‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestantChapitre 9 sur 22 · GENTILHOMME PROTESTANT · texte numérisé non relu

GENTILHOMME PROTESTANT

Monsieur ,

Je pense avoir suffisamment éclairci tontes les difficultés qui concernent le mystère de l'Eucharistie , et si vous avez sérieusement réfléchi sur ce que j'ai eu l'honneur de vous dire touchant le Sacrifice de la messe , le culte rendu à Jésus- Christ dans Y Eucharistie , la communion sous une seule espèce , je compte assez sur la justesse de votre discernement , pour me persuader que vous ne refuserez pas votre approbation aux défenses solides dont je vous ai proposé le détail imposant, et que non-seu-

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lement vous cesserez d'y voir aucun obstacle à votre réunion avec nous , mais que de plus , vousy trouverez des motifs puissants de renoncer à un schisme visiblement mal fondé , vu la nullité des griefs , qui jusqu'ici vous ont paru les plus propres à l'autoriser.

Notre communion est la seule qui subsiste depuis le temps des Apôtres , la seule qui présente une suite de pasteurs non interrompue , la seule qui se trouve répandue par toute la terre , la seule qui n'est sortie d'aucune société chrétienne , et dont toutes les autres sociétés chrétiennes sont sorties. Le désir , Monsieur , de vous voir rentrer dans cette communion , si parfaitement marquée des caractères de la véritable Eglise de Jésus-Christ, me rend attentif à rechercher tout ce qui peut vous en éloigner , et je pense que la pratique où nous sommes d'invoquer les Saints , vous parait un des sujets les plus légitimes pour rester séparés de nous. Vous nous reprochez de transférer les droits du Créateur à la créature , d'affaiblir la confiance en Jésus-Christ , d'obscurcir sa gloire et ses mérites, de nous occuper d'un culte vain et inutile , que vous qualifiez de pure invention humaine , et dont , à vous entendre , il ny a pas le moindre vestige dans l'Ecriture.

Permettez-moi , Monsieur , d'examiner si ces reproches sont fondés sur l'équité , ou sur d'injustes préventions; s''ls tombent uniquement sur nous , ou s'ils n'intéressent pas également les chrétiens de la plus pure antiquité; s'ils se bornent à blâmer notre confiance aux prières

SUB L'iNYOCATION DES SAINTS. 127

des Saints , ou s'ils ne vont pas pour la plupart jusqu'à condamner également la confiance que nous ayons vous et nous aux prières des vivants.

J'éclaircirai cette matière beaucoup moins par des raisonnements que par des faits ; nous verrons ce qui s'est pratiqué dès l'origine du christianisme en tout temps et en tout lieu , et quand j'aurai fait voir quelle a été sur ce point la pratique générale et constante de tous les chrétiens , à remonter jusqu'au temps des Apôtres , je ne serai nullement en peine de la justifier. Si MM. vos ministres ont assez de courage pour oser condamner l'antiquité la plus pure , et ne craignent pas de traiter d'abus intolérable l'usage universel de tous les siècles et de toutes les nations , je doute fort , Monsieur , que vous puissiez être du même goût. Le moins que je me promette d'une raison aussi éclairée que la vôtre , c'est qu'après vous être parfaitement assuré de la vérité de fait dont j'entreprends d*établir la certitude , vous suspendrez votre jugement pour examiner avec plus d'attention si les objections formées contre l'invocation des Saints sont de quelque solidité , et si les défenses alléguées pour la justification de cette pratique , ne doivent pas satisfaire tout esprit raisonnable.

Je réduis donc i quatre articles tout ce que je dois avoir l'honneur de vous dire sur ce sujet. Je rapporterai premièrement les faits qui constatent l'usage universel des chrétiens de tous les temps , d'invoquer les Saints pour leur demander le secours de leurs prières; j'examinerai, en

second lieu , ce que MM. vos ministres y trouvent à redire , et je ferai voir que leur critique est du moins aussi vaine qu'elle est hardie , pour ne pas dire téméraire; en troisième lieu, je remonterai jusqu'à la source de cette pratique , et je découvrirai les véritables principes sur lesquels elle est fondée , principes que vous verrez clairement établis dans l'Ecriture; quatrièmement, enfin, je ferai voir que Dieu s'est expliqué hautement en faveur de l'invocation des Saints par la voie des miracles.

Voilà , Monsieur , tout le plan de récrit que je destine à la défense de l'invocation des Saints ; je m'assure que vous y trouverez des faits dont la lecture vous fera plaisir; on aime naturellement à s'instruire des mœurs et des usages des premiers chrétiens , et les particularités que je rapporterai sur le sujet en question , ne manqueront pas d'intérêt. Vous ne pourrez vous empêcher d'être surpris en voyant les marques éclatantes d'approbation que Dieu a données en faveur d'une pratique condamnée si hautement chez vous. Je ne dirai rien que je ne puise dans les sources les plus pures , et les esprits les plus critiques ne pourront contester l'authenticité des pièces que je citerai; j'abandonnerai la plupart des laits à vos propres réflexions ; votre équité naturelle, j'en suis persuadé, vous en dictera plus que je ne pourrais vous en suggérer.

sur l'invocation des saints. 129

PREMIERE PROPOSITION

l'invocation des saints est fondée sur l'usage universel des chrétiens de tous les temps.

Je commence d'abord par rapporter ce qui se passa à la mort de saint Polycarpe , disciple de l'apôtre saint Jean , et premier évêque de Smyrne ; on ne peut guère remonter plus haut*. Vous y verrez , Monsieur , qu'on a rendu au saint martyr des honneurs entièrement conformes au culte rendu maintenant aux Saints , et dont vous vous faites un sujet assez ordinaire de critique. C'est une épître de l'Eglise de Smyrne qui nous en instruit. Elle est adressée aux Eglises du Pont, et rapportée par Eusèbe; on ne saurait trouver une pièce plus authentique et moins contestée. Nous y lisons que le saint vieillard ayant été condamné au supplice du feu pour sa constance à confesser le nom de Jésus- Christ , les flammes suspendirent leur activité à son égard, qu'un bourreau impatient et tout à la fois surpris de cet événement , lui plongea l'épée dans le sein , d'où il sortit un ruisseau de sang si abondant , qu'il suffit à éteindre le feu. Les chrétiens pensèrent aussitôt à enlever le corps , mais les Juifs , jaloux de leur gloire , firent des représentations au gouverneur ; il était , disaientils , à craindre qu'ils n'abandonnassent leur Dieu

TOM. iv. 9

crucifié , ponr faire de celui qui venait d'expirer un nouvel objet de leur culte. Le corps fut donc réduit en cendres ; les chrétiens ne laissèrent pas de recueillir quelques os que le feu avait épargnés; il les conservèrent plus précieusement que si c'eût été de for et des pierres précieuses; ce sont les propres termes de la lettre , et les mirent en dépôt dans un lieu honorable , pour s y assembler tous les ans au jour de la mçrt du saint martyr , et en célébrer la mémoire avec une sainte allégresse (1). Voilà, Monsieur, le culte des Saints , la vénération des reliques, les &tp8 en Thonneur des saints martyrs tien marqués dès les premiers temps du christianisme.

Le même Eusèbe qui nous a fait part de la lettre dont je viens de rapporter un extrait, raconte d'une sainte vierge nommée Potamiène , martyre du troisième siècle , que touchée de reconnaissance pour le soin qu'avait pris un de ses gardes , quoique païen , de la défendre contre les insultes de ceux qui la chargaient d'injures lorsqu'on la conduisait au supplice , elle lui promit de se souvenir de lui après sa mort , et de lai obtenir de Dieu la récompense de sa charité. Elle tint parole; car trois jours après son martyre elle apparut pendant la nuit à son charitable défenseur, lui mettant une couronne sur la tête , et lui disant qu'elle avait obtenu de Dieu ce qu'elle avait demandé pour

(1) Atque ita nos demum ossa illius gemmis pretiosissimis cariora et quovis auro potiora colligentes ubi decehat condidimus , quo eliam in loco nobis si fieri poterit convenienlibus concedet Deus natalem cjus Martyrii diem cum hilaritate et gaudio celebrarc. Lib. 4. Hist. Eccles. cap. 15. Edit. Mogunt. ex versionc Valesii , p. 455.

lai. Basilides, c'était le nom du garde, ne tarda pas à sentir l'effet c}es prières de la Sainte ; il se trouva subitement changé , et si pénétré d'amour et d'estime pour la religion chrétienne, qu'il n'hésita pas à l'embrasser , ce qui lui fit obtenir peu de temps après la couronne du martyre.

Vous comprenez , Monsieur , par le récit de ce fait , que les Saints ne se contentent pas de prier dans le ciel pour les besoins de l'Eglise en général, ce qu'on ne fait aucune difficulté d'accorder chez vous , mais que de plus ils s'intéressent encore aux besoins des particuliers ; qu'ils s'emploient pour leur obtenir des grâces , et que leurs prières sont très puissantes auprès de Dieu pour intéresser sa miséricorde en leur faveur.

Saint Cyprien , évêque de Carthage , était si persuadé de cette vérité, qu'il fit avec le ptfpe Corneille une espèce de convention , par laquelle ils se promirent que le premier enlevé de ce monde par un effet plus prompt de la* bonté divine , ne manquerait pas de prendre à cœur les intérêts de l'autre , et de prier soigneusement le Seigneur pour lui (1). Le même Saint, écrivant à des vierges consacrées à Dieu , lçur dit : « Quand vous serez parvenues au lieu ' destiné « à récompenser votre amour pour la virginité , ce ne manquez pas alors de vous souvenir de ce nous (2). »

(1) Si qui* nostrum prior divinne dignationis celer ita te praeccsserîl , perseveret apud Deum dileclio nostrn, etc. Lib. 1. Epit. I. Ed. Frobcn. pag« 3.

(2) Tan lum mcmcnlote lune noslrl , cùm incipiet in vobis virginilas honorari. Lib. 2. de Habilu Virginum. Ed. Frobcn. p. 361.

Mais , comme il ne s'agit pas tant ici de l'intercession des Saints , que de l'usage où nous sommes de les invoquer, il serait assez inutile de prouver plus au long qii on s'est promis de grands avantages de leur intercession , et que très souvent on en a ressenti de puissants effets ; il vous faut des exemples propres à faire voir que les chrétiens des premiers siècles ont eu recours aux prières de leurs frères déjà enlevés à la terre , et parvenus , sans aucun doute , au séjour de la gloire.

. Il ne sera pas difficile , Monsieur , de vous satisfaire. Saint Grégoire de Nâizianze rapporte de sainte Justine , vierge et martyre du troisième siècle , qu'un jeune païen , nommé Cyprien , ayant conçu , à la vue dé sa rare beauté , une violente passion pour elle, n'omit rien pour trfompher de sa vertu , jusqu'à employer les secrets de la magie, dont l'usage lui était assez familier. La Sainte se sentant vivement tentée par les*charmes et les prestiges dû démon , eut recours à la sainte Vierge pour obtenir la force de sortir victorieuse des combats qu'elle avait à soutenir , et joignant le jeune à la prière , elle vint aisément à bout de rendre inutiles les noirs artifices du jeune débauché (1).

Je ne l'ignore pas , Monsieur , il y a eu deux Cyprien , qui après s'être convertis à la religion chrétienne ont donné leur vie pour Jésus-Christ; l'un a été le célèbre évêque de Carthage , qui

(1) Virginem Mariam supplex obsecrans, ut périclitant! virgini snppetias ferret. tijv iroprévov Mapiav ixereûaa jSoïjTÎfaai ftaprlva» xcvâuveuoùaY?. Orat. 18. Tom. 1 . Ed. Colon, p. 279.

sua l'invocation des saints. 1 33

consomma son martyre proche de cette ville; l'autre .était d'Antioche , et eut la tête tranchée à Nicomédie. Or \ c'est selon toutes les apparences , Cyprien d'Antioche qui s'intrigua avec l'enfer pour réussir à séduire la chaste Justine ; car Cyprien de Garthage , lors même qu'il était encore dans les ténèbres du paganisme , était , au rapport du diacre Ponce , auteur de sa vie , fort réglé dans ses mœurs, et par conséquent bien éloigné d'avoir aucun commerce avçc les démons. Il paraît néanmoins que saint Grégoire de Nazianze met toute cette histoire sur la compte du saint évêque de Garthage. C'est là , Monsieur ,. une difficulté qui peut faire soupçonner le saint docteur de s'être mépris par la conformité des noms ; mais quand il lui serait arrivé d'avoir confondu les personnes, le fait rapporté en serait-il moins vrai ? Je dis de plus , que supposé même que la méprise du saint doc** teur donnât droit de regarder le fait rapporté comme fabuleux, toujours faudra-t-il convenir que saint Grégoire a. été daiys la persuasion qu'au commencement du troisième siècle , c'est-à-dire une centaine d'années après la mort de l'apôtre saint Jean, c'était la pratique d'invoquer les Saints. Car puisque l'évèque de Carthage a souffert le martyre vers le milieu du troisième siècle , et déjà dans un âge respectable , il est évident que saint Grégoire , le supposant déréglé dans sa jeunesse , n'a pu placer ses dérèglements à l'égard de Justine , que vers le commencement du troisième siècle. Aussi vos centuriateurs de Magdebourg conviennent-ils de bonne foi, « qu'on,

ce voit dans les écrits des docteurs du troisième ce siècle des vestiges clairs et sans obscurité de ce l'invocation des Saints (1), » Ils citent sur ce point plusieurs passages d'Origène, qui ne laissent aucun lieu d'en douter.

Mais saint Basile , celui qui de tous les Pères grecs passe pour le théologien le plus exact dans sa doctrine , comme aussi pour l'écrivain le plus correct dans ses expressions , remonte beaucoup pkis liaut , puisqu'il rapporte Torigiiie de Tinvocation des Saints au temps même des Apôtres. Voici ses propres termes ; c'est dans une espèce de profession de* foi qu'il adresse à Julien l'Apostat : ce Selon la foi des chrétiens , que nous ce avons reçue de I)ieu même , et qui est sans ce tache , je crois en un seul Dieu tout-puissant, ce Père, Fils et Saint-Esprit... Je reçois les saints ce Apôtres , les Prophètes et les Martyrs , et je c« les invoque afin qu'ils prient pour moi , et ce que par leur entremise Dieu me soit propice ce et me pardonne mes fautes . C'est pourquoi ce j'honore et révère* leurs images , vu princîcc paiement que ces images sont recommandées ce à notre vénération par la tradition des saints ce Apôtres , et que bien loin d'être interdites , ce elles sont publiquement exposées dans nos ce églises (2). » Vous voyez, Monsieur, que

(1) Videas in Doctorum hujus teïtii saeculi scriptis non obscura vestigia iovocationis Sanctorum. Centuriâ 3. cap. 4. Ed. Opcrini, p. 83.

(9) Secundùm immaculatam fidem Christiaaorum , quam divinitùs su* mus sortiti , confiteor , etc. Suscipio autem S. Apostolos , et Prophetas , et Martyres , et ad snpplicationem , quae est ad Deom, hos iavoco , ut per eos, id est per interventionem eorura propitius sit mihi misericors De us. Ep. 205. Tora. 3. Ed. Paris, p. 224.

SUR L'iN V0CHTI05 DE*"SAINTS . 135

saint Basile soutient qu'en invoquant les Saints , il agit selon la foi qne les chrétiens ont reçue de Dieu , et selon la tradition qu'ils tiennent des Apôtres.

Peut-être , Monsieur , le témoignage rendu par ce grand homme touchant la foi et les usages des siècles antérieurs , vous paraîtra moins recevable , ou ne fera pas assez d'impression sur vous ; écoutez du moins ce qu'il dit de l'usage de son temps et des faits accomplis sou* ses yeux; vous verrez clairement que vers le milieu du quatrième siècle , temps auquel le Saint écrivait , l'invocation des Saints n'était pas moins parfaitement établie , ni moins généralement pratiquée qu'elle Test chez nous aujourd'hui. C'est à la faveur d'un usage si général du quatrième et du cinquième siècle, que nous serons en droit de revenir au point de saint Basile , je veux dire que nous trouverons dans la généralité même de cet usage des raisons légitimes pour en justifier et vérifier l'origine, telle qu'elle nous est marquée par ce Père.

Voici comme il parle de la confiance que les chrétiens de son temps avaient aux prières des quarante martyrs , qui sous Licinius finirent leur vie dans un étang glacé : ce Celui qui , dit-il , est ce pressé de quelque angoisse , se réfugie sous ce l'aile de ces augustes protecteurs ; celui qui ce est dans la joie , a également recours à leur ce pouvoir ; celui-là pour être délivré de ses ce maux , celui-ci pour se maintenir dans la ce prospérité. C'est ici qu'on trouve la mère en ce prière pour ses enfants ; c'est ici que la femme

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ce demande pour son pari , s'il est absent , un « heureux retour ; s'il est malade , une salutaire ce guérison. (1). x> Ne croiriez-vous pas voir , Monsieur, un de nos pèlerinages les plus célèbres et les plus fréquentés.

Votre Kemnitius croit faire ici une remarque fort judicieuse , en observant que saint Basile s'exprime de, manière , non pas à exhorter les fidèles à l'invocation des quarante martyrs , mais à rapporter seulement la pratique des fidèles même de son temps ; il ne dit pas : Que celui qui est affligé ait recours à eux , mais il dit : Celui qui est affligé a recours à eux (2). Vraiment , Monsieur , nous l'entendons bien ainsi , et nous sentons assez combien cette manière de parler tio us est avantageuse ; car si ce n'était qu'un avis que le saint docteur donnât , on dirait qu'il le donne de son chef, et que le sentiment d'un homme , même très habile , ne doit pas faire la règle de notre foi > mais le Saint rend témoignage de la pratique de son temps : sur le récit qu'il en fait, nous ne pouvons douter qu'elle n'ait été conforme à sa narration; elle était donc très usitée dans le quatrième siècle; d'oii nous concluons, qu'elle ne doit rien avoir de répréhensible , puisque , comme

(1) Qui aliquâ premitur angustiâ ad hos confugit , qui rursus laetatur ad hos recurrit, hic ut à malis liberetur, il le ut duret in rébus lauis; Hic mulier orans pro filiis deprehënditur : peregriuanti viro reditum incolumen , aegrotanti verà salutem implorât. Hom. 20* in 40 Martyres. Tom. l.Ed. Par. p. 459.

(2) Nondicit.... qui premitur ad hos confugiat , sed recitatWè vulgi et muliercularum concursum exponit. Parte 3. de Invocatione Sanctorura. Ed. Francof. p. 329. N. 40.

SUR L'iNVOOàTlOlf HS SAINTS. 1 37

vous en convenez vous-même , l'Eglise des quatre premiers siècles était pure , orthodoxe et exempte de toute tache capable de lui faire perdre la qualité d'épouse, de Jésus-Christ. Vous ne voudrez pas apparemment, Monsieur, envisager cette pratique comme innocente dans le quatrième siècle et comme criminelle dans le dixhuitième. Il serait aussi extraordinaire de voir chez vous une acception de siècles , qu'il serait extraordinaire d'y voir une acception de personnes ; l'un et l'autre répugnent également à votre équité.

Le même Kemnitius dit ce que saint Basile , ce saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire ce de Nysse , ont été les premiers à introduire ce l'invocation des Saints dans l'Eglise , qu'ils ce l'ont tirée de la persuasion du peuple , et de ce la dévotion particulière des moines (1). » Mais si saint Basile et les deux . saints Grégoire ont puisé l'invocation des Saints dans la persuasion du peuple et dans la dévotion particulière des moines , ce ne sont donc pas eux qui Font introduite dans l'Eglise; il faut qu'ils l'aient trouvée tout établie ; car puisque la pratique en était commune aux savants , au commun des fidèles , et à ceux qui faisaient profession d'une piété particulière , on ne peut dire que ces trois Pères l'aient fait recevoir dans l'Eglise. Veut-on parler juste : on dira que la voyant fort en usage

(1) BasiHas Nazianzenua et Nyssenus primi fuérunt , qui invocaiionem Sanctorum ex privatis monachoram devolionibus , et valgi persuaiiooibus in Ecclesiam invexeruat, la parte 3. Exam. Edit. Fraitcof. pag. 3*8. N. 30.

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de leur temps , et n'y trouvant rien que de très louable , ils l'ont appuyée de leurs suffrages et de leurs exemples.

