PURGATOIRE
Monsieur ,
Les chefs de votre prétendue réforme ne se sont pas contentés de critiquer et de condamner les prières adressées aux Saints , pour leur demander le secours de leur intercession; ils condamnent encore les prières offertes à Dieu pour le soulagement des âmes qui se trouvent en lieu de souffrances pour Texpiatipn de quelque reste de péchés»
(Test même contre cet article que les ministres , leurs fidèles disciples , se déchaînent avec le plus de véhémence f et ils semblent l'avoir choisi comme le sujet le plus heureux pour exercer à toute outrance leur rare talent dans la satire. A en croire le sieur Dat>rthauer, un
228 ONZIÈME LETTOE.
des plus célèbres professeurs qu'ait eu votre Université , et qui s'est fait le plus de réputation par la multitude de ses écrits : ce Le Purgatoire ce est un pur fantôme , une invention nouvelle , ce fruit de la superstition et de l'avarice ; un ce dogme contraire aux livres saints , un labyce rinthe embarrassé de difficultés inexplicables, ce un renversement de l'espérance chrétienne, ce l'anéantissement de toute consolat^oh inté- <x rieure , une prétention contredite par l'exemce pie de plusieurs âmes reçues dans le ciel ce immédiatement au sortir du corps , un syscc tème appuyé sur un fondement ruineux , un ce blasphème qui tenjl à rendre Dieu cruel, ce une nouveauté , enfin , dont on ne trouve ce pas la moindre trace dans les divines Ecricc tures (1). w
Si le dogme du Purgatoire était en effet tel qu'il est ici représenté, je comprends, Monsieur , comment vous auriez de justes répugnances pour une religion qui l'adopte parmi les articles de sa créance ; mais qu'il me soit permis de le dire , c'est non pas le Purgatoire qui doit être traité de fantôme , mais l'idée que s'en sont formée les ministres , et qu'ils s'efforcent de communiquer à l'esprit de leurs ouailles.
(1) Purgatorium est inventum novum, p. 993. Kaxéfrtav. pag. 995. avarum et quaesluosum , p. 995. À'vrïypapov. p. 997. Inexplicabilibus nodis implicatum, p. 998. contrarium bons spei , pag. 999. oranis so- !atn et gaudii Evangelici suffocamentum. pag. 1000 , abludens ab exempta fidelium, qui stalim in cœlum recepli sunt, p. 1001 , caduco funîlamcnlo subnixum , p. [1007 , Blasphemum, quia facit Deum crcdulem, pag. 1014 , âypxfQ'j y.où aXoyor. pag. 1014. in Mjaiuasmalc XII. T. 2. Uodwnpri* spjrftn» Papaû. EU. Argeut.
Il sera aisé , Monsieur , de vous en convaincre , si vous voulez bien faire attention à la suite des propositions que je prétends établir, et qui unies ensejnble par une étroite Jkrîson , forment sur la matière dont il s'agit , une espèce de démonstration ; les voici :
On a prié de tout temps pour les morts.
Cette prière ne peut passer pour un abus ; elle est trop autorisée pour pouvoir être rejetée.
Le principal objet de la prière pour les morts a toujours été de leur procurer du soulagement.
Il suit manifestement de cettç prière , qu'on a toujours été persuadé d'un troisième lieu que nous nommons le Purgatoire.
Ce troisième lieu prouvé par la prière se découvre clairement dans l'Ecriture , et la preuve tirée de l'usage de la prière pour les morts x justifie parfaitement l'explication que nous doit* nons aux passages cités en faveur du Purgatoire *
Tout ce que Ton oppose contre la créance du Purgatoire, est trop faible pour prévaloir contre la foi de tous les siècles.
Mais pour donner moins d'étendue à cette matière et me resserrer dans des bornes plus étroites , je réduirai le tout à trois articles , qui fourniront abondamment la preuve de toutes les propositions que j'ai avancées.
Rien n'est plus autorisé que la prière pour les morts ; première proposition.
Rien n'est plus efficace pour prouver la vérité du Purgatoire que cette prière pour les morts ; seconde proposition.
Rien n'est mieux lié avec les passages de
2$0 4#£l&ttB I^TTRE.
l'Ecriture que nous citons pour le Purgatoire que la même prière ; en sorte que si ces passages entendus dans leur véritable sen$ font voir la nécessité de lanière pour les morts , l'usage constant de cette prière fait voir à: son tour la nécessité d'entendre ces passages comme nous les. entendons ; troisième et dernière proposition. Voilà, Monsieur , le précis 4e tout ce que je dois avoir l'honneur de vous dire sur le sujet dont nous avons à nous occuper.
Le moindre avantage que j'espère retirer de cet écrit, es$ d'ôter à MM. vos ministres l'envie qu'ils ont de' rire à nos dépens. Ils aiment à s'égayer sur le chapitre du Purgatoire , et ils ne sont jamais plus contents que lorsqu'une imagination burlesque leur a fourni quelques traits de raillerie sur ce sujet. Nous verrons s'ils conserveront toujours leur belle humeur. Qu'on leur présente cet écrit à lire , lorsqu'ils seront le pjjis en train de plaisanter sur cet article , et qu'on observe si , après l'avoir lu , ils ne changeront pas de contenance; je serai fort surpris, si l'on ne voit les airs sérieux succéder aux airs enjoués , et le sombre nuage d'un embarras bien marqué couvrir les visages auparavant épanouis. Quoi qu'il en soit, Monsieur, je leur déclare par avance que je prétends les convaincre d'être les restaurateurs de l'hérésie d'Aërius. Quils parent à ce reproche, s'ils le peuvent, après quoi nous reviendrons volontiers du sérieux au burlesque.
Par rapport à vous , Monsieur, je me propose seulement de vous démontrer que la créance
du Purgatoire et l'usage où nous somnies dé prier pour les morts , ne peuvent être un obstacle légitimé à votre réunion; c'est tout ce quVxigfe de moi le dessein des lettres que j'ai Thonnetir de vous adresser. Je fie laisse pas d'espérer que celle-ci vous persuadera de la nécessité de croire ce que nous croyoïis sur le présent article, et que votre piété et votre tendresse pcftfr . c'édk dont la mémoire vous est chère , vous invitante à exercer envers eux la même charité qui se pratique parmi nous } vouis trouverez: daas lVxercirie d'une charité si pète et si louable jm'nouieàié motif pour votls hâter de révenir à PEgfise catholique; #■ . ■ . : ^
PREMIÈRE PROPOSITION
LÀ PRIÈRE- POUR LB* MORTS EST TROP AUTô4i*6R POUR POUVOIR ÊTta RE JETÉE 4
Je dî$ dont, en pHert^er* lied, que là prière pour les morts ëit trop autorisée? pour potivoiï être rejetée , et qu'etti tte peut la regarder comme un abus îatrodtrit danrf l'Eglise* car cette prière est autorisée par des livres divins , par la ptetique des Juifs, par la tradition apostolique, par- l'usage universel des premiers fidèles * par le service public de TEgHàé des premiers temps , par Hdée constante de tous les çïirèlieii^ orthodoxes qui l'ont toujours regardée ctittlmeappai»-*
tenant à l'économie de la foi. Ne pensez pas , Monsieur , que ee soient là de grands mots qui ne signifient rien, ou presque, rien; ce sont autant d'articles qui renferment les plus riches preuves ; vops allez vous en convaincre par vous-même.
Je cite d'abord le célèbre texte du second livre des M achabées , où il est dit que c'est une pensée sainte et salutaire de prier pour les morts , qfin qui ils soient délivrés de leurs péchés (1). Vous ne disconviendrez pas, Monsieur, que ce ne soit là un témoignage bien formel en faveur de la prière pour les morts; . - mais vous prétendez que ce texte n'est d'aucune \ " * autorité , parce que , sur la parole de vos midistres , vous ne regardez pas le livre dont il est tiré comme un livre canonique. La question se réduira donc à savoir , si vous devez croire sur cela plutôt MM. vos ministres , que saint Augustin, le troisième concile de Carthage, Innocent Ier , témoins sûrs et non suspects des sentiments de l'antiquité.
Saint Augustin dit en termes exprès ce que a les Juifs ne reçoivent pas les livres des Macc chabées pour canoniques , mais que l'Eglise ce chrétienne les reçoit pour tels (2). *> Vous voyez assez , Monsieur , que saint Augustin ne parle pas ici de son chef, et que ce n'est pas de
(1) Sancta ergô et salobris est cogitatio pra defunclia exorare, ut à peccatis soWantaf • Lib. 2. c. 42. 46*
(2) In quittai sont et Machabaeorum libri 9 quos non Judaei , sed Eo clesia catholica pro canonicîs habet. Lib* 18. deChr. Dei. c. 36, T. 6» £d< Frobc*. p. tQMt
son sentiment particulier doiit il nous rend compte : c'est dn sentiment universel de l'Eglise. Il en était sans doute bien instruit et nous pouvons l'en croire sur son témoignage.
]je troisième concile de Carthage s'est tenu en 397; il était composé d'un bon nombre d'évéques , qui tous ont souscrit la décision qui reconnaît les deux premiers livres des Machàbées pour canoniques (1).
Innocent Ier , mort en 402 , consulté par Exupère , évéque de Toulouse , sur plusieurs articles concernant la religion , et entre autres sur les livres qui appartiennent à l'Ecriture sainte , lui répondit en digne chef de l'Eglise sur chaque point , et dans le dénombrement qu'il fait des livres saints^ il y comprend les deux livres dont ' vous disputez l'autorité (2).
U est donc clair que c'était le sentiment général du quatrième siècle , de ' regarder ces deux livres comme faisant partie de l'Ecriture sainte ; et ce qui doit achever de vous en convaincre, Monsieur, s'il vous restait encore sur cela le moindre doute , c'est que des sociétés chrétiennes , séparées de nous depuis douze à treize siècles , les adoptent comme nous. Car le patriarche des Arméniens qui sont Jacobites ou Eqtychiens, a déclaré à M. le marquis de Nointel, ambassadeur de France à Gonstantinople , par un acte public signé de plusieurs évêques et ecclésiastiques de sa communion , qu'ils regardaient comme une doctrine mauvaise et per-
(1) Conc. Cart. III. c. 47. T. S. Conc. Labb. p. 1 177. (3) longe. I. ad Exup. C. 7. T. 9. Conc. Ubb. p. 1256.
tu
maea3*> de rejeter les fores des aussi bien que dartres tires dont tous n'admettez pas la canoniale : tels qoe Tobie, Judith , la fegesse, l'Ecclésiastique cl Barach.
Le patriarche Méthodius a dédaré parefllement, en 1671, de la part des Grecs sépares de la communion romaine , qu'ils recelaient les livres des Machabées comme appartenants i l'Ecriture sainte* L'un et l'antre écrit se conservent dans la bibliothèque de l'abbaye Saint- Germain-des-Prés , et celui qcd doutera de la vérité du fait, pourra s'en assurer ou par ses propre* yeux, ou par les yeux d'autrui, en faisant consulter ces monuments.
N'est-ce donc pas une grande témérité aux chefs de votre réforme d'avoir osé effacer du canon des divines Ecritures des livres qui y étaient inscrits dès le quatrième siècle , et que toutes les sociétés chrétiennes de la terre n'ont cessé do reconnaître pour canoniques? L'entreprise est d'autant moins sootenable que les raisons dont on se sert pour attaquer l'autorité de ces livres , sont on ne peut plus frivoles. Je me contenterai d'en rapporter tme des [dus upporentes qui pourra vous faire juger des autres.
« L'auteur du second livre, dit Kemnitius, u finit son ouvrage par dire que s'il a bien écrit " ru oWrvimt les règles de l'histoire, il s'en * sutiru bon gré , et que s'il n'a pas traité son «vNiijpt avec assez de dignité, il espère qu'on " It* lui pardonnera (1). » Sur quoi Kemnitius
( I ï Kl qukl opos c*t «gwfteattt» cum ipse autor «candi Macfcstamm «n|tl*tt*m »uun tes wbi$ coucludai : et ffe» qaidm si beat, et U
sua m PURGiTOifffi. 23L5
fait cette belle remarque : ce Nous aérions bien • ce imprudents de recevoir pour dogme de foi , ce ce qui nous vient d'un homme réduit à dece mander pardon de ce qu'il peut avoir mal ce écrit (1). »
Je réponds qu'il suffit d'examiner l'endroit cité , pour voir que Fauteur , sans se défier en aucune façon de la vérité des faits consignés dans son ouvrage , s'excuse .uniquement #ur les fautes du style et du langage, dans la crainte de ne pas avoir également soutenu partout sa manière d'écrire. Saint Paul n'avouç-t-il pas de même dans sa deuxième aux Corinthiens , quï/ ri était pas assez instruit des règles du langage (2) ? En était-il pour cela moins ifispiré de Dieu? et sur cet aveu de l'Apôtre se croira-t-on en droit de rejeter cette Epître?
