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je dirai [)resqiie mou bonheur. Réussir à iio pas trop me plaiudrC;, à ne pas attrister ceux qui ont la bonté de m'entourer' de leurs soins, c'est un plaisir que je voudrais garder, que j'espère garder jusqu'à la fm. — Ma santé, déjà si mauvaise, a été cruellement ébranlée par la perte de mes parents et de mon excellent frère Louis. Ce dernier est mort il y a deux ans, peu de temps après mon père. J'avais perdu ma mère en 1837. La religion apprend à bénir ces coui)S terribles, à survivre, à rester seul; son affaire est de donner des forces à l'âme pour qu'elle monte au ciel.
J'ai dit : rester seul. L'expression ne serait pas juste à mon égard. J'ai des amis précieux; leur généreuse ait'ection adoucit toutes mes douleurs. Mon sort est aussi heureux qu'il peut l'être dans ma position après tant d'épreuves. Dieu m'aide encore puissamment.
Pour des livres, je n'en ai plus fait, — du moins je n'en ai plus achevé. J'ai quelques matériaux informes; je passe des mois sans pouvoir m'en occuper. Si une I)etite pièce de vers sort de temps en temps de ma plume, c'est quelque bagatelle que je n'ai pu refuser à un ami, à un enfant, à une circonstance. —Ma biographie est restée en silence ; je ne suis pas pressé de l'en faire sortir. — Yous me demandez si votre édition illustrée peut conserver l'avantage des chapitres inédits. Oui certes, et même je vous dirai que M. de Villeneuve Bargemont, que j'estime infiniment, et ses amis m'ont écrit, m'ont fait écrire pour m'engager à mettre aussi ces chapitres ou d'autres à leur disposition. J'ai aussitôt ré[)ondu négativement.
Adieu, ne m'oubhez point. Puissiez-vous bientôt ajouter à votre bonheur celui si doux d'être père !
A (jucl litre ètes-Yous actuellcriicnt i)ròsdii prince? Vous ne me l'avez pas dit.
Faites-moi la ^^râce de faire avoir la lettre ci-jointe à M. Andryane, dont le souvenir m'est toujours cher.
Je suis^ avec les sentiments de la plus parfaite estime, votre ami, Silvio Pellico. ^
AU PROFESSEUR PIER ALESSANDRO PARAVIA
Vigna Barolo, 30 mai 1843.
Très-estimable chevalier,
Je n'ai pas l'habitude de donner des autographes, mais il faut bien que j'obéisse lorsqu'on m'en demande avec tant de bonne grâce. Seulement, au lieu de m'écrire deux lignes, cher Paravia, pourquoi n'avez-vous pas eu la pensée de faire une course jusqu'à cette charmante colline ? Vous m'auriez fait plaisir, et la respeclable marquise de Barolo, qui le sait, a précisément la bonté de me dire que je vous écrive de venir un jour dîner ici avec Prati. Le dîner est à cinq heures; ce sera pour moi une douce distraction que de passer quelques heures avec deux hommes dont j'estime si particuhèrement le mérite distingué. —Prenez donc jour, mais faites-moi la grâce de m' avertir à l'avance, par un billet que vous laisserez au concierge du palais Barolo. Je tiens à cet avis parce que Mme la marquise va parfois à Turin, et que j'y vais aussi ; et je ne voudrais pas vous voir tomber à la Vigna pendant que nous n'y serions pas.
Mes respectueux hommages, je vous prie, à M""" la comtesse Lalaing et au docteur Gaston.
Saluez, de ma part, notre ami Prati.
En attendant Votre très-chère Seigneurie, en compagnie de Tami poëte, j'ai l'honneur de, etc.
A PIETRO GIURIAi.
14 juin 1843.