Kemnitius ajoute que ces trois Pères ce ont « si bien orné les panégyriques des Saints de « fleurs d'éloquence ^ de figures de rhétorique <c et d'apostrophes , qu'à force d'exagérer ils ce ont fait recevoir comme un dogme public et ce certain, l'opinion de la prière et du secours ce des Saints , et qu'en adressant la parole à ceux a dont il faisaient l'éloge j ib ont fait dégénérer "ce cette figure oratoire dans la forme de lince vocation (1 ). » Mais je demande à Kemnitius , quelle figure de rhétorique , et quelle apostrophe il trouve dans les paroles rapportées : ce L'âme ce affligée a recours aux quarante martyrs , et ce celui qui est dans la joie, le fait également; ce c'est ici qu'on trouve la mère , priant pour ses ce enfants , etc. » Quoi de plus simple , de plus naturel et de moins étudié, que le récit fait ici par saint Basile de l'usage de son temps? Je lui demande si c'est ce Père qui a donné aux fidèles de son siècle l'idée qu'ils avaient du pouvoir et du crédit des Saints , ou s'il ne la supposait pas déjà tout établie dans leur esprit , lorsqu'il disait : ccSoûvériez-vous du saint martyr c< Memmas , vous qui , après l'avoir invoqué , a avez ressenti le secours de ses prières ; vous

(1) Orationes panegyricas declamatoriis flosculis , et rheloricis apostrophe ita exornarunt , ut opinionem de comprecationibus et aaxiliis Sanctorum tauquam publicum dogma in immensum exagerarent , cl ad compellationeç eorum , quorum memoriajn celebrabant orationem converterent, atque ità figurant orationis ad formaro invocâlionis declioarcnt. pag. 328. N. 40.

sur l'invocation du saints. 1 39

ce qu'en qualité de défenseur , il a assisté dans ce des affaires difficiles ; vous gui lui êtes redecc vables du succès de vos voyages ; vous à qui ce il a rendu la santé ; vous dont il a ressuscité c< les enfants morts. (1). » N'est-il pas étonnant , Monsieur , d'entendre dire d'abord à Kemnitius , que c'est le peuple qui a communiqué ses erreurs vulgaires aux saints Docteurs , et bientôt après , que ce sont les saints Docteurs qui ont fait naître ces erreurs par leurs figures de rhétorique et par leurs apostrophes ? Qui ne voit que Kemnitius ne sait à qui s'en prendre. Mais à propos d'apostrophes , je n'ai gardé de supprimer celle que fait saint Grégoire de Nysse au saint martyr Théodore ; rien n'est plus magnifique : ce Nous avons besoin de bien des ce grâces , lui dit-il , à la fin d'un discours proce nonce à sa louange , priez notre Roi et notre ce Maître commun pour la conservation de la ce patrie. Nous craignons de grands malheurs , ce nous sommes exposés à de grands dangers : ce les Scythes barbares ne sont pas loin , et nous ce menacent d'enfanter une guêtre désastreuse, ce Comme soldat , combattez pour nous ; comme ce martyr , usez en faveur de vos conserviteurs ce de la liberté qui vous est donnée de parler, ce Demandez pour nous la paix, afin que les ce horreurs de la guerre ne viennent point dis-

(i) Memores estoîe Martyris , quotquot in lioc loco consliluti adjatorem ipsam ad precandum habuistis, quibuscunque ex uomine advocatus ipsis adfuit operibus , quotquot ex peregrinalione rednxit , quelconque sanitaii restituât , qaibasccrtique filios jam mortuoi ad vilam redao tosreddidit. Hom. 86. T. 3. Ed. Paris, p. 515.

ce siper nos saintes assemblées. C'est à vous que ce nous croyons être redevables de la tranquille lité dont nous jouissons présentement ; nous et vous demandons encore votre protection et ce notre sûreté pour l'avenir. S'il était besoin ce d'un renfort de prières , réunissez autour de « vous lecorps glorieux des martyrs , vos frères ; ce engagez-les à prier conjointement avec vous ; ce avertissez Pierre , excitez Paul , sollicitez Jean ce le disciple chéri du Sauveur ; qu'ils prennent ce soin des Eglises qu'ils ont établies avec tant ce de peines , etc. (1). »

C'est là sans doute, Monsieur, une apostrophe, oui , j'en conviens , mais n'est-ce pas en même temps une véritable prière? peut-on demander plus fortement et avec plus dlnstance Tintercession d'un saint ? MM. vos ministres seraient-ils d'humeur à faire de telles apostrophes? et si leurs auditeurs en entendaient de pareilles sortir de leur bouche, n'en seraient-ils pas étrangement surpris? Il faut donc convenir qu'on pense aujourd'hui tout autrement chez vous sur l'invocation des Saints , qu'on ne faisait au quatrième siècle du temps de saint Grégoire de Nysse.

(1) Multorum beneficiorum indigemus , intercède ac deprecare pro Patrie apud communem Regem ac Dominum. Timemus afflicliones , exporta m us pericula : Non longé absunt scelesti Scythae bellum adversùm parturientes. Ut miles propugna (pro nobis ) ut Martyr pro consentis utere libertate loquendi. Pete pacem , ut bi publici contentus non desinant. Nos etiam quod incol urnes et integri conservati sumus , tibi bénéficiant acceptum referimus. Petimus autem etiam futuri temporis praesidium atque securitatem. Quod si majori etiam opus fuerit advocalione ac deprecatione, fratrum tuorum Marlyrum coge chorum, et cum omnibus unà deprecare.... Admone Petrum, excita Paulum, Joannem item discipulum dilectum , ut pro Ecclesiis, quas constitueront, sint solliciti , etc* In orat. de S. Tbcodoro. T. 5. Ed. Paris, p. 585.

SUR L'INVOCATION DBS SAINTS. f41

S'il n'y avait du quatrième siècle que les trois Pères nommés , saint Basile et les deux saints Grégoire de Nazianze et de Nysse , qui eussent rendu à l'invocation des Saints des témoignages si éclatants , comme ils étaient tous trois fiés entre eux ou par la proximité du sang, ou par une étroite amitié , on pourrait peut-être les soupçonner d'avoir agi de confcert pour donner vogue à une pratique de leur goût. Mais comme il n'est aucun Père du même siècle qui n'ait tenu le même langage , ce serait bien en vain qu'on entreprendrait d'affaiblir par cet endroit l'autorité de ces saints et savants évêques , et de les récuser pour témoins de l'usage de leur temps. Je me contenterai de nommer trois autres Pères du quatrième siècle , saint Cyrille de Jérusalem, mort en 386 ; saint Ambroise , mort en 400 , et saint Chrysostôme , qui , enlevé du monde au commencement du cinquième , en 407. , a écrit la plupart de ses ouvrages dans le quatrième : ces trois saints Docteurs n'ont eu aucun rapport avec ceux que j'ai déjà cités; ainsi ils suffiront de reste , tant pour assurer la conformité générale de leur siècle , que pour disculper parfaitement les premiers du reproche tait par Kemnitius , de s'être abandonné à un zèle outré pour relever la gloire et le culte des Saints.

Voici comment s'exprime saint Cyrille dans la cinquième de ses Catéchèses : « Lorsque nous ce offrons le saint Sacrifice , nous faisons mécc moire de ceux qui sont décédés avant nous , ce premièrement des Patriarches, ensuite des ce Prophètes , puis des Apôtres et des Martyrs ,

14fî DIXIÈME LETTRE.

ce afin que Dieu touché de leurs prières , écoute «ç plus favorablement les nôtres. (1). x> Remarquez , s'il vous plaît , Monsieur , qu'il ne s'agit pas ici de la dévotion de quelques particuliers , îiiais du service public de l'Eglise ; que Ton y faisait mention de£ Patriarches et des Prophètes , des Apôtres et des Martyrs , principalement pour leur demander le secours de leurs prières ; que Tordre de la liturgie , tel quil était en usage du temps de saint Cyrille , ne pouvait être récent , mais qu'il remontait àr un temps immémorial ; qu'enfin on n'eût pu y faire un changement aussi considérable que l'addition de l'invocation des Saints , sans s'exposer à révolter tous les ministres de l'Eglise , et tous les fidèles habitués à assister régulièrement au sacrifice.

Saint Ambroise prétend nous donner une instruction très salutaire , en ' nous avertissant ce de nous adresser à nos anges gardiens, de « prieras saints martyrs , dont les reliques sont, ce comme il nous en assure i autant de gages ce précieux qui nous répondent de leur proteccc tion. N'ayons pas honte , ajoute-t-il , de recc courir à eux dans notre infirmité , puisque « dans le temps même qu'ils remportaient une ce glorieuse victoire, ils n'ont pas laissé d'éce prouver combien la chair est infirme (2). »

(1) Cùm hoc SacriGciura offerimiis, focimus mentionem etiam eorura, qui ante nos obdormierant, prïmùm Patriarcharum, Prophetarum, Apostotorum , Martyrum , ut Deus orationibas illorum suscipiat preces nos- \n$$ etc. Cath. 5. Mystag. Edit. Par. apud Hieron. Drouart. p. 241.

(2) Obsecrandi sunt Angeli , qui «obis ad praesidium dati sunt, Martyres obsecrandi , quorum viderai» «obis qdoddam corporis pignore patrocçrium tindkarL.... 9on erubescamus eos intercessorcs nostras infirmitatïs adhiberc , qui et ipsi iofirmitatem corporis cliam cùm vincerent cognoverunt.

sur l'invocation des saints. 1 43

C'est là sans doate , Monsieur , nous exhorter à invoquer les Saints, et on ne se plaindra plus de ne pas trouver sur ce sujet chez les Pères, des expressions en forme d'avis et d'exhortation. Pour moi, je respecte beaucoup les saintes leçons du grand évéque de Milan , si recommandable par sa sainteté et par ses rares lumières. J'avoue néanmoins que ces leçons font encore plus d'impression sur moi , quand je les considère comme des preuves et des témoignages de la doctrine et de l'usage du temps ; car il est bien évident que si ce n'avait pas été pour lors la pratique de la piété ordinaire d'invoquer les saints anges et les saints martyrs , le saint Docteur ne se fût jamais servi de semblables expressions.

Saint Chrysostôme atteste , <c qu'à Rome , la ce reine des cités , on voyait les rois , les goucc verneurs et les généraux quitter tout pour « accourir au tombeau d*un pêcheur et d'un ce faiseur de tentes , et qu'à Constantinople les ce empereurs estimaient comme une faveur ince signe de pouvoir être enterrés , non dans le ce lieu même où reposaient les corps des saints ce Apôtres , mais seulement dans le vestibule de ce leurs chapelles ; en sorte , ajoute le Saint , ce que les empereurs et les rois se font gloire ce de devenir comme les portiers de ceux qui ce gagnaient leur vie à la pêche. (1). » Et dans

(1) Roms , quae Urbium est regalissima é relictis (minibus ad sepulchra piscatoris, et tabernaculornm onîficis cuiront et reges et prassides et duces ; et Constantinopoli regés flostrt magna m gratiam putant , non si prope Apostolis , sed si vel extra eorum vestibulum corpora sua Jepeliantur , fiantque piscatorum ostiarii reges. In demonst. quod Cbrîstus sit Deus circa médium. T. 5. Edit. Front. Ducsci. p. 859.

1 h i DIXIÈME LETTRE .

une homélie à l'honneur de sainte Bernice et de sainte Prosdoce , il exhorte ses auditeurs « à « venir faire leurs prières devant les reliques de ce ces Saints, non-seulement au jour de leur ce fête , mais aussi les autres jours de Tannée. m Rendons-nous assidus auprès d'elles , contic< nue- t-il, prions-les, conjurons-les d'être nos ce patronnes; elles ont eu beaucoup de crédit ce auprès de Dieu pendant leur vie , elles en ont ce encore plus après leur mort; car déjà elles ce portent les stigmates du Sauveur , et en faisant ce voir ces stigmates elles peuvent tout obtenir ce du Roi des cieux (1 ) . » Si Kemnitius eût jamais lu cet endroit ., il n'eût pas dit aussi hardiment qull a fait, ce que dans les écrits justement ce attribués à saint Chrysostôme , cet illustre ce Docteur n'a ni enseigné , ni exhorté , ni emcc ployé l'invocation des Saints (2). » Cette assertion fait voir ou que ces messieurs ne lisent pas tout , ou qu'il leur échappe beaucoup de leur lecture, ou qu'ils trouvent leur compte à prononcer hardiment, sans être aucunement assurés de ce qu'ils avancent. Passons au cinquième siècle , vous y verrez , Monsieur , le même empressement à se procurer les prières des Saints . Saint Augustin , qui a vécu partie dans le

(1) Neque die tantùm hujus festivitatis, sed aliis etiam diebus ils assideamus , eas obsecremus', obtestemur ut patronx sint nostrae. Uapaxw l&fÂtv duras , ocli<âfiiv y cv tarai ■RpoçàTtàa.s û/Aijy. Multam euim fiduciam oblinent non viventes modo, sed et morluae. Jam enim ferunt stigmata Christ i. Cum autem stigmata haec ostenderint , omnia Régi possunt persuadere. T. 1. Edft. Front. Ducaei. p. 570.

(2) la scriptis illis , quae certô constat esse Chrysostomi , nec docet , nec défendit, nec usurpât invocatioaem Sancloruin. In. 3. parte examinis , Ed. Fraocof. p. 335. N. 40.

SDH L'INVOCATION DBS SAINTS. 145

quatrième , partie dans le cinquième , nous le fait connaître par le récit d'un événement singulier, qu'il rapporte au huitième chapitre du XXIIe Livre de la Cité de Dieu. ce Il y avait, ce dit-il , à Hyponne un vieillard nommé Florent , ce pauvre et dévot ; cet homme ayant perdu ik ce casaque , et n'ayant pas de quoi en avoir une ce autre , courut au tombeau des vingt martyrs , ce qui est fort célèbre parmi nous , et les pria ce tout haut de lui faire recouvrer des habits, ce Quelques jeunes gens , qui se trouvèrent là ce par hasard et qui avaient envie de rire , l'ayant ce entendu, le suivirent au moment où. il sortit ce et se mirent à le railler , comme s'il eût dece mandé cinquante pièces de monnaie aux marct tyrs pour avoir un vêtement ; mais lui , conticc nuant toujours son chemin sans rien dire , ce vit un grand poisson qui se débattait sur le ce rivage ; il le prit à l'aide de ces jeunes gens , et et le vendit trois cent pièces ( la pièce faisait ce environ un sol d'Allemagne ) à un certain ce cuisinier nommé Cartose , à qui il raconta ce l'événement tout entier. Il se disposait à ce acheter de la laine , afin que sa femme lui fit ce un habit comme elle pourrait ; mais le edisicc nier ayant ouvert le poisson , lui trouva dans ce le ventre uûe bague d'or , de sorte que touché ce de compassion et effrayé de cette merveille , ce il la porta à cet homme en lui disant : Voilà ce comme les saints martyrs ont pris soin de * vous habiller (1). » Qui ne voiU Monsieur ,

(1) Ton. 5. Ed. Froben. p. 1345.

1 46 DIXIÈME LBTTRB.

clans le récit de cet; événement, l'espérance que conçut le pauvre vieillard de trouver du secours par l'intercession des saints martyrs , et la persuasion où fut le cuisinier Cartes* , que Florent en avait réellement trouvé par e#tte voie. Mais , nous dint-t-ony c'étaient là de bonnes gens , sur lesquels on ne saurait se régler pour prendre de justes idées en feit de religion. Oui, Monsieur , c'étaient de bonnes gens, mais en sontils rnoihs propres à nous feirt connaître l'usage du temps ? Gâtaient de bonnes gens ; mais saint Augustin lès blâme-t-il de simplicité ou de superstition? ne représente-t-ifpi^auf contraire te conduite du tailleur comtoe pleine de piété , et récompensée par un succès merveilleux?

Kemnatius dira-t-il après cela', qpe de l'aveu même de saint Augustin , il y avait de son temps bien des pratiques populaires , que ce Père trouvait blâmables , et qu'il n'osait néanmoins reprendre ouvertement , pour ne pas offenser des personnes pieuses ou turbulentes , avec danger de causer de grands scandales (lf)?Emploiera4-il tous ses artifices pour faire croire que l'invocation des Saints était du nombre de ces pratiques ? Outre qu'il est inutile, pour ne pas dire ridicule, de former ainsi des soupçons en l'air à l'occasion d'une parole dite en générât, n'est-il pas évident, par le seul récit du fait rapporté , que

(I) Omnîa enim istis temporjbus plena finsse pr»wimptîombuf ipse ad Jàn«atitl*»cânqueritur 9 obi et hoc addit ; molli bujusraodi propter noar.ularura Tel sanctarum , Tel turbulentarum personamm scandai» dcvitanda liberius improbare non audco. In 3. parte cxam. pag. 543. N. 10.

sua l'invocation des saints. 1 47

saint Augustin était bien éloigné cTimprouver dans le fond de son âme, la confiance du peuple de son temps aux prières des Saints , puisqu'il en parle comme d'une pratique approuvée de Dieu par les effets d'pne rare Bonté?

Le même Père ne dit-il pas , ce que si nous laice sons mention des. saints martyrs en célébrant ce les mystères sacrés > c'est non pas afin de prier « poqr eux, comme on fait pour les autres ce fidèles , mais plutôt afin de les engager à prier ce pour nous (1). » Remarquez, s'il vôqs plaît % Monsieur, deux de nos pratiques réunies dan$ le même texte ; la prière pour les morts , et le recours aux prières des Saints : pratiques que MM. vos ministres vous donnent pour des innovations de l'Eglise romaine , tandis que votw les voyez marquées dans la liturgie du temps de saint Augustin. Or , qui sait l'origine et le commencement de cette liturgie ?Ne dit-il pa6 encore qu'il faut bien se garder de prier pour un martyr , ce qjnç ce serait lui faire injure ; mais qju'il faut ce se recommander à ses prières (2) ? » Kemnitius n'hésite pas à rapporter ce texte de saint Augustin,, et soutient au même endroit que ce père défend d'invoquer les Saints (3). Je demande à ce ministre st se recommander aqx prières des Saints n'est pas formellement lés

(1) Ad mensam Domini non sic martyres oommemoramus quemadmodum alfas, qui in pace requiescunt, ut ctiam pro eîs oremus , sed magis. ttoreht pro notôs. îraot. 80. ta Jtfifti. Tora. 9# Edit. Ftobeot pag. 451.

(2) Injuria est pro martyre , cujus no» debemus oralionibus conunon* tiare. Serra. 17. de ferbis Apost. Ed. Froben. p. 345.

<S) Pa«. 345. H, 50.

invoquer ? Par l'invocation des Saints entendonsnous autre chose que la prière faite à ces saints d'intercéder pour nous ? Or , n'est-ce pas là se recommander à leurs prières ? N'est-ce pas là les invoquer ? Ne faut-il pas être étrangement prévenu par la passion , pour nous citer saint Augustin comme contraire à l'invocation des Saints , tandis qu'on en rapporte des passages oii elle se trouve formellement contenue ? Jugez , Monsieur , combien il V a de fond à faire sur les savantes recherches et les judicieuses réflexions deKemnitius, que vos ministres regardent comme le coryphée des savants, et qui leur parait avoir approfondi la matière de manière à ne nous laisser rien à répliquer.

Venons à saint Jérôme , contemporain de saint Augustin . Vous n'ignorez pas , Monsieur , le différend qu'eut ce père avec Vigilance, prêtre gaulois ; vous savez avec quelle force il s'éleva contre les erreurs de cet esprit hardi et présomptueux. Elles consistaient à blâmer la vénération des fidèles pour les saintes reliques , à condamner leurs veilles auprès des tombeaux des martyrs , et à se moquer de la confiance qu'on avait en leur intercession. Saint Jérôme lui reproche de renouveler l'hérésie d'Eunomius aussi bien que celle des Caïnites , et le traite avec totite la dureté que peut mériter l'impiété et le blasphème.

Aussi ne peut-on disconvenir que Vigilance n'ait été constamment regardé dans l'Eglise , du moins jusqu'au temps de Luther , comme noté de la tache qui fait les véritables hérétiques ,

pour avoir soutenu une si mauvaise cause contre saint Jérôme. Mais, nous dit votre apologie (1 ), et c'est la remarque que fait Drejerus (2) , et que Kemnitius avait déjà faite avant lui (3) , « il ne ce se trouve pas dans tout récrit de saint Jérôme ce contre Vigilance une seule syllabe de l'invocc cation des Saints ; ainsi c'est à tort qu'on cite ce saint Jérôme comme défenseur de cette pracc tique (4). » Gomment, Monsieur, ce Père ne rapporte pas l'objection de Vigilance , qui disait: ce II faut donc que les âmes des martyrs aiment ce leurs cendres , et qu'elles voltigent autour des ce tombeaux qui les renferment; qu'elles y soient ce toujours présentes , de peur que si elles en ce étaient éloignées, elles ne manquent d'ence tendre les prières qu'on vient leur faire (5). *> Cette objection ne fait-elle pas voir l'usage dans lequel on était de venir prier les saints martyrs , ou de les invoquer? Saint Jérôme ne réfute-t-Û pas cette objection en la traitant de fade raillerie? Si Vigilance trouvait à redire qu'on vint faire des prières aux saints martyrs, si saint Jérôme le traite à ce sujet de monstre , qu'il faudrait réléguer aux extrémités de la terre , il s'agissait donc de l'invocation des Saints. Vous

(1) Advenus Vigilantium.T. 4. Ed. Mania nay, parte î. p. 285.

(2) Drejerus disput. de ïnre-u. Sanct. Edit. 2. Regio - Montana, pag. 924.

(3) Kemnit. parte 5. p. 3 < î . "V 90.

(4) Art. 9. de Invocat. Sanct. typis Scholtini , p. 223.