Il faut , en vérité , que MM,' les ministres aient une grande idée d'eux-mêmes, et pne idée bien mince des grands hommes dont nous venons de citer les noms, pour pouvoir fce persuader àque des esprits si éclairés n'ont pas vu les difficultés dont ils ont eux-mêmes découvert l'existence , et dont ils cherchent à faire valoir la force contre les livres des Mach&béeg, Ne
doutez pas, Monsieur, que ces personnages si habiles dans la science de la religion, n'oient
httteria compelit, hoc et ipso velini , sin autera mim\s cligné , hoc et côneedendum esfmihi. Lib. 2. Mach. 15. 39. part. 5. Exam. Éd. Franoôf.p. 146. N. 20./
• (1) Valdè imprudentes essemus , si à tali icriptore , qui ? Uam ipso sibi veniara , si ubi erravit , dari postulat , novum dogma nobis obtrudi pateremur. Ibidem.
(2) Naip eisi imperilus aprmone , sed noo scientià. 2. Cor. 11.6.
234 OflZIËME LETTRE.
nicieuse de rejeter les livres des Machabées aussi bien que d'autres livres dont vous n'admettez pas la canonicité : tels que Tobie , Judith , la Sagesse, l'Ecclésiastique et Baruch.
Le patriarche Méthodius a déclaré pareillement , en 1671 , de la part des Grecs séparés de la communion romaine, qu'ils recevaient les livres des Machabées comme appartenants à l'Ecriture sainte. L'un et l'autre écrit se con* ^ servent dans la bibliothèque de- f abbaye Saint- Germain-des-Prés , et celui qui doutera de la vérité du fsfit, pourra s'en assurer ou par ses propres yeux, ou par les yeux d'atttmi, en faisant consulter ces monuments*
N'est-ce donc pas une grande témérité aux chefs de 'votre réforme devoir osé effacer du canon des divines Ecritures des livres qui y étaient inscrits dès le quatrième siècle , et que toutes les sociétés chrétiennes de la terre n'ont cessé de reconnaître pour canoniques ? L'entreprise est d'autant moins soutenable que les raisons dont on se sert pour attaquer l'autorité de ces livrés , sont on ne peut plus frivoles. Je me contenterai d'en rapporter tine des plus apparentes qui pourra vous faire juger des autres •
« L'auteur du second livre , dit Kèmnitius , « finit son ouvrage par dire que s'il a bien écrit ce en observant les règles de l'histoire , il s'en c< saura bon gré , et que s'il n'a pas traité son ce. sujet avec assez, de dignité , il espère qu'on ce le lui pardonnera (1). » Sur quoi Kèmnitius
(1) Et quid opus est aîgamentis, cum ipse autor secandi Machâbaeorum scripiionem suara his verbis coucludat ; et ^o quidem si bené, et it
SUR XB PURGÀTOlfffi. 23L5
fait -cette belle remarque : ce Nous aérions bien • ce imprudents de recevoir pour dogme de foi , ce ce qui nous vient d'un homme réduit à dece mander pardon de ce qu'il peut avoir mal ce écrit (1). »
Je réponds qu'il suffit d'examiner rendroft cité , pour voir -que Fauteur , sans se défier en aucune façon de la vérité des faits consignés dans son ouvrage , s'excuse uniquement #ur les fautes du style et du langage, dans la crainte de ne pas avoir également soutenu partout sa manière d'écrire. Saint Paul n'avouç-t-U pas de même dans sa deuxième aux Corinthiens , quïl ri était pas assez instruit des règles du langage (2) ? En était-il pour cela moins ihspiré de Dieu ? et sur cet aveu de V Apôtre se croira-t-on en droit de rejeter cette Epître?
11 faut , en vérité , que MM, les ministres aient une grande idée d'eux-mêmes, et Pne idée bien mince des grands hommes dont nous venons de citer les noms , pour pouvoir fee pei> suader . que des esprits si éclairés n'ont pas vu les difficultés dont ils ont eux-mêmes découvert l'existence , et dont ils cherchent à faire valoir la force contre les livres des Mach&béeg, Ne doutez pas, Monsieur, que ces personnages si habiles dans la science de la religion, n'aient
histori» corapetit, lioo et ipse velira , sin autçra niim\s digne i hoc et concedendum est mihi. Lib. 2. Mach. 15. 39. part. 5. Exam. Éd. Fran« cof. p. 146. N. 20./
- (4) Valdè imprudentes essemus , si à tali icriptore , qoi ? Uam ipso sibi yeniara , si ubi erravit , dari postulat , novum dograa nobis obtrudi pateremur. Ibidem.
(2) Naip eUi irçiperilus aprmone , sed non scienliâ. 2. Cor. 11.6.
Îâ6 ONZIÈME LETTRE.
effectivement va tout ce qu'où oppose aujourd'hui à l'autorité de ces livres sacrés; ils l'ont va sans doute et ils Pont méprisé , parce qu'ils #nt va , et le faible de l'objection et la force des réponses. Or, je vous laisse à jager qai mérite ici le plus d'être écouté ? sont-ce des nouveaux venus aussi hardis à combattre les sentiments établis avant eux , que peu instruits des raisons qui les défendent , ou les hommes les plus vénérables de l'antiquité, consommés dans l'étude de la religion , témoins irréprochables des sentiments de l'Eglise de leur temps ? Il s'agit ici de préférer les lumières et les sentiments des uns ou des antres ; ne serait-ce pas , Monsieur , faire injure à * votre sagesse que de vous croire capable d'hésiter dans cette occasion sur le mérite de la préférence ?
Mais je veux que les raisons de vos ministres aient ici l'avantage , et que vous soyez parfaitement autorisé à vous dispenser de recevoir les livres des Machabées pour canoniques ; du moins leur dèfèrerez-vous bien la même autorité qu'à tout autre livre profane. Ne serait-il pas en effet assez étrange d'être moins disposé à croire un fait d'histoire rapporté par l'auteur du second livre des Machabées, qu'à admettre les faits rapportés par Tite-Liye, Tacite, Thucydl'de et autres historiens semblables. Car enfin , quoi que puisse dire votre Kemnitius pour décrécfiter cet auteur , il est pourtant vrai que saint Paul a marqué son estime pour lui, en empruntant de ses ouvrages des termes qui lui sont particuliers , et qui ne se trouvent nulle part ailleurs ;
SUa LE PURGATOIRE. 237
comme nous le voyons dans le onzième chapitre de FEpitre aux Hébreux , où. saint Paul parlant des différentes espèces de tourments qu'avaient souffert les martyrs , et entre autres ceux qui avaient été étendus sur le chevalet , se sert du mot iru/Mcavi^d» (1), terme grec qui fait manifestement allusion à ce qui est rapporté du saint vieillard Eléàzar , au vingt-septième verset du sixième chapitre du deuxième livre des Mâchabées , comme les éditeurs de la Bible de Genève l'ont reconnu eux-mêmes en citant ce second livre à côté du passage de saint Paul. C'est encore uniquement sur le témoignage de ce livre et par Tordre qui y est contenu , que les Juifs célébraient tous les ans une fête solennelle en mémoire du rétablissement du temple souillé et profané par les sacrifices des Gentils (2) , fête que notre Seigneur a bien voulu honorer de sa présente (3).
Or , il est rapporté dans ce livré , que lé célèbre Judas , chef des M achaibées , prince illustre par sa piété et pat* le nombre de ses victoires, fit faire une quête après un combat où il avait perdu beaucoup de monde , et qu'il envoya douze mille dragmes à Jérusalem , afin d'y foire offrir un sacrifice pour les morts (4).
C'est là , comme vous voyez , Monsieur , un Historique qu'on ne peut raisonnablement révoquer en doute , à moins de vouloir faire passer l'auteur qui le rapporte pour un conteur
(I) Debr.11. 35. — (5) 1. Mach. 4. 59. — (3) Ibid. — (4)2 Mach. 12.43.
de fables dépourvu de tout crédit , et de faire voir en même temps qu'il a été contredit sur le fait en question par d'antres auteurs plus croya* blés et plus véridiques.
Mais s'il e$t indubitablement vrai que Judas Machabée a fait offrir un sacrifice pour les péchés de ceux qui avaient péri dans le combat , n'est-il pas clair en même temps que ce devait être nécessairement la pratique de son temps de prier pour les morte? car qui se persuadera qu'on prince aussi sage et aussi religieux que cet incomparable héros , eût voulu introduire des pratiques nouvelles et inusitées en fait de religion ? et quelle apparence qu'il eût trouvé les prêtres de Jérusalem disposés à faire un sacrifice dont on n'avait jamais ouï parler? ,(
Ce qui se pratiquait du temps de Judas Machabée, environ cent cinquante ans avant la nais* sance de Jésus-Christ, se continuait également du temps des Apôtres , comme il est aisé de le voir dans la première aux Corinthiens , où saint Paul demande : Que prétendent ceux {fui sont baptisés pour les morts , si les morts ne ressuscitent pas ? et à quoi sert-il d)être baptisé pour eux (1 ). Le sieur Drejerys , ministre prussien, prétend que ces paroles sôut trop obscures , pour que nous puissions en tirer ^uçun avantage (2). Je conviens, en effet, de l'obscurité du passage ; maïs je soutiens que malgré son obscurité, on ne laisse pas d'y voir clairement que les Juifs usaient
•f\y Quid faciufit tyii l^ptizanlur pro mortuis , si mortui non Ci qui ci el baptizanlur pro illis? 1 . Cor. 15. 29.
(2) De igné Purgaiorifc'fal. Rcgio-Mom* p. 87 i.
resurffuni?
de certaines purifications, de certaines cérémonies , de certaines pratiques de piété , dont le mérite devait, selon eux, être profitable aux morts.
Du moins ne disconviendra-ton pas que ce ne soit l'usage des Juifs d'aujourd'hui de prier pour les morts j rien de plus aisé de s'en assurer, si l'on en doute. Mais si cette coutume ne leur est point venue de l'ancien Testament t qu'on nous dise donc en quel siècle elle a commencé chez eux? serait-ce le désir d'imiter les chrétiens qui l'aurait introduit dans la Synagogue ? et depuis quand la Synagogue a-t-elle conçu tant d'estime des pratiques, de notre religion pour vouloir les apprendre de nous? .! .
Il est donc absolument nécessaire de reconnaître , que bien avant la venue de Jésus-Christ , comme aussi du temps des Apôtres , c'était tine coutume établie chez les Juifs de faire des prières et d'offrir des sacrifices pour les morte/ On y je demande si les Apôtres qui ^ignoraient pais et qui ne pouvaient ignorer cet usage , y oot jamais trouvé à redire ; si Jésus-Christ , toujours si exact à relever les excès et les abus des JuiÉs , a jamais donné la moindre marque qu'il ait desapprotavé les prières et les sacrifices pour les mortel Bien loin de là, Monsieur , non-seulement le Sauveur et les Apôtres n'y orjt rien rénlarqaé qui fût digne de blâme et de censure, mais qui plus est, si l'on en croit les plus grands hommes voisins du temps des Apôtres , et parfaitement instruits des coutumes ecclésiastiques , ce sont les Apôtres môme qui- ont appris aux chrétiens à ÇônserVér rasage
240 onzième tarife*.
des prières pour les morts , et à offrir pouf etix le sacrifice nouvellement établi par Jésus-Christ.
ce Ce n'est pas sans de bonnes raisons , dit ce saint Jean Chrysostôme , que les Apôtres ont ce ordonné de faire mention des défunts dans ce les redoutables mystères ; car ils savaient par* ce faitement qu'ils leur en revient de grands ce avantages (1 ). » Seriez-vous , Monsieur , tenté de croire que saint Chrysostôme s'est avancé ici témérairement, et sans savoir sur quoi il se fondait ? c'est le reproche que Kemnitius a bien osé lui faire en disant froidement , ce que le sentice ment de saint Chrysostôme ne se trouve ce appuyé d'aucune preuve , et qtietœ.Père a été ce le premier à faire les Apôtres auteurs de la ce coutume de se soutenir des morts pendant le ce sacrifice (2)* >*
Vraiment il sied bien à Kemnitius de traiter ainsi' la plus brillante lumière de l'Eglise grecque , l'interprète le plus exact , le plus littéral , le plus judicieux de l'Ecriture sainte. Ce grand homme pouvait-il ignorer "sur ce point le sentiment des plus habiles gens de son temps ? Or , est-il croyable que s'il les eût su d'un sentiment contraire , il eût voulu se distinguer d'eux par la singularité de son opinion? et s'il les savait dans la même pensée , n'avait il pas dès-lors des garants assez sûrs de la tradition ?
