ONORATO PELLICO A LUIGI GONZAGA
Turin, le 20 avril 1833. (Oh ! quel anniversaire il me rappelle toi^jours!)
Très-cher et très-aimable ami,
ParM. Locatelli qui réside en cette ville et que je ne connaissais pas, j'ai reçu hier matin et avec grand plaisir de vos nouvelles en même temps que la lettre que vous lui avez remise pour moi, et qui m'apprend le superbe mariage que vous avez contracté à Bellagio. Permettez-moi donc de m'en féliciter vivement et cordialement avec vous, car ayant eu le bonheur de vous unir à une demoiselle de mérite, à ce que je vois, vous ne pouvez manquer d'être chaque jour plus heureux et plus content, et d'éprouver toutes les consolations inhérentes à l'état de mariage, quand il est bien réglé. Je jouis souverainement de votre félicité. Moi qui vais toucher à mon quatorzième lustre, j'avance dans la vie sans grave incommodité, seulement la faiblesse commence à se faire sentir. Mais je ne pourrai jamais autant que je le dois rendre grâce à la bonté divine qui m'a accordé une vie assez longue pour voir encore, pour avoir encore près de moi mon bien-aimé Silvio. Si vous pouvez vous procurer le livre
1 Nous devons encore celle letlre du père de Pellico, comme celle du 29 janvier 1829, à l'obligeance de M. Luigi Gonzaga, et il ne nous a pas semblé inutile de la publier.
{Note de l'Editeur»)
qui a pour titre : Mes prisons, mémoires de Silvio Pellico, qui a été aussi, je le sais, réimprimé à Lugano, vous y verrez l'histoire de ses malheurs; à Milan on ne le laisse pas vendre.
Quant au voyage que Silvio aurait fait à Milan, et dont vous me parlez, c'est une bourde qu'on vous a contée. Ce même Silvio se porte maintenant à merveille et me charge de vous saluer tout particulièrement ainsi que votre très-chère épouse. Le reste de ma famille, c'est-à-dire ma femme. Luigi, et celui qui, à Milan, n'était encore qu'un petit garçon, et qui est aujourd'hui un théologien, se portent bien aussi et vous envoient leurs hommages.
Que mon silence ne vous inquiète point ; la qualité d'employé royal exige une réserve extrême dans toute correspondance qui passe la frontière *. Sensible à votre bon souvenir et à votre bonne amitié, je saisis avec empressement une occasion qui s'offre à moi pour faire jeter la présente à la poste de Milan pour Ganzo, et en vous priant d'offrir mes respects à votre très-chère épouse, j'ai l'honneur de vous renouveler les assurances de mon amitié et de me dire votre trèsaffectionné et très-dévoué serviteur et ami.
Onorato Pellico.
^ Chose vraiment singulière^ mais qui n'était alors que trop réelle. Aujourd'hui encore quelques Étals peuvent en offrir un vivant exemple, {Note de C Editeur. )