‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestantChapitre 6 sur 22 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Le culte des images prouvé et autorisé par

VEcriture sainte.

Que la peinture et la sculpture ne soient pas de leur nature des arts mauvais et défendus , c'est une vérité dont vous ne sauriez disconvenir. Au chapitre 31 el 35 de l'Exode , il est dit que Dieu suscita et remplit de sagesse , de science et de son esprit , Bezéléel et Ooliab , pour 'sculpter et imaginer plusieurs chefs-d'œuvre destinés à l'ornement du temple. Calvin lui-même en

(1) Omnts porro tnperstitio in... Imaginant sacro usu tollatar, etc

Hsc ut obsertentur fideUûs statuit sancta synodal , nemini licere «Mo in loco yel Ecclesia..... ullam insolitam ponere , vel ponendam curare imaginem , nisi ab Episcopo approbota fuerit.

convient dans le onzième chapitre du premier livre de son Institution, n° 12. « Je ne suis pas, dit-il, tant scro- « puleux de juger qu'on ne doit endurer, ni souffrir au. « eunes images ; mais d'autant que Fart de peindre et « de tailler sont dons de Dieu , je requiers que l'usage « en soit gardé pur et légitime. » Vous autres , Messieurs , vous avez dans vos maisons des portraits et des statues , quelques-uns même parmi yous s'appliquent à la sculpture et à la peinture. C'est donc un point constant et avoué de vous , que ces arts , loin d'être prohibés et mauvais en eux-mêmes , sont , au contraire , des arts bons , et quelquefois même des dons de Dieu.

Je dis plus : Dieu a lui-même commandé l'usage des images dans les lieux saints. Au vingt-cinquième chapitre de l'Exode > verset 18, il est ordonné à Moïse de placer deux chérubins sur le propitiatoire. Vous mettrez , lui dit Dieu , deux chérubins d'or battu , aux deux extrémités de l'oracle , c'est-à-dire du propitiatoire , appelé de ce nom , parce que c'était de là que Dieu faisait entendre ses volontés (1). L'un sera d'un coté, et l'autre de P autre (2). Ils tiendront leurs ailes étendues des deux côtés de Poracle. Salomon fit pareillement placer dans le temple qu'il bâtit par l'ordre du Seigneur , deux chérubins au-dessus de l'arche d'alliance (3). Voilà donc les images ; (car on

(1) Duos quoquo Cherubim aareos et productiles faciès ex ulrâquc parttf oraculi. Exod* 25. 18.

(9) Cherubim uoui tit in latereuno, et alter in altero. Id. Ibid.

(3) Et fecit in oraculo duos Cherubim de ligni* olivarum, decem cubitorum tltitudiob.. posnitque Cherubim in medio templi intçriorô «,. texit quoque Cherubim auro, 3. Keg. 6* 95 • 97 et 28.

entend par images indifféremment tonte figure , soit taillée ou peinte) ; voilà , dis-je, les images des Anges représentés avec des ailes , telles que sont encore aujourd'hui les nôtres, faites par Tordre de Dieu , et placées dans le temple de Salomon , et sur le propitiatoire , qui étaient les lieux les plus saints parmi les Juifs.

Calvin , au chapitre onzième du premier livre de son Institution , n° 3 , réplique que « c'est chose notoire , « que ceux qui s'efforcent de maintenir les images do c Dieu et des Saints par l'exemple des chérubins , sont <( dépourvus de sens et de raison ; » cela est bientôt dit ; mais il faudrait le prouver : et au contraire la raison qu'il apporte pour justiGer sa proposition , la détruit totalement, « Que signifient , dit-il , ces petites images , « sinon qu'il n'y a nulle figure visible , qui soit propre « à représenter les mystères de Dieu? » Je veux bien i ne pas contester cette explication de Calvin ; mais voici .. la conséquence que j'en tire : de l'aveu de Calvin , les * deux chérubins placés sur le propitiatoire , signifiaient qu'il n'y a nulle figure visible qui soit propre à représenter les mystères de Dieu ; donc on peut faire des statues et des images qui signifient que nulle figure visible n'est propre à représenter les mystères de Dieu ; et il est bon d'avoir et de placer ces sortes d'images dans nos temples et dans nos églises. Cette conséquence , Messieurs, n'est-elle pas juste et naturelle? Que si maintenant on peut , par des images et des figures , représenter l'invisibilité et Pincompréhensibilité de Dieu , h plus forte raison , peut-on, par des images, représenter Jésus- Christ fait homme , Jésus-Christ attaché en croix, etc.

TOM. iv. 4

50 DU CULTB

Et comme il est bon de plaeer dans nos temples des images qui représentent l'incompréhensibilité de Dieu , il e*t bon aussi d'y plaeer celles qui nous représentent son infinie bonté et ses divines miséricordes. Cette seconde conséquence n'est«-elle pas une suite nécessaire de la première ?

Il est encore constant que l'arche d'alliance a été bâtie -par Tordre du Seigneur. Faites une arche , dit Dieu à Moue , en l^ Genèse, chapitre 6 , Foc iihi arcam. Gen. 6. Il n'est pas moins certain que cette arche a été en grande vénération parmi les Juifc. Il est enfin constant que c'était une image de l'alliance du Seigneur. Calvin lui-même , en son commentaire sur le psaume 1 05 , verset 1 9 , convient qu'elle a été l'image de Dieu. Voilà donc encore une image , et de l'aveu même du chef de votre réforme , une image de Dieu > faite par Tordre du Seigneur.