(1) Non frustra ab Àpostolis sanritum est , ut in célébrations vénérant dorom mysteriorum memoria fiât eorum qui hinc decesserunt. Noverun» illis muilum hinc émolument! fieri , mullùm utilitatis. Inc. 1 . Ep. ad. Philip. Hom. 3. t. 4. Ed. apod Hugonem, p. 266.
(2) Primuf est qui asserit, sed sine ullo documenta , ab Apostolis hoc sancitum esse. In. 3. part. Exam. Ed. Francof. p. 177. N. 30.
SUa LB PURGAT01BB. 241
Je demande de plus , si saint Chrysostôme eût pu ignorer les auteurs de la pratique dont il s'agit , au cas qu'il y en eût eu d'autres que les Apôtres? Supposons que ce soit quelque concile , ou quelque évèque , ou quelque particulier qui ait introduit dans l'Eglise l'usage de prier pour les morts pendant le sacrifice de la messe et de l'offrir pour eux , l'origine de cet usage pouvait-elle être inconnue à un homme si parfaitement versé dans l'histoire ecclésiastique et qui écrivait sur la fin du quatrième siècle ? Nous voyons qu'on nomme les auteurs des moindres usages établis dans l'Eglise , lorsque ces usages viennent d'une autre source que de tradition apostolique ; comment l'institution de la pratique dont nous parlons , eût-elle pu tellement échapper à la connaissance de saint Chysostôme , qu'il ne soit jamais parvenu à apprendre le nom de son auteur?
Kemnitius ne parle pas plus juste quand il dit que saint Chrysostôme a été le premier à nous apprendre le règlement prétendu fait par les Apôtres ; car plus de cent cinquante ans avant que ce Père eût jamais rien écrit , Tertullien avait déjà marqué la coutume de faire tous les ans des oblations et des sacrifices pour les morts au jour de leur trépas , parmi les traditions dont on ignore l1 origine et qui, consacrées par l'usage d'un temps immémorial, ne peuvent avoir d'autre source que l'institution même des Apôtres (1 ) .
(I) Oblationes pro defunclïs annuû die facimus. L. de Coron. Militis Ed. Froben. p. 449.
242 OflZlKMB LBTTA&.
Saint Epiphane , plus viciai que saint Chrysostôme, dit en parlant sur ce sujet, « que ce l'Eglise observe nécessairement et indispencc sablement le rit et la coutume qu'elle a « reçue de $e$ ancêtres; qu'il ne peut être perce mis ni de mépriser les lois de notre Père , ce c'est-à-dire , comme il l'explique aussitôt, du ce Fils de Dieu joint au Saint-Esprit qui nous ce enseigne par la parole écrite et non écrite , ni ce de mépriser les lois de notre mère, c'est-à» ce dire l'Eglise, qui, instruite par ces deux voies, ce fait de sages règlements contre lesquels il ce n'est pas permis de s'élever. » Ensuite il ajoute , ce que la coutume excellente et admice rable d'offrir des prières et des sacrifices pour ce les morts étant généralement établie dans ce L'Eglise , la coutume seule suffisait pour concc fonde Aërius. » Puis , pour mieux marquer l'indignation qu'il avait conçue contre cet hérésiarque , il finit par lui donner des épithètes qui certainement auraient dû faire peur à Kemnitias: ce Cen esttrop sur eet article, dit-il, laissons- là ce ce misérable escarbot nourri dans l'ordure , cette ce mouche empoisonnée, dont la piqûre coince mimique une espèce de fureur , ce malheucc reux insecte si fatal et si meurtrier aux trouce peaux qui paissent sans défiance (1). *> Kem-
(1) Necessariô focere ilhid Eoclesiam dico : qoaetraditum sibi ritam iilum à majoribu* acceperiU Pottst verô quisquam malornam sanctionem aut legem Patris everlere ? quemadmodum à Salomone scriplum : Audi, fili sermones Patris tui , et ne repeilas legem Malris tuœ. Prov. 1.8. Quihua Faire?) , Imc e$k uoîgenitum Oeum cum Spiritu Sancto déclarât prit m teripto partira sine scripto docuisse : Mairem vçrù uoçlfam Ecciesiam décréta quadam habere peues se qu* dissolu e^er tique oequeuot. Qujb
sua lb FuaGATomB. 243
Aitius a inèn osé citer saint Epiphànè contre nous (1), mais que ne rapportât-il lé texte toot entier tomme je Viehs de le rapporter moimême? II n'avait garde , Monsieur , et il était de sa sagesse de ne pas vouloir partagé* avec Aërins les beaux noms de misérable escàrbot > de mouche empoisonnée , cf insecte fatal et meurtrier. Mais quand nous Saurions aucun témoignage positif des Pères sa* l'origine des priètes et des sacrifices pôtkr les morts , la ciélèbfé mutime dé saint Augustin ne tfaffirâit^elle pas totite seule potor notts convaincre qtie pour ètk tronter là source , il fatit nécessairement remonter jusqu'au* Apôtte*. « Lôttqtfon toit /dit ce Père, ce un usage universellement et Constamment <fc observé par tonte TSgliSë , et qtfon n'en <t trouve rittètittitiOti dans àtiètm conéile , on et est parfaitement fondé à croire que cet tisage « a été établi par l'autorité apostolique (¥). » Or , peut-on diséonveM* qner du tfeâtps de Salitt Augustin et de saint Gbr^ostômé ce tf ait
été l'usage universel âë l'Eglise d'offrir des prières et des sacrifices pour les mort»? «af, ôbtré que ces deux Pères notto l'assurent en termes formels, ne sàiWm pas qtte le premier
qùfdeth etito in Ecclesift cottstitatil éft&t , prétù^k qtridém àe petftûs 4fliriiranda, et hoc ipso Vdtfàtol'illé'cttntiûcitur. Sed nos eo reliclo velut scarabâeo qaodam , aot catrfhài'fde , tel bupreste quod est iùsecti qiioddam genus , ac solido Ecclesîse dogmate. Deique virtule confracto àd ierseqfcemes hausses traoèéanras. Adtersus Aérittù* Har» 5G. Tel 76. T. 1. Ed.Petav. p. 912.
(i) In 3. part. tt. p. 177. M. 30.
(ï) Ouod unfrei'sa taset Ëcdesiâ, «et Cotfcflifo institutdta , ê*d letoper MténUim, non nfel aatoriut© ApostoJfcfr tttdittfm rtttissftnft dfedïtur. Lib. 4. de bapt, cont. ponat. c. 94, Tt 7, Ed. Frob. p. 433.
empereur chrétien , Constantin-le-Grand , voulut être enterré dans l'Eglise qu'il avait fait bâtir à Thonneur des douze Apôtres, afin, comme il le témoignait lui-même , ce d'avoir part aux c< prières que les fidèles viendraient faire dans ce cette église (1). » Vous ne soupçonnerez pas , Monsieur, cet empereur d'avoir eu cette vue par simplicité ou par ignorance ; les plus habiles évêques qui avaient eu soin de l'instruire , s'étaient sans doute appliqués . à lui apprendre la religion chrétienne dans toute sa pureté , et ils n'auront eu garde de le former à des pratiques vaines, superstitieuses, ou inutiles. Qui ne sait encore que sainte Monique , mère de saint Augustin , se voyant proche de sa fin , ne demanda d'autre grâce à son fils , sinon qu'on se souvint d'elle au saint autel (2). Pammachius , seigneur romain , n'est-il pas loué par saint Jérôme , de ce qu'au lieu de s'amuser à répandre des fleurs sur le tombeau de Pauline , sa femme , comme faisaient les autres époux, il ne pensait qu'à donner du soulagement à l'âme de la défunte en arrosant , en quelque sorte , sa cendre pieuse et ses ossements vénérables avec les parfums sacrés de l'aumône (3). » Saint Ambroise écri-
41) Qnippe ipse sîbi hune Iocam post mortem designaverat /quô acilicet precaiionum quae in honorera Apostolorum celebrandae eraot , etiam morttius particeps fi ère t. Lib. 4. de vita Constant, cap. 60. Edit. Valesii. pag. 556.
(2) Tantummodô raeraoriam soi ad altare tuum fieri desideravit. L. 3. Conf. c. 13. T. 1. Ed. Froben. p. 160.
(5) Caeteri mariti super turaulos coojugum sparguot rosas , violas , iilia , floresque purpureos. Pammachius noster saoctam favillam , ossaque veneranda eleemosynae babamis rigat. Ep. 54* ad Pammach. T. 4. Ed. Martianai , p. 583.
vant à Faustin , pour le consoler de la mort de sa sœur , ne lui dit-il pas : ce Qu'il ne faut pas la ce pleurer , mais prier Dieu pour elle , au lieu ce de s'affliger par des larmes inutiles; il vaut ce beaucoup mieux recommander son âme à ce Dieu en faisant offrir pour elle de saints « sacrifices (1). »
Mais ce qui prouve encore mieux l'usage universel de l'Eglise , c'est que ce ne sont pas seulement* des particuliers de toutes conditions et de tout état , qui ont demandé d'être secourus par des prières après leur mort, ou fait euxmêmes des prières pour les objets chéris décédés avant eux. Les liturgies et le service public de l'Eglise des premiers siècles font foi qu'on n'a jamais oublié les morts dans la célébration des saints mystères , et que l'Eglise s'est constamment occupée du soin d'offrir pour eux le sacrifice, comme d'un devoir de charité indispensable. Peut-il être sur ce point un témoignage plus positif et moins capable d'être rejeté que celui de saint Augustin? Voici comme il s'exprime dans un sermon que personne ne s'est jamais avisé de lui disputer : ce L'Eglise observe unice versellement , comme un usage transmis par ce la tradition , la coutume de faire pendant le ce sacrifice , commémoraison de ceux qui sont a morts dans la communion du Corps et du ce Sang de Jésus - Christ , et elle déclare en
(1) Itaque non tam deplorandam quam prosequendam oratiooibus reor, nec mœslifîcandam lacrymis tuis , sed magia oblatiooibus animam ejua pommendandam arbkror. Epist. 49. ad Fausiinum. Tom. 2. Edit Paris, J»$?944,
<* termes exprès que c'est pour eux qu'elle offre
* le sacrifiée (1), »
Le même Père dit ailleurs , en parlant des devoirs à rendre aux défunts , a que l'Eglise « ne manqpe pas d* f^ire des prières en général
* pour tous les fidèles décédé» dans sa cornce munion , afin de pourvoir comme une bonne a mère aux besoins de ceux qui n'ont ni paie reuts, ni enfants , ni proches , ni amis, pour « leur tendre ce pieux office (2), » Où je vous prie y Monsieur , de foire une remarque très digne de yotre attention f c'eit que je ne cite pas ici saint Augustin comme un homme d'un profond savoir dont nous cherchions à connaître le sentiment, mai* comme uq témoin des usages de son temps f usages sur lesquels on ne pourrait refuser de le croire sans se faire regarder comme un homme atteint d'un bizarre travers d'esprit j poqr ive pas dire d'une folie véritable.