(5) Ergocineressuos amant animas martyrum , et circumYoUnt eos , semperque pressentes sunt, ne forte, si aliquis precator advenerit , autffire non possint» 0 portentum in terras ultimas deportandum î rides de reliquats Martyrum • et cnm autore hujus hereseot Eunemi* Ecclesiia Peicalumniam struis. T. 4. Ed. Marlianay, part. 2. p. îo5.

voyez , Monsieur , que vos plus habiles docteurs, tels qu'un Melanchthon , unKemnitiqs , un Drejerus, ne réfléchissaient pas toujours ^ssez sur ce qu'ils lisaient dans les écrits des saints Pàrçs , puisqu'ils n'y ont pas vu des vérités si clàîrexperit et si manifestement époncées,

Quand je ne produirais d'autre témoignage dû cinquième siècle, que ceux de saint Augustin et de saint Jérôme , ç'^n serait déjà bien assez , Monsieur , pour noçs faire parfaitement connaître la pratique de leur terpps. Mais je ne puis me dispenser d'en ajouter deux autres , qui par la singularité des. détaâs dont ils nous instruisent j me paraissent mériter encore plus spécialement votre attention. Le premier est Théodore!, éyêque de Çyr, mort vers le milieu du cinquième siècle , le second est le poète Prudence, mort une vingtaine (Tannées plus tôt. Nous considérerons leurs témoignages bien moins du côte de l'autorité^ que du côté fies feits piême que ces auteurs rapportent , et qui $ont, comme vous verrez, Monsieur , de nature à ne ppuyoir être révoqués en doute.

Voici comme parle Théodoret des honneurs rendus de son temps aux saints martyrs : ce Les « temples où reposent ces glorieux vainqueurs, ce se distinguent par l'éclat , la magnificence , ce la grandeur, la noblesse et l'or réunis, Brilcc lants de tous les genres d'ornements , c'est ce une splendeur de beauté qui jette au loin de ce vifs rayons. Nous ne nous contentons pas d'y ce aller quatre ou cinq fpjs par m > nous y avons « de fréquentes assemblées , on y chante même

SUR LUI VOCATION t>BS SAINTS. 1 5i

<c pfasieàrs fois lettre louanges devant Dieu. ce fÇjéWL qui jouissent cftute santé parfeite, ett ce (fernando** 'la eofttimtattoti , et teti* iqtn sont c< affligés de quelque maladie, font des fwgcbc c< potir «n lètarfe délivrés. Les hommes sans én- «e farits tiennent en demanda , Ifeg femmes ce stériles imploî^nt la grâce de devenir mères , ce *& ceux qui Oïtt dbtertfc ces précietet gages , ce en sollicitent la conservation. Avant tfeflttèce prendre un voyage , on prié les saints maftytts ce ée servir eoHune de compagnons et de guider ce dans la route ; quand oti est heureusement ce de retour ^ on vient leur offrir des actions^ ce grâces. «On se garde bien * néanmoins de sV cc dresser à eux comme à des Dietfx; -on le$ ce regardé seulement comme desîiommes divins, ce et on les prie d^ètre nos «téreesséurs auprès ce de Dieu. Dti resté , les présents offerts pour ce ceux q^inittrouvédfcsôidagéihew, font voface que la confia nefe en léut- <&<édit<n'«*t ptt Vaine t ce on y vdt dfes yettx , des m#s , dte$ pieds ce d'argent et d'or , suspendus en signe de reconce naissance pour la goérison tiftèrtùè (1). m

(i) ViCtorummarrjram templâ élara et «eééptcvà ceriïwter, mègiBtudiftë» praettoutiô et omm ornatus.geneM illustria? et pukbritudinie «plendorem latè fuodentia.'Neque ad haec nos semel, bisve aut quinquies qàotanftis aecetiimxis , *ed freqàenteB contentas c^bÉiras > srpe-etiaia dtehusetnfulis brtum Domino, laudes decantamui , et qui intégra tant valeludine , banc sibi conserarï , qui auicm morbo quopiam cooflktantnr, htroc depelti pétant. Petunt et libéras, à,ui hts earent, et qoee stériles sont 9 rogant, ut maires 6ant ; qui donum adepti sunt, salvum id sibi servari postulant. Qui peregrinationem aliquam auspicantur , ab bis pétant, ut vise sibi comités sint, tfacesque itiaeris ; qui sefpîtèfc referont» gratias referait, non Hto ûdeunteï'ut'Deos , sètfmirtjtfàifc dMao* bomines orantes, inteicessoresquetlbi tfcesseteliot ptotufentfes. Quotftferit Totorum compotes Gant, qui Gdc4itèr^tuiit,pèla^tiMtoDtwiMm^i*id<>.

£ussiez-vous cru , Monsieur , que ce qui vous partit aujourd'hui le plus outré dans la dévotion du peuple catholique , ait été pratiqué dans les siècles les plus florissants de l'Eglise , lorsque la piété et la science des Ecritures étaient montées au suprême dçgri? Qu'il est consolant pour nous d'avoir pour modèle les chrétiens de ces heu* reux temps., et pour approbateurs les plus grandes lumières de l'Eglise ? 1} y a là bien de quoi uqus rassurer contre les vaines déclamations de vos ministres ; que peut leur critique contre des usages autorisés avec tant d'éclat par- la respectable antiquité , sinop faire sentir je ne sais quelle amertume de cœur , qui les porte à juger de tout en mauvaise part?

Kemnitius cherche à affaiblir le témoignage de Théodoret en disant, qu'il n'est pas sûr que le livre , dont ce témoignage est tiré , soit véritablement de cet auteur (1 ); mais sur quoi se fonde le ministre de Brunswick pour en parler ainsi î C'est , dit-il , que Nicéphore faisant le catalogue des ouvrages -de Théodoret , ne fait aucune mention du livre intittué : Cure des affections grecques. Mais si Nicéphore a manqué de l'insérer dans son catalogue pour n'en avoir pas eu de connaissance , peut-on supposer que Théodoret ait voulu nous tromper en nous donnant lui-même ce livre pour son ouvrage , comme il fait en trois différents* endroits, dans son

noria carationem indicantia. Alii enim oculorum , alii pedum , alii ma- Bttam eiraulacra suspendunt , ex auro argentoque CQofecta» Serin*. 8. dt Martjribus. T. 4. Ed. Cramoisy , p» 605* \.

(I) In exam. 3. parte p. 337, N. 10.

Epître à saint Léon(1), dans celle & Renatus (2) , et dans sa première question snr le Lévitiqne (3) . On ne peut donc ici se dispenser de reconnaître deux vérités ; la première , que Kero^ nitius a vainement cherché à rendre suspecte la foi de ce témoignage ; la seconde , s'il a pris ce parti ce n'est que pour se dérober à l'embarras où il se trouvait , an cas où le témoignage serait véritable. Or je vous laisse à penser , Monsieur, s'il à réussi dans l'expédient dont il s'est servi. Pour ce qui est du poëte Prudence , je ne le citerai pas comme un homme dont le profond savoir joint à une éminente sainteté doivent entraîner nos suffrages ; il nous suffira de le regarder comme un homme qui n'a pas perdu le sens ni le jugement; dès-lors nous ne pourrons le récuser pour témoin dans les faits qu'il a vus de ses yeux , ou on'il rapporte sur la garantie du public. Voici comme il décrit le concours et l'empressement des peuples à visiter la grotte souterraine de saint Hippolyte > pour y faire leurs prières et se recommander à celles du saint martyr : ce Dès que le soleil parait , le et peuple s'y rend en foule pour prier , une se- « conde • troupe succède à cette première 9 et ce une troisième à cette seconde , et quand le ce soleil se retire , il voit encore ce lieu sacré « rempli de ceux qui y vont porter leurs vœux, ce Les Romains et les Barbares , l'Italie , et « les provinces y viennent par pelotons; un

(I) Ad Leonem Ep. 113. T. 3. Bd. Sirm. p. 987.

(*) Ad Renat. Ep. 116. T. 3. p. 989.

(3) Interrof . 1. in Le?. T. t. Ed. Sirm. p. 1 U.

ce même esprit les anime : c'est ramour de la ce religion. Pendant 4fçe les uns fraisent avec a respect le ptféciew métal qui renferme les kc sainte ossements „ \& ifrittrea répandent des ce parfums «rt des lattfte^ Mais lorsque la jrévo- « lution (des ttwis renouvelle tfonrée , et que le c< jour des souffrances y chaiigçen jjûurd'alléce gresse , ramène l'époque de laMaissance idu ce Saint, /pour le oiej :, quelle ligule ionombrable ce de peuple ja'y voifcOn pas accourir ide toute ce part avec Une sainte émolatito? :que d'em- <e pressentent à offrir des vcbw au Seigneur ! ce «Rome s'épuise , pour ainsi dire,, en y envoyant ce de nombreuses troupes de #& iÛusfa'es cice toy eus ; le£ familles .patriciennes prennent ce plaisir à se mêler à laveuse bourgeoisie ; la ce dévotion confond l'artisan avec le sénateur , ce et .la foi tégale Je noble au (roturier- Albe, ce l'ancienne nivale de' Rome, ^ lui tdède pas ce en empressement ; ses babitan ts vêtus deblanc ce sortent à grands flcfts de ses portes, ^et mar- « chent en ordre sur -des rangs <*u fein proce longés. Tous les chemins retentissent des ce frémissements de l'allégresse ; on aroitàccourir c< les indigènes, les habitants de ia Marche ce d'Ancône , les peuple de l'Etrurie, tes d»rs ce Samnites , les citoyens de la noWe Capoue et ce ,oeux de l'illustre Noie. t<e mari, accompagné c< de son épousent environné de sa famille bience ^imée „ se hâte , dans le transport d'une sainte ce joie, d'arriver au terme de sa course. Les vastes ce campagnes peuvent a peine contenir l'alléce gresse des peuplée , et le& Chemins les plus

ce spacieux se trouvent trop serrés pour leur ce donner p^ssa^e ; on ?sV presse 9 on ïy fwrto, ce et on est &o&ve*nt obligé de s'y arrêter. La ce sainte caverne , malgré «a v^te étendue , se* ce rait sans doute trop étroite pow tant d^ dévots ce pèlerins , s'il ne s'élevait à côté , avec une ce magnificence royale , on gcpnd et £lQperbe ce temple, destiné à recevoir Ja fosie fcinqma braiHe des fidèles (î), *>

Mais 9 qu'est-ce <jui rendait ce lieu jsi £#èfcre ? c'est, dit le poète, l'espérance ffy trouver Dieu pins propice , plus facile , et plq$ prompt à

(4) Manè gahuatum opooumtçr , çmpis jtdem

Pubis : euot , redeunt t soljs a4 usqoe pbjtuip , Conglobat in cuneos Laties sifatïi àc peregrinos

Perpai^tim pqptéos i*Ugtp»i$ avur»

Oscnla perspicuo figunt imprç?sa métallo ,

ftalsama deftm&utrt : fletibiis dfa rigant. Jaœc^m^*eqovatdeofr)B^^i«cpbuia«l*wf

Natalem^ue diem passîp lesta jrefert > QuàBta potes stûdHs ceYtairtibus àginina cogi,

Qmeqne celebmando i$ta ç#ïrt 6eo I Urbs Auguste suos wmit effufidHque Quirkes

Çttà t*#atiicies ambitionè^r?.

Qmlpn<ty plebeja phadanx «rôbotibi» teffuk ,

ïhscrioaen procerum précipitante fide.

Wec minus AFbanis ariesiê candida oortis

Ejtplicat, etfoqjis «focilfr •rdfiftwu»»

Exaltant fremitus variarum bine iode yiatum

Indigena , et Pipent , plébs et eirusca veoît; GonctUrrit Samoit» atroat halbittftef , et ait*

Campanus Capuae, jjàmque Nolaqus ajiest.

Qufequè *uâ talus cam conjuge, dulcibus et cum

Pigoorjbus rapîdam carpere gestit iler.

Vix capiunt patuli populorum gaudia campi »

Haeret et in magnis densa cohors spaliis. Angustum tentis illad ipécas esseealer?» ,

Haud dubiuip est , ampla fauce licet pateat. » Sut sed juxta aliud , quod tenta frequentia teiupJum

Taoc adeat , cultu Débile regifico.

Lib. de Coronts Ed. Paris, p. 289.

exaucer les vœux qu'on loi présentait par l'entremise du saint, ce Oui, ajoute-t-il, toutes les ce fois qu'accablé des maux def âme ou du corps , ce je me suis prosterné devant ce tombeau , j'ai ce reçu en même temps la guérison de l'un et de ce l'autre (1). »

Voilà , Monsieur , ce qui. se pratiquait il y a plus de treize cents ans ; c'est un témoin oculaire qui y a eu part, et qui nous en assure ; et à moins de supposer qu'un homme sensé et raisonnable ait pu prendre plaisir à se déshonorer dans le public , en débitant des faussetés qu'il savait devoir y être manifestes , il n'est pas possible de douter que ce n'ait été là en effet une des dévotions du temps.

Ainsi il est prouvé par des faits , sur lesquels il n'y a point à disputer , et dont vous ne pouvez , Monsieur , vous empêcher de rester convaincu comme si vous les voyiez actuellement de vos yeux , que l'usage du troisième , du quatrième et du cinquième siècle a été d'invoquer les Saints. Comment donc MM. vos ministres osent-ils encore nous entreprendre sur cet article? se flattent-ils donc de pouvoir persuader les personnes raisonnables, que dans les plus beaux jours de l'Eglise le peuple chrétien avait déjà abandonné le culte du vrai Pieu , pour placer une vaine confiance dans les créatures;

(1) Mira loci pietas, et prompte precanlibus ora , ^ Spes Aominum placîdâ prosperitate juvat ; Hic corruptelis animique et corporis œger , Oravi quoties stratus , opem merui.

Pag. 228. V. 175.

qu'il ignorait et blessait les droits du Rédempteur , en se cherchant des entremetteurs au préjudice de la médiation de Jésus-Christ ; qu'il était assez simple pour parler à des sourds * incapables d'entendre ce qu'on leur demandait; que dès-lors , enfin , la véritable piété se trouvait bannie du monde chrétien , et qu'on voyait régner à la place la superstition et l'idolâtrie, sans que personne ait pu réussir à y apporter remède jusqu'au temps de Luther.

Qu'en pensez-vous , Monsieur , ne faqt-il pas bien du courage pour entreprendre de soutenir de si étranges paradoxes ? ou plutôt peut-on se déterminer à l'entreprendre sans y être porté par la plus monstrueuse de toutes les présomptions ? Quoi ! tout le christianisme plongé dans la superstition et dans l'idolâtrie pendant une si longue suite de siècles , sans que les promesses de Jésus-Christ en aient souffert? tous les docteurs de l'Eglise devenus stupides et aveugles jusqu'à ne pas voir la contravention la plus manifeste au premier des commandements ? la vraie intelligence des Ecritures communiquée sur cet article à vos ministres , tandis qu'elle a été refusée à tous les plus habiles docteurs de l'antiquité, et à tous les plus savants interprètes des Ecritures. Quand on adopte toutes ces chimères , et qu'on les admet comme autant de parties du système dont on dirige le plan contre nous , je vous le demande , Monsieur , est-ce bien à craindre ? ïa satyre et l'invective fopdée sur de tels principes peuvent -elles rendre nos usages méprisables? ou plutôt u'avons-ijyws pas droit

158 DIXIÈME LBÎTfifr.

de prétendre que faire des reproches , dont on voit si peu les suites , où ne pas laisser , en les voyant , de les approuver , uialgré les monstrueuses répugnances*, cfest faite tout ce qtfil faut pour s'attirer urt juste mépris?

Il fallait , avant de fortner dte si, ftofrés accusations contre nous, examiner Su? qui elles retomberaient; car vouloir que nous soyons les seuls coupables, tandis que tous les. personnages les plus saints et lies plus savant* die l'antiqdité , tandis que tbut le peuple chrétiert-de ces Heureux siècles s'est accordé avec nous dans les mêmes pratiques, nie serait-ce pas' tftie injustice trop criante ?• et porter1 contre cette masse imposait, comme contre nous, même sentence dfe condamnation ? ne serait-ce pas pousser tsro^foin la hardiesse et la témérité ? Non , nous ne pouvons , n'en déplaise à Mfltf. les ministres , redouter un Jugement qui' enveloppe de si illustres associés , et nous nous estimerons toujours beaucoup plus honorés d*être liés dUntérêt avec une sî noble troupe , que d*avoiîr l'approbation d'hommes assez audacieux pour oser la condamner1.

Ce sont M , Monsieur , des refissions simples et naturelles , mais Ëiën capables de faire une vive impression sur des personnes tfe Votre caractère f je vôuit dilrè, stit* dès personnes d'un sens droit et d'utt jugement sain. Elles en firent tant autrefois^ le pifeftiiei* préteur royal de Strasbourg , quelles furent le' principe de sa conversion. Jfe pai&* de fta Ml Obrecht1, cet flluitre magistrat , ctont» ta mémofre sera éternellement en vénéra-

tion dans cette ville. Quel heureux assemblage des pins belles qualités ! quelle profonde érudition! quelles connaissances universelles! quel zélé pour le service du roi et les intérêts de sa patrie ! quelle habileté dans les négociations ! quelle probité ! quelle droiture ! quelle intégrité , et surtout quelle piété solide et exemplaire? quelle fidélité à remplir avec exactitude les devoirs de sa religion ! Or , ce grand hortfme , a déclaré plus d'une fois , que ce qui avait fait naître chez lui les premiers scrupules sur la Religion dans laquelle il avait été élevé , c'était la conformité des sentiments des anciens Pères avec les sentiments de l'Eglise catholique d'aujourd'hui , et le peu- de rapport qu'il voyait entre la doctrine de Luther et celle de l'antiquité; c'était une remarque qu'il n'avait pu s'empêcher de faire en lisant les ouvrages des saints docteurs. U ajoutait que, chagrin de trouver dans leurs écrits tant de passages contraires, à ses préjugés et aux dogmes de sa religion, il avait jeté plus d'une fois par dépit leurs livres à terre , mais que considérant ensuite combien il y a d'imprudence et de témérité à taxer toute l'antiquité chrétieftne d'erreur et de superstition , et ne pouvant se persuader que Dieu eût abandonné son Eglise et sitôt et si longtemps , il s'était mis à examiner plus- sérieusement lés reproches et les griefs de Luther , et que n'y ayant rien trouvé de solide , il avait parfaitement reconnu l'injustice du schisme où il se trouvait malheureusement engagé;

Voilà, Monsieur, ce qui acquit à TEgtîSé

catholique cette belle et illustre , conquête , cet homme d'un génie rare et supérieur , s'il y en eut jamais , et dont vous regardiez les paroles comme autant d'oracles. Je ne sais comment il est arrivé que ses sentiments sur tout le reste vous aient paru si respectables , et que ses pensées sur la religion, soutenues d'ailleurs par des exemples si réguliers et si édifiants , n'aient pas fait sur vous plus d'impression.

Mais revenons à notre sujet et examinons sur quelles raisons se sont fondés les chefs de votre prétendue réforme pour oser faire le procès à toute l'antiquité.

DEUXIÈME PROPOSITION

LES DIFFICULTÉS SOULEVÉES PAR LES MINISTRES CONTRE L'INVOCATION DES SAINTS SONT AUSSI VAINES QU* TÉMÉRAIRES.

Il faudrait sans doute des difficultés graves , importantes et capables d étonner les meilleurs esprits , pour colorer , en quelque sorte , la hardiesse qu'il y a à oser condamner l'usage de toutes les nations et de tous les temps; mais vous le verrez , Monsieur , rien n'est plus faible , ni .plus frivole que les moyens employés pour rejeter l'invocation des Saints ; on s'étonne que des esprits raisonnables aient pu s'arrêter à de si légères difficultés ; on s'élonne encore plus qu'ils

aient cm y trouver de quoi contrebalancer l'autorité si respectable de l'antiquité et la pratique générale de tous les siècles. Il n'y a qu'à exposer simplement la doctrine catholique pour faire disparaître la plupart des difficultés qu'on propose contre nous. Jugez-en vous-même, Monsieur , et vous le reconnaîtrez bientôt ; on ne s'aviserait jamais de les proposer, si l'on était au fait de nos sentiments : car la plupart des objections dirigées contre nous sont uniquement fondées sur les fausses idées qu'on s'est formées de notre doctrine.

Voici comme parle le célèbre évèque de Meaux dans son Traité de l'exposition de la foi ; je ne puis rien faire de mieux que de rapporter les paroles de cet illustre auteur ; car si j'expliquais de mon fond la doctrine catholique , on pourrait me soupçonner de chercher à l'adoucir : mais la déclaration qu'en a faite M. de Meaux ayant été approuvée par un bref du pape, ratifiée par les éloges de plusieurs cardinaux et prélats romains dont les lettres se trouvent à la tête de son ouvrage , applaudie par tous les évêques du monde chrétien , il n'est pas possible que cet écrit ne contienne les véritables sentiments de l'Eglise catholique. On peut encore moins en douter par rapport au sujet dont il s'agit, puisque toute cette doctrine sur l'invocation des Saints , est appuyée sur les paroles expresses du concile'de Trente et sur celle du Catéchisme publié par ordre de ce concile.

