AU BARON CARLO DAVISO
Turin, 29 octobre 1846.
Mon très-cher ami,
En vérité tu es trop bon ! mais, en fait de bonté, j'aime le trop. Je te remercie de tout ce que tu m'écris, au sujet de la représentation de la Francesca , et j'accepte tes louanges amicales , quoique je sois persuadé de ne pas les mériter toutes. La fortune des auteurs d'ouvrages dramatiques consiste à avoir des acteurs de talent , et il est souvent arrivé que les acteurs et les actrices ont donné de l'éclat à des productions défectueuses. D'après ce que tu me dis, je dois beaucoup, cette fois, à ceux qui m'ont représenté, et surtout à madame Landozzi , dont la renommée m'a fait connaître le rare mérite dans cet art difficile : elle y joint l'avantage d'être de Sienne , et d'avoir la plus belle des prononciations italiennes. Tout concourait enfin à faire honneur à ma tragédie, et probablement tu y auras trop contribué, par les applaudissements passionnés d'une amitié aveugle.
Adieu, cher baron, mets-moi aux pieds de ta respectable sœur et de tes autres anges.