Voulez-vous remonter encore une couple de siècle? plus haut , jusqu'au temps de Tertullien , nous y trouverons également dès-lors l'usage des prières et des sacrifices publics si parfaitement établi dans l'Eglise , que cet auteur n'bé-
(1) Hoe entra à Patribus tradttum unlversa observât leclesia, ut pro. «I qui in Corporis et Sanguinia comnmnione deftincli sunt , cum ad ipspm Sacrificium toco suo commemorantur , oretur , ac pro illis quoque offêrri commemoretur* Serai. 33. de Verbk Apost. Ton. 10. Edit. Frolpn. pag. 40$.
(2) Non sunt pretermittendae supplications pro spiritibus mortuorum, quas faciendas pro omnibus in christianâ et catholicâ societale defunctis etiajR UcitU nominibus quoroniuAque sub geuerali conunecoorationc suaoepft Rcelesia , ut quibus adistud de&unt parentes , aut filii, aut quicunqqaçqgnati , vel amici, ab cm* eis qdûbeaptur pià maire commun,:. Lib. de cura pro mortuis. c. 4. T. 4. Ed. Frob. p. 883,
site point â dire : « Que la femme veuve prit ce pour l'âme de son époux ; qu'elle demande c< pour kâ uû lieu de repos et une heureuse ce part dans la première résurrection ; qu'elle «c fasse offrir tous les Vins le sacrifice an jour m de son décès, car si elle y manque, c'est ce vraiment avoir fait , autant qu'il détend d'elle , « une espèce de divorce avec lai (1 ). »
U parle ainsi dans un livre composé dans un Age déjà fort avancé, et il assure qu'il n'y avait que cent soixante ans que saint Paul avtât écrit sa première Epltre aux Corinthiens (2). Or , si dès-lors l'usage des anniversaires était si bien établi dans l'Eglise , sans que néanatokis TertulUen eût aucune connaissance de leur origine , n'est-il pas visible que les prières et les oblations publiques pour les défunts ne doivent pas être moins anciennes que le christianisme même.
Saint Cyprien * assed voisin du temps de TertulUen, écrivant au* prêtres H aux diacres de Fûmes, leur dit : « qu'il ne faut ni prie», ni « faine des oblation* pwar un nommé Victor , « décédé, pour 1* punk d'avoir, centre la ce défense des évècfùes f osé charger le prétafe c< Fanstki de la tutelle dâ se» enfants (3). »
(4) Pra anima ejotferet, «* rtafrigmium iatam adportalet el, tt i* prima resurrectione consortium , et offerat an nais diebus dormition» ejua. Nam hase ni fecerit , rerè repudiatit , quantum in ipsÀ est. tib. de Monogamiâ, Ed. Froben. p. 578.
(2) Pag. 572.
(8) Crm Victor contra formant noper in condfio I ncerdet&ntt datant gemfnfam Panstittvni presbyte* om ansna ait actorett constittfeTe' . flou est qnod pre defmîttoae efna apud toa fiât ebfatld t ant deprevâtw aln|na aomine ejui in Eccleaiâ frequentetnr. Ed. rVoben. p. 33.
(Tétait donc la coutume de l'Eglise d'offrir des prières et des sacrifices pour chaque fidèle après sa mort , puisqu'on ne privait Victor de ce secours que pour avoir contrevenu aux ordonnances ecclésiastiques , ftet afin d'empêcher par cet exemple les autres fidèles de tomber dans la même faute.
Ce sont là , Monsieur , des preuves à contenter tout esprit raisonnable ; en voici une encore plus propre à déconcerter ceux qui resteraient encore. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, s'était chargé vers le milieu du quatrième siècle et avant même d'être élevé à Pépiscopat , du soin de faire des instructions familières aux cathécumènes , et dans ses explications détaillées de tout ce qui se pratiquait dans la célébration des divins mystères , il leur dit: « Nous prions en dernier lieu ce pour ceux qui sont décédés parmi nous , concc vaincus que leurs âmes reçoivent beaucoup ce de secours du sacrifice redoutable de nos « autels et des prières qui l'accompagnent (1 ) . » J'ai déjà cité ailleurs ces paroles ; mais comme elles sont décisives pour le point dont il s'agit ici , et qu'elles ne laissent aucun lieu de douter de la pratique où était l'Eglise dès les premiers siècles d'employer le ministère public pour le soulagement des défunts , j'ai cru qu'elles méritaient une nouvelle attention. Vous y voyez, Monsieur, que les prières pour les morts fai-
(1) Denique pro omnibus oraraus qui inter nos vitâ functi sant , maximum esse credentes animarum juvamen , pro quibus offertur precatio sancti illius et tremendi quod in altari po^UojQ ett Sacrifiai. Galh» Wjs- U|% 5. Typîs ^eroo, Drouart, p* %iU
saient partie de la liturgie du quatrième siècle , et vous jugez bien que cette liturgie était bien plus ancienne que le temps auquel saint Cyrille l'expliquait. Vous ne doutez pas non plus que cette liturgie ne servit de règle à toute l'Eglise grecque , puisqu'on croyait devoir l'expliquer à ceux qui se disposaient à recevoir le baptême ; et il est également certain que les pratiques dont elle prescrivait l'observance , ne pouvaient avoir d'autre fondement que la foi générale des peuples.
Oui , Monsieur , c'était dès-lors un dogme de l'Eglise , et tous les chrétiens de la terre reconnaissaient comme un point de créance nécessaire , qu'il faut prier et offrir des sacrifices pour les morts. Aërius , pour avoir osé enseigner le contraire , est resté flétri pour jamais du nom infâme d'hérétique. C'est ce que nous voyons dans le catalogue dressé par les Pères , des hérésies suscitées dans l'Eglise depuis le commencement du christianisme jusqu'à leur temps. Quatre différents Pères ont dressé , chacun séparément et en différents siècles , ce catalogue : saint Epiphane , saint Augustin , saint Jean Damascène et saint Isidore de Séville (1 ) . Or , ils se sont accordés tous quatre à placer Aërius parmi les hérésiarques. Le premier article qu'ils lui reprochent , comme la plus criminelle de ses erreurs , est d'avoir enseigné qu'il ne faut pas prier ni offrir de sacrifices pour les morts ,
(1) Epiph. Haer. 55. T. 4. Ed. Palavii. p. 907. Aug. Iter, 53. T. 6, Ed. Froben. p. S5. Damasc. Ed. Basil, p. 381.
250 ONZIÈME LETTM.
et c'est ce qu'ils condamnent en lai comme une véritable hérésie.
Je comprends, Monsieur, comment vos ministres qui ne se piquent pas d'un grand respect envers les saints Pères , pourraient , sans beaucoup de scrupule , témoigner s'embarrasser assez peu de l'autorité de ces quatre Docteurs ; mais ce qu'il y a de fâcheux pour eux: , c'est que ces quatre Pères ne nous disent pas ici leur sentiment particulier, ils rapportent seulement le sentiment universel du christianisme. Us donnent pour dogme ce qui passait et avait toujours passé pour dogme ; pour hérésie ce qui passait et avait toujours passé pour hérésie. Les soupçonnera-ton d'avoir ignoré la religion chrétienne jusqu'au point de traiter d'hérétique une doctrine saine et Orthodoxe ? ou les eroira-t-on assez injustes pour avoir flétri malignement la mémoire d'Aërius par une censure outrée ? et comment ne se serait-il trouvé personne qui se fût mis en peine de leur faire connaître ou leur bévue , ou leur excès , en prenant en main la défense de l'innocent ?
Vous n'en disconviendra pas , Monsieur , on enseigne chez vous qrfil ne tout point offrir de sacrifices pour les morts* Vos théologiens trouvent fort à redire qp&mns offrions l'Eucharistie en sacrifice : ils * eprt^pndamnent hautement la pratique ; or , s'ils rejejjfrnt absolument le sacrifioe de l'autel , commeut pourraient-Us convenir de la nécessité ou de Futilité de ce sacrifice, lorsqu'il s'agit de l'offrir pour les morts? les voilà donc - sitf^Jçp point de même sentiment
qu Aërius-, condamnés comme lui par les quatre Pères , par tonte l'Eglise de leur temps et par celle des siècles suivants..
Il est triste , Monsieur , de se trouver engagé dans une doctrine qui depuis douze à treize siècles, pour ne rien dire plus, a passé constamment pour hérétique; On a beau chercher à se rassurer par l'idée flatteuse qu'on s'est faite de. ne rien croire que de conforme à la pure parole de Dieu f un jugement de l'Eglise aussi marqué , aussi constant, aussi universel, est bien capable d'inquiéter une conscience formée comme la vôtre à l'honneur et à la vertu. Si une obstination déterminée fait fermer les yeux à certaines gens pour ne rien voir et ne rien comprendre , votre droiture et votre probité , Monsieur , vous laissent sans doute assez de lumière pour concevoir le danger de penser sur certains points de religion , comme ont pensé des hérétiques flétris par le jugement de la plus savante antiquité.
. Que MM. vos ministres viennent donctfégayer et plaisanter sur nos charitables soins envers les défunts; quils cherchent â tourner en ridicule les prières et les sacrifices offerts, pour eux , nous les renverrons au catalogue des anciennes hérésies . Instruisez-vous , leur dirons-nous1, de ce qu'a enseigné Aërius ; voyez si votre doctrine n'est pas entièrement la même que la sienne; et si vous ne pouvez y remarquer de différence , comme certainement vous n'y en remarquerez jamais aucune , cessez de vous faire un sujet de joie et d'applaudissement de vous voir associés
à on infâme hérésiarque. Il serait honteux pour vous de yods dire ouvertement ses disciples; peut-il y avoir moios de honte de soutenir la même doctrine, et de ne pas vous apercevoir qu'elle vous rend également coupables? Je ne sais , Monsieur, si je me trompg ; mais il me parait qu'un reproche semblable , fait avec tant de raison et de justice, nous vengera toujours bien assez de toutes les fades railleries qu'on voudra nous faire sur nos pieux empressements en faveur des morts. Oui , je m'assure que si le reproche est bien placé , il arrêtera toutes les saillies burlesques , et donnera aux esprits bouffons beaucoup plus de confusion qu'ils n'auront prétendu nous donner de ridicule.
Je pense , Monsieur , avoir suffisamment démontré que la prière pour les morts se trouve trop autorisée et fondée sur trop de preuves, pour pouvoir être traitée d'abus ; c'est la première proposition que je me suis proposé d'établir; je passe présentement à la seconde, où je ferai voir par des raisons également solides et pressantes que rien n'est mieux lié avec la créance du Purgatoire, ni plus propre à en prouver la vérité que la même prière pour les morts.
sua LE PURGATOIRE. 253
DEUXIEME PROPOSITION
RIEN N'EST PLUS PROPRE A PROUVER LA VÉRITÉ DtJ PURGATOIRE QUE LA PRIÈRE POUR LES MORTS.
Vous aurez, Monsieur, tout sujet d'être surpris des Tains efforts que font vos théologiens pour prévenir une conséquente qui les incommode ; rien ne vous fera mieux sentir l'embarras où ils se trouvent que la nécessité de recourir à une défaite , qui certainement n'est pas capable de vous donner grande idée de leur sincérité. J'ai à leur reprocher de faire paraître dans leurs réponses beaucoup plus de subtilité que de droiture et de bonne foi. Jugez , Monsieur, si c'est injustement que je leur en fais le reproche ; vous ne pouvez manquer d'être favorablement disposé à leur égard , je le sais ; mais votre équité et notre bon droit me rassurent contre toutes les impressions de la faveur.
Rien n'est plus simple ni plus naturel que notre manière de raisonner sur la pratique si parfaitement établie de prier pour les morts. On a toujours prié pour les morts , disons-nous ; donc on a toujours cru que les prières pouvaient leur être utiles ; donc on a toujours cru que les âmes des défunts pouvaient avoir besoin de secours et qu'on pouvait leur en donner ; donc on a toujours cru qu'il y avait un troisième lieu
254 ONZIÈME LETTRK .
distingué do paradis et de l'enfer; car on sait assez que les âmes admises dans le paradis n'ont plus besoin de secours , et que les âmes condamnées à l'enfer ne sont pas en état d'en recevoir : c'est ce troisième lieu que nous nommons le Purgatoire. Voilà, Monsieur, des conclusions dictées par le bon sens , par la droite raison , par ce rayon de lumière que la sagesse divine nous a communiquée pour nous conduire sûrement dans la recherche du vrai; mai» que disent à cela MM* vos ministres ? et qa'opposent*ils if des conséquences si justes et si légitime»? .......
