‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 15 sur 103 · ODE K · texte numérisé non relu

ODE K

« Non, non, il n'est pas vrai ({ue le temps avec ses dents de fer détruise jusque dans les cœurs et les âmes des hommes le souvenir et l'amité.

(( Il y a trois lustres qu'un orage dispersa un groupe d'amis qui dans la cité lombarde vérifiaient ensemble des com])tes et des registres ^

« L'un se dirigea vers l'Arno, un autre vers le Tibre, celui-ci du côté de l'Adriatique, celui-là versta Dore. Tel resta dans sa patrie pourvu d'un nouvel office ou sans emploi, suivant sa pensée.

« Toutefois en dépit du temps écoulé, à la honte de l'absence, il en est i)lus d'un qui se souvient encore de moi, et lu n'es pas le dernier.

c( Le temps peut éteindre l'amitié, oui une impure

i On ne sera pas surpris de rencontrer ici cet écliantillon du talent poétique du père de Silvio, si l'on veut bien se souvenir, ce que nous avons dit ailleurs, que M. Onorato Pellico s'était fait à Turin un« certaine réputation littéraire par ses poésies lyriques. {Note du Traducteur.)

2 Allusion à l'époque où M. Pellico avait à Milan un emploi très-honorable dont il se vil privé par l'entrée des Autrichiens: aussi qualilie-l-il de lalals l'année et le jour où ils entrèrent.

{Noto de l'Editeur.)

aiiiitió, mais lors([u'cii deux l)dlcs âmes elle brille (rime fiamme pure, il ne peut Taltérer.

« Ainsi (loue, cher Gouza^^a, ([u'il se passe encore autant de lustres (ju'il s'en est écoul(j jus(iu'ici : ton dévouement lldèle sera toujours pr(3cieux à mo;i cœur. »

Vous m'avez écrit, dites-vous, pour voir si mon

à me est actuellement bien disposée en votre faveur. Vous voyez (jue non-seulement en prose mais en vers j'entre dans le sentiment de votre chère lettre. Mais vous, pourquoi si peu de détails? Je ne reconnais ici de votre personne (jue la main^, et je puis soutenir (jue vous êtes vivant. Je vois la date de Ganzo. J'ai habité Milan plusieurs années sans avoir jamais ouï parler de ce pays. Où est-il situé? Qu'y faites-vous? Avezvous un emploi du gouvernement? Quelle charge est la vôtre ? Ètes-vous marié ou encore garçon? Vous ne dites rien. Mais quand on reçoit par la poste une lettre ([ui vous arrive de contrées lointaines, on veut y trouver des choses qui en vaillent le port. Et puis vous vous dites avide d'avoir de mes nouvelles et de celles de ma famille, tandis ([ue vous vous montrez si avare des vôtres. Je veux bien cependant vous satisfaire.

Tant ma femme que moi, nous jouissons encore d'une assez bonne santé. Luigi est avec nous et encore à marier. Après avoir été pendant plusieurs années secrétaire de gouvernement à Gênes, il est depuis quelques autres secrétaire de S. E. le gouverneur de Turin, ancien gouverneur de Gênes. Le troisième garçon, que vous avez connu enfant de belle espérance^ est à présent théologien et chapelain de Sa Majesté.

Les deux filles sont entrées en religion, et je n'ai qu'à en rendre grâce à la divine Providence. Mais comme les tribulations sont aussi une visite dont se sert le Seigneur pour nous ramener à lui , il me reste toujours celle qui concerne mon malheureux Silvio.

Voici huit ans et demi que nous vivons tous dans la l)lus grande désolation pendant qu'il languit et souffre Dieu sait (juels tourments ! Depuis qu'il est au Spielberg je n'ai plus eu la consolation de recevoir une lettre de lui ; seulement on m'a fait quelquefois la grâce de me donner officiellement des nouvelles de sa santé. Il a eu de grandes maladies, mais on le dit à présent rétabli. Toutefois, j'ai besoin de tout mon courage. Viendra à la fin le jour de sa délivrance, mais ce sera grand hasard si je vis jusqu'à ce moment. Il est vrai que, selon mes calculs, il devrait être remis en liberté dans sept ou huit mois, mais j'ai peur de me faire illusion, et ces doutes me tiennent dans une profonde tristesse.

