‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 13 sur 103 · AU VICE -CONSUL DE SARDAIGNE A VENISE · texte numérisé non relu

AU VICE -CONSUL DE SARDAIGNE A VENISE

Saint-Michel de Murano, 29 mars 1822.

Très-illustre seigneur.

Sur le point de partir pour le Spielberg, j'ose encore implorer une grâce de Votre Seigneurie. Parmi les livres que je désirerais emporter avec moi, il en est quelques-uns que je ne puis me procurer aisément; j'ai donc recours à vous pour vous prier de vouloir bien me les faire acheter. Mon père, ou mon frère ( à qui je ferai part du dérangement que je prends la liberté de vous causer) vous en rembourseront le montant. Ces livres sont : îe Rime di Guido Cavalcanli, i vol. — Il Cortigiano del Castiglione, 1 vol. —Raccolta di prose ad uso delle regie scuole di Torino, 2 Yol. — Sinonimi del Grassi, 2 voi. — Le opere di Dante, à l'exchision de la Divina commedia, c'est-àdire, il Convito, la Volgare eloquenza^ la Vita nuova,

la Monarchia, le Rime : ces œuvres se trouvent réunies en deux volumes, édition écononiicjue de Venise^ et se vendent à part séparés des trois volumes de la Divina commedia. Dans le cas où les libraires ne voudraient par les séparer, je prendrais le tout, le surplus de la dépense ne valant pas la peine d'y songer. A toutes les bontés que je prie Votre Seigneurie d'avoir pour moi, veuillez joindre celle de faire retirer les livres que M. le concierge de Saint-Michel vous remettra en mon nom, et de me les adresser ensuite au S[)ielberg avec ceux que j'ai marqués pour être achetés.

C'est beaucoup oser, et je vous en demande pardon. Ma reconnaissance sera indélébile.

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc.

A M. ONORATO PELLICO.

Adelsbeig, 30 mars 1822.

Mon très-cher père, La permission que m'a donnée mon excellent commissaire-supérieur de vous écrire l'autre jour d'Udine a véritablement rendu la sérénité à mon cœur, et je suis sûr, mon cher papa, qu'en recevant cette lettre, vous et toute la famille aurez été bien consolés d'apprendre de quelle façon généreuse ce commissairesupérieur, que je ne saurais assez louer, en use avec nous dans ce voyage, ne se bornant pas à nous épargner toute mortification, mais nous comblant de tous

les égards que commanch; l'iinmanité, il a encore aujourd'hui la bonté de permettre que je yous écrive pour que ma chère famille se tranquillise de plus en plus en apprenant que mon voyage avance d'ime manière égale et que je jouis d'une bonne santé, parfaitement résigné^ du reste, à la volonté du Tout-Puissant. Nous sommes dans une contrée de Garinthie, à peu de milles de Lubiana. Nous arriverons demain dans cette dernière ville d'où nous repartirons pour le Spielberg. Là j'ai déjà la consolation de savoir que nous serons logés dans un local très-sain et beau. J'espère que je ne larderai pas à y recevoir des lettres de vous, cher })apa; écrivez-moi à mon nom à Brûnn en Moravie , poste restante.

Quand j'aurai de vos nouvelles^ de celles de ma très-chère maman et de toute la famille, je serai pleinement tranquille. Je vous préviens, mon cher papa, que comme il m'a été permis d'emporter avec moi des livres de Venise, et que j'avais besoin de plusieurs ouvrages pour mes études, j'ai prié M. le vice-consul de Sardaigne à Venise de m'acheter les quelques volumes qui me manquaient. La dépense doit s'élever à peu de chose. Dès que vous en recevrez le compte dudit vice-consul , je vous prie de lui en faire rembourser le montant.

Je vous embrasse de tout mon cœur, vous, mon excellente mère, mon cher Luigi, mon cher François, ma chère Joséphine et ma chère Mariette , et je suis, etc.

A MADAME ELISABETH MARCHIONNIl

Très-clièrc madame Bettina ^^

Une grâce dernière ! — Ayez la bonté de faire mettre à la poste la lettre ci-jointe ponr mon père, en payant les (juelques sous d'alïmnchissement obligé.

Je vous embrasse, respectable dame et amie; j^embrasse Carlotta et Gegia. Je salue toute la compagnie. Ma gratitude est inûnie; aimez-moi.

Votre très-affectionné Silvio.

ONORATO PELLICO'

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