Ils nient q*té l'objet des prières faites dans l'ancienne Eglise pour les morts , ait été de leur protttf et dû soulagement , et prétendent qtfea priant pour les morts on avait seulement en vue de faire d'eux une honorable mention 1 de marquer l'affection dont on était pénétré pour eux i de remercier Dieu des grâces dont ils avaient été comblés , de se souvenir des promesses divines * gagé sacré de leur glorieuse résurrection, et de donner quelque consolation à leurs parents et à leurs amis affligés. C'est ainsi qu'en parlent les plus célèbres professeurs des univer sites de Brunswick et de Jena>-(1) 1 et généra-
(1) Fuiront iuqu£ orationës p* mous M>i» «artiâfadlioaé* pfe pée-> calis mortuorum , sed public» celebrationes et obaignationes promissiotitim dïvirtarum de retitfssionè peccatorum , requie et salute pie defunctorinn , itt^tationei et> exhorta tiontâ vivertitun , coosolaiiones et exhorte* tiones lugentiam 9 et .declarationes piarom aflectiODum animi erga defunctos, Kemnit.'in S.'part. Exam. Ed. Francof. p. 166. N. 10. 20.
Iiett*Jûori. Cfattrti&s'ft&em verbfe. In Cotifes*. Calïi. 1. 2. part 2. art. 9. Ed. Francof. p. 985.
lement tous les théologiens de la confession d'Ausbourg qoi ont écrit sur ce sujet.
Or je dis , Monsieur , que cette réponse ne montre pas assez de droiture et de bonne foi ; car les mêmes auteurs qui nous apprennent l'usage où ont été les fidèles des premiers siècles de prier pour les morts , nous apprennent en même temps , dans quelle intention se faisaient ces prières , et marquent expressément qu'elles avaient pour but de procurer du secours et du soulagement aux âmes des défauts. Si ces auteurs méritent d'être crus sur le premier article , pourquoi ne mériteraient-ils pas d'être crus sur le second , et si tos théologiens ont assez de bonne foi pour reconnaître l'ancienne pratique de prier pour les morts , comment n'en ont-ils pas assez pour convenir de l'objet et de la fin de ces prières , puisque ces deux points sont également attestés , et par les mêmes témoins?
Tertullien qui recommande à la femme veuve de prier soigneusement pour l'âme de son mari défont , ne lui dit-il pas en même temps <? de « demander pour lui du rafraîchissement; >e- « frigerkan { t) , *> c*est-à*dire tin adoucissement de peines , ou une délivrance" totale de toutes souffrances. Kemnitius prétend et que dans le « style de Tertullien , il faut seulement entendre c< par le mot de rafraîchissement , la paix et le ce repos dont jouissent les âmes dans le sein
(1) Pro aaimâ ejus oret , et refrigerium adpoftalet ci. In lib. de Ntonog.
E«l. Frobcn. \u 578.
ce d'Abraham en attendant le jour du juge* ce ment (1). » Mais quand nous consentirions à cette explication , ne sera-t-il pas toujonrs vrai que Tertullien exhorte la veuve à demander un état de repos et de tranquillité pour l'âme de son mari? il suppose donc, comme il fait supposer à la veuve , que Pâme du défunt n'y était pas encore arrivée , et que les prières de la femme seraient utiles pour l'aider à y parvenir.
Saint Cyrille de Jérusalem , en marquant si positivement que pendant la célébration des divins mystères on ne manquait jamais de faire mention des défunts, n'ajoute-t-il pas incontinent , qu'on le faisait dans la persuasion ce que ce les âmes des défunts reçoivent beaucoup de ce secours du très saint et très respectable sace crifîce de nos autels (2)? » Et quand il veut expliquer de quelle manière les prières et le sacrifice peuvent être profitables aux âmes , ne se sert-il pas de la comparaison d'un roi qui après avoir envoyé en exil un homme dont il aurait reçu quelque outrage , s'adoucirait à la vue d'une riche couronne offerte par les pro* ches du coupable , et se porterait à le rappeler ? ce C'est ainsi , dit-il , que nous offrons pour les ce défunts, malgré leurs péchés, non pas une ce couronne de prix, mais Jésus-Christ mis à ce mort pour nos péchés ; et nous l'offrons afin
(1) In 3. parte Exam. p. 165. N, 10.
(2) Maximum credentes esse animarum juvamen , pro quibus offerlar precatio sancti et tremendi , quod in altari positum est SacriGcii. Catech. ftfystag, V. Ed. apud Hycr. Drouart. p. 211.
ce de rendre propice , à eux comme à nous , ce ce Dieu si porté .de sa propre nature à la déçu mence (1). »
Telles sont les instructions que le saint évoque donnait aux cathécumènes sur les pratiques de l'Eglise ; il s'agissait de leur en donner des idées nettes , justes , précises , qui fussent communes à tous les chrétiens, et auxquelles personne ne pût trouver à redire. José demander , Monsieur , si Ton peut rien dire de plus favorable à notre cause que toute cette explication de saint Cyrille, et si Ton peut rien imaginer de plus accablant pour ceux, qui en convenant de l'ancienne pratique de prier pour les morts , osent nier qu'on ait eu en vue de leur procurer du soulagement.
Penserez-vous , Monsieur, que le grand Constantin , le premier empereur chrétien , en choisissant le lieu de sa sépulture dans l'église des douze Apôtres , et en marquant le désir qu'il avait de participer aux prières des fidèles , ne se sera proposé que de rassembler autour de son tombeau quelques sujets fidèles et zélés pour remercier Dieu des grâces que leur empereur en avait reçues, se consoler de sa mort, se fortifier dans l'espérance d'une glorieuse résurrection? Croyez-vous que sainte Monique, en témoignant avoir si fort à cœur qu'on se souvint d'elle après sa mort, à l'autel , aura seulement
(1) Ad eumdem modum et nos pro defunctia precaliones adhibente* qnamvb sint peccatores , non quidem oorooam plectimns , sed Christum , pro nostris peccalis mactatum oiïerimas, «t et nobis et illis eum qui est berignittimaê propitium reddamas. Ibidem.
256 ONZIÈME LETTBB. '
désiré que les prêtres fissent d'elle une mention honorable dans l'église? est-ce,lâ un désir digne de cette femme forte, dont la grande âme a témoigné tant de mépris pour tout -ce qnï pouvait lui Caire honneur après sa mort, et servir à conserver sa mort auprès de k postérité ?
Qu'on pense pitoyablement quand on s'est une fois livré à l'obstination l II arme bien souvent que des hommes consommés dans la littérature ne voient pas !e ridicule d'une pensée, tandis (pie tout homme d'un sens droit , n'eùtîl aucune teinture des lettres , l'aperçoit du premier coupdVcil. Je ne croirai pas faire tort à MM. vos ministres en disant qu'ils sont dans le cas marqué. S'ils faisaient plus -d'usage de ïews lumières naturelles , ils s'écarteraient moins des autres hommes dans leur manière de penser , et ne donneraient pas des tours si étranges aux questions <jui en sont le moins susceptibles.
Vous avez vu , Monsieur , que saint Jérôme loue PaïnttiacMus d'avoir répandu des aumônes au Keu de fleurs sur le tombeau de sa femme ; mais 'quel était Peflfet de ces aumônes dans l'idée du saint Docteur ? ne le fait-il pas assez connaître en les nommant ? ce Un baume précieux ce que Païnmachius répandait &ur les cendres et ce les ossements de Pauline (1 ) ? » Que peut m arquer cette -expression figurée , sinon que comme le baume est propre à guérir les plaies et à rétablir les parties affligées, de même aussi les aumônes faites par Pammachtus devaient avoir
(I) Sanclam favillam , ossaqoe venmBda eleemosyn© balaamk rigat. Ej». 54. ad Pamach. T. 4. Ed. Martianay , p. 585.
la vertu de donner du soulagement à ftme de la défunte ? (Test bien sûrement la pensée du Saint, puisque pour la mieux marquer il cite au même endroit le passage de l'Ecclésiastique : Comme Peau éteint le fait , ainsi t aumône efface
le péché (1).
Saint Àmbroise dit dans l'oraison funèbre de l'empereur Théodose , ce que l'ayant cousce tamment aimé, il le suivra jusque dans la ce région des vivants , et ne l'abandonnera pas ce jusqu'à ce que par ses larmes et ses prières ce il Tait fait entrer dans le lieu où ses mérite tes l'appellent, sur la montagne sainte du ce Seigneur, oîi Ton jouit d'une vie qui ne finira c< jamais (2). » H croyait donc que Pâme de l'Empereur pouvait n'être point encore- arrivée à la région des nvants , et que ses prières pourraient lui être de quelque secours pour hâter sa félicité.
Saint Paulin , évèque dé Note, contemporain de saint Ambroise et de saint Augustin , écrivant à Pévèque Delphin, lui recommande Tàme d'un frère chéri qu'il venait de perdre z te Faite tes si bien , lui dit-il , tjue Dieu accorde te cette àme à vos prières : puisse votre rare ce vertu par le crédit qu'elle vous donne auprès te de Dieu , faire couler sur efie quelques goutte tes de rafraîchissement (3). » Ces paroles
(f) Socles. 3. 35.
(S) Dilexi et ideo proseguor eum usque ad regionem worum , nec deseram donec fletu et precibus inducam virum quô sua mérita vacant p în montera tanctum ubi perennis vita . etc. T. 2. Ed. Par. p. 1*0**
(3) Ut oratiooibus lui» condonelur UU , ut et illini anima* tel de
2ti0 ONZIÈME LETTRE.
n'ont certainement pas besoin de commentaires On y voit assez que les fidèles du quatrième siècle en priant pour les morts , se proposaient une fin bien différente de celle qu'il a plu à MM. vos ministres d'imaginer.
Vous avez, Monsieur, trop bonne opinion de saint Augustin pour vous persuader qu'il ne sait pas ce que les fidèles de son temps avaient coutume de demander à Dieu dans leurs prières pour les morts. Vous ne croirez pas non plus qu'il ait voulu se distinguer des autres fidèles dans sa manière de prier pour eux. Or, de quelle manière priait-il pour sa mère défunte ? Nous le voyons au neuvième livre de ses Confessions , oii , après avoir marqué les circonstances de sa mort et le vif regret qu'il en avait ressenti, il dit à Dieu : ce Seigneur, je ce vous prie pour les péchés de ma mère ; exauce cez-moi, je vous en conjure par ce divin c< Sauveur , remède de nos blessures , qui a ce été suspendu au bois de la Croix , et qui, asce sis maintenant à votre droite , ne cesse point ce d'intercéder pour nous. Je sais qu'elle a prace tiqué les œuvres de miséricorde, et qu'elle ce a pardonné de tout son cœur les offenses ; ce pardonnez Jui aussi , Seigneur, pardonnez-lui ce et n'entrez point avec elle en jugement (1). »
raÎDino sanctitatis tua? digito distillai» refrigerii gatta respergat. Ep. 5 , ad Delphinum. T. 6. Bibl. Pat. Ed. Lugd. apud Anissonios , p. 200.
(1) Nunc pro peccatis matris me» deprecor te, exaudi me per medicinam vuloerum nottrorum quae pependit in ligno , et sedens ad dexteitfm tuam interpellât pro nobis. Scio misericorditer operatam , et ex corde dimisiase débita debitoribtts suis ; dimitte illi et tu débita sua, <limitte Domine , obsecro , ne intres cum ca in judicitim. Lib. 0. Conf. c. 13. T. 1. Ed. frob. p. 160.