Il est vrai , dit votre ministre Daillé, « qu'on adorait < Tarche , comme il est porté au psaume 99 ; mais cette « adoration était une espèce d'honneur , moindre que « l'adoration de latrie. »

' « J'avoue, dit Drelincourt, autre ministre célèbre « parmi vous, qu'il y a certaines choses , lesquelles en- « core qu'on ne les invoque , et ne les adore point , « néanmoins on les révère et on les honore religieuse- « ment ; par exemple , l'arche d'alliance n'était pas in- « voquée , ni adorée par les enfants d'Israël , mais elle « ne laissait pas de leur être en vénération , parce que « Dieu lui-même l'avait ordonnée pour être le symbole « de sa grùce et faveur , et qu'il se manifestait d'une fa- »< çon particulière. »

Nous ne vous en demandons pas davantage en fa? enr des images ; car nous sommes bien éloighés de penser que l'on doive leur déférer , non plus qu'à aucune antre* créature , l'adoration de latrie ; ce culte souverain n'est dû qu'à Dieu seul. Nous ne vous demandons pas même que vous les honoriez par rapport à ce qu'elles sont, mais seulement par rapport à la sainteté des objets qu'elles représentent. Le peuple Juif deyait honorer Parche d'alliance , parce qu'elle était l'image de Dien , parce qu'elle était la figure de l'alliance que Dieu avait contractée avec les Juifs , et de celle qu'il devait dans la suite des temps contracter avec les chrétiens. Honorez les images de Jésus-Christ , parce qu'elles nous représentent et nous rappellent ce que cet aimable Sauveur a fait et souffert pour notre amour. Honorez les images des Saints , parce qu'elles nous remettent sous les yeux leurs vertus et leurs mérites. Encore un coup nous ne vous en demandons pas davantage.

Duplessis Mornay , un des plus célèbres ministres de votre prétendue réform e , n'a pas voulu faire tout-àfait le même aveu ; il en prévoyait les conséquences. Il nous en accorde cependant assez pour justifier le culte qdc nous rendons aux images, « Le peuple, dit-il , n'adorait « point l'arche , mais Dieu devant l'arche de son al- <( liance , devant laquelle il avait voulu être adoré , et « promis d'exaucer ceux qui y requerraient soigneuse- <( ment sa fqce. » Que veulent dire ces paroles ? Que le culte que les Juifs rendaient à l'arche n'était pas un

culte absolu , qui se terminât à Parche considérée en elle-même , mais un culte relatif qui se rapportait à

Dieu , dont l'arche n'était que la Dgure et l'image. Je vous en dis autant du culte des images ; ce n'est point un culte absolu, mais un culte relatif, tel que celui rendu par les Juifs à l'arche d'alliance , c'est-à-dire , un culte qui ne se terminefoint aux images considérées en ellesmêmes , mais qui se rapporte et se termine aux objets qu'elles représentent. C'est donc à tort, suivant les principes même de vos ministres , que vous vous récriez , et que vous taxez ce culte de superstition et d7 idolâtrie.

« Il y avait dans l'Ecriture , dit Daillé , un précepte <c de prier devant l'arche ; et il n'y en a pas de prier de. « vant les Images. » Tout ce que prouve cette raison , c'est qu'il n'y a pas un précepte d'avoir des images et de faire la prière devant elles ; mais cela ne prouve pas assurément qu'il ne soit pas bon et utile d'en avoir et de faire devant elles la prière qui est le point de foi dont il est ici question , et sur lequel nous insistons. Combien de pratiques bonnes et saintes qui ne sont pas néanmoins de précepte ? Il n'y a point de précepte qui oblige aux œuvres de subrogation , telles que sont par exemple le jeûne de tous les vendredis de l'année , et certaines prières particulières pour tous les jours; ce- " pendant ces œuvres de surérogation sont bonnes et utiles. De même il n'y a point précepte formel d'avoir à son oratoire un crucifix , et de faire , devant ce crucifix , ses prières ; c'est cependant un usage bon et utile pour les raisons que nous déduirons dans le dernier article de la présente dissertation. Voilà tout ce que prouve le raisonnement de yotre ministre Daillé, et rien de plus.

Je me trompe. Votre ministre convenant que Dieu avait ordonné de prier devant Parche, qui était une image , ne peut pas disconvenir qu'il ne soit bon et utile de prier devant les images ; car Dieu ne peut rien ordonner qui ne soit bon , louable et utile.

Au vingt-unième chapitre du livre des Nombres, Dieu commande encore à Moïse de faire un serpent d'airain , et de le placer dans le désert pour servir de signe. Moïse exécute Tordre du Seigneur, et tous ceux qui ayant été blessés des serpents jetaient les yeux sur ce serpent d'airain 9 étaient aussitôt guéris. D'un autre côté, il n'est pas douteux que ce serpent d'airain était une image taillée , et que, comme saint Jean nous l'apprend , il était l'image et la figure de Jésus-Christ qui devait être exalté en croix (1). Calvin lui-même, sur les Nombres , chapitre 21 , verset 8 , ne peut en disconvenir. On ne saurait non plus raisonnablement contester que ceux qui regardaient ce serpent pour être guéris , ne lui portassent quelque respect ; non pas qu'il reconnussent quelque divinité , ou quelque vertu divine dans la figure et l'airain dont il était fabriqué ; non pas qu'il lui adressassent leurs prières , et qu'ils missent en lui leur confiance 9 comme les Gentils en leurs idoles ; mais parce qu'il était la figure du Messie. Comment douter, après un exemple si sensible et si frappant, que le culte des images ne soit bon et conforme à l'esprit de la religion. ÊÉk

Calvin a bien sentinrïbrce de ce raisonnement. Et

(1) Sicut Moïses exaliavit scrpenlcm in deserto, ilà exaltari oportet ft+ lium kominis. Joan.

54 DU XiULTE

voilà pourquoi dans le onzième chapitre de son premier liyre d'Institution, où il traite ce sujet, et où il tâche dû répondre aux preuves tirées de l'Ecriture sainte , il a gardé un profond silence sur celle que fournit cet ordre donné par Dieu même à Moïse de faire et d'élever dans le désert le serpent d'airain.

