‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 47 sur 103 · A DON FRANCESCO PAOLI · texte numérisé non relu

A DON FRANCESCO PAOLI

PRETRE DE LA CHARITÉ, SACRA Dl SAN MICHELE.

Turin, 8 mars 1843.

ïrès-illustre et révérend père,

Différentes occupations et des souff'rances répétées ne m'ont pas permis jusqu'ici de vous féliciter au sujet de votre ode à la Sacra di san Michele. Ces vers élèvent l'âme parce qu'ils sont inspirés par la religion et le sentiment, et ils suffiraient pour me donner l'envie de faire un pèlerinage jusque-là. Votre aimable invitation m'exciterait plus encore à effectuer ce projet. Mais, c'est un beau songe, et je vois déjà qu'il ne pourra jamais se réaliser, attendu le misérable état de mes poumons. Les lieux élevés ne sont pas pour moi. — Il en est un ce{)endant, élevé, très-élevé, auquel je brûle d'atteindre : le paradis. Je me recommande, pour cela, à Votre Seigneurie, qui est si avant dans l'intimité de saint François; dites-lui qu'il me vienne en aide.

J'ai l'bonneur de vous réitérer l'assurance des sentiments de parfaite estime avec lesquels je suis, mon très-illustre et révérend [)ère, votre très-humble serviteur.

AU BARON ACHILLE DU LAURENS, A AVIGNON

Turin, 21 mai 18431. *

Monsieur,

Pardonnez-moi, je vous prie, un si long retard. Votre aimable lettre me fut remise à une époque où ma santé était dans l'état le i)lus déplorable, et où la souffrance me rendait paresseux. Je me suis informé où se trouve le clievalier Manfredo di Sambuy, et l'on m'a assuré qu'il est encore à Pétersbourg. Le comte de Salasco, qui doit le savoir, est la personne qui m'a donné cette assurance. Mais certainement, à l'heure qu'il est, vous l'aurez su par d'autres. Je vous supplie d'offrir mon respectueux hommage à M^e duLaurens et de m'excuser près d'elle d'avoir tardé jusqu'à ce jour à lui adresser cette réponse. Ajoutez qu'on n'a pas ouï dire que le chevalier Manfredo ait été malade, ce qui me fait espérer qu'il se porte bien.

Mille remercîments pour les expressions si bienveillantes que votre indulgence vous a dictées à mon égard. Je suis encore vivant, grâce à Dieu, mais les maux que je soulTre m'avertissent de me tenir prêt pour le départ. La volonté du Seigneur soit faite. Avec une santé pitoyable, on peut vivre d'année en année jusqu'à l'extrême vieillesse, mais on peut aussi toucher

1 Cette lettre de Pellico élail la réponse à une autre que lui écrivait le baron du Laurens sur le bruit qui avait couru de sa mort. Le baron, dans sa lettre, avait fait allusion à ce bruit et en exprimait son inquiétude. Voiià pourquoi Pellico lui répondait : « Je suis encore vivant. » {Note de l'Editeur.)

brusquement le terme. L'important est de sauver l'âme; après quoi toute heure est bonne pour mourir, lorsque Dieu l'a décrété là-haut.

Je ne désire ni la prolongation ni la fin de mon pèlerinage, mais la gloire de Dieu et sa miséricorde. Je me recommande, très-cher Monsieur, à vos prières, et je forme des vœux sincères pour votre félicité et pour celle de toutes les personnes qui vous appartiennent.

J'airhonneur d'être, Monsieur, avec des sentiments de respect et de gratitude, votre très-humble et trèsobligé serviteur.

A M. ANTOINE DE LATOUR, A PARIS

Mars 1843.

* Monsieur, Veuillez bien recevoir M. Cantù , un de mes plus chers amis , et un des plus beaux génies de l'Italie moderne. Il a souffert comme nous, et il a déposé ses souffrances dans un roman ^ qui est le plus populaire en Italie après les Fiancés : j'ai failli dire vos Fiancés*, desquels M. Cantù a fait une illustration historique

* Margherita Pusterla. — M. Cesare Cantù est surtout connu en France comme auteur d'une Histoire des cent dernières années, qui est une œuvre fort remarquable.

[Note du Traducteur.)