Très-cher Giuria, Je te renvoie le papier signé. — Ma santé n'est pas brillante, et jusqu'ici je n'ai rien gagné à respirer l'air de la campagne ; si je vais mieux avec la chaleur, c'est ce que nous verrons. Je ne me fais pas d'illusion, et je sais que l'une des manies les plus inutiles est celle qu'ont tant de gens de vouloir toujours se médicamenter, se fortifier, guérir, rajeunir. Le parti le plus simple et le [)1lis juste c'est de faire tranquillement usage de quelques précautions appropriées au besoin de chacun, et ensuite de se résigner à souffrir ces maux qui sont inévitables.— Je n'aime pas qu'on ait voulu représenter la belle, mais irreprésentable tragédie d'Adelchi, et j'aime encore moins la grossière irrévérence du public. J'approuve ce juste milieu que tu indiques : le diffìcile consiste à savoir le discerner avec pénétration, en devinant dans chaque apphcation ce que désire notre public, et ce que com-
* Du livre Silvio Pellico e il suo tempo, considéralions de Pietro Giuria. — Voghera, li[». Galli, 1854.
{Note de l'Editeur.)
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mando le i'es[)ect de l'art; accord mystérieux, que chaque auteur s'imagine rencontrer d'une manière sûre, ce qui ne rem[)ôche pas ensuite de trébucher. J'ai la coïifiance que si tu tuntes l'aventure lu réussiras. Courage donc ! Essaie tes forces. Ton esprit a une puissance peu commune. Les difficultés sont grandes, mais, mieux que tant d'autres, tu j)eux les surmonter.
Le roman de Fea est très-délicat et mérite qu'on le loue. Écrire ainsi c'est faire |)reuve d'une àme noble et d'une capacité remarquable.
Je t'embrasse, et suis ton bien afi'ectioimé, Silvio.
A PIETRO BORSIERI.
Turin, 17 juin 1843.
Très-cher Borsieri,
Non, en vérité, ce n'a pas été un éloquent silence que celui que j'ai gardé sur ta préface. Elle est digne d'éloges, et si je me suis tu , c'est que le roman m'ayant très-fort intéressé, il en est résulté que mon défaut de mémoire m'a fait oublier ensuite de te dire out le plaisir que m'avait fait la belle préface qui analyse et juge le récit. J'ai admiré dans ces premières pages le talent, la justesse, le style, trouvant d'ailleurs tout naturel que tu écrives ainsi, parce que tu ne saurais écrire sans âme et sans grâce.
La consolation que j'ai goûtée à passer quelques heures avec notre Gonfalonieri a été mêlée de chagrin, quand je l'ai vu atteint d'une oi)pression de
poitrine : nous souffrons du même mal^ quoiqu'il ait tant de forée et moi tant de faiblesse.
Adieu , très-cher ami , salue de ma part tes sœurs et les amis.
cxcni
A GIUSEPPINA PELLICO
8 juillet 1843.
. * Ma chère Joséphine ,
J'ai reçu ta bonne lettre : sois tranquille sur mes petits maux, et ne crois pas que je les aime avec passion. La chaleur me fait du bien; je me porte tous les jours mieux : réjouis-toi donc à mon égard et réjouis-toi de même à Tégard de notre bon révérend père Feraudi qui se trouve bien aussi. Il t'aura écrit, mais j'ajoute ici une lettre de lui que je viens de recevoir.
Et, puisque je fais un paquet, je te renvoie en même temps la petite lettre qu'il t'écrivit , et que tu m'as communiquée.
J'ai été voir M^e Cantamessa , et pendant que je montais lentement l'escalier, un Jeune homme plus dégagé que moi m'a rejoint : c'était le charmant avocat Daviso. Nous sommes entrés ensemble ; M"e Daviso Gabriele était là : elle nous introduisit dans la salle où M"*^ Cantamessa se trouvait ; nous causâmes de tout ce qui nous intéresse, et surtout de Magna, du baron, des anges et même de toi. La conversation se tourna sur le retour de M"*' Daviso à Quiers où sa chère tante l'attend. La demoiselle croyait que son frère pourrait l'y accompagner lundi; mais pas du tout : le
charmant avocat s'est laisse sódiiire pai' M"'"= Cantamessa, qui demande en grâce un retard. En vain la bonne demoiselle a insisté ; son frère, inexorable, a conclu qu'il lui serait impossible d'aller à Quiers, lundi. M'»e Cantamessa est toute triomphante d'avoir encore le bonheur de garder chez elle, jusqu'à mardi au moins, cette céleste créature qu'elle aime tant !