Duplessis Mornay a été plus hardi : il a cru pouvoir éluder la force de ce raisonnement par un passage de Tertullien qui , dans son livre sur l'idolâtrie , parle de ce serpent d'airain : mais loin que le passage de ce Père y donne la moindre atteinte , il en est , au contraire , une confirmation. Le voici : «Pourquoi Moïse a-t-il « fabriqué le serpent d'airain dans le désert ? Les figu- « res qui étaient faites par quelque disposition secrète , « n'étaient point pour contrevenir à la loi , mais pour <( servir d'exemplaire à leur cause* Autrement si nous « interprétions les choses comme les interprètent les « ennemis de la loi, n'accuserions-nous pas nous- « mêmes le Tout-Puissant d'inconstance, ainsi que « les Marcionites qui le détruisent , comme étant sujet « au changement , en ce que , selon eux, il défend ici ce « que là il commande ? Et si quelqu'un dissimule que « cette effigie en forme de serpent d'airain , élevée dans «le désert , a désigné la figure de la croix du Seigneur, .« qui devait nous délivrer des anges du diable , en ce .« que par lui-même il a mis à mort et suspendu le ser- « pent , c'est-à-dire le diabltigtau s'il y a quelque au- « tre exposition de cette figt^r révélée à ceux qui en « sont plus dignes , comme l'apôtre nous en assure , « qu'alors toutes choses sont arrivées en figure au

DBS IMAGES. 55

« peuple Juif; c'est fort à propos que le même Dieu

« qui a défendu de faire des ressemblances , a , par un

« précepte extraordinaire , ordonné de faire celle du sert

« pent. Si vous êtes fidèles au même Dieu , tous ave*

« la loi : ne faites point de ressemblance ou similitude.

« Si vous considérez le commandement fait après, imi-

c tez Moïse ; ne faites aucun simulacre contre la loi , et

« sans que Dieu vous le commande. »

Par ces paroles vous voyez , Messieurs , que Tertuilien distingue deux sortes d'effigies ou d'images. Les" unes , que Ton ne pouvait avoir , ni faire sans contre-} venir à la loi; les autres qui ne sont point contraires &'* l'esprit de la loi, et que même Dieu a commandé défaire. On ne peut donc pas dire que toute image ait été défendue par la lot , autrement on accuserait Dieu d'inconstance, en le faisant défendre d'un côté ce qu'il commanderait de l'autre. Première conséquence claire et évidente.

Le serpent d'airain a été une des images faites par Tordre de Dieu ; et de l'aveu de Tertuliien , c'était une image utile et salutaire , en ce qu'elle était la figure de Jésus-Christ qui devait être attaché en croix pour nous délivrer de la puissance du serpent infernal , qui est le démon. L'usage , par conséquent, des images qui étaient la figure du futur Messie qui devait être notre Sauveur , était bon et conforme à l'esprit de cette loi , dans laquelle toutes choses arrivaient en figure do la nouvelle alliance. Ce n'était donc pas ces sortes d'images qui étaient prohibées par la loi ; c'était celles des nations idolâtres et superstitieuses ; c'est-ù-dire les idoles

** ne CULTE

** **rpoi dans le onzième chapitre de son premier utt fhsimùoù, oo [1 traite ce sujet, et où il tâche * xftmàt m praires tirées de l'Ecriture sainte, il a prie m priai silence sur celle que fournit cet ordre àmmtw Dieu mtnt à Moïse défaire et tfélew dans k Acku le serpent d'airain.

Difttaù Hwmar a élé plas hardi : il a cru pouvoir àaôer u fore de ce raisonnement par un passage de TmcjKS qui • ans son lin* sur l'idolâtrie , parle de « KfpMl dY:rain : mais loin que le passage de ce Père ; Àwat la moîodrt atteinte, il en est f au contraire, ne r:tinLib<*. Le foîci : t Pourquoi 3Iolse a-t-ii « fate>j&e > serpent d'airain dans le désert ?Les figu- « ne qui eirâs faites par quelque disposition secrète, < iV-»>^ pmji pour contrevenir ï la loi , mais pour « «nir «2 >\ «plaire i leur cause. Autrement si nous • attfffYii** #* ekvef comme les interprètent les . ttwm* de à M, niecoserions-nous pas nousk fout-Puissant d'inconstance, ainsi que

^ « je» Mirtiûftites qui le détruisent , comme étant sujet

it , en ce que , selon eux, il défend ici ce i qpe là II commande ? Et si quelqu'un dissimule que I . ct:n <£$>* en forme de serpent d'airain, élerée dans

* « * ûe«rt . a dcàgné la figurede la croiï du Seigneur,

. jii déni: m» delitrer d« anges * Niable, en ce . qw for ki-otme il a «s i mort et suspendu le ser-

. fM . <V*-à-Anf Je JuU^f" *?' ™ ^'^ au- • « eip**» de «<* fi^Trerélée à ceux qui en

. vrc; •■:* ^w. "»«* 'V** D0US en assure' . *i** toi» rtU* «»/ ****■ » M^ au

« peuple Juif; c'est fort à propos que le môme Dieu t qui a défendu de faire des ressemblances , a , par un « précepte extraordinaire , ordonné de faire celle du sei* « pent. Si vous êtes fidèles au même Dieu, vous avez « la loi : ne faites point de ressemblance ou similitude, « Si vous considérez le commandement fait après, imi- « tez Moïse ; ne faites aucun simulacre contre la loi , et a sans que Dieu vous le commande. »

Par ces paroles vous voyez , Messieurs , que Tertullien distingue deux sortes d'effigies ou d'images. Les unes , que l'on ne pouvait avoir , ni faire sans contrevenir à la loi ; les autres qui ne sont point contraires à l'esprit de la loi , et que même Dieu a commandé de faire. On ne peut donc pas dire que toute image ait été défendue par la loi, autrement on accuserait Dieu d'inconstance, en le faisant défendre d'un côté ce qu'il commanderait de l'autre. Première conséquence claire et évidente.

Le serpent d'airain a été une des images faites par Tordre de Dieu ; et de l'aveu de Tertullien , c'était une image utile et salutaire , en ce qu'elle était la figure de Jésus-Christ qui devait être attaché en croix pour nous délivrer de la puissance du serpent infernal , qui est le démon. L'usage , par conséquent , des images qi étaient la figure du futur Messie qui devait être Sauveur , était bon et conforme à l'esprit de O&r dans laquelle toutes choses arrivaient en flgurejjr velle alliance. Ce n'était donc pas ces sojfifi qui étaient prohibées par la loi ; c'était***1 lions idolùtrcsjît superstitieuses ; c'est-? ^

et les images des faux dieux que Ton adorait parmi les Païens ; celles , en un mot , qui servaient à entretenir ou à inspirer l'idolâtrie. Cette seconde conséquence est encore toute naturelle.

