‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 61 sur 103 · A JOSÉPHINE PELLICO · texte numérisé non relu

A JOSÉPHINE PELLICO

30 janvier 1845.

* Ma chère Joséphine,

C'est une consolation pour toi d'entendre quelquefois la messe de notre cher frère; ce sentiment d'affection et de piété aura répandu un peu de baume sur ton âme accablée par des tristes souvenirs. J'ai été faire ma commémoration solitaire de notre vieux bon ami ^, en priant pour lui dans l'église de Saint-Dominique; mais nous avons tous bien des motifs pour présumer que sagrando bonté et charité a déjà sa récompense éternelle. — A ce jour funéraire, un jour plus riant a succédé, celui de saint Françoîs de Sales, qui est un de nos saints bien-aimés. J'ai été chercher un peu de religieuse gaieté dans l'église des Visitandines; car saint François de Sales était gai, il voulait la gaieté, il savait l'inspirer. En pensant à lui et en priant, j'ai effectivement éprouvé une certaine sérénité; mais pourtant un mélange involontaire de petite

* Le cardinal Raimondo Feraudi, dominicain.

{Note de l'Editeur.)

tristesse descendait aussi au fond de mon cœur. Les douces voix des Visitandines me forçaient à penser qu'une fois la voix de notre pauvre Mariette était là. Je m'imaginai papa et maman dans cette église, distinguant la voix de leur fille : tu y as peut-être été quelquefois avec eux, ainsi que François. Je me disais qu'alors, parmi vos ferventes prières, il y en avait sûrement une remplie de douleur : celle que vous adressiez pour le malheureux prisonnier de Spielberg. — A de telles idées je me trouble un moment, et je sens qu'il y a dans mon cœur quelques vieilles larmes.

Pourtant je relève mon courage, je renouvelle ma ferme résolution de ne pas me laisser dominer par une inutile mélancolie, je prie, j'adore les décrets de la Providence et je fixe mes réflexions sur les grâces signalées que Dieu m'a faites, et sur celles que j'espère recevoir pour ce reste de vie, et pour toute l'éternité. Allons, marchons vers le paradis, et marchons d'un air de contentement et de triomphe!

Adieu, ma très-chère. Mes respects à Magna et à ses anges.

Vive Jésus et Marie ! *

Turin, 12 mars 1845.

Illustrissime professeur et très-cher ami,

La connaissance qu'ont tous vos amis du cœur de V. S., et que je me vante de posséder autant que

les autres , me fait sentir la douleur que vous aura causée la perte de cette chère sœur. Je m'afflige avec vous tous qui formez une famille si bonne et si intimement unie d'une affection réciproque. Ahi c'est un grand sacrifice que de voir la mort, d'une personne aimée! L'unique consolation est le souvenir des vertus de cette personne, la pensée que déjà peut-être elle est en possession du bonheur éternel, ou la certitude qu'elle le possédera, et la considération de la brièveté de toutes les joies de la terre, pour faire place à une vie qui sera infiniment meilleure.

J'ai prié et je prie pour votre sœur et pour vous, pauvres affligés. Madame la marquise a fait tout ce que vous désiriez d'elle ; elle a pris et prend une part très-vive à votre affliction.

Nous avons eu ici quelque inquiétude pour Madame la marquise. Elle a été d'abord attaquée d'une fluxion sur les dents, qui s'est ensuite étendue à toute la tête; puis est venue la fièvre et l'inflammation. Une saignée a arrêté la maladie, et maintenant, grâce au ciel, il n'y a plus que fort peu de fièvre, qui bientôt aura cessé.

Je vous réitère, cher professeur, l'expression de toute mon estime. Quand vous verrez Monseigneur, ayez l'obhgeance de lui présenter les hommages de Madame la marquise

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