J'ai promis de te l'écrire , afin que tu tranquillises Magna sur ce petit retard.
Adieu, chère Josépliine ; M™'= Cantamessa te dit bien des choses amicales ; elle salue de tout son cœur la bonne maison Daviso : la demoiselle y joint ses tendresses à papa, à Magna, à ses chères sœurs et à toi.
Je t'embrasse et suis ton affectionné frère, Silvio *.
AU CHEVALIER CESARE CANTU
Août 1843.
Continuez et prenez courage : il faut une grande abnégation , de grands sacrifices pour écrire aujourd'hui en Italie ! Les moindres obstacles vous viendront des puissants ; mais la postérité et le bon Dieu yous tiendront compte du courage avec lequel vous proclamez si franchement une vérité que le siècle méconnaît et abhorre.
Votre ami Collombert s'est lancé sur une mer où beaucoup ont fait naufrage. Le temps n'est pas encore venu de dire la vérité au sujet des jésuites : jusqu'à présent, ils sont le point de mire d'une haine inextinguible — et d'un amour exalté.
Comment traduisent les Français, je le sais ])ar expérience. Mais ces fragments ajoutés je voudrais ne les avoir jamais écrits, et je regrette qu'ils se répandent * : c'était le fruit amer des coups que m'avaient portés des écrivains de notre pays; mais, cher Cantù , avec la colère , on n'arrive à rien ; il faut pardonner : c'est par là qu'on acquiert la paix dans cette vie, et la propitiation pour l'autre.
AM"'eD.ELVIRAGIAMPlERI ROSSI, A FLORENCE.
Turin, 6 septembre 1843.
Très-estimable dame , Tous les autres malheurs se rapetissent à nos yeux , lorsque nous perdons des personnes chères : je le sais par expérience , ayant perdu dans ces dernières années, et à des époques rapprochées, ma mère, ensuite mon père , puis un frère qui avait été le compagnon de mon enfance , et toute sa vie un tendre ami pour moi. Après les angoisses de a prison, je vivais heureux par l'amour de ces trois cœurs excellents. La
* Nous n'aimerions pas à rechercher sur qui tombe celte allusion de Silvio aux traducteurs français ; mais quant au regret qu il exprime ici de la publicité donnée en France aux chapitres ajoutés par lui à son livre, on voudra bien se rappeler que ces chapitres furent spontanément offerts avec la permission, — j'oserais presque dire avec l'invitation de les publier. — V. les lettres CXII et CXXI. Entre ces deux lettres, un peu d'hésitation était venue, mais elle avait été aussitôt écartée. — 'V. encore les lettres CXCIll et autres. (Noie du Traducteur.)
solitiido où jo me trouve sans eux est toujours douloureuse, quoiqu'il ne semble pas que je sois solitaire. Je vois du monde ; je rends justice à Tamitié qu'on me témoigne; mais rien ne compense la perte de mes parents et de ce frère ; et c'est pour l'âme une solitude, une cessation du bonheur. Dans des temps antérieurs, j'avais perdu également d'autres personnes chèrement aimées. J'ai connu de ces sacrifices dont on ne saurait dire l'amertume : c'est pourquoi. Madame, la nouvelle que vous me donnez du coup cruel qui a déchiré votre cœur éveille en moi la plus profonde compassion. Pauvre femme ! quelle douleur de voir s'éteindre le fidèle compagnon de sa vie ! et un homme d'une bonté si rare ! un hoiume digne de la plus tendre estime ! A chaque mot de votre lettre , je sens s'accroître l'intensité de votre douleur, et je pleure avec vous. Non , infortunée dame , pour un si grand malheur, il n'est pas de consolations humaines. Il vous reste bien des fils que vous chérissez , et d'autres personnes qui ont pour vous le plus vif attachement : leur affection répandra quelque douceur sur les jours de votre veuvage. Mais cet homme aimé et vénéré vous manquera toujours, et il est bien juste « que vous le pleuriez et que vous vous aperceviez que la terre ne peut vous consoler.