, Votre ministre Duplessis s'en est bien aperçu 9 et pour la prévenir , il ajoute aussitôt après le texte de Tertullien : « Or , en la mort de Christ , toutes ces figures a sont consommées , et partant plus de telles images. » Paroles qui font bien voir que Duplessis sentait bien que , dans l'ancienne loi , toute sorte d'image n'était pas dépendue; que le serpent d'airain avait été exalté dans le désert par ordre du Seigneur. Si cependant ce ministre, par cette réflexion , ne voulait dire autre chose , sinon qu'il ne faut plus d'images qui représentent aujourd'hui le Messie , comme n'étant pas encore venu pour racheter le genre humain , et comme devant venir dans la suite des temps ainsi que faisait le serpent d'airain , je conviendrais volontiers que de telles images tendraient à renouveler le judaïsme parmi nous. Mais comme l'intention de ce ministre est de rejeter et de condamner par sa réflexion tout usage des images dans la loi nouvelle r je prétends que sa conséquence est très fausse, et toutà-fait contraire à l'esprit même de Tertullien. Car la même raison qui , selon ce Père , autorisait parmi les Juifs l'image de leur futur libérateur , autorise à plus forte raison, parmi nous l'image de ce divin libérateur, réellement venu , et mort en croix pour le salut du genre humain.

Enfin, parcourez vous-mêmes , Messieurs , les livres

saints , et vous verrez que Dieu s'est souvent manifesté

DBS IMAGES. 51

et peint aux yeux des hommes sous la Ggure humaine , ou sous des signes visibles et sensibles. Il a apparu à Adam (1 ) sous la forme d'un homme se promenant et parlant dans le paradis terrestre. Nous voyons aussi dans le même livre, chapitre 48, que trois personne^ apparurent à Abraham dans la vallée de Mambré , et selon saint Augustin , dans son second livre de la Trinité , chapitre onzième, c'étaient les trois personnes de la sainte Trinité. Dieu se fit pareillement voir à Jacob , au bout de cette échelle mystérieuse, dont il est parlé au vingt-huitième chapitre de la Genèse ; à Isale , chapitre 6 de la Prophétie ; à Daniel , chapitre 7, sous la forme d'un roi assis sur un trône. Dans ce dernier même on trouve la description de sa tète et de ses vêtements. Le Saint-Esprit est descendu sur Jésus-Christ sou$ la figure d'une colombe , en saint Matthieu , chapitre 3. Voilà autant de faits certains et constants par l'Ecriture Sainte ; d'où il s'ensuit que Dieu s'est souvent représenté et peint aux yeux des hommes , sous une figure sensible : or, je vous le demande, Messieurs, pour* quoi ne sera-t-il pas bon, louable et utile de représenter, par le moyen des images , ces traits de l'Ecriture sainte, afin de se rappeler le souvenir de la grandeur , de la sagesse , de la bonté et des miséricordes infinies du Seigneur? Y a-t-il plus de danger à se les rappeler dans l'esprit , par le moyen des images , que par le moyen de la lecture?

Calvin, au chapitre 11 du premier livre de son Ins.

(3) Gen. 3.

titution , n° 3 , répond que ces apparitions étaient « comme une ouverture et un préparatif de la révélait tion qui devait être faite en la personne de Jésusce Christ. » Mais en premier lieu , si Dieu se peignant .ainsi aux yeux des hommes sous la figure humaine , a été un moyen de préparer les esprits à la foi et à la confiance au Messie et au mystère de l'Incarnation et de la Rédemption , pourquoi ne voulez- vous pas aussi que la naissance , la mort et la passion de ce divin Rédempteur représentées par le moyen des images, soient un moyen d'exciter en nous les sentiments de foi , d'amour et de confiance en cet aimable Sauveur. En second lieu , ce n'est pas seulement le Fils de Dieu qui s'est ainsi montré aux anciens prophètes et patriarches , sous une forme visible et sensible ; ce sont , suivant le témoignage de saint Augustin , les trois personnes de la Sainte Trinité qui ont apparu à Abraham , et le Père Eternel qu'a vu Daniel sous la forme de l'ancien des jours , assis sur un trône, et qui mettait. son fils en possession de son royaume. C'est le Saint-Esprit qui , sur les bords du Jourdain , s'est montré sous la forme d'une colombe. L'apparition du Saint-Esprit , sous la forme d'une colombe , reprend Calvin , a été un signe transitoire et de peu de durée, qui , par là, avertissait que le Saint- Esprit est invisible. Les Pères de l'Eglise nous apportent d'autres raisons de ce symbole sous lequel descendit le Saint-Esprit sur Jésus-Christ j mais je veux bien que cette apparition ait été transitoire et de peu de durée ; il n'en est pas moins vrai que cette mystérieuse apparition a été très réelle , et qu'il est bon et louable de s'en rap-

peler le souvenir : ee qui se fait premièrement et principalement par la lecture de l'Evangile , et secondement parle moyen des images.

II y a , direz-vous peut-être , une grande différence entre les idées que forme dans nos esprits la lecture de les différentes apparitions de Dieu , et celles que nous en donnent les images. La même Ecriture sainte , quf nous atteste ces apparitions, nous avertit dans d'autres endroits que Dieu est un pufefgpcit , et qu'il n'est pas corporel , au lieu que les imagfi&ne nous donnent pas le même avertissement. J'avoue que les images ne nous , donnent pas en effet , par elles-mêmes , cet avertisse* ment que les livres saints nous donnent ; mais l'Ecriture sainte , en nous avertissant que les visions ou apparitions de Dieu sous la forme humaine , décrites dans certains endroits de l'Ecriture 9 ne signifient pa& que Dieu soit en effet corporel et visible aux yeux du corps , nous avertit pareillement que les images , n'étant autre chose que ces mêmes visions , ou apparitions représentées en peinture , ne signifient pas que Dieu soit corporel , et puisse tomber sous nos sens.

