PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE A DB ONERO
Turin, l®»" janvier 1845.
Monsieur le professeur.
C'est une bonté pour moi qui passe toutes bornes
que celle qui vous a dicté de si beaux vers latins ^ Je les ai lus avec reconnaissance et avec admiration pour le talent de V. S., mais cependant avec un certain sentiment de peine. Je ne mérite pas tant d'honneur. J'aspire à la vertu, mais je ne la possède pas.
Je vous remercie de la bienveillance que vous me témoignez avec tant de grâce, et échangeant de tout mon cœur mes souhaits avec les vôtres, je suis avec une parfaite estime, etc.
AU PROFESSEUR A IGHINA.
3 janvier 1845.
Cher professeur.
Souhaits pour souhaits, et de tout cœur, autant de la part de Madame la marquise que de la mienne. J'espère que Tannée 1845 n'apportera aucune affliction dans la famille Ighina, et c'est la grâce que je demande au Seigneur pour vous tous. Je m'afflige, cher abbé, des cruelles épreuves que vous avez subies, sans compter le sot danger de vous rompre le 'cou. Bénie soit la très-sainte Vierge, qui n'a pas permis un tel malheur, si ordinaire dans de pareilles chutes, surtout quand les compagnons de voyage ont l'indiscrétion de tomber sur vous et non dessous. On court risque pour le moins
1 Le professeur Porcbietti, maintenant à Pignerolles, avait, comme pour lui souhaiter la bonne année, envoyé à Pellico une pièce de vers dans laquelle il célébrait pompeusement les vertus de cœur et les sentiments patriotiques de l'écrivain et du martyr. {Note de V Editeur.)
de rester estropié, et vous devez vous trouver heureux d'être sorti d'une telle bataille avec une simple blessure au bras. Puissiez-vous ne plus vous en ressentir, et prenez garde de compromettre la partie lésée par trop de fatigue. En un mot, veillez-y, portez-vous bien, et ayez une année heureuse sous tous les rapports , sans préjudice de ce peu de croix qu'il faut toujours ici-bas avoir sur les épaules. Portons-en joyeusement notre part, et nous serons véritablement gens de progrès, si nous avançons dans cet art aimable et saint de savoir souffrir sans affectation et en faisant quelque bien.
Les renseignements que vous avez donnés à ce professeur de rhétorique sont exacts. Madame la marquise commença, il y a longues années, à s'occuper de rinstruction de la jeunesse, en faisant venir de France les sœurs de Saint- Joseph qui sont si utiles, non-seulement à Turin, mais dans plusieurs provinces du Piémont. Ce fut aussi sur les instances, et grâce à la généreuse intervention de Madame la marquise que vinrent de France les Dames du Sacré-Cœur, qui ont aussi maintenant plusieurs maisons en Piémont, les unes pour les jeunes fdles nobles, les autres pour celles de la bourgeoisie. Madame la marquise établit ensuite dans son propre palais les premières salles d'asile pour l'enfance; plus tard, l'institut de Sainte- Anne dont les religieuses, outre qu'elles dirigent ces salles d'asile, donnent l'éducation, tant aux petites filles de la ville qu'à celles de la campagne, dans différents villages. Madame la marquise a donné l'impulsion à ces louables combats de charité, et ses bonnes œuvres se multi-
plient, mais sans qu'elle fasse rien publier de ce qu'elle fait; aussi beaucoup de personnes l'ignorent. Les écoles pour les petites filles catholiques des yallées de Pignerolles sont aussi une belle œuvre. Adieu, cher professeur, je vous embrasse, et suis avec une véritable estime, etc.