SUa LE PURGATOIRE. 261
ce Mais , dit Kemnitias , saint Augustin marci que au même endroit , qu'il croyait que le ce Seigneur avait déjà fait miséricorde à sa « mère , et quil le priait d'approuver et de ci ratifier les désirs de son coeur (î). Vous le ce voyez donc, ajoute ce ministre ; ce n'était ce pas pour la délivrer des peines du purgace toire u ni pour apaiser la justice divine que ce saint Augustin faisait cette prière ; c'était ce uniquement pour marquer sa pieuse affection ce envers sa mère (2). »
En vérité, Monsieur, il faut bien peu de chose à Kemnitius pour lui relever le courage. Oui , saint Augustin croyait que Dieu avait déjà fait miséricorde à sa mère, c'est-à-dire, il l'espérait , il le présumait ainsi de la bonté divine et de la sainte vie de sa mère (3) ; mais comme il ne s'en tenait pas parfaitement assuré , il pensait ne pouvoir prendre trop de précautions pour ne pas laisser l'âme de sa mère exposée au danger de manquer de secours ; et c'est pour ce motif que non content de prier pour elle dans son particulier, il eut encore soin ce que le sacrifice du prix de notre Rédemption , ce (c'est ainsi quil appelle le sacrifice de la mesce se) fût offert pour elle en présence de son
(1) Credo quod jam feceris quae rogo, «ed volantaria oris mei approba. Ibidem.
(î) Audis Augustin um orare pro maire su& , non quod exislimet eam in cruciatibus purgatorii hasrere , aut adhuç io judicio Deî peccatis obnoxiam teneri; crédit enim jam aasecutam quod rogat ; causam vero orationii assignat, quod ait benA affecta voluntatis erga matrem desideriun», 5. Part. Exam. Ed. Franoof. p. 173. N. 30.
(S) Fiducialiter eperamus aliquem apud te locum inTenire iudulçenliae Mb, 9, Conf. c. 13. T. \ . Ed. Frob. j>. 160.
262 ONZIÈME L8TTBB.
a corps* immédiatement avant que d'être porté et en terre (1). » U recommanda de plus y l'âme de sa mère aux prières de tons ceux qui viendraient à .lire sts Confessions, « afin, ce comme il le dit an même endroit, de satis- « faire pins amplement an désir qne cette ce sainte femme avait marqué en sentant les ce approches de la mort (2). *>
N'arrive-t-il pas tous les jours parmi nous , malgré la persuasion où nous sommes de la vérité du Purgatoire , qu'à la mort d'un homme d'une probité reconnue , on entende dire à aes amis : c'était un grand homme de bien, je le crois en paradis , sans quer pour cette raison ils se dispensent de faire des prières et des aumônes pour lui. C'est qu'on croit ne pouvoir prendre trop de sûretés , quand il s'agit de hâter et d'avancer le bonheur éternel d'un âme pour laquelle on s'intéresse spécialement.
Mais qu'y a-t-il de plus étonnant que de voir Kemnitius entreprendre de prouver par cet endroit des Confessions de saint Augustin , « que a si Ton priait pour les morts en célébrant le ce Sacrifice, ce n'était point pour obtenir la récc mission de leurs péchés (3). » Kemnitius
(I) Cam offerretar pro eâ sacrificiam pretii nostri , jam juxta sepulchrum posito cadavere priusquam depooeretur. L. 9. c. 13. p. 159.
(S) Qaotquol h$c legeriot , meminerint ad altare tuum Motrice famute ta».... ut quod illa poposcit extremum f uberius ei praestetur in multorom oratiombus. Ibidem y p. 161.
(5) Ex eàdètn etiam Confessione colligî potest, quo sensu , et quâ; ratkme in âctione admlnistrationis Eucharistie facta fuerit commempratio defunctorum , non ut opus illud esset satisfactio , aut propitiatio pro peecatis mortuçrum. Hewnit. part. 5. Eron. ÇçJît« Francof. pag. 175.
SUa LE PURGATOUB, 263
ignorait-il que selon la doctrine expresse de saint Augustin, les prières, les aumAnea et les sacrifices offerts pour les morts % opt la vertu de leur rendre Dieu propice ? c'est ce que le saint Docteur enseigne dans deux de ses livres, répétant mot pour mot les niâmes tenues, comme pour faire voir que c'était une «Loctriae bien méditée , et dont il avait tout lion dvétfe parfaitement content.
Voici comme il parle dans ua recueil de saintes maximes adressé à un seigneur romain nommé Laurent , et dans un autre livre oh il . répond à huit questions qui lui avaient été proposées par Dulcitius : ce On ne peut disconvenir ce que les âmes des défunts ne soient soulagées ce par la piété de leurs proches, lorsqu'on offre ce pour elles le sacrifice du Médiateur , ou que ce pour elles on fait des aumônes dans TEgljr cc se ; mais ces bonnes œuvres ne profitant qu$ ce ceux qui durant leur vie ont mérité d'en r$* ce ce voir du profit après leur mort. Car U y a ce une manière de vivre qui n'est ni a$stz* ce bonne pour n'avoir pas besoin de ces sortes ce de secours après le trépas , ni assez, maucc vaise pour que ces secours soient inutile*. au ce défunt.., Lors donc qtfon offre les sacrifices « de l'autel ou de l'aumône pour les fidèles tré* ce passés , ce sont des actions de grâces envers ce Dieu pour ceux qui sont parfaitement bons , ce et des titres de rémission pour ceux qui ne ce sont que médiocrement mauvais ; quant & ce ceux qui sont entièrement mauvais , toutes ce ces pratiques ne leur sont d'aucun secours ,
ce mais ne peuvent servir qu'à donner unei « espèce de consolation aux vivants (1)v *> Vous voyez , Monsieur , bien clairement , qu'an sentiment de saint Augustin le sacrifice de la messe offert pour les défunts, ainsi que les aumônes et les prières faites pour eux, ont une vertu d'expiation , et achèvent d'acquitter les droits de la justice divine.
Que penser après cela de Kemnitius , qui par des raisonnements de sa façon prétend faire dire à saint Augustin tout le contraire de ce que ce Père a pris à tâche d'enseigner le plus clairement possible dans deux de ses livres (2) ? c'est ce que Kemnitius ne pouvait ignorer, puisqu'il cite lui-même' les paroles de saint Augustin, et qu'il les cite même pour les condamner (3). Est-ce ainsi qu'on en use, quand on a une véritable droiture d'esprit, et qu'on affecte la gloire de ne s'occuper uniquement que de la recherche de la vérité ?
Mais ce n'est pas là le seul reproche que j'ai à faire au professeur de Bruns wick ; il soutient
(4) Neque negandum est defunctorum animas pîetatesuorumrelevari, cum pro Mis Sacrificium Mediatoris offertur , vel eleemosynae in Ecclesia; fiant ; sed eis haec prosunt, qui cum viverent, ut haec sibi postea prodèsse possent meruerunt. Est enim quidam vivendi modtis nec tara bonus ut non requirat iatâ post mortem , nec tam malus ut ei non prosint
ista post mortem Cum ergo sacrificia sivé altaris , sive eleemosyna-
rum pro baptizatis defunctis omnibus offeruntur , pro valdè bonis gra-' tiarum actiones sunt , pro non valdé malis mormATiONEssunt, pro valdè malit , etsi nulla sunt adjumenta mortuorum, qualescunque consolationes vivorum sunt. I» Enchirid. ad Laurent, cap. 110. T. 3. Ed. Frobl pag. 491.
Item , ad quaest. S. Dulcitii , T. 4* Ed. Frob. p. 695.
(«) Pag. 175. N.40. 50.
(5) Pag. 175. N. 40.
sua LE PUR0ATOIRB. 265
que saint Augustin ne parle qu'avec doute et incertitude du troisième lieu , où nous prétendons que les âmes reçoivent du soulagement par les prières et les aumônes des fidèles , et qu'il laisse à chacun la liberté d'en croire ce qu'il lui plaira (1). Examinons cette assertion; car il n'est point indifférent au sujet que je traite , de nous assurer sur ce point du véritable sentiment de saint Augustin; il nous fera connaître, non-seulement si Kemnitius a été juste et équitable dans son observation, mais aussi jusqu'à quel degré d'incertitude est allée la créance des ancierjs , touchant l'article du Purgatoire.
Voici comme le saint Docteur s'exprime dans son trente- deuxième sermon sur les paroles de PApôtre : « Il ne faut pas douter, que les ce âmes des trépassés ne soient soulagées par ce les prières de la sainte Eglise , par le Sacricc fice salutaire , et par les aumônes distribuées ce à leur intention ; l'effet de ces bonnes œuvres c< est d'obtenir de Dieu que les âmes soient « traitées avec plus de clémence que leurs pé- « chés ne Font mérité. . . Qui doute que les ce œuvres de la miséricorde ne soient pour eux ce un utile suffrage ? . . . Il ne faut pas hésiter c* à croire que ces offrandes ne leur soient çc avantageuses (2)... » et dans son recueil des
(I) Satis habet Angastinns ostendisse , non esse certum et firmum dogma, sed dubitatiooem obscuram, ambiguam, 'dubiam, incertain. Kemnit. part. 3. Exam. Ed. Francof. pag. 157. lin. 9. Item. p. 176. lin. 4.
(t) Orationibui tero tancta EcefosisBet Sacrifido salutari , et eleetnn- •juis quae pro eorum spiritibo» erogantur , non sst wjbitawwhi mortau*
instraetiom données au seigneur Laurent ; « Oir ire peut jtiga y que tas âme? ne reçoivent ce beaucoup ds soulagement de la piété de leurs c* proches ^lorsqu'on offre pour elles le sacricc fice du Médiateur , et que pour elles on fait c« des aprataes (1). » U répète la même doctrine* comme je l'ai déjà remarqué , et absolument dans les» mêmes termes en répondant à la seconde question proposée par Dulçitius (2:). Et dao&aoa livre dea devoirs qu'il convient de rendre aux morts , pour répondre à une question qu'on lui avait faite , savoir : s'il pouvait 4tre de quelque utilité de se faire enterrer dans une église où repose le, corps de quelque saint martyr , il dit que la sainteté du lieu peut exciter la piété de ceux qui viennent y faire leurs prières, a et qu'il est hors de doute que des ci prières faites avec un plus grand sentiment ce de dévotion , sont aussi d'un plus grand ce avantage aux morts (3). *>
Remarquez , Monsieur , s'il vous plaît , ces expressions : Il jxe faut pas doutée , On ne peut mBR , Il est hors de doute. Sont-ce là des termes à marquer la foi douteuse et chance-
adpmri * ut cum oit nriserieordius agatur à Domino , quàm eorum pec-
cataneruerunt.*..., q«is oubitkt ei&suffragari opéra misericordiae ?
nos AMBiGENfttnf est ista prodesse defunctis. Serm. 32. de Verbis Apost. T. lO, Ed. Frob. p. 405.
(1) Ncqce regandum est animas 'pietate suorura viventium relevari , cum pro illis Sacrificium Mediatoris offertur, vel eleemosynae ia Ecclesiâ fiant. Enchirid, ad Laurent, c< 110. T. 3. Ed. Frob. p. 190.
(3) Ton), 4. p. 669,
(3) Precanlis affectus cum defunctis à fidelibus carissimis exhibetur , eu» î» i|t prodesse tm rais* BâT» U de «arâ pro mortuis* c. 4. T. 4. £d. Frobenu p, $83.
lante de saint Augustin ? et y troaverea-vous de qaoi vous former une grande idée de Inapplication de Kemnitins à bien prendra la pensée de ce Père, ou de son exactitude à nous la ^apporter fidèlement ?