Dé plus , nos pasteurs , dans leurs catéchismes et dans leurs instructions publiques et particulières , ne cessent de prévenir sur cet article leurs ouailles , suivant le précepte qui leur en est fait par le saint concile de Trente. « Quand il arrive, comme il convient quelquefois , de « représenter à un peuple ignorant certaines histoires « contenues dans la Sainte Ecriture , qu'on ait , dit ce « concile , grand soin d'avertir que par ces tableaux et « images , on ne prétend pas , et on ne doit pas s'imagi-

« ncr que la divinité puisse être vue des yeux du corps , (( ni qu'elle ait aucune couleur ou figure visible et sensi- « ble (1). » C'est en effet ce que Ton a grand soin de bien inculquer dans tous les Catéchismes ; de sorte que si vous demandez aux enfants s'il est vrai que Dieu soit corporel , pour peu qu'ils soient instruits , ils vous répondront que Dieu n'a point de corps , et que c'est un pur esprit qui ne peut être vu des yeux du corps , et qui ne tombe point sous jdfiP&ns. Interrogez-les pareillement sur les faits desHÀaigas, et ils vous satisferont également sur cet article : si vous voulez vous en épargner la peine , consultez le Catéchisme de ce diocèse , et vous vous assurerez par vous-mêmes de ce que j'ai l'honneur de vous avancer*

Rassurez-vous donc , Messieurs, contre les terreurs paniques que vos ministres veulent faire naître dans vos esprits , et au lieu de vous imaginer faussement que les images induisent à regarder Dieu et les Anges comme corporels et visibles aux yeux du corps , pensez seulement qu'elles nous rappellent les histoires , les faits et les mystères rapportés dans l'Ecriture sainte , et qu'elles nous excitent à entrer dans les mêmes sentiments de piété et de religion , que les écrivains sacrés ont voulu nous inspirer par la description de ces mêmes faits et de ces mêmes histoires rapportées dans les livres divins.

(1) Qood si aliqoando historias et narration» Sacra Scriptur» , cum id indocta plebi expediet exprimî et figurati contigerit , deceatur populos, non proptereà divinitatem figurori , quasi corporis oculis conspiri* Tel coloribtu aut figuris expriroi possit. Conc. Trid. sess. 26, de Sacri- Iraaginibua,

DBS IMAGES. 61

Tous ces textes et tous nos raisonnements , direzvous, prouvent bien qu'il est permis, et même bon et utile d'avoir des images et de les placer dans nos temples pour les orner ; mais prouvent-ils que Ton doive les honorer ? Oui , Messieurs , dans le sens que je l'ai expliqué ci-devant ; car prenez garde que, comme je vous Pai dit, ce q'est pas à raison de la toile peinte , ou de la sculpture4 qui frappe nos yeux , que nous honorons les images ; mais à raison du prototype , c'est-à-dire à raison de l'objet qu'elles représentent. Ce n'est pas aux images que nous donnons notre confiance , et que nous adressons nos prières ; nous sommes bien éloignés de croire qu'il y ait une divinité , ou une vertu divine dans ces images. Tout l'honneur que nous leur rendons , se rapporte aux prototypes qu'elles figurent ; de sorte qu'en nous mettant à genoux devant elles , c'est ou Jésus-Christ que nous adorons , ou les Saints que nous honorons. En ce sens, je dis qu'il est bon et utile d'honorer les images-, et qu'elles doivent en effet être honorées ; et en voici la preuve par les textes déjà cités. Pourquoi avoir placé deux chérubins sur le propitiatoire , si non par respect et par vénération , puisque ce propitiatoire était , chez les Juifs , le lieu le plus respectable ? C'est cependant Moïse et Salomon qui les ont placés si honorablement, et c'a été par le commandement ou l'inspiration de Dieu qu'ils l'ont fait. Comment pareillement s'imaginer que les Juifs qui , en jetant les yeux sur le serpent d'airain , étaient aussitôt préservés de la mort et guéris de la morsure des serpents dans le désert , n'avaient pas un vrai respect pour ce serpent , non pas à la vérité , à cause

6$ DU GULTÉ

de l'ouvrage considéré en lui-même , mais à cause du futur libérateur qu'il représentait , et après la venue duquel ils soupiraient avec tant d'ardeur.

D'ailleurs , il est constant que ces images signifiaient de grands mystères et donnaient aux Juifs d'importantes leçons pour leur salut. Les deux chérubins qui couvraient de leurs ailes le propitiatoire , marquaient I* grandeur de Dieu , et avec quel respect on doit l'adotâf*' Le serpent d'airain était la figure de Jésus-Christ qnr devait un jour être exalté comme notre Sauveur et notre Rédempteur. C'était en même temps aux Juifs un avertissement de mettre leur confiance en ce divin libérateur qu'ils attendaient. De là , jugez si ces images n'étaient pas à bonorer et à respecter , à raison des grands mystères qu'elles annonçaient et des importantes leéons qu'elles donnaient au peuple Juif.

Calvin nous oppose grand nombre de passages de l'Ecriture dans le livre premier de son Institution. Il en cite dans le corps et à la marge de l'ouvrage , jusqu'à 16 ou 17. Vous nous croyez peut-être accablés sous îe poids et la multitude de ces textes. Non, Messieurs; je le dis avec assurance ; j'ose même vous en faire juges : de tous ces textes , H n'y en a pas un seul qui attaque en aucune façon le culte que nous rendons aux images. Leur unique but est de proscrire les idoles , les statues , ou si vous voulez que je me serve de votre terme favori 1 les images taillées , adorées par les nations idolâtres , comme de vraies divinités , ou du moins faites pour représenter de pures créatures, comme de vrais dieux. Je vous l'ai déclaré , et je vous le répète ; nous condam-

nous de tout notre cœur ces idoles , et toutes ces statues et images des nations idolâtres ; et voilà précisément ce que condamnent tous les textes cités par Calvin.

Pour tous en convaincre , je n'entrerai point dans la discussion de chaque texte en particulier ; cela nous mènerait trop loin , et nous obligerait à trop de redites qui vous paraîtraient ennuyeuses. Mais vous pouvez vous en jJRivainere par vous-mêmes , tant par la lecture de ces t&jtas , que par la lecture du titre qui se trouve dans voè Bibles , à la tète deschapitres dont Us sont tirés. Dans la plupart de ces titres , il est marqué en termes formels , qu'il s'agit d'idoles , d'idolâtrie, de nations idolâtres , mais afin que vous ne vous imaginiez pas que, si je n'entre point dans le détail de ces textes , c'est pour éluder la difficulté , je vais répondre en particulier à celui que Calvin met à la tète de, tous les autres , comme le plus favorable à sa cause , et que vous avez coutume de nous objecter toutes les fois que nous tombons avec vous sur la question des images. La réponse que j'y vais donner, s'appliquera aisément aux autres.

