A MADAME GIULIA MOLINO-COLOMBIN T
10 janvier 1844.
Madame ,
Votre estime est pour moi d'un haut prix ; et quoique je connaisse mon peu de valeur littéraire, je confesse qu'il ne m'est nullement désagréable que vous vous montriez à mon égard plus indulgente que juste. Conservez , Madame , cet aimable défaut d'être si bonne : votre génie n'en sera pas moindre , et vous aurez la douceur d'avoir plus édifié que détruit. Merci pour l'aimable étrenne ; j'ai relu avec grand amour l'hymne admirable à Marie : c'est une ode sublime. Votre bon oncle le barnabite avait bien raison , lorsqu'il me parlait avec une si noble espérance du génie de sa Giuba ! C'était un savant homme et d'un coup d'œil pénétrant , autant qu'il était modeste et doux.
Je suis tout fier des expressions bienveillantes que vous m'adressez. Pignerolles m'était bien cher parce que j'y fus porté à l'âge de quatre ans , et que j'y passai une partie de mon enfance : ces heux, maintenant, me sont devenus plus sacrés depuis qu'ils ont produit une âme de femme si poétique et si forte; et je sais, en outre , par vos amis , que cette âme est simple, humble et pieuse. Il suffira que je cite les excellentes cousines Marchionni , et notre cher Boglino : je me joins à eux pour vous vénérer, et je suis votre trèsobligé serviteur. — Vivez heureuse !
A PIETRO BORSIERT.
Turin, 4 janvier 1844.
Très-cher Borsieri,
Sans vaines paroles , nos cœurs te souhaitent une bonne année, aussi bonne qu'il est possible. Ta lettre m'a prévenu, et je suis en retard, contre ma volonté. Je suis souvent accablé de mes incommodités. Je m'afflige, cher ami, de te savoir affligé; je sais combien tu es aimé des Trotti : aussi est-ce avec raison que tu déplores le malheur qui les menace. Dieu veuille que ces craintes sinistres se dissipent, et que la précieuse vie de l'excellente marquise puisse se ranimer. Je prends part aussi à la douleur que tu éprouves à voir souffrir Marianna et Francesca : je fais des vœux pour que Tune et l'autre reprennent une meilleure santé. Je te prie de leur dire mille choses en mon nom, ainsi qu'à Emiha. Les croix sont inévitables : portonsles d'une âme forte et pieuse.
L'espérance de t'embrasser cet été me console. Je veux écrire à Porro, mais je ne le puis à présent. Salue de ma part, lui, ses fils et nos amis. Je t'aime toujours comme un frère, et je suis ton frère, Silvio,
A M. LE COMTE LUIGI PORRO
30 janvier 1844.
Très-cher Porro, Je me réjouis sincèrement des bonnes nouvelles que
vous me donnez de vous tous, et je voudrais qu'elles fussent encore meilleures en ce qui vous concerne, c'est-à-dire que vous sussiez vivre sans ces petites infirmités dont vous me parliez dans votre avant-dernière lettre.
Je vous envoie les deux prières qui m'ont été demandées par la jeune dame; j'espère qu'elles seront suivant son désir*.
Adieu, portez- vous bien et mieux que moi, qui finis
* Voici les deux prières dont parle celle letlre et qui s'y trouvaient jointes :
« Dieu de bonté et d'amour, qui, dans votre inOnie compassion pour nous, avez voulu prendre un cœur sujet aux angoisses humaines, un cœur qui palpitât, comme les nôtres, d'amour et de douleur, un cœur qui, dans son ineffable perfection, connût cependant les larmes, la tristesse et la mort ! non, vous ne vous offensez pas de ma faiblesse dans la douleur. Je suis résignée, mais je souffre : j'accepte le calice amer, mais, comme vous, je le bois avec une mortelle tristesse. Adoucissez cette affreuse amertume, ou rendez-moi plus forte. Ne m'abandonnez pas au trouble de mes pensées, apaisez-les toutes , une surtout, celle de l'ingratitude dont a usé envers moi.... Oh! vous savez qui! Je ne dois, ni ne puis, ni ne veux le haïr; je pardonne tout. Cependant mon pardon est mêlé d'un souvenir indigné. Délivrezmoi de ces ressentiments, et inspirez-moi un pardon plus calme, plus conforme à la miséricorde de votre cœur généreux. Secourez, bénissez celui qui m'a tant offensée et désolée, brisez les liens du vice qui le tiennent captif, rappelez-le au repentir, à la conversion, au salut.
* Mon Dieu, une autre espèce de sollicitude accompagne chacun de mes pas : je suis mère, j'aime mes fils d'une tendresse infinie. De grâce, éloignez d'eux les maladies, les peines, les dangers, les erreurs. Parez leurs croix des fleurs de la consolation et des grâces d'un noble courage ; faites qu'ils soient épris de leurs devoirs, élevez leurs intelligences jusqu'à comprendre
Tannée avec une faible respiration. Serrez pour moi la main à tous ceux de votre maison , y compris le marmot, mais sans le faire pleurer. Aimez votre vieil et tendre ami, Silvio Pellico.
la religion dans toute sa beauté, jusqu'à la pratiquer d'une âme forte et élevée. Disposez toutes choses pour qu'ils vous rejoignent un jour dans l'immortelle félicité à laquelle vous nous conviez. J'implore également vos plus douces, vos plus grandes bénédictions pour ma mère bien-aimée. J'aurais voulu l'entourer de continuelles satisfactions, et les afflictions de ma vie ont déchiré son âme ! Pauvre mère ! Ah ! cicatrisez ses cruelles blessures;, et conservez-nous-la bien des années , à nous qui la chérissons d'un amour si profond !
« Je vous demande aussi l'abondance de vos grâces pour tous nos amis ; donnez-leur une longue vie, un bonheur véritable, des secours de tout genre. Hélas! mon regard cherche souvent autour de moi une bonne tante que j'aimais tant, que j'aime toujours; il cherche d'autres parents, d'autres amis, et ils ne sont plus sur la terre! J'espère qu'ils brillent déjà dans la gloire des justes ; mais si en expiation de leurs fautes passées, ils subissent encore quelque peine, ah! pardonnez-leur, tirez-les de l'exil, recevez-les dans vos bras paternels. Pitié pour eux tous, pitié pour nouS;, pitié pour moi ! Vous êtes le Dieu de la pitié ; vous
avez voulu naître de Marie Oh! mère de Jésus et la nôtre !
priez pour moi, obtenez-moi ce que je demande à Jésus; en vou"^ je mets toute ma confiance, et de vous j'espère tout. »