Mais chut ! il me vient à l'idée que, vous trouvant en Italie *, vous pourrez me fournir quelque renseignement qui aille droit à mon fait et me tranquillise.

Il s'agirait de cherchera savoirsi quelques-uns des conq)agnons d'infortune de Silvio auraient déjà été mis en liberté. Je m'explique. Vous savez d'abord que

^ C'était chose commune alors, môme cliez les hommes de quelque litléralure comme élait le père de Silvio, que de regarder le Piémont comme étant hors de l'Italie. 11 est digne de remarque ([ue pendant que le [)òre parlait du Piémont comme d'un pays étranger, le lils piémontuis soullVait si cruellement pour l'Italie sa pairie. {Noie de fEdileur.)

Silvio, avant son départ de Venise pour aller au Spielberg, m'écrivit i)ar deux fois la grâce que S. M. l'empereur avait daigné faire à tous ces condamnés, en leur accordant, comme on le leur annonça, que chaque douze heures de prison seraient comptées pour un jour, de telle façon que la peine énoncée dans l'arrêt de février 1852 se trouvait respectivement réduite en faveur de chacun à la moitié du temps.

La peine de Silvio avait été fixée à ([uinze ans ; par suite de la grâce de S. M. I. R. A., elle aurait donc son terme au mois d'août prochain. Canova, compris dans la même sentence, fut condamné à cinq ans de détention dans la forteresse de Lubiana ; mais aussitôt qu'il eut fait deux ans et demi de prison, il fut remis en liberté et s'en revint à Turin, qui est son pays. Cet exemple m'a confirmé, pour ainsi dire, que la chose était bien comme Silvio me l'avait écrite , mais cet exemple est le seul qui soit venu à ma connaissance, et je voudrais en avoir encore d'autres. Ainsi, par exemple, j'aimerais à savoir si le marquis Giovan Battista Canonici et Guiseppe Delfino, tous deux de Ferrare, et qui dans la sentence de la commission spéciale organisée à Venise contre la société des carbonari, en date du 23 décembre 1821, ont été condamnés à la peine de dix ans de prison dans le fort de Lubiana, j'aimerais, dis-je, à savoir s'ils ont été relâchés au commencement de 1827, puisqu'à celte époque ils devaient avoir accompli leurs cinq années.

J'observe, en outre, qu'un certain Andrea Tonelli de Coccaglio (qui se trouvait compris dans la sentence rendue à Milan en janvier 1824, c'est-à-dire dans celle

où se trouvaient également Gonfalonieri^ Borsieri, etc.) a été condamné à dix ans de prison dans la forteresse du Spielberg : cet individu, d'après le calcul ci-dessus, devrait achever ses cinq ans en janvier 1829, c'est-àdire dans le courant de ce mois-ci.

Yoici donc, mon cher Gonzaga, une occasion où employer votre bonne amitié pour moi, en vous occupant de prendre des renseignements là ou là , vous aidant de toutes vos relations et connaissances pour parvenir à savoir si les deux messieurs de Ferrare ont été relâchés du château de Lubiana après cinq ans de détention, c'est-à-dire au commencement de 1827.

Puis enfin chargez quelqu'un de Goccaglio de vous avertir dans le cas où M. Andrea Tonelli reviendrait chez lui, sortant de la citadelle du Spiell)erg, à l'échéance de ce mois-ci ou dans le courant du mois prochain. Vous me ferez ensuite l'amitié de me rendre exactement compte de tous les détails que vous aurez pu réunir K Mais le papier me manque, et je finis en vous embrassant, en vous saluant et vous souhaitant toutes sortes de prospérités. Adieu. Je suis de tout cœur votre très-affectionné ex-collègue et vieil .ami Onorato Pelhco.

^ Gonzaga , dans sa réponse, rend minutieusement compte du résultat des recherches faites pour son ami,

{Note de rÉcliteur.)

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