Ce texte jst tiré du Deutéronome , chapitre 4 , verset 15^11 y est dit ; Souviens-toi que l'Eternel a parlé à toi en là vallée d'Oreb , tu as oui sa voix : tu n W point vu de corps. Garde - toi donc d'être déçu en te faisant nulle ressemblance que ce soit. C'est ainsi que Calvin cite ce passage du Deutéronome , et il en supprime la suite. En cela, il a ses raisons ; mais vous ne trouverez pas mauvais que je le cite tout entier , sans y rien changer , ni retrancher ; le voici tel qu'on le lit dans vos Bibles françaises. Vous n'avez vu retsem-.

hlance aucune au jour que F Eternel votre Dieu a parlé à vous en Oreb , du milieu du feu , de peur que vous ne vous corrompiez et ne vous fassiez quelque image taillée , ou ressemblance qui vous rer présente chose quelconque qui soit effigie de mâle ou de femelle , ou effigie d? aucune bête qui soit en la terre, ou effigie d'aucun oiseau ayant des ailes f qui vole par les deux , ou effigie d'aucun reptile qui rampe par terre , ou effigie d'aucun poisson qui soit aux eaux , au-dessous de la terre , de peur aussi qu'élevant les yeux vers les deux , et qu'ayant vu le soleil, la lune et les étoiles, qui est toute Farmée des deux , tu ne sois poussé à te prosterner devant eux , et ne (es serve f vu que F Eternel ton Dieu les a départis à tous peuples qui sont dessous le del universel (i).

Ce texte est une répétition et une explication plus détaillée de cet autre de PExode : Je suis F Eternel ton Dieu , qui fai retiré du pays d'Egypte de la mai. son de servitude; tu n'auras point d'autres dieux devant ma face. Tu ne te feras aucune image taillé* ni ressemblance aucune des choses qui sont là

(1) Non Yidislis aliquam similitudioem in die qua locutus est tobis Damions in Oreb de medio ignis. Ne forte decepli faciatis vobis sculptam similitndinem aut imaginem mascnli vel fœrainae , similitudinèm omnium jumentorum quae sunt super terrain , vel avium sub cœlo volanlium atque reptilium quae moventur in terra , sive piscium qui sub terra morentor in aquis , ne forte elevatis oculis ad cœlum Yideas solem et lunam , et omnia astra cœli, et errore deceptus adores ca, et colas qua) créa vit Dominus Deus tuus in ministeriom conçus gcutibns qua? sub cœlo *unt. Qeot, ctp, 4.

haut es cieux, ni ici bas en terre , ni es eaux dessous la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et ne les serviras} car je suis l'Eternel ton Dieu{\).

Ces deux textes , quoi qu'en disent vos ministres , ne leur peuvent être d'aucun usage. Car, en premier lieu, vous ne disconviendrez pas que Dieu étant la sagesse et la vérité même , ne peut se contredire , ni défendre et commander en même temps une même chose. Or , il est certain , par les textes que je vous ai cités , que Dieu a commandé à Moïse de placer sur le propitiatoire deux chérubins , et d7élever dans le désert le serpent d'airain , qui était une image taillée et la figure de Jésus-Christ. H est pareillement certain que la peinture et la sculpture ne sont pas des arts mauvais et réprouvés de Dieu , puisque c'est par l'inspiration de Dieu même que Bézéléel et Ooliab s'y sont appliqués. Calvin lui-même n'a pu s'empêcher d'en convenir et d'en passer sa déclaration, c Je ne suis pas , dit-il , tant scrupuleux , de juger « qu'on ne doive endurer, ni souffrir nulle image ; mais « d'autant que l'art de peindre et de tailler sont dons « de Dieu , je requiers que l'usage en soit gardé pur et « légitime. » Vous-mêmes , Messieurs , vous êtes , comme je vous l'ai déjà représenté , curieux d'avoir dans vos appartements le portrait de vos pères et de vos pa -

(4) Ego sum Dominas «Deus taus , qui eduxi te de ferra ASgypti de do* mo serritutis ; non habebis Deos alienos coràm me , non facics tibi sculptilc, neque omnem similitudinem quae est in cœlo desuper, et quae in terra deorsum. Non adorabis ea neque coles. Ego sum Dominus Doua tuus. Exod. 20. capite.

rents, et tous les conservez comme monuments précieux. Il n'est donc pas possible de supposer que , par les deux textes en question , Dieu ait voulu défendre toute image, et tout usage des images. Reste donc à examiner quelles images , et quel usage des images , il a voulu proscrire et condamner.

Je remarque d'abord dans le vingtième chapitre de l'Exode , où est rapportée pour la première fois la publication de la loi dont il s'agit , que la version des Septante se sert du terme grec qui signifie , en notre langue , idole. Il est d'ailleurs certain que les auteurs de cette version étaient plus versés dans la science de l'hébreu , qu'on ne l'est aujourd'hui. Il est par conséquent certain que , suivant le texte grec , conforme au texte hébreu , la loi qu'on nous objecte regarde les idoles , et pour me servir de votre expression, les images taillées et fabriquées à dessein d'occasionner et de fomenter la superstition et l'idolâtrie.

Si nous rapprochons des paroles que l'on nous objecte, celles qui précèdent , ou qui suivent , si nous faisons attention au temps auquel la loi a été portée , au génie et au caractère des personnes auxquelles elle est adressée, tout appuie et confirme notre réponse. Car, en premier lieu , il est clair, par la lecture du texte sacré , que ces paroles : Fous ne ferez point d'images taillées , etc. , ont un rapport essentiel avec celles qui précèdent : Vous n'aurez point de dieux étrangers , non habebis deos alienos. Et avec ces autres qui suivent : Vous ne les adorerez point , non adorabis ea , neque cotes. Or , Messieurs , que proscrivent ces paroles : Vous

n'aurez point de dieux étrangers , non habebis deos alienos , et ces autres , vous ne les adorerez point , non adorabis ea , neque cotes ? Elles proscrivent les actes intérieurs d'idolâtrie , qui consistent à reconnaître et à adorer de faux dieux. D'où il s'ensuit que ces autres paroles : Vous ne ferez point tf images taillées , et nulle ressemblance que ce soit, ayant un rapport essentiel avec celles qui proscrivent les actes intérieurs de l'idolâtrie sont aussi une défense des actes extérieurs de cette même idolâtrie , qui consistent à ériger des idoles, des statues et des images en l'honneur des faux dieux. Ce sont donc les idoles , les statues et les images taillées en l'honneur des fausses divinités , ou même , si vous voulez , les simulacres et les images de ces faux dieux , qui sont réprouvés par les textes dont il est ici question.

