ces livres , on soit bien fondé à taxer de superstition et d'idolâtrie une assemblée aussi respectable que celle d'un concile œcuménique , surtout lorsque le contraire est évidemment prouvé par les actes mêmes de ce concile ? Si nous en croyons la plupart des auteurs , ces livres Carolins n'ont rien qui puisse, sur ce fait, leur concilier aucune autorité. On leur a donné le nom de Carolins; ils ont paru même du temps de Charlemagne , et ils ont été envoyés
par ce prince au pape Adrien , si vous voulez $ mais il ne s'ensuit pas que cet empereur en ait été fauteur. Le style en est trop rampant , et les bévues y sont trop fréquentes et trop grossières , pour qu'on puisse les attribuer à un génie aussi vaste et aussi éclairé que celui de Charlemagne. Si on leur a donné le nom de Caroline , c'est ., selon toute apparence f parce que cet empereur les envoya au pape Adrien , et il les lui envoya pour savoir ce que ce souverain pontife en pensait , peut-être même afin qu'il les réfutât. Du moins est-il constant que ce pape en fit en effet la réfutation qu'il adressa & cet empereur. De plus , il est visible que l'auteur de cet ouvrage était ou mal informé , ou mal intentionpé contre le concile de Nicée : qui sait même s'il n'était pas fauteur de l'hérésie ? On prouve cette conjecture , parce que le pape Adrjen en a ainsi peusé lui-même , comme il parait dans la réfutation qu'il en a faite., et parce qu'en effet ces livres attribuent à ce concile plusieurs propositions absurdes , ridicules et extravagantes > auxquelles le concile n'a jamais pensé.
Que si vous ne vous contentez pas de cette première réponse v toute solide qu'elle est, et si vous voulez encore que ces livres soient l'ouvrage de Charlemagne , je vous dirai que cet empereur a été mal informé de ce qui s'était passé dans le concile de Nicée ; et pour vous le montrer clairement , je vais vous en donner plusieurs preuves. Il donne à ce concile le nom de concile de Conatantinople , quoiqu'il soit certain que ce n'est point en cette ville qu'il s'est tenu , mais en celle de Nicée. Il ajoute que le pape n'y fut point appelé ,
quoiqu'il soit constant par les actes même de ce concile , qu'il y a présidé par ses légats. Il attribue en outre à cette respectable assemblée d'avoir dit que l'Eucharistie est l'image du corps de Jésus-Christ , quoiqu'il soit certain que ce concile , non-seulement n'a pas avancé cette proposition , mais qu'il l'a au contraire ouvertement condamnée , et en termes formels. Enfin , il accuse ce concile d'avoir décerné aux images le même culte qu'à la très sainte Trinité , quoique par tous les actes de ce même concile , il soit manifeste qu'il a enseigné tout le contraire.
Un auteur si mal informé , quelque respectable qu'il puisse être d'ailleurs , mérite-t-il d'être cru sur le fait de ce concile , et d'être cru préférablement au pape qui y a présidé par ses légats ; préférablement au patriarche de Constantinople , et à tous les évéïjties dont il était composé ; préférablement enfin , aux actes même et à la décision de ce concile ?
J'ai ajouté que ceux-là se trompent , qui croient que Calvin et vos ministres n'ont fait que copier les livres Carolins ; car quoique l'auteur de ces livres , par mauvaise intention , ou par ignorance , ait faussement attribué plusieurs propositions fausses à ce concile ; cependant il est certain que sur le fond de la question des images , il a pensé tout autrement qu'on ne pense dans votre prétendue réforme. Vous voulez en effet soutenir qu'on ne doit point placer les images dans les églises , ni les honorer : il est même constant que f parmi vous , on en a un souverain mépris ; pour ne rien dire de plus, l'auteur des livres Carolins se déclare ouvertement con-
tre ces sentiments. « Nous ne méprisons, dit-il , au chapitre seize de son troisième livre, n. 81 , « nous « ne méprisons dans les images que l'adoration , et nous « permettons de les mettre dans les basiliques des « Saints , non pas pour y être adorées , mais en mémoire « de ce qu'ont fait les Saints, et pour l'ornement des « murs (1). » Dans le chapitre trentième du livre deuxième , ce même auteur expose deux différents excès condamnables : « L'un de ceux qui méprisent les images, < et qui veulent les bannir pour toujours des églises ; « l'autre de ceux qui leur défèrent les honneurs de l'ado- « ration : il condamne ces deux excès , et il dit qu'il « faut prendre un milieu sans s'écarter ni à droite ni à « gauche ; de sorte qu'il ne faut point les abolir entiè- « rement avec ceux-là , ni les adorer avec ceux-ci : mais (( que si on le verçt, on les ait dans les églises pour y <( servir d'ornements , et pour se rappeler le souvenir « des choses passées (2). »
Est-ce là , Messieurs , le langage que tiennent vos
(1) Nihil nos in imaginions spernamus praeter adorationem , quippè qui in basilicis Saoctorum imagines non ad adorandum , sed ad mémo— riam rerum gestarum , et venustatem parietum habere permiuimus. Lib. Can. lib. 5. cap. 16. n. 81.