Voici donc comme le savant évêque s'explique : « L'Eglise en nous enseignant qu'il est utile de

tom. iv. 11

ce prier les Saints , nous enseigne à les prier dans ce ce même esprit de charité et selon cet ordre ce de société fraternelle, qui nous porte à demancc der le secours de nos frères vivants sur la c< terre (1 ) . Et Je Catéchisme du concile cjeTrente ce conclut de cette doctrine , que si la qualité de ce médiateur, que l'Ecriture donne ^Jésusce Christ, recevait quelque préjudice dp Tîntercc cession des Saints qui régnent avec Dieu, elle ce n'en recevrait pas moins de l'intercession des ce fidèles qui yiyeçt avec nous (£).

ce Le Catéchisme nous fait bien entendre l'exce trême différence qu'il y a entre la ipanière ce dont on implore le secoprs de Dieu , et celle ce dont en implore le secours des Saints. Car , ce dit-il, nous prions Dieu, ou de jpous donner ce les biens , ou de nous délivrer des maux ; ce mais parce que les Saints lui sont plus agréace blés que nous , nous leur demandons qu'ils ce prennent notre défense et qu'ils obtiennent ce pour nous les choses dont nous ayons besoin, ce Pe là vient que nous usons de deux formes ce de prier fort différentes , puisqu'au lieu qtfen ce parlant à Dieu la manière propre est de dire : ce Ayez pitié de nous , écoutez-nous ; nous nous ce contentons de dire aux Saints: Pries pour ce nous (3). Par où nous devons entendre , qu'en c< quelques termes que soient conçues les priècc res que nous adressons aux Saints , l'intention ce de l'Eglise et des fidèles les réduit toujours à

(1) Expos, Art. 4. p. 19. Ed. Paris.

(2) Catli. Rom. Part. 3. Tit. De Cullu et Invoc. Sanctorum. (5) Part. 4. Tit. Quis orandus sil. Edit. Colon, p. 561.

SUR L'INVOCATION DltS SAINTS. 1 C3

c< cette forme, ainsi que le Catéchisme le couce firme dans la suite.

ce .Mais il est bon de considérer les paroles a do concile même , qui voulant prescrire aux ce évéques comment ils doivent parler de Vin- <c vocation des Saints, les oblige d'enseigner, ce que les Saints qui régnent avec Jésus-Chri§t , ce offrent à Dieu leurs prières pour les hommes ; ce qu'il est bon et ulfle de les invoquer d'une ce manière suppliante , et de recourir à leur afrte ce et à leurs secours pour impétrer de Dieu sçs ce bienfaits , par son Fils Notre-Seigneur Jésusce Christ , qui seul est notre Sauveur et notre Rér tre dempteur. Ensuite le concile condamne ceux ce qui enseignent une doctrine contraire. On ce voit donc qu'invoquer les {Saints suivant la ce pensée de ce concile, c'est reçoprir à leurs ce prières pour obtenir les bienfaits de, Pieu par ce Jésus-Christ. En effet, nous n'obtenons qge <e par Jésus-Christ et en son nom , ce que nous <e obtenons par l'entremise de&jSaitits, puisque ce les Saints eux-mêmes nf\ prieuf. que par Jécc sus-Christ, et ne spnt exaucés qu'eu son nom. ce Telle est. -la foi de l'Eglise que le çqucUgde a Trente a expliqués fin peu de paroles. »

Or je demande, Mposiçwr 9 si squtès cette explication, la plupart des difficultés qae proposent vos ministres, ne tombent pas d'ellesmêmes. Quand Kemnitius cite un graud nombre de passages de l'Ecriture, pQUr prouver qn'il n'appartient qu'à Dieu seul d'être invoqué , que * l'invocation adressée à la créature confond la créature avec le Créateur, qu'on ne peu! invo-

quer que celai en qui Ton croit selon cette parole de l'Apôtre : Comment invoqueront-ils celui en qui ils ne croient pas (1 ) ? et que puisqu'on croit en Dieu seul et non aux Saints, aussi ne peut-on invoquer que Dieu seul et non les Saints (2). Quand Kemnitius fait tous ces beau» raisonnements , ne montre-t-il pas évidemment qu'il ne comprend pas , ou du moins qu'il fait semblant de ne pas comprendre ce que nous entendons par l'invocation des Saints. J'ai déjà déclaré, qu'invoquer les * Saints était leur demander le secours de leurs prières. Que Kemnitius nous dise , si cette sorte d'invocation donne atteinte aux droits de la Divinité; si elle confond la créature avec le Créateur, ou plutôt , si cette parole , priez pour nous , ne fait pas voir un rapport essentiel de dépendance entre celui dont on recherche les prières , et le souverain Maître auprès duquel on emploie l'intercession.

Nous distinguons donc deux sortes d'invocations ; l'une par laquelle nous demandons les biens de la nature , de la grâce et de la gloire à celui qui en est l'auteur; l'autre par laquelle nous ne demandons qu'un secours de prières et d'intercession. Quant à la première espèce d'invocation , nous avouons qu'elle ne peut s'adresser qu'à Dieu seul; car seul il peut tirer des trésors de sa libéralité infinie les biens dont nous avons besoitf. Mais pour la seconde , nous disons que

(!) Rom. tO. U.

(S; Tcriiâ part. E\am. p. 300. N, 10,

sur l'invocation ras saints . 165

non-senlement elle n'intéresse pas les droits du Créateur , mais que de plus , elle est si spécialement réservée pour les créatures , qu'elle ne peut en aucune façon convenir à l'Etre incréé; car ne serait-ce pas la dernière des extravagances de dire à Dieu : Priez pour moi? qui prierait-il, puisqu'il n'a pas de supérieur ? à qui s'adresserait-il pour obtenir des biens , puisqu'on n'en obtient aucun que de sa main? Tant s'en faut donc que dire à la Vierge ou à quelque autre saint : Priez Dieu pour moi , soit leur rendre des honneurs propres à les égaler à Dieu , que c'est au contraire employer une prière , où se trouve essentiellement désignée en eux la qualité de créature. Il n'y a pas, Monsieur, d'enfant des petites écoles qui ne soit en état de comprendre cette doctrine : c'est néanmoins ce qui semble avoir passé l'intelligence de votre savant professeur de Brunswick , du moins a-t-il parlé de manière à faire juger qu'il ne la comprenait pas.

ce Mais , nous dit le même professeur , Dieu ce seul est notre force , notre aide , notre proc< tecteur , notre libérateur , notre ressource ; c< ce sont autant de qualités qu'il se donne dans ce les saintes Ecritures et dont il témoigne être ce jaloux ; il ne veut pas que nous donnions notre c< confiance à d'autres qu'à lui , et il va jusqu'à ce maudire ceux qui se confient aux hommes. « Nous voyons néanmoins, ajoute ce ministre, a que les catholiques ont beaucoup de confç fiance aux Saints ; qu'ils les appellent leurs

166 BIÏIKMB LETTRE.

« patrons, leurs libérateurs, leur espérance, c< leur appui (1). »

Je réponds qu'il y a deux sortes de confiance , l'une fondée sur le pouvoir immédiat de celui auquel on s'adresse, et çeUeJà, il , n'est permis çlê liavoir qne pour l'auteur et la source de tous les biens ; l'autre appuyée sur le crédit de celui qu'on emploie comme intercesseur, et celle-ci 3& )dérogé en rien £, la première ; ellç ; çst d'une tout autre espèce ; Dieu nç peut ep être jaloux, puisqu'on lui renvoie celle-là ^îême dont on recherche l'intercession ,- Si MJJ|f les ministres souffrent bien qu'on ait confiance ep. leurs prières , comment peuvent-ils trouver mauvais qtfon ait confiance aux prières des Saints? Ne trouveraient-ils pas fort ridicule de soutenir que la confiance aux prières d'un homme de bien encore vivant, affaiblit etruiqe la confiance due à Pieu? sont-ib moins ridicules dans le réproche qu'ils nous adressent au sujet de notre confiance aux prières des Saints. ,

Quant aux termes de patrons, de libérateurs f d'espérance , d'appui , dont ces MM. se ormalisent, ,on< bê peut » s'empêcher de remarquer qu'ils sont bien délicats , dès qu'il s'agit des Saints , eux qui marquent leur confiance en termes incomparablement plus forts , quand il est question d'intéresser en leur faveur des personnes d'autorité , dont la recommandation leur peut être utile.

(1) Tortia parte Exam, p. 296, N. 40.

sur l'invocation dss saints. 1 67

« Mais, ajoute encore Kemnitius (1 ) , si nous ce en croyons saint Augustin , nous nous garce derons bien d'invoquer les Saints ; ca£, ce ce Père enseigne positivement que le prêtre en ce offrant le sacrifice , se contente dé noimber ce les martyrs sans les invoquer (2). *>

llest assez surprenant , Monsieur, que vos théologiens île puissent citer de passages contre nous , sans trahir leur propre cause ; ils attaquent l'invocation des Saints, et c'est ep citant un passage qui établit le sacrifice. Non, le prêtre n'invoque pas les martyrs dans Faction même du sacrifice, c'est-à-dire, comme l'explique saint Augustin lui-même ce il né s'adresse ce pas à saint Pierre ou à saint Paul pour leur dire, ce îe vous offre ce sacrifice, mais u l'offre à Dieu ce seul, qui a couronné les martyrs (3). » Voilà le sens , daqs lequel le saint Docteur a dît que le prêtre n'invoquait pas les glorieux athlètes de la foi. Pour ce qui est du reste, ce Père enseigne précisément , comme je l'ai déjà remarqué , ce que nous devons nous recommence der aux prières des saints martyrs ; que nous ce ne, prions pas pour eux , mais que nous les ce prions de prier pour nous (4) , >> ce qui est

(1) Tçrtîa part. Exam. p, 347. N. 30.

(S) Suo loco et ordine numerantur , non tamen à Sacerdote qai tterificat invocamnr. Aag. lib. Î2. De Civitate Dei. c. 10. T. 5. Ed. Frobeo.

(3) Quis enira Àntistitum altari assistens aliquando dixit. oflerimus tibi Petre, aut Paule , aût Cvpriane : sed quod offertur , pflertur Deo , qui martyret coronatit. Lib. 20. contra Faustum. c. Si. T. 6. Ed. Froben. pag. 379.

(4) Tract. 86. in Joan. T. 9. Ed. Frobeo. p« 541. Serin. 17. de verbis Ap.T. 10. Ed. Frobcn. p. 343.

bien assurément invoquer les Saints de la manière dont nous les invoquons.

Melanchthon nous attaque par un autre endroit ; « Nous transférons , dit-il , aux Saints ce l'honneur qui appartient en propre à Jésusce Christ, nous en faisons des médiateurs, et ce des ministres de propitiation auprès de Dieu, ce et bien que nous distinguions entre média* ce teurs d'intercession, et médiateurs de réce demption , nous ne laissons pas cependant , ce selon lui, d'en faire des médiateurs de récc demption (1). » ainsi quelque raisonnable que soit notre distinction, il ne laisse pas de soutenir, premièrement, que nous avons tort de regarder les Saints comme des médiateurs d'intercession , et en second lieu , que nous allons même jusqu'à en faire des médiateurs de propitiation ou de rédemption.

Quant au premier article , il faut assurément l'humeur critique et chagrine de Melanchthon, pour dés approuver la qualité de médiateur d'intercession; car qu'entendons-nous par ce mot, si ce n'est un suppliant qui s'entremet auprès de Dieu en faveur d'autrui pour lui obtenir quelque grâce ? Quand on ne peut raisonnablement nous contester la chose qui est exprimée par un terme , n'y a-t-il pas de la petitesse d'esprit à disputer sur le terme dont nous nous servons pour exprimer notre pensée ?

(1) Hic prorsùs transfertur in Sanctos proprius liooor Chrîsti , faciunt eoim eos mediatores et propitiatores , et quanquam distinguunt de rocdiatoribus inteicessionis et mediatoribus redemptionis, tamen plané faciunt ex Sanctis mediatores redemptionis. Apol. Art. 9. de Imroc. Sa ne t. pag. 225. Ed. Scholvini.

sua l'invocation des saints. 1 G9

ce Mais , nous dit Melanchthon , cette médiace tion d'intercession n'a aucun fondement dans a l'Ecriture (1). » II n'a donc jamais lu le chapitre trente-unième de l'Exode. Prenez la peine, Monsieur, de le parcourir, et vous verrez si Moïse, qui a fait de si ardentes prières pour détourner du peuple d'Israël la colère divine et qui l'en a effectivement préservé, n'a pas véritablement mérité la qualité de médiateur d'intercession. Or , si cette qualité a pu convenir à un ami de Dieu vivant et mortel, pourquoi les amis de Dieu qui sont parvenus à l'immortalité, rfen seraientils pas susceptibles ?

ce Mais, ajoute Melanchthon, cette qualité obscc curcit la gloire de la médiation de Jésusce Christ, et détourne la confiance que nous ce devons à sa miséricorde (2). » Que Melanchthon nous apprenne donc, comment il se fait que la médiation des intercesseurs vivants ne ternisse pas la gloire de la médiation de Jésus- Christ , et que cette gloire soit ternie par la médiation des Saints déjà parvenus au ciel ; que la première ne détourne pas la confiance due à la miséricorde de Jésus-Christ , et que la seconde la détourne. Car pour nous, nous avouons franchement, que nous n'avons pas assez de pénétration d'esprit pour y voir aucune différence. ,

(1) Àtqueetiam illud dicunt sine testimonio Scriptura, quod sint me* diatores intercessionis, quod ut verecundissimè dicatur, tamen obscurat officium Christi , et fiduciam misericordiae debitam Christo transfert in Sanctos. pag. 225.

(2) Ibid.

170 DIXIÈME LKTTHE.

Ici Kemnitias vient au secours de Melanchthon eb dit, «c qu'il est ordonné aux fidèles dans « l'Ecriture de prier les tins pour les statues , « que daint Pàut a demandé ms prières dans & ^Eglise pour kii (1 ) , que cette sorte d'intèrcc cession he déroge certainement fera rien an ce sacerdoce de Jéstis-Christ riié&âtèàr i tiiàis <* qtfil n'en éd pas de même de Pitttef cession c< des Saints (2). **

Nous répondons que puisqu'il est ordonné aux fidèles de prier les uns ffour lés autres, il faut bien en effet que cette sorte <?itftèt Cession ne déroge point au sacerdoce de Jésitô-Christ ; mais nous concluons justement de cette vérité que l'intercession des Saints rfy déttigè pàfc davantage ; car ce sont dé part et d'autre ad Suppliants qui demandent pour autrui dès grâces , non comme devant être accordées â leurs mérités i mais comme étant le fruit et ife prix des mérites de Jéstis-Christ.

Que dire du reproche fàitp» MëlànèhthoU aux catholiques , de regarder lès Saints Comme des médiateurs de rédemption et de prôpitiation ? Lui est il bien Honorable de fiotis charger d'uriè calomnie aussi manifeste ? S'il ëfcât résolu de lious calomnier , il devait du moins mieux pt endre son temps et ne pas le faire dans un était public et authentique , tel qu'est l'apologie dé la Confession d'Ausbourg , écrit où il s'agissait de rendre compte de sa foi et de celle de ses

(0 l.Tim. 8. 1. Rom. 15.50.

(*) Terliîi part, Exam, paç. 208. N. 20..

adhérents , et non de nous imputer faussement une doctrine que nous abhorrons. Pouvait-il ignorer que d'après l'enseignement de tous nos théologiens , tous les hommes et tous les Anges réunis ensemble î avec tous les efforts dont ils sont capables, né sauraient satisfaire condignèrneht pour un seul péché mortel, et que cette vérité est le fondement sur lequel tous les théologiens catholiques établissent la nécessite de riiicaniation ? Ne s'accordent-ils pas tous a déclarer que dans le cas où Dieu voulût exiger One satisfaction convenable et proportionnée à l'offensé reçue , il fallait nécessairement qdune personne divijie se fit hoirrinè pour pouvoir acquitter la dette contractée par le péché. Lé concile de Trente ne déclare-t-il pas hautement que Jésus-Christ est Tunique cause méritoire de notre justification et de toutes les grâces dont notis Comble la main de Bieto (1) ? Toutes les prières de l'Eglise ne finissent-elles pas ainsi : Par Notre Seigneur Jésus-Christ votre Ftls ? Tous riofc livres de fuété n'inculqûeht-ils pas la doctrine de saint Paul que Dieu le Père nous à bénis en Jésus-Christ de toute bénédiction spirituelle (2) ? Ne prêche-t-on pas hautement clans les chaires , ne répète-t-on pas saitô cesse dans les catéchismes faits à la jeunesse , dans les instructions données à ceux qui quittent le schisme et Terreur pour se réuriir à l'Eglise j que toutes les grâces viennent de Dieu, et que lés Saints ne nous en donnent aucune ; que Jésus- v

(i) Se*s. G.c,7. — (tt) Epi», 1,3. "

Christ seul nous les a toutes méritées ; et que les Saints ne nous en méritent aucune ; que tout ce que les Saints font pour nous , c'est de prier en notre faveur, et que Tunique grâce dont nous prétendons leur faire la demande, c'est le secours de leurs prières.

Voilà, Monsieur, en peu de mots, l'abrégé de la doctrine catholique sur l'invocation des Saints. Nous reprocher après cela d'associer les Saints â l'office de Rédempteur et à la qualité de médiateur de propitiation, n'est-ce pas faire connaître à tout l'univers que ne trouvant rien à reprendre dans la doctrine catholique telle qu elle est enseignée par l'Eglise , on se réduit à lui en supposer une imaginaire pour pouvoir la combattre avec avantage.

ce U est pourtant vrai, reprend Mêla ne h thon, « que les catholiques prient par les mérites ce des Saints et qu'ils ont confiance en leurs « mérites. Le prêtre après avoir donné Tabsocc lution au pénitent, ajoute : Que les mérites « de la sainte Vierge et de tous les Saints vous ce servent à la rémission de vos péchés (1 ) , ce et il est dit dans le Canon de la messe , c'est ce la remarque de Kemnitius : Accordez , Seicc gneur ,â leurs prières et à leurs mérites que, ce fortifiés par votre, secours, nous ressentions ce les effets de votre protection (2). >* D'où ces deux ministres concluent que nous prétendons obtenir grâce et être sauvés par les mé-* rites des Saints.

(4) Art. 9. de Itivoc. Sanct. p. 227. Typis Scholviui, (2) Tertia part. Exam. pqg. 299. N. 2Q.

sur l'invocation des Saints. 173

Daignez , Monsieur , faire attention à ma réponse. Nous n'avons garde de dire que les mérites des Saints ne nous servent de rien , mais aussi nous sommes bien éloignés de penser que les Saints nous méritent la rémission des péchés , ou le salut , ou quelque autre grâce que ce soit. Voici dans quel sens les mérites des Saints peuvent nous être utiles. Plus un saint a de mérite et de sainteté , plus il est agréable à Dieu , et plus il a de crédit pour obtenir de sa bonté les grâces qu'il lui demande pour nous ; voilà la seule manière dont les mérites des Saints peuvent nous profiter. Aussi est-ce dans cette vue que Moïse représentait autrefois à Dieu les mérites et la sainteté d'Abraham, dlsaac et de Jacob , en le priant de se souvenir deux (1 ). Autre chose est donc l'impétration , autre chose le mérite ; les Saints peuvent bien nous impétrer des grâces , mais ils ne nous en méritent aucune ; c'est Jésus-Christ seul qui nous les a toutes méritées ; pas une seule qu'il n'ait payée du -prix de son sang. %

ce Mais , nous demande Melanchthon, puisque ce Jésus-Christ a été établi notre pontife et noce tre intercesseur, pourquoi en cherchons-nous ce d'autres (2) ? » et moi je demande, Monsieur, puisque Jésus-Christ a «té établi notre intercesseur , pourquoi recourez-vous dans vos besoins aux orphelins , aux pauvres veuves , à vos pasteurs pour leur demander le secours de leurs

(1) Recordare Abraham, haac et Jacob senrorum tuorura. Exod. 52. i 3.

(2) Cùm Christus sit cotistitutus Intercessor et Pontifex, cur qua?ri~ mas atios. Art., 9. de ln?oc. Sanct. p. 227.

174 DIXIÈME LETTBE ,

prières ? Noos ne leur demandons, dites-vous , que de prier conjointement avec nous ; justement , ]Vf onsieqr , c'est là précisément la demande que nous façons aux Saints, Si donc votre demande nç préjudiçie point aux droits de Jésus-Christ notre pontife et notre intercesseur i çoijwpent la nôtre y préjudicierait-elle ? Ce qui fait ici Terreur de nqs adversaires, c'est de vouloir se persuader qne nops mettons les Saints A te pïjaÇS dp pieu , ou à la place de Jésus-Chrjst. Or, npusJjBjd^l^ro^s, nous ne les mettons ps$ à la place de Dieu ; car noqs reconnaissons que J)jen nous donne tputes lies grâces et que les £amts »e pQns en donnent aucune ; nous ne les menons pas à la place de Jésus^Christ ; car nçus reconnaissons que Jésns-Cbrist nous a mérité toutes les grâces, et que les Saints ne nous en ont mérité aucune : nous les mettons uniquement à nqtre plaae , en les priant de joindre leurs prières afjec Jes. nôtre*.