En second lieu dans quel temps la loi a-t-elle été portée ? Dans un temps où l'idolâtrie était très corn* mune j dans un temps où les peuples érigeaient de tous côtés des statues en l'honneur des faux dieux ; dans un temps où l'on offrait de l'encens et des sacrifices aux faux dieux et à leurs statues. Il était donc bien important aux Juifs d'être prévenus et en garde contre ces actes intérieurs et extérieurs d'idolâtrie.

En troisième lieu, quelle était enfin la situation , le génie et le caractère du peuple juif , auquel Moïse adresse la parole ? C'était un peuple environné de toute part de nations idolâtres qui adoraient , comme de vraies divinités , des idoles , et qui leur offraient de l'encens et des sacrifices. C'était un peuple qui avait lui-même un violent penchant à l'idolâtrie. Témoin ce grand nombre

<flsraélites qui se firent un veau d'or qu'ils adorèrent dans le désert. Témoins encore tant d'autres qui s'alliant aux nations étrangères , donnèrent dans leur superstition et leur idolâtrie , ainsi que nous f apprend le texte sacré. Dieu , qui connaissait les dispositions de ce peuple, et les dangers auxquels il serait exposé au mi-, lieu de tant de peuples incirconcis et idolâtres , le prévient contre la tentation , et lui fait une expresse défense de reconnaître et d'adorer des dieux étrangers : Non habebis deos alienos. Pour aller même au-devant de tout ce qui pourrait donner lieu à la tentation, il proscrit toute idole, toute statue , toute image taillée en l'honneur des faux dieux , et même toute représentation des faux dieux adorés parmi les nations étrangères : Non adorabis ea , neque cotes.

Voilà , Messieurs, l'interprétation naturelle des textes de l'Exode et du Deutéronome , interprétation appuyée par l'autorité de saint Augustin qui , dans la question ? 1 e sur l'Exode , les explique ainsi ; appuyée même de l'autorité de Moïse qui , dans le chapitre 26 du Lévitique , intime ainsi l'ordre du Seigneur. Je suis le Seigneur votre Dieu; vous ne ferez point d'idoles et de statues f vous ne dresserez point de monuments , et n'érigerez point de pierre remarquable pour V adorer (1). Remarquez , je vous prie , Messieurs , ces paroles , pour les adorer, ut adoretis eum. A quoi bon cette addition ? sinon pour signifier que toute image et

(1) Ego Dominai Dons Tester : non facietis vohis idolum etsculptile , nec litttlos erigelis , ncc insigaem lapident ponetis in terra veslrà ut adorais eum. Ego enim sum Dorainus Deus Tester. J-e\U. 26. 1 .

toute sculpture n'était pas absolument défendue, mais seulement celles qu'on érigeait en Fhonneor des faux dieux , qui en étaient la représentation , et qu'on adorait.

Vos ministres eux-mêmes , dans leur Catéchisme , conviennent que tel est le- vrai sens de la défense faite aux Juifs. Au dimanche 53 , le ministre demande : « Dieu veut-il du tout défendre de foire aucune image ? » L'enfant répond : « Non, mais il défend de faire aucune « image pour figurer Dieu , ou pour l'adorer. » Par ces paroles vous confessez que les images proscrites et défendues par la loi , sont celles qui sont faites pour figurer Dieu , ou pour être adorées ; or les Images parmi 'nous ne sont faîtes ni pour figurer Dieu , ni pour être adorées : elles ne sont pas faites pour figurer Dieu, mais seulement pour remettre devant les yeux des peuples grossiers , certains traits , certaines histoires , certaines apparitions qui sont rapportées dans les Saintes Ecritures , qu'il est bon et utile et quelquefois même nécessaire de se rappeler en la mémoire , et que les peuples grossiers ne Retiendraient pas sans le secours des images. Encore, en ce cas , le concile de Trente prescrit-il « que l'on ait grand soin d'avertir les fidèles que Ton « ne prétend pas que la Divinité soit figurée , comme « si on pouvait la voir des yeux du corps , ou l'expri- <( mer par couleur ou par figure (1). » Les images pareillement ne sont point faites parmi nous pour être

(1) Cùm id iadodap plebi expédie! exprimi et fif urari , doceatur j>ppulus non proptereà Divinitaiem figurari v quasi corporîs oculis conspici > vcl coloribus aul figurb exprimi possit.

adorées ; nous n'avons garde de croire qu'il y ait en elles quelque divinité , ou quelque vertu pour laquelle on doive leur rendre eet hommage. Nous sommes pareillement bien éloignés de penser qu'il faille adresser quelque demande , et y mettre sa conGance , eomme font les Gentils à l'égard de leurs idoles. L'honneur que nous leur rendons se rapporte à ceux qu'elles représentent , de sorte qu'en nous prosternant devant un crucifix , ce n'est pas le crucifix que nous adorons, mais Jésus- Christ dont ce crucifix nous rappelle le souvenir. Quand pareillement nous prions , et nous nous inclinons devant l'image de la sainte Vierge , ou de quelque autre Saint , ce n'est pas l'image que nous honorons , mais la sainte Vierge, ou le Saint qui nous est représenté dans l'image. C'est encore le concile de Trente qui parle et qui fait cette déclaration (1). Il est donc constant que les images , parmi nous , ne sont faites , ni pour figurer Dieu , ni pour être adorées ; et conséquemment elles ne sont pas du nombre de celles qui ont été proscrites et défendues par la loi.