(2), Illi anathematisabant non babentes; isti contrario non adorantes. Quae duo mala , cura alterutrum sibi contraria sint , et à recto remota , restât nobis , ut viam regiam secundùm Apostolum gradientes , neque ad dextram neque ad sinistram declinemus : ut nec cum il lis prorsûs abolendas dijudicemus, nec cum.ittis adorandas decernamus, sed solùm Deum adorantes , et ejus Sanctos vénérantes , secundam antiquam Patrum et ecclesiasticam tràditionem , cas in ccclesia in ornamenia , et memoriam rerum gestarum, si Ubet, habeajnus. Lîb. Carol. lib. 2. cap. 30. *
ministres ? Ou plutôt n'est-ce pas là parler et penser tout autrement que Ton ne pense et que Ton ne parle parmi vous ? Je pourrais encore tous rapporter ce qu'a dit cet auteur sur les articles de l'invocation des Saints, du culte des reliques , de la prière pour les morts , de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , de l'autorité du pape, et vous verriez combien il est éloigné sur tous ces points des sentiments de votre prétendue réforme. Mais je m'en tiens à ce qui regarde la présente question , et je dis que l'autorité des livres Carolins ne peut infirmer en aucune façon celle du concile de Nicée , puisque cet auteur, quel qu'il soit, était un auteur au moins mal informé de ce qui s'était passé, et de ce qui avait été décidé dans cette respectable assemblée; et que lui-même il permet d'avoir des images, même dans les églises , pour y sen& d'ornement et remettre en mémoire les événements passés.
Vous me répliquerez peut-être que le concile de Francfort a pensé comme l'auteur des livres Carolins , et qu'il a pareillement rejeté et condamné ouvertement le concile de Nicée. J'en conviens , mais je vous dirai que ce concile était pareillement mal informé de ce qui s'était passé , et de ce qui s'était prononcé dans celui de Nicée ; et cela ne doit pas vous surprendre. A Francfort , les évêques étaient assemblés , non au sujet de la question des images , et de ce qui avait été décidé par les Pères grecs , mais au sujet des erreurs de Félix et d'Elipand ; s'il y fut parlé du concile de Nicée , ce ne fut que par occasion. Il n'est donc pas surprenant que les évêques de Francfort , qui n'avaient pas eu en main les vrais actes
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du concile de Nicée , aient été surpris et trompés par les bruits qui s'étaient répandus contre la décision des prélats qui le composaient. Qu'on lise la préface des livres Carolins , et les actes du concile de Francfort. En second lieu , il y est rapporté « qu'on produisit au a milieu du concile de Francfort une question touchant <( le nouveau concile des Grecs , et qu'il y était écrit «( que ceux qui ne rendraient pas aux images le même <( service et adoration qu'à la très sainte et divine Tri- « nité , seraient frappés d'anatbème , à quoi les évéques « de Francfort refusant de souscrire , méprisèrent , « et d'un commun accord, condamnèrent ce concile (1). » Vous voyez par les' paroles même de l'auteur des livres Carolins, que non-seulement on répandait de vive voix, mais encore dans les écrits publics , que le concile de Nicée avait décerné aux images le même culte qu'à la divine Trinité , et que c'est sur cette supposition qu'est appuyée la décision du concile de Francfort contre celui de Nicée : mais cette supposition étant manifestement fausse , ainsi que nous venons de le démontrer, les évéques assemblés à Francfort n'ont point attaqué la vraie décision du concile de Nicée , mais les sentiments erronés et extravagants qu'on lui attribuait faussement , et contre toute vérité : savoir , qu'il faut décerner aux images
(1) A lia ta est in medio quaestio de nova Graecorum synodo , quum de adorandis imaginibus Constantinopoli feceruut : in qua scriptum habcbalur , ut qui imaginibus Sanctorum , ità ut Déifie ae Trinitati serviiium aut adoralionem non impeoderent , analhema judicarentur. Qui supra Sanctissimi Patres nostri omoîmodis adorationcm et serviiium reouenles coDtempseruot , aique coosenlienles condemnaverunt. Gonc. Franc.
le même service et la même adoration qu'à la très sainte Trinité.
