CCXXXVIII
A M. LE COMTE LUIGI PORRO
Jour de Pâques 1845.
Très-cher Porro , Depuis que vous êtes parti, je n'ai eu que des jours attristés, ou par les souffrances des autres , ou par les miennes. Voici maintenant notre excellente comtesse Masino, bien accablée par la mort de son mari. Vous aurez su qu'il succomba le vendredi-saint, à dix heures et demie du matin , après une nuit qui , pour sa femme , fut déchirante au delà de toute expression, à cause des paroles émouvantes qu'il lui adressait, la suppliant sans cesse de ne pas l'abandonner. Elle le vit expirer> et alors seulement elle put se retirer : son âme , en ce moment, est encore en proie à une vive agitation ; elle ne dort pas et pleure beaucoup. Elle eut hier la bonté de me recevoir; elle était au lit ; il y avait la comtesse de V. . . et la marquise A . . . J'ai vu un instant le pauvre défunt, dont un peintre faisait le portrait. Sa longue et douloureuse maladie avait bien vieilli ses traits ! mais sans lui ôter cette expression de bienveillance qu'il eut toujours. Aujourd'hui on le transporte à Masino. Il n'y a qu'une voix à Turin pour louer ce digne homme ; il était bon avec
tout le monde : ce n'est pas un éloge qu'on puisse donner à bien des gens.
Comment allez-vous, cher ami ? et votre fils ? et votre belle-fille? et le petit-fils? Je vous aime tous ensemble et vous souhaite une bonne santé. La marquise de B. . . a été fort malade d'une inflammation générale : elle commence maintenant à se lever, mais elle est encore faible.
Donnez-moi des nouvelles de vous tous et de Gonfalonieri. Je vous embrasse, et, avec vous, nos chers amis. Rappelez-moi au souvenir des personnes de votre société que j'ai connues, et dont je me rappelle la bienveillante indulgence.