En voilà plus qu'il n'en faut , Monsieur , |>o.ur vaus faire sentir la malignité et i'aud&ce de ceux qui nous prêtent des sentiments contre lesquels nous pçptçstons; ne devons-nous pas en être crps sur notre parole? qui saura mieux que nous-mêmes le, sujet de notre croyance ? puisrje apporter de meilleurs garants de notre foi , que la déclaration du concile de Trente , et du Catéchisme publié par son ordre ?

Brentius , ministre de Wurtemberg, ne nous reproche pas moins qu'une idolâtrie formelle ait sujet de l'invocation des Saints, et voici sur

SUR L'INVOCATION DBS SAINTS. 1 ï 5

quoi il fonde son reproche : ce II prétend, <c qu'invoquer les Saints , c'est supposer qu'ils ce sont partout , et qu'ils savent tout : or , l'imcc mensité et la connaissance universelle sont, <c dit-il , des attributs qui ne peuvent convenir ce qu'à Dieu seul ; on ne peut donc invoquer ce les Saints, sans leur attribuer des qualités ce toutes divines, et sans leur rendre un culte ce plein d'idolâtrie (1 ) , »

Si les grands hommes qui ont brillé avec tant d'éclat dajis l'Eglise , et qui Font si solidement instruite par leurs savants écrits, les Basile , les Cyrille ; les Grégoire de Nysse et de Nazianze , les Ghrysostôme , les Ambroise , les Jérôme , les Augustin , eussent eu à répondre à de pareilles objections, pensez-vous, Monsieur , qu'ils se fussent trouvés fort embarrassés ? de quel œil n'eussent-ils pas regardé de si pitoyables discoureurs ?

Je le demande à Brentius : quelle nécessité y a-t-il que les Saints dont on sollicite les suffrages, se trouvent partout , ou sachent tout par eux-mêmes ? Ne peut-il pas se foire qu'ils apprennent nos prières pa le ministère des Anges? Les Anges, suivant le témoignage de l'Ecriture,, ne savent-ils pas ce qui se 'passe parmi nous , puisqu'ils sont établis de Dieu esprits administrateurs pour concourir à l'œuvre de notre salut ? Dieu ne peut-il pas faire connaître nos

(1) Sic autem petere quemadmodum in Litaniis , niliil est aliud quam adorare Sanctos; talis enim petilio exigit, ut is qui rogatur sit ubique praaens. In Confess. Wurlemb. de Invoc. Sanct. ykl. Synlagma Confess. Ed. Gcnev. p. 112.

désirs aux Saints par une révélation particulière ? n'est-il pas également possible et convenable à leur état de bienheureux, qu'ils découvrent dans Pessence divine, source et centre de toute vérité, tous les événements capable^ de contribuer à leur gloire et à leur satisfaction? L'Eglise n'a rien décidé sur les moyens dont il plaît à Dieu de se servir pour faire connaître nos prières aux Saints ; mais quelle que soit la manière dont se transmette cette connaissance , toujours est-ce par une lumière communiquée : or, je demande si cette manière de connaître est une propriété de la nature divine ? si elle élève les Saints au-dessus de la condition dé la créature ? Les prophètes n'ont-il pas connu les choses futures, quoiqu'elles ne soient pas moins du ressort de la science divine que le secret de nos cœurs ? dira-t-on pour cela , que cette connaissance en a fait des divinités ? Qu'on est faible quand on est outré ! et qu'on est outré quand on se livre sans ménagement à la démangeaison de contredire !

ce Mais, ajoute Drejerus, professeur deKonigsc< berg : Nous n'avons aucune certitude que ce les Saints aient connaissance de nos prières; c< car il ne se trouve rien dans l'Ecriture qui ce nous rassure sur ce sujet ; c'est donc à tort ce qu'on invoque les Saints ; car les invoquer ce c'est leur adresser la parole ; or , on ne peut ce prudemment adresser la parole à celui dont ce on n'est pas sûr de se faire entendre (1). »

(1) De quibus non possumus esse cerii an cognoscant preoes nostras , illi non nisi temerè invocantur. Argum. 5. de Invocat* Sanct. Edit. 2. Ucgio-Muniannc p. 836.

sur l'invocation dés saints. 177

Je résons cette difficulté par deux réponses : la première , que nons rie pouvons raisonnable* ment douter que les Saints n'aient connaissance de nos prières; la seconde , que, quand bien même ils lés ignoreraient , le dogme catholique, sur l'utilité de l'invocation des Saints, n'en souffrirait néanmoins aucun détriment. Pour prouver l'un et l'autre , je n'ai à faire qu'un raisonnement simple et sans embarras ; le voici :' toute l'antiquité chrétienne, disons-nous, a invoqué les Saints , et depuis on n'a jamais cessé de le faire. Vous en avez vu la preuve , Monsieur, dans la première partie de cet écrit , et j'ai peine à croire qu'il puisse vous rester sur ce point le moindre doute ; donc toute l'antiquité chrétienne et tous les successeurs dès premiers fidèles jusqu'à nos jours , ont jugé que les Saints avaient connaissance des prières dont on leur offre l'hommage. Admettez, Monsieur, cette conséquence , ou ne l'admettez pas , nous conservons à peu près le même avantage. Si vous l'admettez , en convenant que toute l'antiquité chrétienne et tous les fidèles jusqu'à nos jours ont reconnu cette connaissance dans les Saints , dès-là même nous sommes à couvert du blâpie d'une croyance trop légère ; car est-ce croire trop légèrement que d'admettre le sentiment constant et unanime de toute l'antiquité et de cette longue suite de fidèles ? Mais si vous nous contestez cette conséquence , résultat si naturel de la pratique ancienne et universelle de l'invocation des Saints ; si vous prétendez que nonobstant cette pratique , on n'attribuait point aux Saints la connaissance

de nos prières, donc, dirons-nous, l'antiquité a été persuadée qu'il était bon et utile d'invoquer les Saints , quand même ils se trouveraient privés de cette connaissance.' Car il est bien évident que les premiers fidèles placés.dans le cas qù il vous platt de les supposer , n'eussent point invoqué les Saints , s'ils n'avaient pas cru y trouver leur utilité. Ainsi se soutient le dogme catholique , de quelque côté que Ton se présente pour l'attaquer.

Mais pour ne pas décider ici la question par la seule autorité des anciens, ne pensez pas, Monsieur , qu'ils aient manqué de preuves propres à convaincre des esprits raisonnables. Formés à invoquer les Saints par la tradition des Apôtres , comme nous en assure saint Basile , et comme je me réserve à le prouver plus exactement dans la suite de ce discours , ils ont appris par la même voie les principes de cette pratique : or, y en a-t-il de plus naturels que la charité , la connaissance et le crédit des Saints ? et n'est-il pas à présumer que l'idée de ces principes leur sera venue de la même source, dont leur est venu la pratique même de l'invocation ?

Ils savaient de plus que les Anges ont connaissance de nos prières ; pouvaient-ils en douter après le témoignage qu'en rendent eux-mêmes ces esprits bienheureux? N'est-il pas dit au dixième chapitre des Actes des Apôtres , que l'Ange envoyé au centenier Corneille , l'assura que ses prières et ses aumônes étaient montées devant

. suit i/ih vocation des saints. \ 79

le trône da Très-Haut (1) ? et au douzième chapitre du livre de Tobie, l'Ange qui se fit connaître à ce saint vieillard , Tassura-t-il pas qu'il avait présenté ses, prières au Seigneur (2). Les Anges d'ailleurs ne manquent pas d'être instruits de la conversion d'un pécheur , puisquï& s'en réjouissent dans le ciel jusqu'à en faire une fête (3) . Or , si les mouvements d'un cœur contrit ne leur sont pas inconnus , pourquoi ignoreraient-ils les prières par lesquelles on demande leur secours et leur protection ? Et si lés prières adressées aux Anges parviennent jusqu'à eux , pourquoi les prières adressées aux Saints ne parviendraient-elles pas également jusqu'à lit connaissance des bienheureux? vu surtout que selon la parole du Sauveur , ils seront comme les Anges de Dieu dans le ciel (4) , c'est-à-dire , qu'étant de purs esprits comme eux , élevés à la lumière de gloire comme eux , pleins de zèle et de charité comme eux , ils participeront à leurt qualités naturelles et surnaturelles , et partageront avec eux tous les avantages de la béatitude . Il est dit au cinquième chapitre de l'Apocalypse, que vingt-quatre vieillards se prosternaient eu présence de t Agneau ,, tenant dans leurs mains des harpes et des vases et or pleins de parfums (5). Qu'était-ce que ces parfums? Le Saint-

({) J)i*it Autew illi, orationes tu», et eleejnosyntt tua asceuderunt ii* memoriam in conspectu Dei. Act. lô. 4. ' (*) figo obttli omtiooem taam Domino. Tob, Ifc. 4*# (S) Luc. 15. 7.

(4) Matth. î«. 50.

(5) Habentes singuli cithares et phialas aureas plenai odora«eiiloriim| qu« mot orationes Sanctorum. Apoc. 5. 8.

f 80 dixième lettre;

Esprit l'explique lai-même : c'étaient les prières: des Saints, des justes, des gens de bien: ces vingt-quatre vieillards , distingués par leur éminente sainteté , présentaient donc à F Agneau les prières des justes et des gens de* bien, sans* doute pour les appuyer et les faire recevoir favorablement ; donc ils en avaient connaissance , donc il est très conforme aux. idées que nous donne l'Ecriture , de regarder les Saints comme instruits de nos prières et comme capables de les faire valoir par leur crédit auprès de Dieu.

Ne semble-t-il pas que le Sauveur ait voulu nous raffermir dans cette idée en introduisant le mauvais riche , qui du fond de l'enfer parlait à Abraham et s'en faisait entendre (1). Ce n'est qu'une parabole, nous dit-on; je le veux, Monsieur , quoique plusieurs interprètes prétendent voir dans cette narration une histoire véritable. Mais ne fût-ce qu'une parabole , les lois de la parabole n'exigent-elles pas qu'on y garde les vraisemblances ? Si les Saints étaient aussi peu en état d'entendre nos prières , que le renard et le corbeau de parler et de s'entretenir, il faudrait donc cesser de regarder le récit du Sauveur comme une parabole , pour ne plus le regarder que comme une fable , dépouillée de toute apparence de vérité, comme les fictions chimériques d'Esope.

Mais ce qui a persuadé plus efficacement les fidèles dans tous les temps de la connaissance et du crédit des Saints , c'est le prompt secours

(!) Luc. iti. 21.

sua l'invocation des saints. 181

qu'ils ont ressenti dans une infinité d'occasions pour les avoir invoqués. Tant de guérisons sur* prenantes et tant d'autres effets miraculeux, fruit précieux des prières qu'on leur a adressées , n'ont pas permis de regarder comme sourds des protecteurs qui ont paru si bien entendre. On a vu des résultats prompts et sensibles de l'intercession qu'on a réclamée ; pouvait-on ne se pas confirmer dans l'idée qu'on avait dés lumières et des charitables soins des intercesseurs ? Ne croyez pas , Monsieur, que je donne ici dans une crédulité populaire ; je rapporterai , avant que de finir cet écrit , un grand nombre de faits solidement attestés , qui montreront clairement combien Dieu s'est plu dans tous les temps à autoriser par les faveurs les plus singulières, la confiance qu'on a témoignée avoir aux prières dès Saints.

Je veux néanmoins supposer , Monsieur , que les Saints ignorent nos désirs et nos besoins; dans ce cas même il ne sera pas encore prouvé contre nous, que l'invocation des Saints ne puisse nous être d'aucune utilité. Car, selon l'avep même de l'apologie de votre Confession d'Âusbourg , ce les Saints prient pour les besoins ce de tous les fidèles en général (1). » Or , dans cette supposition , je ne puis invoquer un Saint sans témoigner devant Dieu le désir que j'ai d'avoir une part, particulière aux prières de ce

(i) De Sanclis concedimus , quod sicut vivi orant pro Ecclesia in génère ità in cœlis arant pro Ecclesiâ in génère. De Invoc. Sanct, Typtf ticliolfini , p. 994.

Saint; et Dieu, qui connaît mes désirs et qui aime à glorifier ses serviteurs , pour montrer le cas qu'il fait de leur entremise et nous animer à suivre leurs exemples, accorde souvent dans cette vue , ce qu'il n'accorderait pa$ à de simples

Srières , si elles ne se trouvaient pas soutenues e l'intercession d'un Saint ; ainsi , dans le cas dont je parle, cette intercession , de générale qu'elle était , devient en quelque façon particulière en ma faveur , parce que j'ai eu soin de wty recommander..

C'est là une des manières dont saint Augustin se sert pour expliquer comment ceux qui ont confiance aux prières des Saints , en reçoivent du soulagement dans leurs peines; car après avoir posé pour fait incontestable que plusieurs en sont véritablement secourus , il dît : ce Qu'il a n'entreprendra pas de décider , si ce sont les ce âmes des saints martyrs qui les assistent par ce elles-mêmes en se rendant présentes sur les « lieux ( selon le sentiment de quelques Pères ce du quatrième siècle ) , pu si , d'après les c< prières générales qu'ils font dans le ciel pour ce les besoins des suppliants , Dieu exauce leurs ce vœux en donnant par le ministère des Anges ce répandus partout 9 le soulagement à ceux ce dont il juge à propos de soulager en cette ce vie la misère. Ce qu'il y a de constant, ajoute ce le saint Docteur , c'est que Dieu , par les ce effets d'une puissance et d'une bonté admice râbles , se plaît à rendre recomqiandables les ce mérites de ses Saints , quand U lai plaît , où

SDR L INVOCATION DBS SAINTS. 1 83

<x il lai plaît , et de la manière dont il lui « platt (1). »

Aussi voyons-nous de célèbres auteurs, comme le cardinal Bellarmin (2) , Hugues de Saint Victor (3) , le docte Véron (4) , n'insister pas tellement sur la nécessité de croïre les Saints instruits de tontes nos prières en détail, qu'ils n'estiment le dogme catholique suffisamment à couvert , pourvu qu'on ne refuse pas de Croire l'utilité de l'invocation. Ainsi , Monsieur , eussiezvous peine à admettre une connaissance distincte dans les Saints, ce ne sera pas là ce qui retardera votre retour à l'Eglise. 11 suffira que vous soyez dans la disposition de croire que l'antiquité , et les chrétiens de tous les siècles ne se sont pas amusés à des pratiques vaines et inutiles •

Que MM. les ministres citent après cela tant qu'il leur plaira le texte si rebattu dlsaie : Abraham ne nous connaît pas, et Israël noits ignore (5). Vous sentez, Monsieur, que nous n'avons pas grand sujet de nous en embarrasser , car d'abord n-est-cé pas mal raisonner , de

(f ) Quanquàm wta qua&lîo tires intelligent!» mex viitcat , qitémadmoitum opitulèotur martyre* m qqos per eot .certvm est adjirori , utnun ipsi per se îpsos adsiot, an ipsis geoeraliter orantibus pro indigentià supptfcafttium Deus exauâiens martyrnm preces per Àngelîca mirrîsterfa asque quàque diffusa prebeat bominiboi ista solatia* quibus in haJD8*itss mweriâ judicat esse prebenda, et suorura mérita martyram, ubi vuli, quand* Vult , qtfomodo «mit , mirabili atque ineffabili bonitate commertdeU Lib. de cura pro Mortuis, c. 16. T. 4. Ed. Froben. p. 8W.

(2) Lib. 1. de Sancj, Bealit, c, 2CL T. 1. Ed. Paris, p. 755.

(3) Nihil interest , siye audiant , sive non audiant. Çug. q. 228. in Ep. ad Rom. Ed. Hognnt. p. «293.

(4) De la connaissance des Saints. Gh. 2. Ç. 2, Tom. 5. imprimé à Paris , p. 47.

(5) Isa. 63. 16,

mettre en paralèlle l'état oit était Abraham avec celui où sont les Saints; Abraham était ponr lors dans . les limbes où il ne voyait pas Dieu : les Saints sont dans la gloire où ils voient clairement l'essence divine, De plus, le terme ignorer est ici employé dans le sens où le plaçait l'Epoux en parlant aux vierges folles, lorsqu'il leur disait: X ignore qui vous êtes , je ne vous connais pus (1). Ainsi la pensée du Prophète est de faire dire aux Israélites : Nous avons perdu les bonnes grâces d'Abraham et d'Isaaç , et nous avons mérité par i^otre mauvaise conduite qu'ils soient aussi peu «jensibles à nos maux que si nous n'étions pas leurs descendants. Mais ce passage , eût-il toute la force que nos adversaires prétendent lui donner pour proqver l'état de ténèbres et d'ignorance, où ils veulent que soient les Saints par rapport aux événements de ce monde , il leur restera toujours à prouver , que dans ce cas nous ne pouvons tirer aucun avantage de l'invocation des Saints ; et comment le prouveront-ils contre l'expérience de tous les siècles ?

J'ai cru devoir m'étendre. un peu sur cet article , parce que l'objection tirée du défaut de connaissance dans les Saints , semble être la plus spécieuse de toutes. Remarquez néanmoins, Monsieur , s'il vous plaît , que quand nous n'aurions rien de bon à y répondre , elle ne pourrait aller jusqu'à nous convaincre de rien faire de criminel en invoquant les Saints; toute ta

(1) Matth. *5. 12.

SU* L'ut VOCATION DBS SAINTS. 1 85

force de l'objection , si elle en a , ne peut porter que sur l'inutilité de l'invocation. Or, cette inutilité ftyt-elle démontrée , vous avouerez , Monsieur , qu'elle n'a pu être pour vous un sujet légitime de séparation. >

Achevons d'examiner les griefs de vos théo» logiens contre l'invocation des Saints ; il en reste encore deux , dont j'espère , Monsieur , que vous sentirez le faible , comme de ceux dont nous venons d'achever la discussion. Le premier consiste dans un raisonnement en apparence spécieux; le second est fondé sur un passage de TEpître au Colossiens. Voici comme raisonne Viclef* et j'ai oui faire le même raisonnement à une dame de Strasbourg , instruite apparemment par quelque ministre qui avait puisé dans cette source empoisonnée, ce Dieu est infiniment ce bon, dit-on, et il nous aime incomparablece ment plus que les Saints ne peuvent nous ce aimer; pourquoi donc avoir recours à eux, ce et ne pas s'adresser immédiatement à Dieu ce qui est toujours prêt à nous écouter? »

U est étonnant , Monsieur , que les partisans de ce raisonnement ne remarquent pas, que s'il était concluant, il prouverait également la nécessité de ne pas recourir aux prières des vivants ; car Dieu ne nous aime-t-il pas plus que nous ne sommes aimés des gens de bien qui sont en cette vie , et dont nous demandons les prières ? n'est-il pas toujours prêt à nous écouter par lui-même ? pourquoi donc chercher des intercesseurs ? On ne saurait néanmoins douter qu'il ne soit très utile de demander les prières

des vivants ; cette pratique a été celle des Apôtres et des fidèles de tous les siècles ; elle est austfi la vôtre : Dieu dit aux amis de Job : Allez trouver mon serviteur Job y et faites en sorte qu'il prie pour vous (1). Que dire donc à une difficulté à laquelle vous n'avez pas moins à répondre que nous ?

Dieu nous aimé plus qu'aucun Saint ne rayas aime; oui, mais les Saints. sont encore plus aimés de Dieu que nous ; il est toujours prêt à nous écouter ; mais il est encore plus disposé à écouter les Saints et les gens de bien. La prière demande dans celui qui prie certaines dispositions pour obtenir; souvent nous manquons de ces dispositions , ou du moins nous ne les avons pas dans le même degré de perfection que les Saints et les hommes vertueux. Voilà ce qui rend leurs prières plus efficaces que les nôtres ; il est aisé de concevoir , que notre prière accompagnée et soutenue de la leur doit avoir plus de vertu que si nous étions seuls à prier. Vous l'avouerez , Monsieur , il y a des raisonnements qui d'abord ont quelque apparence , et qui , examinés de plus près , se trouvent n'avoir aucune solidité ; vous comprenez sans doute que le raisonnement de Viclef est de ce nombre.

La difficulté qu'on forme sur un passage de l'Epi tre aux Colossiens esta peu près de la même espèce. Prenez garde, dit saint Paul, que quelqu'un ne vous séduise et ne vous fasse perdre le fruit de votre course par une humi-

{\) Job, 4*. 8.

lité affectée et par un culte superstitieux des Anges; s* ingérant de parler avec, faste de choses qu'il rîa point vues , étant enfle par les imagi/iaUons dun esprit hautain et charnel sans demeurer attaché au chef (!)• Or, demandent les ministres , qui sont ceux qui sont désignés par les paroles de l'Apôtre, sinon les catholiques romains qui honorent et invoquent les Anges ? car n'est-ce pas là s'humilier devant eux, leur rendre un culte superstitieux , s'ingérer dans, des choses qu'on n'a jamais vues, et se séparer du cfcef, qui est Jésus-Christ?