Et en effet , si Ton considère attentivement la décision du concile de Francfort , on n'y trouve rien que l'on ne puisse , dans le fond, concilier avec le concile de Nicée. Il n'a point proscrit l'usage ni le culte des images : il n'a pas même prononcé qu'on les ôterait des églises. Il est vrai que les évêques de Francfort , ainsi que l'auteur des livres Carolins , ajoutent que l'on ne doit pas adorer les images ; mais par cette expression , ils n'ont voulu ni l'un ni l'autre proscrire le culte honoraire des images reconnu par le concile de Nicée ; ils ont attaqué seulement le culte de latrie , le culte outré et Superstitieux que , sur de faux bruits , ils croyaient avoir été décerné en faveur des Images par le concile de Nicée. Ainsi sur cet article , la même contradiction qu'il y a entre ces deux conciles n'est tout au plus qu'apparente quant à la manière de s'exprimer, mais nullement réelle quant au fond et à la manière de penser. : Cela est si vrai que , dans les diocèses même des évêques qui avaient assisté au concile de Francfort , on ne voit pas que l'on ait rejeté le culte des images ; au contraire , on y a continué de les honorer comme auparavant.
Ce que je dis du concile de Francfort , je le dis pareillement de quelques autres auteurs qui ont écrit à peu près dans le même temps et dans le même goût au sujet du concile de Nicée. Ils étaient mal informés de ce qui avait été décidé dans cette sainte assemblée : ce n'est point le culte honoraire décerné en faveur des images qu'ils ont proscrit et rejeté , mais le culte de latrie , le
culte idolàtrique et superstitieux que Ton disait avoir été déféré par les Pères grecs aux images : et une preuve bien sensible de ce que j'avance , c'est que lorsqu'on a eu les vrais actes de ce concile, et qu'on a été pleinement instruit de ce qui s'y était passé , tous les esprits se sont réunis , et le concile de Nicée a été de toute part reconnu pour œcuménique , et même déclaré tel par le huitième concile général de Constantinople.
Si je suis entré dans ce long détail au sujet du second concile de Nicée , c'est non - seulement pour vous faire remarquer les artiûces et les mensonges qu'emploient vos ministres pour vous tromper et vous séduire , mais encore pour vous faire admirer dans l'Eglise romaine cette constante et invincible uniformité de doctrine qui , malgré tous les efforts de l'enfer, a toujours été et sera toujours le partage de la vraie Eglise , parce que , suivant les promesses de Jésus-Christ, c'est toujours le même esprit qui préside à ses enseignements et à ses décisions.
article m.
Le culte des images prouvé par de solides raisons
théologiques.
Apres vous avoir prouvé , Messieurs , par l'autorité de l'Ecriture sainte , et la pratique constante de l'Eglise , qu'il est bon et utile d'avoir et d'honorer les images , je suis bien aise de vous montrer encore que la raison ellemême concourt à établir ce dogme de notre foi :* et pour cela , je vais > en premier lieu , vous montrer qu'il est
utile d'avoir des images ; en second lieu , qu'il est bon de les honorer ; et en troisième lieu , que ce culte , bien loip d'être superstitieux et idolàtrique , comme vos ministres le prétendent , est au contraire une preuve et une protestation authentique de notre éloignement pour toute superstition et idolâtrie.
Je dis donc en premier lieu , que les images sont très utiles parmi les chrétiens* Car premièrement , il est certain que les images rappellent le souvenir des mystères qui intéressent la religion , et des grands exemples de vertu que nous ont donné les Saints. L'image , par exemple , de Jésus-Christ attaché à la croix , nous remet devant les yeux la mort et passion de ce divin Rédempteur ; les images de la sainte Vierge portant Jésus- Christ entre ses bras , de saint Pierre pleurant ses péchés , de saint Laurent avec son gril , nous rappellent le souvenir de Marie Mère de Jésus , de saint Pierre faisant pénitence , de saint Laurent souffrant le martyre pour la défense de la religion ; d'un autre côté, on ne peut douter qu'il ne soit très utile de se rappeler le souvenir, et du grand mystère de? notre rédemption , et des grands exemples de vertu que nous ont donné notre aimable Sauveur, la très sainte Vierge et les Saints. Il est donc très utile d'avoir ces sortes d'images.
