LETTRES
DE
LETTRES INEDITES
DE
A UGO FOSCOLO K
7 mai 1815.
Cher Ugo,
Deux jours après ton départ Giulio vint à Milan, ne sachant rien encore. Des gens de la police visitèrent tes effets ; les livres étaient déjà chez moi, tes malles, etc., dans une maison où Agapito a une chamhre, et d'où ton frère avait donné Tordre à Ottolini de les retirer. Le bureau et la cassette, qui devaient
1 Cette lettre et les quatorze suivantes, adressées par Silvio Pellico à Ugo Foscolo, ont été détachées, par nous, du troisième volume delà Correspondance d' Ugo Foscolo, imprimée à Florence par Félix Lemonnier. Les auteurs de ce recueil avertissaient en noie {Epistolario Foscolo, vol. ri, p. 394) qu'ils s'étaient scrupuleusement conformés aux désirs de Pellico, relativement aux phrases ou aux mots supprimés ou changés dans les susdites lettres. Ces lettres sont conservées dans ce qu'on appelle V Archivio Labronico. La lettre dans laquelle Pellico rend compte des moditications qu''il veut qu'on introduise dans ses lettres de jeunesse à Foscolo, porte la date du 15 septembre 1853, et est adressée à Fraacisco-Silvio Orlandini.
Voyez, dans notre Collection, cette lettre de Pellico, au numéro d'ordre 317. ( Noie de l'Editeur.)
être remis à monseigneur % je les ai déposés dans les mains du baron % parce que le premier était allé à Turin.
Aujourd'hui j'ai une réponse de Barinetti; il a fait ta commission et remis l'argent à Porta^ et il m'a rendu le petit livre.
Giulio^ dont l'école a été fermée^ est revenu ces jours-ci à Milan^ d'où il t'a écrit. Il est allé voir le maréchal qui lui a parlé de toi et lui a dit qu'il regrettait ta détermination d'autant plus qu'il t'avait obtenu une place. Giuho me charge d'ajouter que s'il te convient de revenir à Milan tu n'as qu'à faire parler au maréchal, etc.; adieu.
Quelques jours après ton départ, j'ai remis ta lettre à la Belgioioso, j'avais d'abord donné la sienne à la Nava.
A UGO FOSCOLO
17 octobre 1815.
Cher Ugo,
Il y a longtemps que je n'ai de lettres de toi. Trechi m'a dit dernièrement que ta santé était rétabhe. Es-tu tranquille dans ces montagnes ? Dans tes entretiens avec les Grâces oubhes-tu nos malheurs?
Je t'envoie une lettre que mon frère m'a expédiée de Gênes.
i L'abbé de Brème.
2 Sigismondo Trechi.
Ecris-moi et aime-moi. Je l'aime de cœur, vraiment de cœur.
P. S. Passé le 20^ je porterai à Barinetti les quittances ordinaires.
A UGO FOSCOLO
8 janvier 1816.
Mon Lorenzo *,
N'as-tu pas reçu ma dernière lettre depuis ma visite à la comtesse? Je lui dis, et depuis je t'ai écrit de nouveau, ce que m'avait dit B Ton petit livre et les
quittances d'octobre ont été retenus, et il n'y a pas eu moyen de les ravoir. J'ai parlé à C''''^ pour la vente de tes livres ; il me dit qu'on n'en trouverait qu'un prix misérable. Je donnerais mon sang pour toi; je me suis informé si tu ne pourrais pas revenir à Milan, où il me semble que tu trouverais plus de ressources, et on m'a dit que tu ne serais pas inquiété. Je t'ai écrit pour te conseiller de venir ici, où, si tu es malheureux, tu auras du moins quelque ami qui mêlera ses larmes aux tiennes. J'ai cru que le conseil avait pu l'offenser, ne voyant plus de tes lettres. Comment se fait-il maintenant qu'une dameMagiotti,de Florence, m'écrive que tu te plains à elle de n'avoir plus d'amis à Milan, pas même ton Silvio? Que puis-je faire pour
1 C'était le ngni que Foscolo avait pris en Suisse, pseudonyme assez transparent, car tout le monde sait que Lorenzo Alderani est le nom de l'ami de Jacques Orliz, Téditeur supposé de ses Dernières lettres. [Note de l'Edileur.)