Remarquez d'abord, Monsieur, qu'on ne peut nous appliquer les paroles de saint Paul, sans les appliquer auparavant aux saints Docteurs de l'ancienne Eglise*. qui, comme noua, honoraient les Anges ; mais comment s'imaginer qu'elles puissent convenir à des Saints , humbles sans affectation, savants sans présomption , mortifiés sans hypocrisie , ennemis déclarés de tout schisme , et inyiolablement attachés à Jésus- Christ leur chef •

Il faut donc dire , comme il est vrai , que l'A* pôtre condamne, par ce texte, l'hérésie de Simonle-Magicien; ce malheureux soutenait, selon les erreurs de Platon , qu'il fallait sacrifier à certains Anges, dont la puissance avait fait le monde et sans lesquels on ne pouvait apaiser Dieu ; ce sont là proprement ceux dont l'Apôtre trace ici le caractère , et c'est ainsi que saint Jérôme (2) ,

(i) Coloss. 2. 18.

(5) Hieroo. quœst. 10. ad Àlgasiam , T, 4. Ed#M«riianai, T>»1- V J*g. «06.

1&8 DIXIEME LKTTRB.

saint Chrysostôme (1), Tertullién (2), saint Irénée (3), saint Epiphane (4) et plusieurs autres expliquent ce passage de l'Apôtre.

Voilà, Monsieur , les difficultés les plus remarquables que vos théologiens proposent contre l'invocation des Saints. Or, y voit-on rien qui ait pu autoriser les chefs de votre réforme à se récrier si fort contre la pratique universelle du christianisme continuée depuis tant de siècles , et à regarder comme une superstition, comme une idolâtrie, comme un obscurcissement des mérites de Jésus-Christ , ce qui jusque-là avait passé pour l'exercice d'une piété. sage, utile, édifiante et capable de procurer la plus grande gloire de Pieu ?.

Qui ne serait indigné de voir votre Kemnitius chanter victoire sur des raisons aussi frivoles , et s'enfler d'une vaine complaisance, jusqu'à oser reprocher aux saints Pères ce d'avoir intro- « duit dans l'Eglise , par les fleuves d'or , sortis ce de leur éloquente bouche, la paille , la ce crasse et les ordures de t invocation des cç Saints (5). » Vous voyez , Monsieur, le respect de vos ministres pour les saints Pères, quand il leur a plu de penser autrement que ces grandes lumières de l'Eglise : ce sont à la vérité

(1) Chrysoe. Hom. 7. in Ep. ad Col. Tom. 6. Edil. Fronto-Duc. pag. 20?.

(2) Tert. lib. dé Praacript. Ed. Froben. p. 113.

(3) Iren. lib. 1. c. 10. Ed. Col. p. 79.

(4) Epiph. in baer. Simoois , T. 1 . Ed. Petav. p. 56. 58.

(5) Atque ita quidem rapidis et quasi aureis panegyricarum déclama*' tionum fluminibus stipula; seu quisquilia) invocationis Sanctoram in Ecclesiam iovelri cœpdrunt. Exam. Conc. Trid. part. 3. Edit. Francof, pag. 311. lin. 2.

sua l'invocation des saints. 1 89

des fleuves d'or que leurs discours , on n'oserait en disconvenir; mais tont ce qui ne s'accorde pas avec les idées de vos ministres , n'est plus qae de la paille , de la crasse et des ordures entraînées par ces fleuves d'or.

Si vous me permettiez, Monsieur, d'imiter le langage de Kemnitius , je dirais avec beaucoup plus de justice , qu'il ne lui convenait pas de chercher à ternir et à salir avec les eaux sales et bourbeuses sorties d'une bouche téméraire et arrogante, l'or pur qui brille dans les écrits des- saints Pères. Mais non , Monsieur , vous pourriez voir quelque animosité dans cette sorte d'expression ; j'ai l'honneur de parler à un juge assez porté de lui-même à rendre justice à qui le mérite , et plus particulièrement à ces saints Docteurs que le christianisme a toujours si fort révérés et à qui nous avons de si grandes obligations . J'ose vous demander cette justice , Monsieur, et je ne doute pas que vous ne condamniez sévèrement l'orgueil et la présomption de celui qui en a parlé en termes si peu mesurés.

Ou ces grands hommes, disons-nous, ont aperçu les difficultés que MM. vos ministres proposent contre l'invocation des Saints , ou elles leur ont échappé. Si elles ont échappé à ces génies si vastes , si pénétrants , si attentifs à tout , il faut donc que ces difficultés soient bien légères ; et si elles ont été aperçues de ces grand génies, et que néanmoins elles n'aient fait aucune impression sur eux , donc il faut qu'ils les aient trouvées bien méprisables. C'est là , Monsieur , un raisonnement bien propre à

190 DIXIÈME LBTTfiE. »

rabattre la vaine confiance de peux qui pensent nous culbuter par deux ou trois passages de l'Ecriture mal entendus , et je ne doute pas que vous n'y voyez le peu de sujet qu'ont eu les chefs de votre réforme de condamner toute l'antiquité . Oui, ce ne peut être que par une témérité insoutenable , qu'ils ont osé préférer leurs lumières à celles de tant de grands hommes si habiles dans l'intelligence des Ecritures , et si parfaitement instruits des sentiments de l'ancienne Eglise. Les présomption* seront toujours pour ces grands maîtres et ces illustres Docteurs du christianisme, et nous ne pouvons courir risque de nous égarer en suivant l'exemple universel des plus beaux siècles de l'Eglise »

Je ne prétends pas néanmoins , Monsieur ^ m'arréter là , je passe plus avant;, et après avoir défendu l'invocation des Saints contre les vailles chicanes àe ceux qui respectent si peu l'antiquité et l'usage constant de tous les siècles , je remonte jusqu'à la source même de cet usage, pour montrer sur quel principe il est établi. C'est, Monsieur , tout ce qui me Teste à faire pour achever de justifier si parfaitement auprès de vous l'invocation des Saints, qu'il ne puisse plus vous rester à ce sujet aucun prétexte de vous tenir éloigné de nous*

SUa LtaVOCATIOIf DBS SAINTS. 1 9 1

TROISIEME PROPOSITION

LA VÉRITABLE SOURCE DE L'USAGE ©'INVOQUER UBfi SAINTS EST LA TRACTION APOSTOLIQUE, DOBT IL SE TROUVE UN FONDEMENT SUFFISANT QANS lït- CBITURE.

Vous n'ignorez pas, Monsieur, la célèbre maxime de saint Augustin; c'est, qu'un usage généralement observé par tonte l'Eglise r et dont on ne peut trouver l'origine dans aucun concile, vient indubitablement des Apôtres qui Tont enseigné de vive voix (1 ). 11 serait en effet difficile de concevoir, comment toutes les nations chrétiennes auraient pu s'accorder à recevoir une pratique de la main d'an particulier, qui n'aurait eu ni autorité, m caractère pour la mettre en vogue ♦ Or, Monsieur, je crois avoir démontré que l'usagé d'invoquer les Saints était universellement établi parmi les fidèles du quatrième et du cinquième siècle , et quand on ne ferait aucune attention aux preuves que j'en ai

(i) Multa non inveniuntur In lUterfe eoram ( Apo*tolornm ) neque in ConciliU posteriorum , et ta m en duia per nniversam custodiuDtnr Ecclesiam , non tiisi ab Apostolis tradita et commendata credantur. Lib. 2. de Bapt. contra Donat. c. 7. T. 7. Ed. Frobeh. p. 396.

Quod universale tenet Ecclefia , nec Concilia institut uni f sed seraper retentum est» non nisi aotoritate apostolica traditum rcctissimè creditur. Lib. 4. de Bapt. contra Donat. c. 24. T. 7. Ed. Froh. p. 453.

Multa eant quae univers* tenet Ecclesia, etob bocab ApostoJis prarcepta bene creduntur , quanquam scripta non reperianlur. Lib. 5. de Bapt. cont. Donat. c. Î3. T. 7. Ed. Prob. p. 449.

1 92 DIXIÈME LBTTBfc.

apportées , la pratique de toutes les sociétés chrétiennes orientales, séparées de nous depuis tant de temps, Grecs, Nestoriens, Jacobites, qui tous invoquent les Saints , comme nous les invoquons , ne permettrait pas d'en douter. Nous avons sur cet article des attestations authentiques envoyées de la part de ces nations en France , et qui se conservent précieusement dans la bibliothèque de l'abbaye Saint-Germaindes-Prés , où chacun peut les voir.

Méthodius , patriarche de Constantinople , dit pour les Grecs , dans sa déclaration donnée à M. le marquis de Nointel , ambassadeur de France , et signée du 10 Juillet 1671 : ce Nous déclarons , que les chrétiens priant la ce Vierge, Mère de Dieu et les Saints, ne dicc minuent point l'honneur de Jésus-Christ. » Jacques , patriarche des Arméniens d'Ermeazin , qui sont jacobites ou eutychiens y dit dans une attestation donnée au même M. de Nointel: ce Nous condamnons comme un dogme impie ce de dire que la Vierge, Mère de Dieu, et les ce Saints qui sont au ciel , ne peuvent être invoce qués sans faire injure à Jésus-Christ médiace teur. » Joseph, patriarche des Nestoriens, résidant dans la ville de Diarbecker, dit également dans sa déclaration donnée à M. Piquet , consul de la nation française : ce Noua regardons ce comme des malheureux ceux qui ne prient ce et n'invoquent pas la Vierge Marie et les « Saints. » De là , Monsieur , il est évident que l'invocation des Saints doit être bien antérieure au schisme de ces peuples; car avec l'éloigné-

sua l^Vocation des saints. 1 93

ment qu'ils ont pour l'Eglise romaine , il n'est point à présumer qu'ils eussent porté la complaisance pour nous jusqu'à vouloir nous imiter dans nos pratiques , si elles eussent été nouvelles. Ainsi comme les Nestoriens se sont séparés de nous vers le commencement , et les Jacobites ou Eutychiens vers le milieu du cinquième siècle, il en résulte clairement, que bien avant lé cinquième siècle la pratique de l'invocation des Saints était commune à tous les (chrétiens. Ce fait une fois établi, Monsieur , il ne reste plus qu'à savoir , si cet usage universel a été introduit dans l'Eglise par l'ordonnance de quelque concile. Je ne sache personne qui se soit avisé de le dire ; il faudrait d'ailleurs nommer le concile sur le compte duquel on prétendrait mettre cette nouveauté; donc si la règle de saint Augustin est bonne , ou plutôt si les lumières du bon sens sur lesquelles elle est fondée ,ne nous trompent pas , nous ne pouvons nous dispenser de remonter jusqu'au temps des Apôtres pouf y trouver la véritable source de l'invocation des Saints , et de les reconnaître comme les premiers instituteurs de cette ancienne pratique.

Et en effet , Monsieur , si l'usage d'invoquer les Saints , universellement établi au quatrième et au cinquième siècle , eût été absolument ignoré des fidèles du premier et du second , n'est-il pas clair qu'il serait arrivé un changement considérable en fait de religion, sans que les personnes les plus éclairées s'en fussent aperçu ? Or , comment la possibilité d'un tel

changement? car enfin, qu'on nous explique comment il a pn se faire , que les fidèles des deux premiers siècles aient tous regardé comme un crime d'honorer les Saints, et qu'on ait commencé au troisième et au quatrième siècle à violer ce précepte sans remords, sans scrupule , et sans que personne y fit seulement la moindre attention.

Qu'on nous dise comment, tandis que les maîtres représentaient l'invocation et le culte de toute créature comme défendu par la loi de Dieu , les disciples ont pu comprendre qu'il était saint et louable d'honorer et d'invoquer les martyrs?

Qu'on nous fasse voir comment les fidèles ont pu croire, au quatrième siècle, que l'invocation des Saints avait toujours été pratiquée ; s'il est vrai qu'elle ait commencé ou de leur temps même , ou du temps des personnes avec qui Ûs vivaient. Car saint Basile , par exemple , né en Tan 3 26 , a vécu avec une infinité de personnes dont la vie comprenait, avec le commencement du quatrième siècle, une bonne partie du troisième , et qui avaient été instruits par les fidèles du second ; comment ce Saint n'a-t-il donc point appris de quelqu'un d'eux la nouveauté de cette coutume de prier les Saints ? et comment a-t-il pu s'imaginer qu'on les avait toujours priés dans les siècles précédents , jusqu'à assurer en termes formels que cette coutume venait de la tradition des Apôtres?

Qu'on nous explique encore , comment les chrétiens du quatrième siècle , lisant tous les

jours l'Ecriture et les Pères an second et du troisième , n'ont rien vu dans l'Ecriture de contraire au culte et à l'invocation des Saints, ni rien découvert dans les Pères de ces premiers temps , qui ait pu leur faire connaître la différence du sentiment nouveau et des anciens sentiments .Etrange lumière dont la clarté n'a été aperçue par aucun des hommes les plus habiles de l'univers.

Il s'agit ici de la croyance des trois premiers siècles et spécialement des deux premiers. Les ministres disent qu'on n'y a point invoqué les Saints : les Pères du quatrième croient qu'on les a invoqués ; ils nous marquent , dans les liturgies les plus anciennes, l'usage de nommer les saints martyrs pour leur demander le secours de letn> prières (t). Ils rapportent des prières adressées aux martyrs , où lés fidèles leur rappellent le souvenir des prières qu'ils avaient faites euxmêmes de leur vivant à d'autres Saints martyrs (2). À qui pensez-vous , Monsieur , qjfil faille s'en rapporter ? Les ministres nous paient de vaines conjectures : les Pères avaient la tradition vivante , et ils conversaient tous les jours avec un million de personnes, qui connaissaient par leur propre expérience la pratique des premiers temps. Ne faut-il donc pas plutôt s'en rapporter à eux , qu*aux gens du seizième et du dix-septième siècle ?

(t) Cyrill. Hieros. Catb. 5. Myst. apud Hier. Drouart. p. 241. Item Aug. Tract. 86. iii Joannem T. 9. Ed. Frobeb. p, 451.

(2) Àsterius Hom, in S. Martyres : Tu quoqûe qoondam martyres obsecrasli priùsquara ipse martyr existerez. Ex aucterio R, P. Corabefu. Typb A ut. Bertier » p. 187.

196 DIXIÈMB LETTRE.

Réfléchissez de plus, s'il vous plaît, Monsieur, sur le reproche que les gentils faisaient aux premiers chrétiens de substituer des dieux et des héros d'une nouvelle espèce aux dieux et aux héros de l'antiquité ; reproche attesté par Eusèbe au huitième livre de son Histoire ecclésiastique (1) , par saint Augustin, au vingtième livre contre Fauste le Manichéen (2) , et par saint Cyrille d'Alexandrie , dans le sixième livre contre Julien l'Apostat (3).

Les païens voyaient effectivement rendre de grands honneurs aux martyrs, et faute d'en pénétrer l'esprit , ils se persuadaient faussement que les chrétiens en faisaient des espèces de divinités ; d'où ils prenaient occasion d'accuser de bizarrerie la religion chrétienne , où Ton semblait pratiquer sous d'autres noms les mêmes cérémonies qu'elle condamnait si hautement dans le paganisme. Or, je vous laisse à penser, Monsieur , si de tels reproches ne font pas connaître clairement la persuasion où étaient les gentils , que c'était un point ancien et fondamental dans la religion chrétienne, d'honorer et d'invoquer les Saints. Vous avez vu quelle a été la pensée et la précaution des Juifs au sujet de saint Polycarpe.

Ne cherchons donc pas d'autre source de l'invocation des Saints que la bouche même des Apôtres ; les reproches des païens et des juifs ,

(1) Enseb. lib. 8. c. 6. Ed.'Vales. p. 298.

(2) Aug. lib. 20. contra Faustum » c. 21. T. 6. Ed; Frob. p. 574. (5) Cyrill. Alex. lib. 6. in Jul. ultra médians. Tom. 6. Typis regiis.

pag. 202.

SUR L'ilfVOCATlON DBS SAINTS, 1 97

les liturgies , les prières employées par les fidèles, le témoignage exprès des Pères, l'usage universel de toutes les nations , même des nations séparées de nous depuis tant de siècles , l'impossibilité d'un changement opéré sans que les personnes les plus éclairées s'en fussent apep» çues : tout concourt à prouver que les chrétiens les plus voisins du temps des Apôtres ont été dans le même usage où nous sommes aujour- ' d'hui; penserons-nous qu'ils s'y sont portés d'eux-mêmes sans avoir appris des Apôtres que c'est une coutume bonne , utile et agréable à Dieu de se recommander aux prières des saintes âmes déjà reçues dans le ciel? Mais si ce sont les Apôtres même qui ont instruit les premiers fidèles de cette pratique , trouverezvous étrange, Monsieur, qu'elle nous paraisse9 aussi respectable que si elle était marquée dans les termes les plus clairs de l'Ecriture ? car enfin les Apôtres n'avaient-ils pas toujours le Saint- Esprit pour maître et pour guide , de quelque manière qu'ils annonçassent leur doctrine? et n'étaient-Us pas également à couvert du danger de donner dans l'erreur, soit qu'ils enseignassent par écrit, soit qu'ils le fissent de vive voix? On observe chez vous un grand nombre d'ar^ ticles dont l'Ecriture ne dit absolument rien , et que vous avez seulement apprises par la tradition constante de l'Eglise ; ainsi , vous baptisez les enfants qui sont sans connaissance et sans raison, cependant vous n'en trouverez aucun exemple dans l'Ecriture ; en baptisant, vous prononcez ces paroles : Je te baptise au nom du

Père , et du Fils , et du Saint-Esprit , et vous croyez ces paroles nécessaires , néanmoins il ne se trouve nulle part qu'il faille les prononcer , il est seulement dit : Allez et baptisez au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit ; ce qui pourrait se faire par une direction d'intention, sans prononcer aucune parole; vous observez le dimanche au lieu du sabhat ; en quel lieu de l'Ecriture trouvez-vous marqué qu'il faille fêter un autre jour, que celui dont la célébration est si expressément ordonnée dans le Deutéronome ? vous vous faites une loi de célébrer la fête de Pâques le premier dimanche après la pleine lune de mars , afin de ne pas concourir avec les Juifs qui 1* célèbrent le jour même de la pleine lune; sauriez-vous quelque endroit du mouveau Testament qui vous dispensât de l'usage de l'ancien?

Ce sont là , Monsieur , autant de pratiques que vous n'avez garde d'abandonner, quoique l'Ecriture n'en parle pas. Ce sont, dites-vous, des pratiques de tous les temps et de tous les lieux , et dès là même elles vous paraissent mériter d'être respectées comme venant des Apôtres. Ne trouvez pas mauvais, Monsieur, que nous ayons les mêmes égards pour l'invocation des Saints , puisque la voyant pratiquer de toutes les nations et dans tous les siècles , nous sortîmes également fondés à la rapporter à la même origine.

Ne pensez, pas néanmoins , Monsieur , qu'il ne se trouve rien dans l'Ecriture qui puisse autoriser notre usage. Jacob en donnant sa béné-

diction à ses enfants, invoqua formellement l'ange qui dans les divers événements de sa vie lui avait servi de guide et de protecteur : Que fange , dit-il , qui ma préservé de tant de dangers, bénisse ces enfants , et que mon nom et le nom de mes pères Abraham et Isaac soient m» voqués sur eux (1). Vous voyez, Monsieur, que Jacob prie fange de bénir et de protéger ses enfants , et de leur faire sentir les effets des charitables soins qu'il avait éprouvés luimême. Or, 6e Patriarche se fût-il exprimé de la sorte, s'il n'eût été persuadé que l'ange avait connaissance de son désir et de sa prière, et s'il n'eût espéré qu'il en reviendrait quelque avantage à ses enfants ? Jacob déaire encore que le nom d'Abraham et d'isaac soit invoqué sur eux , sans doute parce qu'il était également persuadé que cette invocation leur serait utile.

J'ai déjà remarqué que le mauvais riche s'adressa à Abraham pour lui demander du secours et du soulagement dans ses maux, et qu'Abraham , malgré son éloignement, ne laissa pas d'entendre et de comprendre parfaitement la prière de cet infortuné. Il me reste présentement à observer que le Sauveur, bien loin de blâmer cette prière comme s'il elle eût été mauvaise , absurde et injurieuse à Dieu, la rapporte au contraire, comme la dernière ressource du mauvais riche , et le meilleur expédient qu'il crut avoir dans l'extrémité de sa misère pour se procurer quelque soulagement.

(1) Gcn. 48. 16.

Je sais que le suppliant ne ressentit aucun effet de sa prière, et qu'Abraham loi déclara n'être point à portée de le secourir , vu l'espace immense et le profond abime qui les séparait ; mais , Monsieur , fut-ce la nature de la prière qui se trouva défectueuse ? ou plutôt ne fut-ce pas la mauvaise situation de ce malheureux dont le sort était fixé , qui rendit sa prière inutile ? Si Abraham déclare qu'il ne peut lui donner aucun secours, c'est parce que le mauvais riche n'était pas en état d'en recevoir ; pour nous, il est clair que nous nous trouvons dans une situation toute différente ; nous sommes capables de profiter du crédit des Saints ,. et puisque le Sauveur nous représente la prière adressée à Abraham comme une prière énergique en elle-même, et propre à faire son effet dans toute autre circonstance et sur tout autre sujet, n'aurions-nous pas tort de négliger la pratique de l'invocation des Saints, après l'idée que le Sauveur nous en a laissée comme d'un excellent moyen pour obtenir de grandes faveurs dé Dieu ?