En second lieu , ces images nous excitent à l'amour de Dieu ; la vue d'une image de Jésus-Christ expirant sur la croix pour notre salut , nous montre que cet aimable Sauveur nous a aimés jusqu'à répandre son sang pour nous racheter, et nous prêche la reconnaissance et l'amour pour un Dieu si bon et si miséricordieux. Les
images des Martyrs nous remettant devant les yeux le zèle avee lequel ces héros chrétiens se sont immolés pour la gloire du nom de Jésus , relèvent notre courage, et nous invitent à tout faire et à tout sacrifier pour les intérêts de la religion , et pour la gloire du nom de Jésus , qui est également notre Maître et notre Sauveur, comme il a été le leur.
Telles sont les raisons dont se sont servis les Grégoire de Nysse, les Grégoire, papes; les Pères du second concile de Nicée, et tous les théologiens, pour montrer l'utilité des images. Ne sont-elles pas sensibles et palpables ? Comment en effet proscrire et condamner, ou plutôt comment ne pas louer et approuver un usage qui produit de si merveilleux effets ?
Mais , direz-vous , ces maximes prouvent bien qu'il est bon et utile d'avoir des images. Mais ce n est point là le point capital. Il faudrait prouver qu'il est bon de les honorer. J'y consens avee plaisir, Messieurs, après vous avoir néanmoins fait remarquer que c'est déjà beaucoup que vous conveniez de leur utilité , car dès-lors vous ne pourrez plus les proscrire et les condamner absolument , comme l'exigent de vous ordinairement vos ministres. Mais allons plus loin, et montrons par de solides et sensibles raisons , qu'il est non-seulement utile de les avoir, mais encore bon de les honorer.
Premièrement , il n'est pas douteux qu'un culte autorisé et confirmé par des miracles constants et avérés , doit être regardé comme un culte louable , utile et saint, et non comme un culte superstitieux et idolâtrique. Dieu, infiniment bon , infiniment saint, et jaloux de sa gloire,
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ne peut autoriser ce qui ressent la superstition et l'idolâtrie. Or , il est certain que le culte des images est un culte autorisé et confirmé par des miracles constants et avérés. Eusèbe , au quatorzième chapitre de son histoire , atteste . qu'au pied de la statue que fit ériger en l'honneur de Jésus-Christ , la femme guérie par ce divin Sauveur d'une perte de sang , croissait une herbe inconnue qui avait la vertu de guérir toutes sortes de maladies, et Eusèbe est en cela d'autant plus croyable, qu'il dit avoir vu lui-même de son temps cette statue , et que Théophilacte rapporte ce même miracle, sur le chapitre dix-neuf de saint Matthieu. Ces deux grands hommes n'étaient certainement pas des esprits faibles , et des visionnaires.
Sozomène , au vingtième chapitre de son cinquième livre , rapporte un autre miracle non moins éclatant au sujet de cette même statue, savoir : que Julien l'Apostat l'ayant brisée , pour substituer la sienne en sa place , le feu du ciel foudroya la statue de cet empereur apostat , de sorte qu'il arriva à cette statue ce qui était arrrivé à l'idole de Dagon placée à côté de l'Arche , la tète en fut séparée du reste du corps.
