‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 46 sur 103 · A D. FRANCESCO PAOLI · texte numérisé non relu

A D. FRANCESCO PAOLI

PRÊTRE DE l'institut DE LA CHARITE, A LA SACRA DI SAN MICHELE.

Turin, 27 février 1843.

Très-illustre et très-révérend père.

Le très-révérend père recteur de la Sacra est venu lui-même m'apporter le précieux livre publié par Votre illustre Seigneurie. J'ai eu le regret de ne pas me trouver chez moi, et je me consolais par l'espérance que je pourrais aujourd'hui visiter et remercier ce vénérable père; mais Marietti, à qui je me suis adressé pour avoir son adresse, m'a dit qu'il était parti pour Locamo. J'aurai une autre fois, si je vis, le bonheur d'offrir mes devoirs à l'excellent père Molinari, et, en attendant, mon cœur vole auprès de Votre Seigneurie, el se félicite avec elle du trésor qu'elle nous a donné. Les poésies de saint François, quoique

si simples sous le rapport de Tart, ont tout le feu de Taniour divin, et méritaient bien que Tattention des âmes d'élite fût rappelée sur elles. Mais quelle difficile entreprise ! Comment éc;u*ter les doutes qu'elles soulèvent? Comment démontrer Fauttienticité de ces précieuses reliques? Comment amener les âmes à ne pas se laisser rebuter par cette rude sim[)licité, et à y découvrir tant de perles dignes d'examen et d'un prix infini? J'avoue que je n'aurais su m'en tirer, et que toutes les questions à examiner et à discuter m'eussent effrayé. Il y fallait un talent subtil, une étude acharnée, et, par-dessus tout, si je ne me trompe, un cœur plein de sentiments pieux et très-dévot à saint François. La manière dont Votre Seigneurie raisonne ce sujet est solide, persuasive,remplie d'idées opportunes et savantes. A chaque paragraphe je sentais en moi un attrait croissant. Seulement vous auriez dû ne rien dire de moi. Vos jugements, si indulgents à mon égard, font tache dans un livre si remarquable sous le rapport de la pénétration. Toutefois est-ce une erreur dont je suis loin de pouvoir me fâcher. Si les jugements sont erronés, le sentiment qui les a dictés ne pêche que par excès de générosité, et il m'est cher. Je vous en remercie, et puisque vous m'honorez de tant de bienveillance, j'ai la confiance que vous ne douterez jamais de ma reconnaissance.

Agréez aussi mes remerchnents pour l'exemplaire que vous m'avez offert, et croyez que je serai toujours, avec un profond respect et une véritable admiration, très-illustre et révérend père^ votre très-humble el très-obhgé serviteur.

Page 1