Calvin , pour combattre cette réponse , et pour ta-

(1) Dei-paraVirginis etaliorum Saoctorum in templîs preserlim habendas et relinendas eisque debitum honorem et venerationem impertiendam; non quod credatur inesse aliqua in eis divinitas vel virtus , propter quam sint colendae, vel quod sit ab iis altquid petendum , vel quod fîducia in imagioibus sit figenda , veluti olim fiebat à Genlibus quae in idolis spem suam collocabant , sed quoniam honos qni illis eihibetur , refertur ad prototypa quae illae représentant , ità ut per imagines quas osculamur , et coràm qui bus caput aperimus et procumbimus, Christum adoremus, et Sanctos quorum illae similitudinem gérant , ▼eneremor. Conc. Trid. sess. 25.

DBS IMAGES. 71

cher de faire retomber sur nous le crime d'idolâtrie qu'on a reproché aux Juifs et aux Gentils, avance une proposition qui , sans doute , va paraître étrange. Jamais peut-être , avant lui , on ne s'était avisé de penser que les Juifs , dans ce temps-là même qu'ils demandaient à Aaron le yeau d'or , se voulaient bien tenir à Dieu qui avait été leur rédempteur, moyennant qu'ils eussent la ressemblance ou la figure du veau. Jamais peut-être on n'avait pensé que sous ce simulacre , ils avaient l'intention d'adorer le Dieu éternel , créateur du ciel et de la terre. Ces belles découvertes étaient réservées au chef de votre prétendue réforme ; et il n'a pas eu honte de les publier dans son premier livre d'Institution , chapitre 11 n° 9. «Les Juifs, dit-il, n'étaient pas si dé- « pourvus de sens , qu'ils ne sussent que c'était Dieu « qui les avait tirés d'Egypte, avant qu'ils forgeassent « le veau ; même quand Aaron publia que c'étaient les « dieux qui les avaient délivrés , ils s'y accordaient « sans difficulté , signifiant par-là qu'ils se voulaient « bien tenir à Dieu qui avait été leur rédemptear , « moyennant qu'ils eussent sa ressemblance en la figure « du veau. Les Juifs , ajoute— t— il , avaient ce propos « d'adorer , sous leurs simulacres , le Dieu éternel , « créateur du ciel et de la terre. » S'il n'est pas toutà-fait si indulgent pour les Gentils, il prétend cependant qu'ils n'ont pas adoré leurs idoles et leurs statues de bronze et d'airain. « Mais sous ces simulacres , dit-il , « ils adoraient leurs dieux habitant au ciel. » Que penser d'un auteur qui , pour soutenir sa cause , a recours à de semblables imaginations ? Comment ose-t-on al-

léguer des rêveries qui se détruisent d'elles-mêmes , et qui sont formellement contraires à ce que l'Ecriture nous apprend , et à ce que nous attestent tous les historiens ? Ce serait perdre le temps que de vouloir s'arrêter à les réfuter.

Voici cependant un ou deux textes de l'Ecriture que je joins ici , non pas que je tous croie tentés d'adopter ces sortes d'extravagances , quoique renouvelées dans ces derniers temps , par un de vos fameux ministres de Genève , M. Pictet , mais seulement afin de vous faire remarquer la témérité de vos auteurs , et le peu de cas qu'ils font de l'Ecriture , quand elle ne s'accorde pas avee leurs idées et avec leurs systèmes. Au 32e chapitre de l'Exode , il est rapporté que quand Moïse descendit de la montagne d'Oreb , le Seigneur lui parla , et lui dit î Allez , descendez , car votre peuple que vous avez délivré de P Egypte a péché} ils se sont retirés bientôt de la voie que vous leur avez montrée ; ils $e sont fait un veau jeté en fonte , et ils Vont adoré; çt e*>lui immolant des hosties, ils ont dit : Ce sont là , Israël , vos dieux qui vous ont tirés de t 'Egypte (1).

C'est Moïse , ou plutôt c'est Dieu lui-même qui atteste que les Juifs ont adoré le veau dans le désert , et qu'ils lui ont immolé des hosties. Le chef de votre réforme, Calvin, assure cependant le contraire, et il

(1) Locutas est aatem Dominas ad Moïsen , dicens : Vade , descende > peccavit populus tuus qaem eduxisti de terra iEgypti. Recesserunt citô dévia quam ostendisti eis, fecerantque sîbi vitalum conslatilem , et adorarerant , atque immolantes et hostias , dixerunt : Isti sunt Dii lui , Israël , qui te cduxerunt de terra iEgypti. Exod. 52.

DBS IMAGES, 73

prétend que dans ce temps-là , « ils voulaient s7en tenir c à Dieu qui avait été leur rédempteur, moyennant c qu'ils eussent sa ressemblance en la figure du veau. » Il ajoute « qu'ils avaient ce propos d'adorer sous leurs c simulacres le Dieu éternel , créateur du ciel et de la « terre. » Peut-on contredire plus ouvertement la parole de Dieu ?

L'Ecriture sainte nous atteste encore qu'il y avait, chez les Babyloniens , une idole que Ton appellait Belf que le roi allait chaque jour l'adorer ; et qu'ayant demandé à Daniel pourquoi il ne voulait pas l'adorer également comme les autres, celui-ci lui avait répondu qu'il n'adorait point des idoles fabriquées de main d'homme ; mais qu'il adorait le Dieu vivant , créateur du ciel et de la terre , qui a pouvoir sur toute chair. À quoi le roi repartit : Pensez-vous que Bel ne soit pas un Dieu vivant ? Ne voyez-vous pas qu'il mange et qu'il hoit chaque jour? C'est l'Esprit Saint, qui, comme yous voyez , nous marque dans les termes les plus posttifs et les plus formels, que les incirconcis adoraient leurs statues et leurs simulacres comme de vrais dieux, comme des dieux vivants et habitant sur la terre. Malgré cela, Calvin n'en veut rien croire; et pour nous reprocher de donner dans les sentiments de ces idolâtres , il avance hardiment qu'ils adoraient, non point les statues érigées en l'honneur des idoles , mais le Dieu éternel , créateur du ciel et de la terre. Encore un coup, n'est-ce pas donner un démenti formel aux livres sacrés ?

Page 1