Les centuriateurs de Magdebourg ont tenté toutes sortes de moyens pour infirmer ces deux miracles. Mais comment ? Ce n'est point en niant les faits, mais ils ont attribué le premier à une superstition diabolique ; et à l'égard du second , ils ont dit que la même chose était arrivée à la statue de Jésus-Christ qu'à celle de Julien l'Apostat. Que pensez-vous de pareilles répliques ? Pour moi , je ne puis m'empècher de le dire , elles fout voir
et l'impiété et la mauvaise foi de ces ccnturiateurs; leur impiété , en ce qu'attribuant à une superstition diabolique la vertu de l'herbe qui croissait au pied de la statue de Jésus-Christ , et .qui guérissait toutes les maladies , ils ont imité les Scribes et les Pharisiens qui , pour ne pas reconnaître la vérité des miracles opérés par Jésus-Christ , les attribuaient à Béelzébut , prince des démons : leur mauvaise foi , en ce que disant que la statue de Jésus-Christ avait été foudroyée par le feu du ciel , ainsi que celle de Julien l'Apostat , ils ont avancé sans preuve un fait démenti par tous les historiens , qui n'en font nulle mention , et en particulier par Sozomène, au vingtième chapitre de son cinquième livre , et par Nicéphore , au trentième chapitre de son dixième livre , et par plusieurs autres qui assurent unanimement que ce fut Julien l'Apostat qui brisa la statue de Jésus-Christ, pour mettre la sienne à sa place , et que ce fut en punition de ce sacrilège attentat , que le feu du ciel réduisit en poudre celle de cet empereur apostat
Que vous dirai- je encore des miracles opérés par la vraie croix , lorsqu'elle fut trouvée sous le règne et par les soins de l'impératrice Hélène , en cela guidée par l'esprit de Dieu , suivant la remarque (fEusèbe , en sa Chronique ; de saint Ambroise , Oral, in Theod. ; de Rufin, au huitième chapitre de son dixième livre de l'Histoire ecclésiastique ; enfin , de saint Paulin , en son Epltre à Sévère ? Une femme fut guérie , et un mort ressuscité par le seul attouchement de ce précieux instrument de notre salut.
Vous n'ignorez pas non plus les victoires miracu-
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leuses remportées par Constantin contre Maxence , lorsqu'en conséquence d'une vision et d'une inspiration divine , il décora le Laharum , c'est-à-dire l'étendard qu'on portait à la tête de son armée , de l'image de la croix. Ces miracles sont attestés par tant et de si graves auteurs , qu'il faut être pyrrhonien en fait d'histoire pour les révoquer en doute. Eusèbe , en son premier livre de la Vie de cet empereur, en fait le détail , et il assure que c'est de la bouche de ce prince lui-même qu'il le tenait , et que cet empereur lui en avait attesté par serment la vérité.
EnGn, les centuriateurs de Magdebourg sont obligés , dans la sixième Centurie , de reconnaître encore plusieurs autres miracles opérés en faveur de différentes personnes qui réclamaient l'intercession des Saints , et qui révéraient leurs images ; mais , pour prévenir la conséquence que l'on en tire, ils ont fait ce raisonnement : De ce que Naaman a été guéri de la lèpre en se lavant , suivant le conseil d'Elisée , dans les eaux du Jourdain , on ne peut pas inférer qu'on doive un culte particulier aux eaux de ce fleuve ; de ce que l'aveugle de l'Evangile a été guéri par la salive que Jésus-Christ lui imposa sur les yeux, il ne s'ensuit pas que l'on doive un culte particulier à la salive de Jésus-Christ ; de même aussi , quoique Dieu ait fait des miracles en faveur de ceux qui honorent les Saints et leurs images , il ne s'ensuit pas qu'il soit bon et utile de les honorer.
Je ne conçois pas comment on peut risquer et donner au public un pareil raisonnement. Qui ne sait en effet que quand il s'agit de miracles , il faut surtout envisager
la fin pour laquelle ils ont été opérés ? Il est bien certain que le but des deux susdits miracles , opérés l'un par Elisée , l'autre par Jésus-Christ , n'était pas de foire rendre un culte particulier aux eaux du Jourdain , n; même , si vous le voulez , à la salive de Jésus-Christ , mais de faire révérer Elisée comme un prophète , et adorer Jésus-Christ comme le Messie et le Sauveur dn monde. On ne peut pareillement douter que les miracles faits en faveur de ceux qui honoraient les Saints ou leurs images , n'aient été opérés en vue d'autoriser le culte des Saints. Pourquoi le feu du ciel a-t-il foudroyé la statue de Julien l'Apostat , après qu'il eut brisé celle de Jésus-Christ , et mis la sienne à sa place , sinon pour venger l'outrage fait à la statue et à la personne de Jésus-Christ par ce sacrilège attentat ? Pourquoi les guérisons opérées par l'herbe qui croissait au pied de la statue de Jésus-Christ , sinon pour autoriser le culte et l'adoration de cet aimable Sauveur? Pourquoi un mort ressuscité par l'attouchement de la vraie croix , sinon pour justiûer et accréditer le respect et la vénération envers ce précieux monument de la passion de notre Rédempteur ? Ainsi a-t-on pensé dans tous les temps , et on ne peut raisonnablement penser autrement.