Que sont même les paroles de la plus sincère sympathie , les entretiens de l'amitié compatissante , les distractions , les lectures attachantes ? Soulagement d'une heure, si faible, si insuffisant ! Ah! désormais, appuyons-nous sur le seul et vrai support des affligés ! Au milieu des larmes que vous m'arrachez, j'aime à
lire tout ce qu'il y a de religieux dans votre lettre. Votre âme est pleine de foi : recourez sans cesse à Jésus, recourez à Marie; pénétrez-vous plus que jamais de cette humble sagesse catholique qui nous dit tant de vérités, qui nous désabuse de toutes les choses éphémères, qui nous enseigne à nous conformer à la volonté de Dieu. Il n'y a pas autre chose à faire que d'embrasser la croix , de prier , d'aimer jusqu'à la mort. Bientôt, nous-mêmes, nous serons appelés; bientôt nous retrouverons , pour ne plus nous en séparer jamais, si nous profitons des grâces divines, les chères âmes qui sont dans la véritable vie. L'afTection n'est pas une faute , mais en deviendrait une , si nous nous désespérions, si nous mettions en oubli la résignation fdiale, qui est un de nos devoirs envers le Père céleste. — Je ne puis rien vous dire que vous ne connaissiez, en ce qui me concerne, mais je vous assure que votre malheur m'a profondément ému, et que je supphe le Seigneur de vous venir en aide.
Le bon abbé Biollé, qui m'a remis votre lettre , m'a beaucoup parlé de vous.
Rappelez-moi , je vous prie , au souvenir de madame votre fille, dont je me représente toute l'affliction , comme aussi celle de vos autres enfants.
J'ose , Madame , me recommander à vos prières : prions l'un pour l'autre, approchons nos âmes de Dieu ; sachons supporter cette vie de tribulations , mais en élevant notre cœur vers le ciel !
Votre très-dévoué serviteur, Silvio Pellico.
ce
A PIETRO GIURIA!.
Vigna Barolo, 17 septembre 1843.
Très-cher Giuria , Pour répondre à ta bonne lettre , je commence par me réjouir de ton heureux retour; j'appris tard ton départ pour Savone , et c'est pourquoi je t'adressai mon remerciement à Turin , quand tu m'envoyas ce cher livre de tes Traductions; mon billet t'aura été renvoyé. Je lirai le recueil de poésies que tu m'annonces, et je goûterai entr'autres les vers de M. Crocco, dont la bienveillance me touche. Ce cas que tu en fais m'inspire pour son talent une estime particulière ; — tu sais ce que je pense de ton propre talent; c'est te dire que j'espère trouver beaucoup de beautés dans les compositions que tu prépares. Si tu te hasardes à la poésie tragique, étudie bien ce qu'on appelle l'efTet théâtral, c'est-à-dire l'art très-difficile de disposer un •-^suj et sans longueur, sans obscurité, et avec tout le feu de la passion. Je n'ai jamais trouvé assez poétique cette opinion par laquelle certains critiques veulent, quant au choix des sujets, qu'ils soient exclusivement modernes ou itahens, ou bien au contraire uniquement tirés de l'antiquité ou de la mythologie. Ces dogmes d'une critique absolue, et tout d'une pièce, me paraissent misérables. Une imagination puissante peut emprunter ses inspirations à la fable ou à l'his-
1 Du livre Stimo Pellico e il suo tempo, considérations de Pietro Giuria — Voghera, tip. Galli, 1 854. (Note de l'Editeur.)
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loire , pourvu que le sujet choisi offre uu champ vaste à la peinture des passions humaines. Seulement on pourrait dire que les faits mythologiques et ceux de l'histoire ancienne ont déjà été traités par beaucoup de poètes, et qu'il est difficile de les traiter de nouveau avec succès. Mais qu'on les condamne, qu'on les exclue, je ne le comprends pas. Les intelligences créatrices ne doivent pas reconnaître de pareilles exclusions : elles volent, comme les aigles, par le monde entier , et se posent où il leur plaît.