Je n'ignore pas , Monsieur , que saint Augustin , en parlant sur ce sujet , se sert d'expressions qui marquent quelque doute ; mais si Kemnitins y eût pris garde de plus près, il eût vu que le doute ne tombe nullement anr l'existence d'un troisième lieu , mais sur la qualité des peines que les âmes y Souffrent ; car ce Père ce après avoir dit(t) que le juste trop atoc taché aux plaisirs permis, souffre, quand il ce vient à en être privé pendant le coure de c* cette vie, une cuisante douleur qu'on peut « appeler une espèce de feu, il ajoute qu'on c; peut demander , si l'âme du juste séparée du <* corps souffre encore la même douleur ou le « même feu 9 et si cette douleur et ce feu serre vent à la purifier ? et il répond qu'il n'est pas « hors de vraisemblance que l'âme du juste, ce toute séparée qu'elle est du corps , ressent ce encore la douleur causée par la perte dès ce plaisirs qu'elle a aimés excessivement ; que ce cette douleur fait peut-être une partie du châ- « timent dont Dieu se sert pour la purifier ; ce que pour lai, il ne blâme point ce sentice ment, parce qu'il peut être vrai, et qu'il ce croit assez indifférent de savoir ou d'ignorer
(1) Lib de fide et oper. Teau 4. Edit. Frob. p. 79. Item ad 9. que.'*. Dttlettfi. Tem. 4. Mt> 663. Ile* lib. 91. de GWil. M. cap. 9S. T> *.
ftWh
ci ce qu'il y a à répondre à ces sortes de qûes* cc'tions (1). »
Voilà, Monsieur, le véritable point sur lequel tombent les expressions citées contre nous , comme un indice des doutes et des incertitudes de saint Augustin par rapport à la créance du Purgatoire. Car quelle apparence que ce Père, après avoir enseigné au vingt-quatrième chapitre du vingt - unième livre de la Cité de Dieu , la réalité des peines du Purgatoire comme une vérité constante et indubitable (2) , changé tout à coup de langage , et n'e* parle plus au vingt-sixième chapitre que comme d'une chose tout à fait douteuse et incertaine, ainsi qu'on le prétend ? Et quelle apparence encore , qu'en répondant à la seconde question proposée par Dulcitius , il dise : ce On ne peut nier, que les « âmes des fidèles ne soient soulagées par la ce piété de leurs proches , par les aumônes et c< les sacrifices (3) , » et qu'en répondant à la
(1) Urit eum dolor rerum quas dilexerat amissaram, sednon subvertit , neque consumit ; taie aliquid etîam post hanc vitam fieri incredibile non est. et utrùm itàsit, quaeri potest, Ad quœst. 1. Dulcitii, T. 4. Ed. Frob. p. 663.
Siye ergo in hac vitâ tant&m , sive etîam post hanc vitara talia epae? dam judicia subsequuntur , non abhoret , quantum arbitror , à ratiooe veritatts. L. de Fide et Ôper. c. 16. T. 4. p. 73.
Sive ibi tantùm , sive hic et ibi , sive ideo hic , ut non ibi saeculària quamvis à damnalione venialia concremantem ignem transitons tribulationis inveniant , non redarguo , quia forsitan verum est. Lib. de Ci vit. Dei, ç. 20. Ed. Frob. p. 1316.
(8) Factâ resurreclioue non deerunt . quibus post pœnas qaas patiunttir spiritûs mortuorum, imperliatur misericordia , ut in ignem non mittan tu r aeternum. Lib. Si de Civit. Dei , c. 24. p. 1307.
(3) Neque negandum est defunctorom animas pietate suorum viven* tium releiari , cum pro tllis sacrifierai) Mèdiatoris oflertur , vel eleenw syn» in Ecclesiâ fiant. Ad 2. qusest. Datcitii. Ed. Frob. p. 665.
première , il ait révoqué en doute , s'il y a effectivement des peines passagères après cette vie ? Nons croyons que saint Augustin a en trop d'esprit et de mémoire pour avoir pu donner dans de si étranges variations ; ce serait supposer qu'il à manqué absolument de l'un et de l'autre , si l'on se figurait qu'il a été capable de dire le pour et le contre en moins de deux ou trois pages , et cela plus d'une fois. Il faut donc nécessairement concilier les expressions de ce Père ; celles qui marquent du doute avec celles qui marquent de la, certitude ; et on ne le peut qu'en faisant tomber les unes sur la réalité des peines du Purgatoire , et les autres sur l'espèce et la qualité de ces peines ; il n'y a qu'à lire les textes qui paraissent opposés les uns aux autres , pour sentir la nécessité et la justesse de cette conciliation ; c'est ainsi que nous faisons tomber des mains de Kemnitius les armes dans lesquelles il témoigne avoir le plus de confiance. Enfin après que ce ministre s'est épuisé l'esprit pour mettre saint Augustin dans ses intérêts , sentant assez qu'il n'y réussissait pas , il prend le parti de dire : ce Faudra-t-il donc pren- « dre pour article de foi tout ce qu'Augustin a ce pensé sur ce sujet , uniquement par ce qu'il ce l'a pensé ; ne déclare-t-il pas lui-même qu il ce ne prétend pa$ exiger une entière déférence ce pour ses écrits comme si c'étaient des livres <c canoniques , et ne reconnait-il pas avoir écrit « plusieurs propositions qui peuvent faire la c< matière d'une juste critique (1) ? »
(t),Num verè slalim sine «lU iaquisiiione pro arifculis fidei bec acci-
270 onzième urrxiB.
Non, Monsieur, de ce que saint Augustin ai pensé , nous n'en ferras pas des articles de foi uniquement parée quïl Ta pensé.; mais nous tiendrons pour article de foi ce que saint Augustin nous a donné pour article de foi, car nous ne nous persuaderons jamais que cet incomparable Docteur ait été assez peu instruit de sareHgkm , pour ignorer ce qui de son temps passait pour dogme appartenant à la foi, ou pour simple opinion : or, vous .ares déjà vu, Monsieur, que saint Augustin amis Aérius au rang des hérésiarques para* avoir enseigné qu'il ne faut ni prier, ni offrir de sacrifices pour les morts. Si cette doctrine a été traitée d'hérésie par saint Augustin , donc il a regardé la doctrine opposée comme appartenant <& la foi.
Mais que penser de la condamnation du dogme tTAërius ? peut-on douter que ce dogme n'ait été condamné dans le sens où il a été soutenu , et pour les mêmes raisons sur lesquelles Aërius a prétendu l'appuyer ? Or, quelles sont tes raisons qui lui ont servi de motif et d'appui pour rejeter la prière en faveur des morte? ^lles sont rapportées par saint Epiphane ; ce Père nous apprend qu'Aërius demandait z ce De ce quel avantage peuvent être aux morts les ce prières et les aumônes que les vivants font ce pour eux ?» et qu'il joutait : ce Si les ce prières des vivants pouvaient être de quelque ce secours aux morts , il n'est plus nécessaire de ce faire aucune œuvre de piété, ni aucune action ce vertueuse; il suffira à chacun de s'attacher des
pien(hs<iiutquiaAii$iuUaaBiUaeiuitr«le. p«rt.5.£xain. Ed. Francof . p. 175. N. 20.
SUR LB PUBGATOIRB. 271
ce amis par quelque moyen que ce poisse être , ce et de les engager sur 1a fin «de sa vie , soit et par des prières , soit par des libéralités , à ce s'employer auprès de Dieu pour lui procure rer une exemption de souffrances dans la vie « future (1)*»
fions voyez , Monsieur , qtf Aërius savait fort bien que les chrétiens de son temps cherchaient à donner du secours aux morts z que tfest là ce dont il faisait en eux la critique; que les morte ne pouvaient, à ses yeux, être secourus, ni par les prières , ni par les aumônes ; que sa hardiesse à blâmer la pratique constante des chrétiens et leurs vues , a fait particulièrement le caractère de son crime , «t que «on erreur a consisté à rejeter les prières et les sacrifices, étant pour les morts comme une pratique absolument inutile* Aussi saint Epiphane a-t-il cru ne pouvoir réfuter plus soMdement l'erreur d'Aârius, qu'en donnant une idée nette et exacte des avantages procurés aux morts par la prière des vivants > ce Les prières qu'on fait pour les a morts , dit ce Père , leur sont utiles , quoice qu'elles n'effacent pas toutes sortes de péchés. « Leur utilité consiste & effacer les fautes léce gères qui échappent à notre faiblesse, soit ce volontairement , soit par une espèce de surce prise. Nous prions pour les pécheurs , ajoute
(1) Nam ut virus oret , aut in pauperes bona sua dispensât , quid ex ei re tandem ad mortuum redit? Quod si superstitum preces lis qui ex bac ritâ discesserint, opitulari possunt, nemo pîè deinceps agataliquid , oeijue boni quîdquam faciat* sed amicos sibi aliquos quicamqae ratione ▼etit adjungat , tive pecuniarum largitione , sWe precibus hoc ab illis sub vittrâuetn impetret , ut pro 8* Deum exorent » ut ne illic aliquid incomraodi pitiatur. Hacr. 75. T. 1. Ed« Pctavii , p. 907.
ce ce Père, afin que Dieu leur fasse misera «. corde (1). » Telle est la doctrine que saint Epiphane oppose à celle d' Aërius ; d'où, il est évident que ce novateur ne se contentait pas de rejeter simplement la prière pour les morts* mais qu'il la rejetait dans la persuasion où il était de son inutilité à leur égard. C'est donc et le mépris qu'il faisait de .la prière pour les morts, et le fondement de ce mépris, fondement dont je viens de vous exposer la nature , qui lui ont attiré le blâme et les anathèmes de l'Eglise.
Que voire Mélanchthon nous dise après cela au douzième article de l'Apologie de la Confession d'Ausbourg « que vous ne prenez pas ce parti pour Aërius , que votre sentiment est « fort différent du sien ; qu'il rejetait la prière tx pour les morts comme absolument inutile ; « que pour vous, vous ne prétendez pas qu'elle « soit sans utilité (2). » Vous venez de voir , Monsieur, la vérité : Aërius rejetait la prière pour les morts comme inutile aux morts ; c'est dans ce sens que sa doctrine a été condamnée ; c'est là le véritable point qui a fait son hérésie. Vous prétendez comme lui que les morts ne retirent
(1) Cœternm quae pro morluïs contipiunlur procès, ils utiles suut, tametsi non omnes cul pas extinguunt. Verùm ex eo prosunt , quod picrùmque dam adhuc in tefrâ degimus, sponte aut invili titubemas. Hssr. 75. T. 1. p. 911.
Peccatorum mentionem facimas , ut iis à Domino misericordiam imploremus. Ibidem.
(2) Allegant veleres baereses , et cum bis falsô comparant causam nostram , ut iUâ collatione prœgravenl nos* Epipbanius testatur Aerium sensisse quod orationes pro mortuis sont inutiles , id reprehendit , neque nos pairocinamur Acrio. Art. 12. de Vocabulis Missœ. Typis Christ. Scbolvini , pag. 275*
aucun avantage de la prière faite pour eux; par conséquent vous êtes donc dans le même cas que lui, et il n'est pas possible de rien imaginer pour rendre votre cause meilleure que la sienne, puisque c'est entièrement la même par rapport au point essentiel, et le seul où les chrétiens aient pu voir quelque intérêt. Car quel intérêt les chrétiens de ce tempslà eussent-ils pris à se récrier si fort contre la doctrine d'Aërius , si dans les prières faites pour les morts il ne se fût agi que de faire d'eux une mention honorable , de marquer l'affection qu'on leur portait, de remercier Dieu des grâces qu'ils en avaient reçues de leur vivant ? Supposons , s'il vous plaît , que terreur d'Âërius ait consisté à prétendre que des prières de cette espèce sont peu utiles ou peu nécessaires ; y avait-il là de quoi échauffer si fort les chrétiens contre lui ? le sujet eût-il mérité qu'on le traitât d'infâme hérésiarque ?
Mais les chrétiens menacés de se voir privés du secours qu'ils attendaient après la mort ; et de voir avec eux leurs parents et leurs amis frustrés de leurs espérances futures, ne purent manquer d'être alarmés au bruit d'une doctrine qui devait avoir des suites si pernicieuses. C'est ce qui les arma contre Aërius , c'est ce qui causa contre lui un soulèvement général.
Qui n'admirera après de si solides démonstrations les vains et pitoyables efforts de Mélanchthon pour s'empêcher de passer pour être le disciple ou l'associé d'Aërius ? Il prétend ce qu'Aërius n'a pas été condamné pour
274 ONZIÈME UTTBB.
ce avoir enseigné qu'il ne faut point offrir lef ce sacrifice la Messe en faveur des morts , et que ce nous nous prévalons à tort de sa condamnace tion (1). » Je demande , Monsieur , si saint Augustin et saint Epiphane ne le marquent pas en termes formels (I). Qu'on ouvre leurs livres, et qu'on lise leurs paroles sur le sujet en question ; j'en appelle au témoignage des yeux : ils nous apprendrons bien sûrement quel fond il y a à faire sur les plaintes de votre apologiste, ce Saint Epiphane , dit-il , ne blâme Aërius que ce d'avoir enseigné l'inutilité de la prière pour ce les morts. » Puis il ajoute : ce Nous ne préce tendons pas qu'Aêrius ait eu en cela raice son (3). » Quoi , Monsieur , on ne prétend pas chez vous que les prières soient inutiles aux morts ? Aërius n'a pas soutenu le même point d'inutilité ? Avec quel front votre Mélanchthon ose-t-il donc dire que vous ne prétendez pas prendre parti pour Aërius ? il faut en vérité que l'embarras où Ton se trouve soit bien étrange, lorsque pour cherchera s'en tirer, on est obligé d'avoir recours à des faussetés si manifestes.