Cela supposé , reprenons , mais en même temps , rectifions la comparaison des centuriateurs de Magdebourg : de même que la guérison de Naaman et de l'aveugle de l'Evangile a eu pour but de faire honorer Elisée comme un prophète , et adorer Jésus-Christ comme le Messie, de même aussi les miracles opérés en fayeur de ceux qui honoraient les Saints et les images , ont eu pour but
d'autoriser le culte des Saints , et comme en conséquence des deux premiers miracles , on devait reconnaître Elisée pour vrai prophète , et Jésus-Christ pour le vrai Messie , de même aussi en conséquence des miracles opérés en faveur de ceux qui honorent les images des Saints , on doit nécessairement convenir qu'il est bon et utile d'honorer les Saints. En raisonnant de la sorte , la comparaison sera juste, le raisonnement solide ; mais la conséquence sera tout à la fois et votre condamnation et notre justiGcation.
Autre raisonnement plus simple, mais qui ne laisse pas d'avoir son mérite. Ne vous faites-vous pas , Messieurs , un plaisir d'avoir le portrait de votre père , de votre mère , de vos ancêtres , surtout quand ils ont illustré vos familles ? Vous les chérissez , yous les placez honorablement dans vos plus beaux appartements. On peut même dire que vous les respectez en quelque sorte, et en cela vous n'êtes certainement pas répréhensibles ; mais par cette même raison , ou pour mieux dire , à pliis forte raison, devons-nous révérer les images de Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Dieu. Par la même raison encore , devons-nous honorer les images des Saints , qui ont été , pendant leur vie , les instruments dont le Père des miséricordes a daigné se servir pour nous engendrer à Jésus-Christ , pour nous éclairer des lumières de l'Evangile , et qui nous ont donné les exemples des plus héroïques vertus.
Le respect que nous avons pour les portraits de nos ancêtres et de nos aïeux, est, sans contredit, un culte purement civil et humain , je l'avoue ; mais pourquoi ?
Parce que les motifs sur lesquels est fondé ce culte sont purement humains. Vous chérissez et respectez vos ancêtres , parce qu'ils vous ont donné le jour, qu'ils ont illustré vos familles , ou pour quelque autre obligation particulière que vous leur avez. Ces motifs sont purement humains et civils ; et , par conséquent , le culte que vous leur rendez est purement civil et humain ; mais les motifs qui nous portent à respecter Jésus- Christ et les Saints , sont des motifs surnaturels et pins qu'humains : nous adorons Jésus-Christ, parce qu'il est notre Sauveur et notre Dieu ; nous honorons les Saints , parce qu'ils sont nos pères en Jésus-Christ, parce qu'ils nous ont donné l'exemple des plus sublimes vertus. Nous plaçons honorablement dans nos maisons et dans nos églises les images de Jésus-Christ, parce que c'est un sûr moyen de nous rappeler le souvenir de ce que cet aimable Sauveur a fait et enduré pour notre amour. Nous y avons aussi celles des Apôtres et des autres Saints , parce qu'elles nous remettent devant les yeux les travaux apostoliques qu'ils ont entrepris , et les grands exemples de vertu qu'ils nous ont donnés. Ces motifs , comme vous voyez , sont des motifs plus qu'humains , des motifs surnaturels : voilà pourquoi le culte que nous leur déférons est plus qu'humain , et même religieux en ce sens , qu'il est fondé sur notre attachement à Dieu et à la religion.
Mais , me direz- vous, nous ne nous prosternons pas devant les portraits de nos aïeux , quelque respectables et quelque chers qu'ils puissent nous être ; nous ne les adorons pas ; nous ne leur adressons pas des prières :
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nous ne leur attribuons aucun mérite , aucune vertu secrète , au lieu que vous astres , vous fous prosternez devant vos images , vous les adorez , vous les priez , £t vous leur attribuez la vertu de guérir les malades.