Mais qu'y a-t-il de mieux marqué dans PEcriture que l'utilité de la confiance aux prières des vivants ? Or, les Saints qui sont devant Dieu , ne sont-ils pas véritablement vivants ? ne jouissent-ils pas d'une vie incomparablement plus parfaite que la nôtre , d'une vie glorieuse et immortelle ? N'est-il pas dit dans le livre de la sagesse que les Justes vivent éternellement (1);

(1} Sap. 5. 16.

sua L'mvocÀTiOH oKs saints. 201 {

dans saint Luc que le Dieu d Abraham ^ d?Isaac et de Jacob ri est pas le Dieu des morts , mais le Dieu des vivants (1 ) ; dans l'Apocalypse qu'il fijr aura plus de morts (2) dans lé séjour des bienheureux ?

On nous dira sans douté que l'Ecriture autorise la confiance aux prières des vivants, lorsqu'ils sont à portée de nous entendre , mais non lorsqu'ils sont trop éloignés de nous pour avoir aucune connaissance de nos demandes.

Je réponds , Monsieur , que si nous croyons être entendus des Saints , nous avons de bonnes raisons pour le croire. Vous avez déjà vu sur ce sujet une bonne partie de nos preuves ; saint Augustin en ajoute d'autres et dit : « Que « si le prophète Elisée, quoiqu'absent de corps, ce ne laissa pas de voir son serviteur Giezi rec< cevoir des présents de Naaman (3) , à plus ce forte raison les bienheureux verront-ils ce c< qu'ils ont intérêt de savoir , quelque éloignés « qu'ils soient des événements d'ici-bas (4). » Il cite à ce sujet le passage de saint Paul : Nous connaissons en partie et en partie nous devinons ; mais lorsque ce qui est parfait sera arrivé, qe qui n'est qu'en partie sera aboli (5). Je sais et votre Drejerus n'a pas manqué de le remarquer que le saint Docteur parle ici de l'état des bienheureux après la résurrection (6) ; mais que l'on examine les raisons sur lesquelles ce Père se fonde pour prouver l'étendue de la

(I) Lac. 20. 38. — (2) Apoc. 21.4. — (3) h. Ueg. 5. 26. —

(4) Lib. 22. do CWit. Dei. c. 29. Tom. 5. Edit. Frobca, pag. 1389. —

(5) 1. Cor. 13.9. -*r (6) De învoc. Sanct. p. 89*.

connaissance des Saints, et Ton verra qu'elles prouvent également pour l'état de béatitude dont ils jouissent à présent. Saint Grégoire demande : ce Que peut-on ignorer en voyant cece lui qui voit et qui sait tout (1 ) ? » le vénérable Bède ajoute : ce Celui qui voit la clarté de c< &on Créateur , ne peut manquer de lumières ce pour voir ce qui se passe dans les créatu- <* res (2). » C'est donc à tort qu1on nous reproche ici de nous écarter des règles de l'Ecriture, puisqu'en demandant les prières de ceux dont nous croyons être entendus , nous ne faisons que mettre en pratique les leçons salutaires qu'elle nous donne.

Si cependant, Monsieur, ce raisonnement, dont les principes sont si clairement marqués dans l'Ecriture, ne vous convainc pas assez, j'espère que vous en sentirez mieux la force et la justesse , quand vous le verrez appuyé et soutenu par les effets merveilleux d'une puissance toute divine.

(1) Qaid est » quod ibi nesriant, ubi acientem omoia sciant. ? Lih* 4. Dût], c. 33. T. 9. Ed; Paris. Ad. 1675. p. 276.

(9) Qui Creatoris sui clarilatem vident , nîhil in creaturisagilur, qnod videre non possint, In cap. 16, Luc», Tom. Z. Edit. Col. An. 1688. pag. 381.

SUR l'invocation des saints. 203

QUATRIÈME PROPOSITION

nom s'est expliqué hautement en faveue de l'invocation DES SAINTS PAE LA VOIE DES MIRACLES»

Oui , Monsieur , je contiens qne Dien s'est expliqué pins hautement en faveur de l'invocation des Saints , qu'il n'a fait en faveur d'aucun autre article. Point de voix plus éclatante que celle des miracles ; les faits frappèrent toujours plus vivement que les paroles ; et si Dieu a autorisé notre pratique par les marques les plus authentiques de son approbation, qui osera Kmprouver ? Or , Monsieur , que ne puis-je pas dire sur ce sujet ? ce ne sera pas dans des légendes de nulle autorité que j'irai chercher les prodiges et les merveilles qui font une si belle partie de notre apologie sur le sujet en question ; je n'en rapporterai que sur la foi de l'Histoire ecclésiastique , ou sur le témoignage des Pères les plus accrédités de l'Eglise qui en ont été les témoins oculaires , ou qui du moins ont pris les plus justes mesures pour s'en assurer.

Combien de guérisons miraculeuses rapportées par saint Augustin dans un seul chapitre , qui est le huitième du vingt-deuxième livre de la Cité de Dieu ? Je ne ferai mention que de celles attribuées à l'intercession du glorieux TOartyr saint Etienne ; il nous les donne comiuq

autant d'effets de la vénération qu'on avait pour ses reliques , et du soin qu'on prenait de se recommander à ses prières. On y voit une femme aveugle recouvrer subitement la vue , pour avoir porté sur ses yeux des fleurs qui avaient touché aux reliques du Saint ; un païen , singulièrement éloigné d'abord de la religion chrétienne , mais changé tout à coup au lit de la mort par une grâce spéciale, accordée à la piété et à la foi de son gendre chrétien, qui étant allé faire ses prières au tombeau du saint'martyr, en rapporta des fleurs , qu'il mit pendant la nuit sous le chevet du malade ; LuciÛe, évêque deSynic, guéri d'un mal douloureux pour avoir jforté les reliques du Saint en procession ; Eu chaire, prêtre espagnol qui demeurait à Calame, guéri de la pierre par sa confiance aux reliques et aux prières du même Saint (1) ; six morts différents , ressuscites ; un enfant sur lequel avaient passé les roues d'un chariot; deux autres enfants enlevés à la vie par une mort naturelle, et portés proche de la châsse du Saint; plus loin , une religieuse , et la fille d'un nommé Bassus , couverte , au moment où elle venait d'expirer , de robes qui avaient touché à la même châsse ; d'un autre côté , le jeune fils d'un collecteur de tailles, nommé Irenée, frotté avec de l'huile bénite , tous six recommandés à la protection du saint martyr , et tous six rappelés à la vie et à la santé (2).

Peut-être , Monsieur , aurez-vous de la peine

(1) Lib. 52. deCiv. Dei. c. 8. T. 5. Ed. Frobcn. p. 1546. (?) Toro. 5. Ed. Froben. p. 1547.

sua L*W VOCATION DES 8AINTS . 2 0 Si

à croire, des faits si extraordinaires ; mais prendriez-vous saint Augustin pour un homme simple et sottement crédule? croirez- vous , qu'un si grand évêque aura eu assez peu de soin de sa réputation pour oser risquer des récits , dont la fausseté eût été manifeste? Il circonstancié les faits qu'il rapporte ; il nomme les lieux oii ils sont arrivés , les personnes qui y ont eu part, les témoins qui y ont été présents ; ne se fût-il pas déshonoré à pure perte , si en débitant des fables , et en les revêtant de telles circonstances , il eût fourni des moyens sûrs et infaillibles pour se faire convaincre de faux ?

Du moins , Monsieur , n'hésiterez- vous pas à croire un fait public arrivé en présence d'une nombreuse assemblée , et dont saint Augustin fut lui-même témoin. C'est la guérison miraculeuse d'un jeune homme nommé Paul , et de sa sœur nommée Palladie , qui depuis longtemps tremblaient de tous leurs membres par l'effet d'une malédiction prononcée par leur mère. Etant allés faire leurs prières dans l'église d'Hyppone , proche les reliques de saint Etienne , à l'heure qu'un peuple nombreux s'était assemblé pour le service divin , ils tombèrent l'un et l'autre dans une espèce de sommeil dont ils se relevèrent parfaitement guéris ; le bruit du miracle se répandit à l'instant même et toute l'église retentit de cris de joie; on n'entendait partout que ces mots : Dieu soit béni , Dieu soit loué. Saint Augustin mit toutes les circonstances de ce miracle par écrit, et afin que les fidèles absents n'ep fussent pas moins instruits que ceux

qui avaient été présents , il en fit faire le lendemain publiquement la lecture) qu'il accompagna de réflexions édifiantes et de justes actions de grâces envers là bonté divine (1).

Ce n'est là néanmoins , Monsieur , qu'une très petite partie des événements merveilleux qui , d'après le témoignage de saint Augustin , arrivèrent pour le soulagement de ceux qui avaient confiance aux reliques et aux prières de saint Etienne; car il assure , que s'il voulait rapporter toutes les guérisoîis faites à Calame et à Hyppone par l'intercession de ce saint , il en faudrait faire plusieurs volumes (2). «Il n'y a pas « encore deux ans , ajodte-t-il , que cette relique <r< est à Hyppone , et quoiqu'on n'ait pas dressé <c des relations de tous les miracles opérés de- « puis cette époque, il ne laisse pas de s'en troà» ce ver déjà près de soixante-dix , lorsque j'écris ce ceci ; mais à Calame , où les reliques de ce saint ce martyr s ont depuis pi us longtemps, et où l'on a « plus de soin de faire ces relations, le nombre t« en monte incomparablement plus haut (3). »

Je ne parlerai point ici ni du célèbre aveugle de Milan , qui recouvra la vue à la translation des reliques de saint Gervais et de saint Protais ,

(1) Tom. 5. Ed. Frobeo. p. 1349 et 1350.

(2) Si enira miracula sanitatum , ut alia taceam, modo velim referre qua per hune martyrem , id est gloriosissimum Stephanum facta sunt in Goloniâ Calaraensi et nostrâ , plurjmi conficiendi suât libri. Lib. 29 de Civ. Dei , c. 8. T. 5. Ed. Froben. p. 1347.

(3) Nondùm est biennium, ex quo apud Hipponem cœpit esse ista memoria, et rauhis quod nobis certissimum est non datis libellis , de iis 9 qu» mirabiliter facta sunt, illi ipsi qui dati sunt ad septuaginta fermé numerum pervenerant , quaodo ista conscripsi. Calamae verô, ubi et ipsa raemorâ priùs esse cœpit, et crebriu» dantur > infljmparabili multitudine superant. Ibidem.

sua l ottocàtion des saints. 807

en frottant ses yeux d'un linge appliqué d'abord à leur châsse; miracle dont tont Milan fut témoin , et que saint Augustin rapporte an septième chapitre du neuvième livre de ses Confessions (1 ) ; ni de l'apparition de saint Félix qui se fit voir aux habitants de Noie sur les remparts , au moment où la ville était assiégée par les Barbares, comme le même saint Augustin nous en assure au seizième chapitre de son livre , De Curd pro mortuis , sur le rapport de personnes sûres qui attestaient l'avoir vu (2); ni du parti qu'il prit lui-même , comme il le marque dans la cent trente-septième de se^ lettres, d'envoyer deux de ses clercs au tombeau du même saint Félix, célèbre par une infinité de prodiges , dans la vue de découvrir par l'entremise du Saint , lequel des deux était coupable , l'un et l'autre se chargeant mutuellement d'un crime que chacun d'eux niait avec une égale fermeté (3). Je passe à d'autres merveilles rapportées par les historiens ecclésiastiques , et qui ne sont ni moins éclatantes , ni moins à couvert de la contradiction des incrédules, ni moins propres à marquer combien Dieu s'est toujours plu à confirmer les fidèles dans l'idée qu'ils avaient du pouvoir et du crédit des Saints. Ruffin rapporte que l'empereur Théodose, se voyant à la veille d'avoir une sanglante guerre sur les bras contre le tyran Eugène , commença ce par visiter les églises de Gonstantinople ,

(1) Tom. 1. Edit. Froben. pag. 153.

(*) Tom. 4. Edit. Froben. pag. 891.

(3) Tom. S. Edit. Froben. pag. 667.

ce accompagné des prêtres et du peuple , et que ce revêtu d'un cilice , il se prosternait devant les ce tombeaux des saints apôtres et des saints ce, martyrs , demandant , par leur intercession , ce le secours dont il avait besoin pour réprimer ce les entreprises de son: ennemi (1). » Quel fut , Monsieur , je vous prie , l'effet de ses prières et de son empressement à rechercher la protection des Saints ? Théodoret nous en instruit parfaitement, ce L'empereur , dit cet historien , ce se trouvant proche de l'armée ennemie et à ce la veille du combat, passa la nuit dans une ce chapelle située sur une haute montagne , où ce il vit en songe venir à lui deux hommes bien ce armés et bien montés , qui se disaient ence voyés de Dieu pour combattre avec lui ; l'un ce se nommait l'àpôtre saint Jean , l'autre l'apôce tre saint Philippe. Un soldat qui avait eu la ce même vision pendant la nuit , se hâta, dès ce qu'il fit jour, d'en faire part à l'empereur ; ce celui-ci crut que c'était un augure favorable ce pour lui et s'avança avec confiance vers l'ence nemi. Eugène lui voyant une armée bien ce inférieure à la sienne , se crut sûr de la ce victoire. C'est le désespoir, dit-il, qui pousse ce Théodose à venir chercher la mort parmi ce nous ; mais je défends , ajouta-t-il , de le tuer , ce je veux qu'on le conserve en vie et qu'on me ce l'amène prisonnier, » À peine le combat eut-il

(1) Circuibat Theodosius cura sacerdotibus et populo orania orationum loca f ante martyrum et apostolorum thecas jacebai cilicio prostratus , et auxilia sibi fida ^auctorum intercessione poscebat* Roifin lib. 2. C. 33* apud Auth. Eccles- Ed. Froben. p. 262.

sua l'invocation m* saints. 209

* commencé-, qu'il se leva on vent violent ; il ce jetait tant de poussière aux yeux des enne* « mis, qu'ils étaient obligés de les fermer, et ce par un autre prodige , lçs traits retournaient ce contre ceux qui les lançaient. Alors le parti a d'Eugène ne tarda pas à s'apercevoir que le a ciel combattait contre lui ; on perdit courage, a tout se débanda, la défaite fut générale, c* Cependant plusieurs officiers couraient vers ce Eugène , qui était resté sur une colline pour ce y attendre l'issue du combat; il s'imagina ce qu'on s'empressait de venir à lui pour lui ce apprendre quelque bonne nouvelle , et de ce loin il leur demandait à grands cris si on lui ce amenait Théodose ; quelle surprise quand il ce se vit mettre les fers aux mains par ceux qui ci venaient à lui avec tant d'empressement , et ce qui n'étaient accourus que pour l'arrêter et ce le livrer au vainqueur (1). »

Telle fut la bénédiction que Dieu donna aux armes de Théodose ; il voulut lui faire sentir toute la part qu'avaient eue les Saints à la lui procurer , comme il parait assez par la vision qu'il eut et qui fut le gage assuré de sa victoire.

Sozomène nous apprend qu'il y avait proche de Constantinople une église qu'on appelait Péglise de Saint-Michel , parce que la persuasion commune était que saint Michel y avait paru sous une forme visible ; il dit que plusieurs qui se trouvaient ou exposés à des dangers pressants ,

(!) Tbeodoret. lib. 5. cap. 34. apud Aulh. Eccles. Edit. Frobcn. pag. 511.

2*0 DIX1ÉMB LETTRE.

ou engagés dans des embarras fâcheux, ou affligés de longues maladies , venaient faire leurs prières dans cette église , et y trouvaient un prompt remède à leurs maux; il ajoute. même qu'il y avait reçu lui-même des faveurs insignes (1). Or , qui peut douter que Dieu n'ait rendu ce lieu célèbre pour y faire honorer la mémoire de saint Michel, et que ce prince de la milice céleste n'appuyât de sou crédit auprès de Dieu les- prières de ceux qui venaient marquer leur confiance en son intercession ?

Quoi de plus merveilleux que ce que rapporte Evagre du tombeau de sainte Euphémie ? U dit que cette Sainte apparaissait souvent en songe àrévéque de Constantinople , ou à quelque autre homme d'une piété distinguée , pour avertir qu'il était temps de venir recueillir le sang qui avait coulé de ses plaies; que pour lors l'empereur , le clergé , le magistrat > et une très grande foule de peuple se rendaient dans l'église; qu'en présence de cette multitude on passait par un trou fait à un des côtés du tombeau , une éponge attachée à une verge de fer, et que moyennant cette éponge enfoncée bien avant dans le tombeau, on en retirait une si grande quantité de sang caillé , qu'il y en avait assez , non-seulement pour en faire port à tous les fidèles présents, mais aussi pour en envoyer dans les provinces & quiconque en demanderait; ce qu'il y avait de fort remarquable, c'est que ce sang ne se corrompait jamais, quelque temps

(I) Lib. 2< c. 5. apud Aatli. Eccl. EJ, Frobcn. p. 565.

sua l'invocation des saints. 21 i

qu'on le gardât , et qu'il conservait toujours sa couleur également vive et vermeille. Le même auteur ajoute , que le tombeau répandait une odeur si exquise , qu'aucune autre odeur , soit de fleurs , soit de parfums , soit d'essences préparées , ne pouvait en approcher (1).

Penseriez-vous , Monsieur , que toutes ces merveilles n'avaient pour objet que d'animer les chrétiens à venir pratiquer des superstitions auprès du tombeau de la Sainte? car il est certain que les fidèles y accouraient de* toutes parts , et qu'outre les prières adressées à Dieu , ils en adressaient encore à cette vierge bienheureuse, car l'auteur marque expressément, ce qu'il y avait une tribune élevée d'où. Ton « priait commodément la sainte martyre (2). » Si c'était là des prières superstitieuses, donc Dieu autorisait la superstition par de grands' miracles ; miracles ou toujours subsistants , ou renouvelés souvent et à la vue de tout le monde. Aussi Eyagre, qui écrivait au temps que chacun pouvait s'assurer par sot-même de la vérité, assure-t-il , « qu'ils étaient si publics , qu'aucun <* chrétien ne pouvait les ignorer (3). »

Que ne dirais-je pas encore, si je voulais rapporter tout ce qui est marqué de la puissante intercession des Saints par saint Gregoire-le-

(Ji) Kvag. lib. 2. c. 5.

($) Super hfc est canaculum sublime, ex que licel îis qui volaerint » martyri aupplicare et «cris iuleresse Mysleriis. rj « à» x«vtsu$«v ctj* roi« fiojioviAtïOti txflcctiuiw t« rhv fi&prvipai. Evag. Iib. cip. 3. Edit Vak pag. 287.

(3) Ac miracula quidem , quae subindé patrantur à aauclissima martyre» nota suot omnibus chrialiants. Ibidem»

Grand dans les trois livres de ses Dialogues , et par Grégoire de Tours dans son Traité de la gloire des Martyrs , et dans celui de la gloire des Confesseurs ? à peine y a-t-il un chapitre où il ne soit fait mention de quelque grâce extraordinaire obtenue par les prières de quelque Saint, Mais, Monsieur, pour ne pas ici vous fatiguer par une trop longue suite de narrations, je me contenterai d'ajouter l'extrait d'une lettre écrite par Nicétias , évéque de Trêves , à la reine Clotoswinde , femme d'Alboin , roi des Lombards ; cette lettre se trouve au cinquième tome des Conciles du père Labbe (1). La reine était catholique et le roi arien. Le saint évéque ayant en vue la conversion de toute la nation des Lombards , crut que l'exemple du roi serait très efficace pour la procurer ; c'est pourquoi il écrivit à la reine , et l'exhorta à employer tout ce qu'elle avait d'industrie pour gagner l'esprit du roi à la vérité: parmi les motifs qu'il lui suggère comme les plus propres à faire impression sur lui , il insiste particulièrement sur les miracles qui se faisaient aux tombeaux des Saints dans les églises catholiques, ce Que le roi , ce dit-il , envoie de ses prêtres à l'église de Saintce Martin le jour de la fête de ce Saint , qui est c< le onze novembre , et s'ils sont assez hardis , ce qu'ils osent essayer quelques actes de leur ce pouvoir. Là, nous voyons les aveugles, les c< sourds et les muets , recouvrer la vue , l'ouïe c< et l'usage de la parole. Que dirai-je des lépreux

SUR L'iNVOCATIOB DBS SAINTS. 21 3

« et de tant d'autres malades, qui, malgré l'excès ce de leurs infirmités , y trouvent une prompte ce et parfaite guérison ? Peut-être nous dira-t-on ce que ces aveugles guéris sont des imposteurs « qui feignaient d'être aveugles; mais que dire ce de ceux que nous savons avoir été aveugles ce de naissance , et que nous voyons, par la c< miséricorde de Dieu , retourner chez eux avec ce une vue parfaitement saine? Que dirai-je ce encore des tombeaux de saint Germain, de ce saint Hilaire, de saint Loup, où Ton voit ce arriver tant de merveilles qu'il me serait ce impossible de les rapporter toutes ? On y ce voit des énergumènes élevés tn Pair , et les ce démons qui les tourmentent reconnaître qu'ils ce ont enfin trouvés leurs maîtres. Vit-on jamais ce rien de semblable dans les églises des Ariens? ce Que dirons-nous de la puissance de saint ce Rémi et de saint Médard , dont votre Majesté ce elle-même a , je <:rois , été témoin ? Qui pource rait rapporter combien Dieu y opère de proce diges par leur ministère (1)? »

(1) Hic ad divum Marlinum per festWitatem quam undeclmA die iacft oovember, ipsos mittat : et ibi si audent, aliquid prasumant, ubi csxos hodiè iUuminari conspicimus , ubi surdos audkum » et mutos sanhatem redpere. Nam quid dicam de leproris , aut de aliis quàm plurimis , qui quantacunque debilitate percussi ibidem per singulos aooos alii et alii sanantur ? fortasse dicunt , confingunt vel caecos ; qui caeci à nativilate ▼identur, quid dicam cum indè illuminatos conspicimus et ad propria 9 Deo miserante , saoos reverti ndemus ? Nam quid dicam adhuc de divoGermano, Hilario, vel Lupo episcopis? ubi tauta hodie miracula apparent , quantum nec verbis dicere yaleo? ubi dsmooia habentes in aère auspensi torquentur , et Dominos quos dixi confitentur? numquid in ecclesiU eorum sic faciunt? Quid de divo Remigio et divo Meiardo episcopis y quos tu credo vidîsti ? non possumus tanta exponere quanta mirabilia per illos Deum tidemus facere. Ex Ep. Nicetii, T. 6* CtnCi I*abbf p. 835.