Ceci établi, j'accorde que les faits nationaux, et ceux des temps voisins de nous ou peu éloignés, s'ils sont mis en œuvre par des poètes de mérite, sont bien attrayants. — Finalement, en critique, je suis l'ennemi des exclusions. J'aime le beau, qu'il me vienne de personnages mythologiques, grecs, romains, du moyen âge, etc. Je ne repousse que le laid esthétique, et le laid moral, et la mesquinerie de pensées et de sentiments. Tu me demandes si j'aurais un argument à te suggérer. Non, parce qu'il me semble qu'il y en a des miniers, et qu'on peut les tirer des sources les' plus variées, et même du fonds inépuisable de la faculté inventive. C'est au poëte à se prendre de passion pour un sujet. Courage donc! Enflammes-toi pour Ali pacha de Janina , ou pour un autre, et fais-moi une bonne grande tragédie, si tu i)eux. Prends garde seulenient que les sujets qui mettent enjeu les nationalités ou les passions politiques sont bien délicats, et que le plus souvent ils ne sont pas de nature à être représentés, surtout s'ils appartiennent à riiistoirc tout à fait moderne.
Adieu, mon ami, ne. \v laisse i)as dominer par Tinfluence des absolutistes d'aucune espèce, mais étudie les grands modèles , étudie le cœur Inmiain, étudie l'art et écris.
Ma santé est comme à l'ordinaire. —Je lisje pense, j'aime mes amis, je ne hais personne, je respecte les opinions d'autrui, et je garde les miennes. Voici ma Yie, non sans douleurs, mais non sans consolations. Ton bien affectionné.
F. S. Si tu m'écris pendant que je suis à la Vigna, mets toujours l'adresse ordinaire : A Silvio Pellico, Turin. La lettre m'arriverà ainsi promptement.
A GIUSEPPINA PELLICO
21 septembre 1843.
y^ Ma chère Joséphine, Veux-tu une bonne nouvelle? en veux-tu deux? en veux-tu trois? Par laquelle faut-il commencer? Je te dirai d'abord que je me porte assez bien, ensuite que j'ai reçu avec plaisir votre chère lettre, car notre excellent révérend Père me donne des nouvelles consolantes de sa santé et de la tienne. Tu comprends bien qu'un de mes plaisirs les plus vifs, c'est quand je reçois vos aimables lettres. Tout ce que vos cœurs si bienveillants m'adressent me réjouit toujours; et comme avec le caractère que Dieu m'a donné ce serait pour moi un véritable malheur d'avoir une sœur sans affection, il en résulte que ton amitié, ta douceur, ton égalité, je les apprécie infiniment. Que dirai-je du
bien-aimé révérend Père à qui nous avons tant d'obligations? Mais il me semble que j'ai bavardé dans toute la pageprécédente sans avoir tout dit. Aurais-je encore quelque bonne nouvelle à ajouter? Il faut que j'y pense, que je fasse Ténuinération et la revue de mes idées. A force de chercher dans ma mémoire^, je trouverai peut-être ce qui me reste à te dire. Aide-moi, suggère-moi.
Est-ce que François m'a écrit qu'il viendra bientôt nous voir ? Non, il ne m'a rien écrit, il est tout simplement venu sans m'en demander la permission. Ses supérieurs l'ont envoyé à Turin ; il y est arrivé bien portant, joyeux et triomphant, enchanté de tout, et surtout de son large chapeau de jésuite.
As-tu enfin compris? Faut-il que je me fasse suer de fatigue à t'expliquer qu'il est ici? N'as-tu pas honte de me faire tant parler avant de me comprendre? Adieu, je te fais ma révérence, François te fait la sienne, nous en faisons cinquante à notre cher père Feraudi, puis cinquante à la maison Daviso. Le bonjour à notre bonne Ciceri, que j'espère guérie, grâce à notre saint docteur et ami.
Adieu. Vive la joie ! Vivent dans nos cœurs Jésus et Marie ! *
A PIETRO GIURIA K
Turin, 21 septembre 1843.