Permettez-moi de le dire , vous vous trompez, Messieurs, ou plutôt ce sont vos ministres qui vous abusent et qui vous trompent. Parce qu'ils nous voient h genoux devant un crucifix , ou devant l'image d'un Saint , ils »ous disent que nous adorons ou prions ees images , que nous croyons qu'il y a dans ces images , sinon quelque divinité , du moins quelque vertu secrète , pour laquelle nous y mettons notre confiance. Tout ce discours n'est qu'un tissu de mensonges et de calomnies» Je vous l'ai dit et je vous le répète avec le saint concile de Trente , nous sommes bien éloignés de pareilles idées. Le culte que nous rendons aux images est un culte relatif qui se rapporte et se termine aux objets que ces images représentent. Quand nous nous inclinons, quand nous nous mettons à genoux devant un crucifix , c'est Jésus-Christ que nous adorons ; quand nous prions devant un crucifix, c'est à Jésus-Christ que s'adresse notre prière , et non au crucifix ; quand pareillement nous nous mettons à genoux , et nous prions devant l'image de quelque saint , ce n'est point à cette image , mais au saint représenté par l'image , et surtout à Dieu que se rapporte notre prière ; de sorte que le culte que nous rendons aux images est tout au plus un culte extérieur par lequel nous témoignons reconnaître Jésus-Christ pour notre Dieu , notre Sauveur et notre Rédempteur, et les Saints pour nos avocats et nos intercesseurs auprès
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de Dieu et de Jésus-Christ. Est-ce là adorer les images, et mettre en elles sa confiance ? Est-ce là y supposer quelque divinité ou quelque vertu secrète ? Est-ce là , en un mot , les prier comme des dieux , ainsi que nous Timputent vos ministres ? Dites donc aussi que les Juifs , en se prosternant , en priant devant l'arche d'alliance f l'ont adorée , l'ont priée , et y ont mis toute leur coq-» fiance.
On m'a répliqué plusieurs fois que les gens éclairés parmi nous peuvent bien faire ces distinctions et ces abstractions ; mais que le simple peuple n'en est pas capable , et que c'est l'image même qu'il prie , et dans laquelle il met sa confiance.
Je n'aurais pas , Messieurs , relevé cette objection , si elle ne m'avait été souvent proposée par des gens de votre parti , qui ont certainement de l'esprit et du mérite. Car il faut être étrangement prévenu pour ne pas apercevoir la fausseté et le peu de justesse {l'un raison-** nement si frivole.
En premier lieu , qui vous a dit , Messieurs , que le simple peuple donne dans ces superstitieuses extravagances dont vous l'accusez ? Avez-vous le don de sonder les cœurs et de pénétrer les replis de la conscience ? ou du moins le simple peuple vous a-t-il confessé qu'il pense comme vous le soupçonnez de penser ? Non , Messieurs , le simple peuple , quelque grossier même qu'on veuille le supposer, ne l'est point assez pour qu'on puisse raisonnablement former contre lui de pareils soupçons. Les pasteurs qui sont à leur tête ont trop soin , suivant le précepte du saint concile de Trente*
de les instruire , pour leur laisser ignorer le eulte des images. Interrogez vous-mêmes ces hommes grossiers , et vous verrez qu'ils répondront sans balancer , que ce x n'est point aux images ni aux statues qu'ils adressent leurs prières , mais aux Saints qu'elles représentent , et que le culte qu'ils leur défèrent se termine , non point à ces figures et à cette toile peinte devant laquelle ils s'inclinent , mais aux Saints , et principalement à Dieu dont ces images leur rappellent sans cesse le pieux souvenir. En second lieu , quand bien même il y en aurait quelques-uns, parmi le peuple, aussi grossiers et aussi ignorants qu'il vous plaît de le supposer , vous devez convenir qu'en cela ils sont désavoués et condamnés par tous ceux qui savent un peu leur religion. Vous n'ignorez pas non plus que l'Eglise s'est toujours récriée contre ces sortes d'abus , et que pour les prévenir, elle a étroitement recommandé , dans le concile de Trente , à ceux qui sont chargés de la conduite des âmes , d'instruire les peuplés avec grand soin sur cet article. Convient-il d'imputer à l'Eglise ce qui serait la faute de quelque particulier, et ce qu'elle condamne et désavoue de la manière la plus authentique et la plus solennelle. « Les sentiments des particuliers , dit un de vos plus célèbres ministres , Banage , à la page sept de la quatrième partie de son Histoire de la religion des Eglises réformées , « les sentiments des particuliers, dit-il, n'ont « point une influence générale pour rendre une religion <( fausse ou véritable. » Vous et vos ministres , ainsi que Banage , vous faites bien valoir cette maxime , quand on vous impute certains sentiments absurdes
qu'ont eu parmi tous , non pas de simples particuliers ou des ignorants , mais quelques-uns de vos fameux ministres. Pourquoi ne pas nous rendre la même justice, quand il s'agit de quelques abus attribués , non pas à ceux qui ont un certain nom parmi nous , mais à des gens grossiers qui ont négligé de se faire instruire , et dont l'Eglise elle-même condamne et désavoue les sentiments ? Où est donc cette justice et cette droiture dont se piquent sans cesse vos ministres ? Il fant condamner les abus , cela n'est pas douteux ; mais il ne faut pas pour cela condamner et proscrire ce qui est en soi bon et utile. Que diriez-vous en effet d'une personne qui voudrait abolir l'Eucharistie , parce que quelques-uns en abusent ? d'une personne qui condamnerait les livres saints , parce que quelques-uns en abusent ? Condamner à la bonne heure ceux qui donnent dans des abus ; mais rendez à l'Eglise , qui est la première à les condamner, la justice qui lui est due, et, suivant cette règle, reconnaissez que le culte des images , tel que l'Eglise romaine le recommande , est bon , utile et salutaire. Voilà ce que nous exigeons de vous , et ce que vous ne sauriez refuser.