2 11 existe en français plusieurs traductions de l'admirable roman de Manzoni, mais aucune n'est de moi. Je n'ai traduit que son théâtre, ses poésies lyriques, et le beau chapitre de la Colonne infâme. {Noie du Traducteur.)

qui doit otre bien à votre gré : votre amitié saura lui procurer les facilitations qui font si bien à un étranger, dans une ville comme la vôtre. Aimez votre Silvio Pellico. *

A DAVID BERTOLOTTI

10 avril 1843. '

Mon bien cher David ,

Cette seconde lettre me confirme dans la grande espérance que je conçus de ton poëme % lorsque tu m'en fis lire le commencement. Je te dirai même que, Tautre jour, quand je me mis à en lire le premier chant, j'étais dans un de ces moments de dégoût où Ton ne saurait prendre plaisir à des vers, et je me proposais de remettre à un autre jour; mais ces premiers morceaux avaient un attrait particulier. Après un moment d'interruption, je me vis forcé de reprendre : je ne voulais hre que quelques vers , mais il n'y eut pas moyen :1e beau l'emporta, m'échauffa, m'électrisa. L'élégance toute naturelle de ta versification , et la manière dont tu développes le sujet, entraînent doucement; puis, à mesure qu'on avance, c'est un charme si continu de grâce et de belles pensées, de sentiments et d'images que , si le lecteur ne connaissait déjà les qualités de ton esprit, il en serait émerveillé. Il te reste encore beaucoup à faire , mais ces quatre pre-

* L'auteur avait envoyé à Pellico, pour l'exairiiner, le manuscrit du premier chant de son poëme // Salvatore.

{Note de l'Editeur,)

miers chants sont une excellente chose et d'nn excellent augure. Je ne puis te dire combien j'aime la fidélité et la simplicité avec lesquelles tu reproduis les expressions de l'Écriture et de l'Évangile , pendant que, d'autre part, ta poétique imagination s'exerce à peindre et déploie avec goût toutes ses facultés. — Il y a là le scrupule délicat et respectueux d'une âme pieuse et sincère , mais excitée par un puissant enthousiasme. Tu es poëte, mais de plus, tu sens vraiment la religion, et tu y crois. Sois béni par ce Sauveur que tu chantes et que tu aimes, et reçois les sincères applaudissements de ton Silvio.

CLXXXYII

AU COMTE LUIGI PORRO

Turin, 17 avril 1843.

Très-cher Porro ,

Bachiega * m'a écrit; mais quelle est ma surprise ! je vois que ceux qui vous ont écrit à son sujet et relativement à moi vous ont parlé par pure interprétation. Le pauvre Bachiega m'écrit dans les termes les plus affectueux, mais d'ailleurs du ton d'un homme qui a sur le cœur la pensée que je n'ai pas pris intérêt à

lui

La comtesse de Masino se porte bien ; j'allai hier chez elle, mais elle était sortie. Briano, Fea et Prati vous saluent. — Le mérite poétique de Prati est ici

- * Un des compagnons de Silvio Pellico auSpielberg.

apprécié de !)(;aiicoiip de pcrsoniios; mais il s'est fait, parmi les gens de lettres, (pielques ennemis trèsacharnés : ceux-ci ont la bassesse de faire circuler des vers anonymes contre lui, renn)lis non de criticiue, mais de honteuses accusations. — Chose étrange que ce vil besoin qu'ont certains littérateurs de se déchaîner contre les talents qui font preuve de capacité ! Ils ont peur d'être offusqués par la réputation d'autrui. Quelle mesquine faiblesse ! Est-ce qu'il n'y a pas place pour tout le monde?

Notre cher Arrivabene m'a écrit de combien de prévenances vous l'aviez comblé, vous et vos fds. Vous, Borsieri, et quelques autres, vous lui avez été précieux, dans le peu de temps qu'il a passé à Milan : j'aurais voulu l'y accompagner pour vivre un peu avec vous tous, que j'aime de tout mon cœur.

Embrassez pour moi Gilberto et Giuho; veuillez me rappeler au souvenir de la comtesse Archinto et aux autres personnes qui ont la bonté de me garder quelque bienveillance.

Mille choses affectueuses à mon Borsieri. Portezvous bien, et surtout mieux que moi : j'ai quitté le lit , mais non mes souffrances habituelles , et je me traîne avec peu de respiration.

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