Cher Giuria, Venu ce matin pour peu d'heures à Turin, j'ai trouvé ta lettre et l'opuscule . On m'avait dit le succès de la Gismonda, mais je te remercie de tout mon cœur de ton empressement à m'en donner aussitôt la nouvelle. Tu es trop partial en ma faveur, et ce cher défaut de ton cœur aura contribué à te faire goûter cette tragédie. Quoi qu'il en soit, j'apprécie ton suffrage, et celui du public, et je me féhcite de ce que le mérite de la Santoni et de sa compagnie m'est également venu en aide. — J'ai lu avec amour les vers de Crocco ; je lirai les autres, et quand nous nous verrons je te rendrai l'opuscule. Ce chant est beau et développé avec la simplicité d'un talent supérieur, avec élévation et noblesse. Il me ferait aimer l'auteur, et tu m'y excites aussi par le bien que tu me dis de lui. — Je n'ai pas le loisir de t'écrire longuement. Corrigetoi ami, ne t'emporte pas contre les malheureux qui sentent faiblement ou qui sentent grossièrement : plaignons-les et marchons en avant dans le sentier de l'honneur. — Laisse pour quelque temps dans leur obscurité le peu qui me reste de mes griffonnages inédits. Je n'ai rien de limé, ni rien peut-être qui mérite de voir jamais la lumière. Nous verrons. — Je t'embrasse et suis ton Silvio.
* Du livre Silvio Pellico e il suo tempo, considérations de Pietro Giuria. — Voghera, tip. Gatti, 1854. {Note de l'Editeur.)
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A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBELLO.
25 septembre 1843.
Madame et digne comtesse, En même temps que je vous prie de remettre la lettre ci-jointe à votre noble amie, M^^ Sassernò, ou de la lui envoyer si déjà elle était partie, permettez, très-aimable comtesse, que je vous demande des nouvelles de votre santé, et de celle de M. le comte. Je sais qu'il a été assez malade, mais j'espère que ce n'auront pas été de sérieuses indispositions, et je demande au ciel, pour vous deux, une santé bonne et constante. J'imagine que vous serez encore dans la grande occupation du déménagement, et je voudrais vous savoir entièrement libre de cet embarras. Je ne vois pas venir le bienheureux jour où je vous saurai établie dans votre nouveau domicile, et où je pourrai vous y porter mes hommages, et me féhciter avec vous de la satisfaction que doit vous donner une position si belle. Les joies de ce monde sont si peu nombreuses ! Celle de se voir bien logé en est une qui dure et dont on jouit beaucoup, et qui doit contribuer à la santé. M. le comte et madame la comtesse éprouveront, j'en suis persuadé, un efîet salutaire d'avoir leur maison dans une situation si riante. Il me semble que cet avantage est de ceux que doit sentir surtout un peintre, une âme toute poétique et éprise du beau. Mais, je vous prie, jusqu'à quand restez-vous à la cam-
pugno? à qucjlie villa donnez-vous niainienanila préférence?— Moi Je suis à la Vigna Barolo ;nniais, en dépit de Tairque tout le monde proclame excellent, je suis dans un pauvre état de santé; je res[)ire péniblement, je ne dors pas : il faut de la patience. — Nous retournerons à Turin vers la Toussaint, ou peut-être avant , selon le temps qu'il fera.
J'aurais éprouvé une bien vive joie à pouvoir aller vous rendre mes hommages à Grugliasco ou à Quiers. Ce désir n'a pu être réalisé : ce qui m'a privé en même temps du plaisir de revoir notre insigne poétesse de Nice^ qui, vraisemblablement, aura passé quelques jours avec vous. Cette dame, si aimable, m'a honoré d'une lettre qui me confond. J'ai pitié de moi-même, quand je vois certaines âmes d'élite me juger avec tant de faveur, tandis que je vaux si peu! J'aime pourtant, je le confesse, leur extrême indulgence, et partant je vous prie , Madame la comtesse , de me conserver toute la vôtre. Grâce à cette bienveillance , je puis espérer qu'elles se souviendront quelquefois de moi dans leurs prières.
x\yez, je vous prie, la bonté d'offrir a M. le comte mes affectueux compliments.
J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments de respect et d'amitié que vous me connaissez, votre etc.
1 ]\pie Agala-Sotia Sassernô, dont il vient d'être parlé.
{Note de l'Editeur. )