J'ai ajouté qu'à consulter même la raison , le culte que nous rendons aux images , loin d'induire à la superstition et à i'idolàtrie , comme vous nous l'imputez , nous en donne au contraire de l'éloignement , et qu'il est de notre part une protestation solennelle et authentique de l'horreur que nous en avons.
Quelles sont en ehet ces images que nous révérons et que nous plaçons dans nos temples et nos maisons?
Cest principalement l'image de Jésus-Christ venu au monde et mort sur l'arbre de la croix , pour nous transférer des ténèbres de la superstition et de l'idolâtrie à l'admirable lumière de la foi , et à la connaissance du seul et unique vrai Dieu. En révérant cette image, nous nous déclarons les disciples de ce divin Sauveur, nous confessons être inviolablement attachés à sa sainte doctrine et à ses divines maximes; nous lui témoignons notre reconnaissance de ce qu'il a bien voulu , par un excès d'amour, nous délivrer des ténèbres de l'idolâtrie, et nous amener à la connaissance du seul et unique vrai Dieu. N'est-ce pas là se déclarer hautement contre la superstition et l'idolâtrie ?
Quelles sont encore ces images dont la vue vous scandalise dans nos temples ? Ce sont celles des Apôtres envoyés de Dieu pou. enseigne* les nations , pour faire connaît re et adorer le seul et unique vrai Dieu , pou abolir toute superstition et toute idolâtrie. Grâces premièrement à Dieu , et ensuite à leurs travaux , les idoles ont été brisées , les temples des faux dieux renversés , les superstitions abolies , et le seul et unique vrai Dieu Connu et adoré parmi nous et dans tout l'univers. Ce sont encore les images des Martyrs , qui ont mieux aimé souffrir les plus horribles tourments et la mort même , que d'offrir un grain d'encens aux idoles , et qui ont confessé sur les roues et les échafauds une religion établie sur les ruines du paganisme et de l'idolâtrie. Ce sont les images des Saints qui , par leur conduite et leur zèle pour la défense de la religion , se sont montrés fidèles disciples de ces premiers héros du christianisme , et des-
quels il est vrai de dire que ce ne sont pas eux qui ont manqué au martyre , mais que c'est l'occasion du martyre qui leur a manqué. Nous honorons et plaçons honorablement dans nos églises et dans nos maisons leurs images. Pourquoi ? Afin de nous rappeler plus souvent le souvenir de ces victoires qu'ils ont remportées sur le monde et sur les puissances de l'enfer ; afin d'entrer nous-mêmes dans ces grands sentiments de religion que nous admirons en eux ; afin de nous animer par leur exemple à nous déclarer en toute occasion aussi ardents et zélés pour le culte di vrai Dieu , qu'ennemis de tout ce qui ressent la superstition et l'idolâtrie II est donc vrai qu'à ne consulter même que la raison , le culte que nous rendons aux Saints et à leurs images , loin d'être superstitieux et idolàtrique , est au contraire une protestation publique et solennelle, que, comme les Saints, nous ne reconnaissons et n'adorons qu'un seul et unique vrai Dieu , et que nous détestons toute idolâtrie et toute superstition.
Rendez-nous donc enfin , Messieurs , ia justice qui nous est due , et avouez sincèrement que nos sentiments sont bien différents de ceux que vos ministres nous prêtent pour vous mieux séduire. Ce que nous vous prions de croire , c'est ce qui , comme je vous l'ai fait voir, est appuyé par l'Ecriture sainte , et conforme à la tradition ; ce qu'ont enseigné avant nous les Basile , les Jérôme , les Grégoire , les Augustin , les Ambroise , les Cyrille , les Cyprien , les Irénée ; en un mot, ces grands hommes qui sont révérés avec tant de raison comme les plus brillantes lumières de l'Eglise , et qui ayant été