Or , je vous laisse à penser 9 Monsieur , si un évéque aussi distingué* que celui-là , et par la dignité de son siège et par son mérite personnel , écrivant à une grande reine , eût osé citer des miracles comme publics et avérés , s'ils ne l'eussent été en effet. Se fût-il avi&é de les lui suggérer comme une excellente preuve de la vérité de la religion catholique , s'il avait cru qu'ils fussent sujets à pouvoir être contestés? eût-il oser défier les prêtres ariens de faire voir chez eux des merveill^s^emblables h celles qu'on voyait dans les église? catholiques , s'il n'était rien arrivé d'extraordinaire dont les catholiques pussent tirer aupntage ? U fallait bien de la confiance dans cet évéque pour oser parler ainsi dans une lettre qu'il comptait devoir être montrée au roi , et qui , comme il pouvait bien se l'imaginer , ne resterait pas sans être communiquée aux évêques et aux prêtres ariens. Dans le cas où il n'eût pas été bien sûr des faits qu'il avançait , que pouvait-il s^en promettre , sinon beaucoup de ridicule pour sa personne , et beaucoup de mauvaises plaisanteries sur la religion dont il prétendait accréditer la croyance?

JTai tout lieu d'espérer , Monsieur , que des témoignages si énergiques feront une vive impression sur un esprit judicieux comme le vôtre, Mais si de telles autorités ne vous persuadent pas encore assez de la vérité des merveilles arrivées dans les siècles passés, ce qui se voit encore de nos jours aux tombeaux des Saints , et dont il ne tient qu'à vous de vous assurer

SUR i/lNVOCATION DBS SAINTS. Sh S

par vous-même et de vos yeux , vous faciliter* , sans doute, et "vous garantira, en quelque sorte h la créance des faits rapportés ici. Combien de corps 'saints qui se conservent sans corruption depuis plusieurs siècles dans presque tous les pays catholiques du inonde? En France, le corps de saint Claude , de saint Anthelme , de saint Edmond , de saint Rémi ; en Italie , ceux de sainte Catherine de Bologne i de sainte Claire de Monte-Falcoâe , de sainte Agnès de Monte- Pulciano , de sainte Rose de Viterbe , de saint Nicolas de Tolentin > de Saint Charles Borromée* en Espagne, ceux de saint Narcisse, dé saint Ferdinand , de saint Isidore -le-Laboureur , de sainte Thérèse ; en Portugal , celui de sainte Elisabeth ; en Angleterre , cela de saint Edouard ; aux Pays-Bas , celui de saint Hubert ; aux Indes , celui de saint François Xavier, Le père iThéôphile Rainaud en cite encore plusieurs autres dans son livre intitulé De incortizpiione codaverum , et il y donne tes preuves de tous les faits qu'il avance. QuVat-ce qui peut défendre ces précieuses r»ltqdes contre l'activité des éléments et la révolution des années, si ce rtest une vertu supérieure et divine?

Je sais qu'il y a des terres qtiï , pleines d'esprits de sel fet de nitte, ont la vertu de conserver les corps intacts ; mais ces terres traitent-elles différemment les corps des justes et des pécheurs ? ne conservent-elles pas également les uns comme les autres ? et de quelle manière les corps y sont-ils conservés ? n'est-ce pas de telle sorte que pour peu «qu'on les remue , ils tombent.

216 DIXIÈME LKTTÊE.

en pièces et en poussière ? mais nceux dont je parle , sont conservés dans les mêmes lieux ou tons les antres se réduisent en pourriture ; bien plus , exposés à Fair depuis plusieurs siècles , ils subsistent avec toute leur solidité. Il n'y 9 donc qqe le grand Ouvrier qui a formé le corps de rhomme 9 qqi sache le secret de maintenir, çans le secours de l'Ame, la tissure et la liaison des parties dont il se compose. Non , il n'ajH partient qu'au souverain Maître de l'univers de faire en sorte que le tombeau , recueil de toutes les grandeurs humaines , devienne pour ses serviteurs et pour ses servantes un monument de gloire , et pourries peuples un objet de vénération.

On voit à Florence , dans l'église des Dames* Carmélites , le corps de sainte Marie«Magde* leine de Pazzi , avec la consistance , la fraîcheur, le coloris et la flexibilité que donne la vie; de sorte qu'à considérer son air et sa situation dans une espèce de lit pratiqué sous l'autel , on la prendrait pour une personne qui dort tranquillement et non pas pour un corps sans âme. Que diront à cela MM. vos ministres? n'y a-t-il pas là de quoi faire plier les plus fiers d'entre eux ? car enfin Dieu peut-il avoir ici d'autre vue que de glorifier celle dont les vertus l'ont glo-* nfié ? N'est-il pas évident qu'il autorise par cette merveille la confiance des peuples aux prières de la Sainte , et que si le culte de l'invocation des Saints déplaisait à Dieu, il n'aurait garde d'en entretenir et d'en fomenter la pratique* Car de si étonnants prodiges?

sua l'invocation us saints. 21 7

Vous n'ignorez pas ,r Monsieur , que Ton garde à Naples la tête de saifit Janvier , un des premiers évéques de Bénévent, avec une fiole de verre pleine de son sang , et que quand on met ces deux reliques en présence l'une de l'autre le jour de la fête du saint martyr, le sang qui était auparavant figé, durci et d'une couleur opaque , devient liquide et vermeil, s'agitant et bouillonnant , comme s'il était touché d'un sentiment de joie et d'un ardent désir de se réunir au chef qu'il a autrefois animé.

Vous savez apparemment aussi, Bfonsieur, que la langue de saint Jean Népomucène , chanoine de Prague , se conserve depuis plus de trois cents ans fraîche efc-entière dans la cathédrale de la même ville , par un privilège accordé à cette langue pour la fidélité qu'elle eut à garder le secret de la confession. Wenceslas IV, roi de Bohême , avait entrepris de faire parler le saint homme sur le sujet de la reine dont il était confesseur ; mais il ne put y réussir , ni par les plus belles promesses , ni par les traitements les plus barbares. Furieux de cette résistance, il fit jeter le saint dans la Moldave, oit le Saint se noya; et de toutes les parties de son corps la langue seule échappa à b corruption. Mais à quoi bon fafre un plus long détail des merveilles qui s'opèrent à la gloire des Saints , et dont l'effet naturel est d'animer les peuples à recourir à leurs prières ? Pourquoi en dire davantage sur ce sujet , puisque Luther convient lui-même des effets miraculeux de leur puissante intercession? Vous auriez peine à le croire ,

21 8 DIXUÈMB LETTRE.

si je n'indiquais le tonte et la page où vous trouverez ces paroles V« Qui peut disconvenir, « que Dieu ne fasse encore aujourd'hui par « ses Saints, auprès de leurs tombeaux et en « présence de leurs reliques , des miracles qui ce paraissent aux yeux de tout le monde (1). *> Ne pensez pas , Monsieur , que ces paroles soient échappées par inadvertance à Luther; c'est en rendant compte de sa foi, c'est en se justifiant sur des articles , ce qu'on lui imputait , dit-il , fauscc sèment et malignement , *> c'est dans une circonstance si décisive qu'il s'est expliqué en ces termes , deux ans après sa rupture avec Rome, c'est-à-dire Tan 1519,

On m'objectera sans doute que Luther était pour Ions encore plein de ses premières idées , et des préjugés cLeTéducbtidn , dont il eut depuis tout le temps de revenir; mais comment ces préjugés ont-ils pu lui faire voir des miracles où il n'y en avait pas ? comment ont-ils pu le porter à en appeler à la notoriété publique , et loi inspirer assez de confiance pour demander: ce Qui osera nier qu'il ne se fasse encore au- <c jourd'hui visiblement de grands miracles aux ce tombeaux des Saints? » Mais si Ton veut absolument que les préjugés aient aveuglé et infatué Luther à ce point", qu'on nous dise donc ce qui a pu le porter à ajouter ces autres paroles : ce Je crois fermement avec toute la chréce tienté qu'il faut . honorer et invoquer les ce Saints, x» Cette déclaration peut elle être reflet

(1) Tom. I . Ed. Jet). Ger. per Dona\ Ritzcohain. p. 165u

sur l'invocation des saints. 219

<Tun préjugé , n'est-ce pas un témoignage non suspect rendu à la créance universelle des chrétiens ? Que Luther ait ainsi parlé dans le fort de ses préjugés , et que bientôt après il ait changé de sentiment et de langage, en sera-t-il moins vrai qu'il a cru avec toute la chrétienté, et que toute la chrétienté ? cru avec lui, la nécessité d'honorer et d'invoquer le3 Sainte. C'est une vérité de fait sur laquelle Luther dépose, une vérité de fait dont il était parfaitement instruit, et sur laquelle il mérite absolument d'être cru. Mais si , avant les disputes de Luther , au témoignage de Luther même , témoignage irréfragable en ce point , toute la chrétienté a cru qu'il faut invoquer les Saints , donc toute l'Eglise l'a cru ainsi; car enfin quelque idée qu'on se forme de l'Eglise f on ne trouvera pas l'Eglise hors de la chrétienté ; elle y est nécessairement renfermée; donc Invocation des Saints ne peut être ni une erreur , ni une superstition , ni une idolâtrie , ni une atteinte donnée aux droits du Créateur , ni un outrage fait aux mérites de Jésus-Christ, ni une entreprise sur Poffice de Médiateur ; car l'Eglise universelle , dont il s'agit ici , ne peut , selon vos propres principes , enseigner , ni approuver , ni pratiquer rien de semblable : donc imputer à l'Eglise de tek excès , c'est imputer à Jésus-Christ d'avoir manqué à la promesse qu'il a faite à son Eglise de la rendre invincible aux portes de l'enfer; c'est , par conséquent , contester à Jésus-Christ sa divinité , et n'aller à rien moins qu'au renversement total du christianisme. Voilà , Monsieur,

à quoi aboutissent toutes les belles déclamations de vos ministres contre l'invocation des Saints ; ne devraient-ils pas mieux considérer les suites de leurs déplorables inventions, et ne pas se laisser aveugler par l'amour de la critique , par la passion de mordre et de déclarer , jusqu'à ne pas voir les conséquences affreuses , nécessairement liées aux accusations qu'ils h ous intentent?

Je sois fort trompé , Monsieur , si après tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire pour la défense de l'invocation des Saints , vous* y trouvez encore des difficultés propres à vous en faire un titre légitime de séparation. Le moins que je puisse me promettre de cet écrit , est que vous reconnaîtrez que nous avons pour nous l'antiquité 9 le suffrage des plus savants Pères de l'Eglise , la pratique générale de toutes les nations chrétiennes avant Luther , même de celles qui sont séparées de nous depuis plus de douze siècles , la tradition constante de l'Eglise à remonter jusqu'aux Apôtres , un fondement légitime dans l'Ecriture pour nous autoriser à demander les prières de ceux que nous savons , ou du moins que nous croyons prudemment être instruits des nôtres , et par -dessus tout des marques éclatantes de l'approbation que Dieu donne à notre usage par les effets merveilleux de sa divine puissance.

MM. vos ministres nous reprochent de manquer de preuves tirées de l'Ecriture , propres à

appuyer l'invocation des Saints ; je pense avoii suffisamment montré l'injustice de ce reproche ; mais eussent-ils autant de sujet de nous le faire qu'ils en ont peu , ne devraient-ils pas considérer que rinvocation des Saints n'est pas moins autorisée que l'Ecriture même? car enfin qu'est-ce qui nous oblige à reconnaître les quatre Evangiles et les autres livres du nouveau Testament comme des livres divins et canoniques , si ce n'est la tradition constante de l'Eglise , le consentement unanime de toutes les nations chrétiennes à les recevoir pour tels , l'autorité de l'Eglise , qui nous les garantit comme dictés par le Saint-Esprit , et plusieurs grands miracles faits pour en attester la céleste origine? Or, toutes les mêmes preuves ne concourent-elles pas également à prouver l'utilité de l'invocation des Saints ? Si donc toutes ces preuves vous paraissent faibles et insuffisantes pour justifier notre pratique , que deviendra l'autorité des Ecritures même , autorité , qui , à ce que vous dites , fait tout le fondement de votre foi ? N'y a-t-il pas lieu de s'étonner que vous insistiez si fort à nous demander ici des preuves tirées de l'Ecriture , tandis que vous nous voyez si bien munis de celles dont la force concilie à l'Ecriture même toute Votre déférence et tous vos respects*

Ainsi, Monsieur, bien loin que l'invocation des Saints puisse être pour vous un sujet d'éloignement , vous y trouverez , je l'espère , de nouveaux motifs pour vous porter à hâter votre réunion avec nous. Vous comprenez, sans doute, après avoir lu cet écrit, combien sont

vaines les déclamations de vos ministres contre cet article. Il est impossible , en réfléchissant sur Tin justice de leurs invectives , de ne pas vous convaincre de pins en plus combien est injuste le schisme qui vous tient séparé de nous , et par conséquent, combien est grande l'obligation où vous êtes de rentrer dans l'Eglise que vous avei quittée sans sujet.

Vous iavez vu , Monsieur , par mille exem<» pies , combien il a été profitable aux chrétiens de tous les temps d'avoir recours aux prières des Saints; la prudence chrétienne vous" dictera, sans doute , qtfil n'est pas expédient pour vous de vous priver des secours que vous pouvez obtenir par le crédit de si puissants ln«» tercesseurs?

Vos temples portent encore le nom des Saints en l'honneur desquels ils ont été construits ; c'est dans les églises de Saint-Pierre , de Saint-Thomas , de Saint-Nicolas , de Saint-Guillaume , de Sainte-Àurélie que vous tenez vos assemblées ) les patrons 4e ces églises vous invitent à reprendre les sentiments qu'ont eus vos ancêtres eh laissant à la postérité ces monuments de leur piété et de leur vénération pour les serviteurs de Dieu.

Ne craignez pas , Monsieur , en honorant et en invoquant les Saints, de vous exposer à donner de l'ombrage à Jésus- Christ; il n'en prendra pas , je vous en assure ; nous sommes bien éloignés de confondre les honneurs rendus aux serviteurs , avec les honneurs rendus au Maître , et celui dont vos ministres affectent si fort de

vouloir ménager les intérêts , ne sera pas exposé à s'y méprendre. Tous les honneurs que nous rendons aux Saints se rapportent à Jésus-Christ, se terminent à Jésus-Christ, et n'ont d'autre but que d'accomplir les vues et les desseins de Jésus-Christ. Oui v Monsieur* si nous honorons les Saints r c'est parce que Jésus-Christ les honore de son amitié ; parce qu'ils ont travaillé avec ardeur à procurer et à augmenter 6a gloire ; parce qu'ils sont les plus riches; dépouilles enlevées par son pouvoir à l'enfer r et les vases choisis, enrichis de ses plus précieuses grâces ; parce que Jésus-Christ s'est intéressé lui-même à les glorifier, et a rendu i leur saiateté un témoignage éclatent par la vois .des miracles, ce qu'il ne fait, sans doute, que pour donner du prix à la vertu , animer la ferveur des chrétiens , et les excitera l'imitation de si beaux exemples. Je dis plus. , Monsieur , nous n'honorons les Saints qu'à cause de leurs rapports avec Jésus- Christ ; lès Patriarches , parce qu'ils ont été ses ancêtre^ ; les Prophètes , parce q^l$ ont prédit lea circonstances de sa vie et de sa mort; les Apôtaces , parce qu'ils ont prêché sa doctrine; les. Martyts , parce qu'ils ont confessé son saint nom au prix de leur, sang et de leur vie ; les "Vierges , parce qu'elles ont été ses chastes épouses; les Confesseurs, parce qu'ils ont pratiqué ses conseils dans la plus sublime perfection ; et la Sainte Vierge plus que tout autre Saint , parce qu'en qualité de Mère de Jésus-Christ , elle se trouve élevée au-dessus de toute créature» Ainsi, comme Jésus-Christ est le principe et la source

de tonte sainteté , il est également le terme et le bat auquel se terminent tons les honneurs que nous rendons aux Saints : Omnia in ipso çons* tant.

Telles sont les idées que nous avons de Jésus-Christ et des Saints; et c'est sur ces idées que nous réglons notre culte. Si jamais quelques ignorants ou quelques dévots indiscrets se sont former d'autres principes 9 et ont donné dans des excès capables de déroger à la grandeur de Jésus-Christ ou à la confiance qui lui est due, il fallait les redresser avec charité/ et non pas en tirer avantage pour aigrir et révolter des nations entières; il fallait régler la dévotion des peuples , supposé qu'il s'y fût glissé quelques abus 9 et non pas entreprendre de la supprimer et de Pabolir entièrement.

A quel§ horribles excès ne se sont pas portés vos premiers ministres sous prétexte de réforme en ce point ? Martin Bucer , le premier chef de votre consistoire 9 et le principal auteur des changement^rrivés dans cette ville en fait de religion , a bien osé y faire brûler publiquement les reliques de sainte Âurélie , pour arrêter 9 à ce qu'il disait 9 le cours* de la superstition ; mais Dieu ne laissa pas son impiété impunie; car Bucer étant mort en Angleterre où il s'était retiré 9 son corps y reçut le même traitement qui avait été fait au corps de la Sainte par l'instigation de ce ministre; ses os furent déterrés par ordre de la reine Marie 9 et brûlés par main de bourreau, châtiment visible du ciel qui semble avoir voulu user- de représailles envers

celui dont la Foreur a osé faire & cette auguste Sainte on outrage. ?ussi sacrilège.

Ce Bucer s'était consacré à Dieu par les trois vœux de religion en Tan 1 507. Infidèle et paiv jure , il épousa consécutivement jusqu'à trois femmes , dont la première fut une religieuse dévoilée , qui mourut frappée de k peste après avoir eu treize enfants de son commerce impur avec le moine apostat/ son séducteur. Tels étaient les Saints du parti qui entreprenaient de faire la guerre aux Saints du ciel. Jugeai, Monsieur , si leur sentiment et leur conduite doivent-l'emporter dans votre esprit sur le sentiment et la pratique de tout ce qu'il y a eu de plus, saints et de plus savants hommes dans l'antiquité.

Mais évitons de rappeler des . faits si odieux ; mon dessein ne fut jamais de publier la hontç de ceux qui se sont élevés contre la gloire des serviteurs de Dieu; je n'ai eu d'autre vue que d'exposer simplement , et dans un esprit de paix et de charité^ la doctrine catholique* touchant l'usage oii nous sommçs d'invoquer les Saints*, et de vous faire voir que vous ne pouvez f trouver d'obstacle légitime à votre réunion.

Si les Saints nie savent quelque gré de mon travail, si, sensibles aux essais de mon zèle pour leur gloire , ils en sont plus favorablement disposés à écouter mes prières , je leur demande avant tout de s'employer auprès de Dieu pour obtenir de lui qu'il vous porte efficacement à rentrer dans cette Eglise où ils ont vécu , où ils se sont sanctifiés , et dont ils ont fait la gloire to», iv. 15

par la sainteté de kir vie et par l'éclat de leurs miracles. Plaise au ciel, Monsieur, que vous ressentiez un prompt «ffet de mes prières et de leur intercession , et que tous connaissiez vousmême, par une heureuse expérience , combien il eat: utile de les invoquer. C'est le plus ardent de mes souhaits-; il n'a d'autre principe que le zèle sincère que je me sem pour le plus solide de nos intérêts. Agréez , s'il vous plaît, que j'y ajoute l'assurance? ■ du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,

Monsieur ,

Votre très hqmble et très obéissant serviteur.

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