Quant à Kemnitius , quelques mouvements qtfil se donne pour n'avoir pas à soutenir les
(1) Falsô citant adversarii contra nos damnationem Aerii quem dicunt propterea damnatum esse , quôd negaverit in missà oblatkmem fieri pro vms et mortuis. Apol. art. 13. Typîs Scholtini , p, 304.
(2) Dicens orare vel offerre pro mortuis obUtionem non opportere. Aug. Hssr. 33. Tom. 6. Edit. Froben. ptg » fS. FMc quidem eiistens Aerianm perfectissimus verùm -amplius doeet, non oportere pro bis , qui dormierunt. Epiph. in Anacephalœti % T. t. Ed. Pttav. p. 148.
(3) Epiphanie* testatur Aerium sonstott quod orationes pro mortuis sunt mutiles , id reprehendit , neque nos Aerio patrocinamur. Apol. art. 13. Typis Scholtini, n. 275.
SDH Lfe PUB6AT01BE. 275
reproches faits aux Aériens , il se garde bien néanmoins de rapporter les paroles précises de saint Angnstin et de saint Epiphane ; il coinprenait parfaitement que tout lecteur protestant ne manquerait pas d'en être frappé; aussi a-t-il mieux aimé embarrasser l'état de la question par des subtilités et par des conjectures de sa façon , que de rapporter les termes mêmes dont les Pères se sont servis pour exprimer l'hérésie d'Aërius.
Le sieur Gérard, professeur célèbre de l'Université de Jena , fort connu par le gros ouvrage qu'il a donné au public sous le nom de Confessio catholica , prend une autre route pour se dérober à la difficulté ; il convient , a qu'au et rapport de saint Epiphane, Aërius a enseic< gné l'inutilité des prières pour les morts ; ce mais il ajoute , que ce saint D octeur ne dit a pas que ce sentiment ait été condamné comme « hérésie par l'ancienne Eglise , qu'il ne le récc fute pas par l'Ecriture, mais qu il se contente ce de le réfuter par la tradition (1). » '
Nous entendons ce que signifie ce langage ; <fe$t-à«dire , que saint Epiphane a eu tort de mettre le dogme d'Aërius au nombre des hérésies : c'est-à-dire , qu'il s'est trompé avec saint Augustin, avec saint Jean de Damas, avec saint Isidore de Séville, qui tous l'ont également
(1) Epiphanius quidem haer. 75. scribit , Aerium docoitse mortuis vi- *orum preces non predesae, sed eam sententiam in Aerio ab Ecclesiâ an • tiqoi damnatam esse non dicit , eamque non ci allô scriptune loco , sed tantàtn ei tradilione I Painbut accepta réfutât. Lib. fc. part. *. Art. 9. Ed. Praacof, p. 08$. Coi. t.
276 OftZlfiMB LETTRE.
inséré dans leur catalogue ; c'est-à-dire, que ces quatre Pères ont erré avec toute l'Eglise de leur temps dont ils n'ont fait que rapporter le sentiment constant, invariable et universel.
Mais à quoi a pensé le sieur Gérard en observant que saint Epiphane ne dit pas que le dogme d'Aërius ait été condamné comme hérésie par l'ancienne Eglise ? prétend-jl donc que l'Eglise du quatrième siècle ne puisse passer pour l'ancienne Eglise , et n'en fasse pas même partie ? Si saint Epiphane réfute ce dogme par la tradition, donc il le réfute par le témoignage de l'ancienne Eglise , car la tradition ne consiste que dans ce témoignage. Quelle merveille que le dogme en question n'ait pas été condamné plutôt comme une hérésie formelle, puisque personne avant Aërius ne s'était encore avisé de le soutenir ? Dès que les Pères le placent dans le catalogue des hérésies , ne font-ils pas assez connaître qu'on Pà regardé de tout temps comme une doctrine pernicieuse et damnable ? les auteurs de ces catalogues n'étaient certainement ni assez ignorants pour ne pas connaître les dogmes contraires ou conformes à la foi , surtout après avoir fait une étude particulière des matières qui y ont rapport , ni assez présomptueux pour qualifier d'hérésie une doctrine qui eût passé jusque-là pour n'avoir aucun venin.
Pour ce qui est de Pautre observation , faite par le professeur de Jena , que saint Epiphane ne prouve pas par l'Ecriture la malignité de la doctrine d'Aërius , c'est là une remarque qui
SUa LE PURGATOIRE. 277
ne peut tourner qu'à notre avantage. Car puisque saint Epiphane traite cette doctrine d'hérésie , uniquement parce qu'elle est contraire à la tradition , sans se mettre beaucoup en peine de faire voir son opposition avec l'Ecriture , il croyait donc comme nous que dès qu'une doctrine attaque la tradition constante et universelle de l'Eglise , elle mérite d'être qualifiée de doctrine hérétique , quand même il ne se trouverait rien dans l'Ecriture pour en faire voir l'héréticité. Nous sommes néanmoins bien éloignés de penser que l'Ecriture ne fournisse aucune arme pour combattre l'hérésie d'Aërius ; car sans parler ici de ce qui sera rapporté plus bas , peut-on voir rien de mieux marqué que le passage du douzième chapitre du second livre des Machabées sur l'utilité de la prière et des sacrifices pour les morts ?
Vous avez vu , Monsieur , par les différentes réponse tirées [de vos plus célèbres théologiens , que ces Messieurs ne s'accordent nullement dans leurs défenses ; les uns soutiennent que leur doctrine n'a rien de commun avec celle d'Aërius , les autres insinuent que c'est la même, mais qu'on a eu tort de la condamner. Pouvaient-ils mieux marquer combien ils se trouvent déconcertés par le fait d'Aërius , qu'en se jetant ainsi dans les routes les plus opposées pour échapper à nos reproches ? cette contrariété de réponses ne fait-elle pas voir un étrange embarras, un grand désir d'en sortir, et de vaines tentatives pour trouver une issue favorable?
Que MM. vos ministres viennent donc au
secours des grands hommes do parti ; qu'ils cherchent à les concilier entre eux , et à sauver la contradiction de leurs réponses ; qu'à force de méditation et d'étude ils imaginent quelque expédient plus heureux pour se purger du reproche de renouveler une hérésie condamnée par toute l'antiquité ; c'est là véritablement une entreprise digne d'eux , mais entreprise qui demande toute leur application, et qui, dès là même , ne manquera pas de leur faire perdre toute la belle humeur nécessaire pour continuer à plaisanter sur le sujet du Purgatoire. Oui , Monsieur , si vos ministres pensent aussi sérieusement qu'il convient , à trouver un meilleur moyen de défense, l'effort qu'ils feront pour parvenir à ce but, le chagrin de ne pas réussir, la honte de rester couverts de la même tache qui rend la mémoire d'Aërius infâme, toutes ces sortes de conversations leur ôteront le goût de la satire , nous nous mettrons entièrement à couvert des traits de leurs railleries • On sait assez qu'une imagination chagrine et fatiguée ne fournit pas de quoi se divertir aux dépens d'autrui ; il faut un esprit libre, dégagé et satisfait de lui-même pour réussir à dire de bons mots. Mais je ne dois pas perdre de vue le reproche que j'ai adressé à vos théologiens, de faire paraître sur l'article de la prière pour les morts beaucoup plus de subtilité que de droiture et de bonne foi. J'ai dit que , forcés de reconnaître l'ancienne pratique de prier pour les morts , ils avaient tord de ne pas convenir également 4es vues que les chrétiens ont toujours eues en
priant pour eux , puisque Tan et l'autre sont également attestés par l'antiquité : crieront-ils à l'injustice et à la supposition ? n'ai-je pas fait voir effectivement que les mêmes auteurs t et dont l'autorité rend témoignage à l'usage constant des prières pour les morts y nous apprennent en méftie temps que l'objet principal de ces prières a toujours été de procurer du soulagement aux défunts ?
Il faut ici rendre justice à Calvin; il a fait ttn aveu incomparablement plus sincère que n'en ont jamais fait tous les Docteurs protestants d'Allemagne , malgré la sincérité dont la nation se pique d'ailleurs. U avoue franchement f que de son temps il y avait déjà plus de treize cents ans 9 et à ce compte il y en aurait aujourd'hui plus de quinze , que l'usage de prier pour les morts, dans la vue de leur procurer quelque secours, était universellement reçu (i). Mais il a joute quelques lignes plus bas : ce Tous se sont trom- <c pés , tous se sont laissés entraîner dans Terce reur (2). » Lorsque Calvin convient d'un fait si bien attesté, il mérite certainement que nous lui sachions gré de sa droiture t et lorsqu'il accuse tous les anciens de s'être laissés entraîner dans Terreur , il fait encore voir qu'il nfa pas craint de dire naturellement sa pensée* Il est vrai qu'il y a bien de k témérité, pour ne pas dire un orgueil insupportable , à préférer ainsi son sentiment à celui dé tous les Pères de TE-
(1) Aille mille et treoentos inpot uau receptum fait , ut pree&tiones fièrent pro defunctis. Lib. 3. IosliU c. 5. $ 10. Ed. imstelod. p. 177, (?) Ipsi , veurts omnes , in errorem abrepti sunt. p. 17É*
glise et de l'univers entier ; il est encore vrai qu'on met absolument en oubli les promesses de Jésus-Christ , en prétendant que l'Eglise universelle soit restée pendant tant de siècles dans une erreur grossière , sans que jamais personne ait pensé à s'y opposer , excepté le seul Aërius , homme flétri et décrié chez tous les partis ; mais enfin , c'est du moins parler sans détour, sans dissimulation , sans vouloir se cacher, à soi - même , ce qu'on ne peut s'empêcher de voir , sans cacher aux autres ce qu'on ne peut se dissimuler ; mais convenir de la prière pour les morts , et ne pas convenir du but qu'on s'est toujours proposé en priant pour eux ; agréer la pratique des anciens chrétiens en leur prêtant je ne sais quelle intention qu'ils n'avaient pas, et en leur dérobant celle qu'ils avaient, c'est là, Monsieur, une subtilité , permettez-moi de vous le dire , qui mérite un peu le nom de subtilité frauduleuse , et ne fait pas honneur à la sincérité allemande.
Il résulte de toutes ces réflexions , Monsieur , qu'on a toujours cru les âmes des fidèles décédés dans un état où ils pouvaient avoir besoin de soulagement , qu'on a toujours cru pouvoir leur en donner , que la charité des fidèles s'est constamment empressée à leur en procurer par les prières , les aumônes , les sacrifices ; et par conséquent, qu'on a toujours été persuadé de l'existence d'un troisième lieu distingué du Paradis et de l'Enfer ; conséquence sur laquelle il n'y a plus à disputer après les solides observations qui ont été faites sur les vaines évasions de
SUa LB PURÔATOIRB. 281
vos ministres. Ainsi, quand nous n'aurions pas d'antres preuves pour justifier notre créance sur le Purgatoire, c'en serait déjà bien assez pour nous; car nous ne prétendons pas être plus sages , ni plus clairvoyants que les chrétiens de l'antiquité et ceux de tous les temps.
TROISIÈME PROPOSITION
LA PBIÉBB POUB LES MORTS IfOUS AUTORISE A CITER POUR LB PURGATOIRE LES PASSAGES QUB NOUS CI- TONS ET A LES ENTENDRE COMME NOUS LES EN* TENDONS.
Nous ne manquons pas de passages de l'Ecriture pour appuyer le dogme qui vous fait peine, et si vous avez vu que la prière pour les morts est très efficace pour prouver la vérité des peines passagères après cette vie , vous allez voir que cette même prière est parfaitement liée avec les passages sur lesquels nous nous appuyons , et qu'elle nous autorise parfaitement à entendre ces passages dans le sens où nous les entendons. Je vous demande , Monsieur, la continuation de cette attention que vous ne refusez point aux affaires dont l'importance vous parait la mériter; or , jamais affaire la méritât-elle mieux que l^i discussion d'un article si intéressant pour votre religion et votre salut ?