toi? Je n'ai jamais comme anjourcVhui regretté ma pauvreté : elle m'ôte les moyens de te i)rouver, de quelque manière, Texfrême attachement que je ressens pour toi, attachement qu'avant même de te connaître je le portais déjà pour ton génie et pour ton cœur, et qui non-seulement ne s'est jamais refroidi un instant, mais qui n'est que plus grand depuis que tu es malneureux. L'injustice de la fortune et la malignité de la plupart des hommes rendent quelquefois l'opprimé injuste; je le comprends et je te plains. Mais pourquoi ne pas distinguer quelqu'un de la multitude? Détrompe-toi. Si je t'ai rarement écrit, c'est parce que de ton côté tu ne m'as pas écrit davantage, et aussi parce que le bruit a couru souvent que tu étais en France, ou en Angleterre, ou en Russie. Fussé-je le plus lâche des hommes, que pourrais-je craindre d'une correspondance avec toi ?
Tout le monde sait que tu es à Ottingen ; on en parle sans mystère, et ici on n'arrête plus, on ne bannit plus personne pour être resté l'ami des âmes généreuses. Si j'eusse été lâche ou stupide, je n'aurais pas pris tant de peine à Mantouc pour obtenir la permission de voir Rasori et Brunetti, qui, je te l'ai dit, m'ont beaucoup parlé de toi. Que puis-je craindre ou espérer ? Rien. Je suis pauvre et ne désire ni emplois ni faveurs d'aucune espèce.
Tu te reproches déjà de m' avoir un instant refusé ton estime; — eh ! me l'as-tu bien réellement refusée ? Dans mon caractère peu expansif, souvent tu as pu discerner la sincérité de mes opinions et de mes sentiments ; lors même que je ne puis te le prouver, tu
dois croire que j'ai pour toi une alt'cclion sans bornes, que je te tiens pour victime de ton excessive droiture, que je déplore ta destinée et m'en indigne. Que fais-tu? Écris-moi librement, dis-moi la vie que tu mènes. Si je i)uis f être bon à quelque chose je n'épargnerai ni mes pas, ni mes paroles; c'est tout ce que je possède. Je t'embrasse, tout frémissant de pitié et de douleur, et je suis ton Silvio.
A UGO FOSCOLO
25 janvier 1816.
Je suis inalade d'une violente inflammation de gorge, et je t'écris de mon lit. — J'ai demandé à Gagnola des nouvelles des enfants de M. Negri; il m'a raconté toute l'histoire de la femme, et m'a dit que les fils sont auprès de leur père, mais qu'il s'en informerait plus exactement. Dès que j'aurai de nouveaux détails je te les communiquerai. Fie-toi à moi pour prendre ces renseignements avec toute la délicatesse possible. Je n'ai l'habitude de livrer le secret d'autrui ni à M. Castelli ni à personne.
Tu sauras maintenant, mon cher ami, que si tu veux vendre tes livres j'ai trouvé, je crois, un acheteur. Dès que je pourrai me lever je les ferai estimer et t'enverrai la note du prix, et si la chose te convient tu me diras à qui je devrai remettre l'argent.
Voilà plusieurs jours que, de mon lit, je vois tomber la neige à grands flocons, et je pense avec amour et attendrissement à toi, mon pauvre Ugo, et au triste
pays que tu habites, où la rigueur du temps sera bien autre qu'ici. Comment vis-tu? Y a-t-il plus d'hospitalité, plus de vertus dans ces montagnes? Savent-ils, en Suisse, t'aimer et t'apprécier, ou vis-tu seul, affligé et mal connu?
Autrefois, j'enviai ton génie
A présent je pleure de rage en te voyant si malheureux, si mal récompensé par l'ingrate fortune. Heureux Fhomme vulgaire qui, n'ayant jamais à lutter contre un vent contraire, en quelque lieu qu'il se trouve jeté, mange, dort, et rend grâces à Dieu de Tair qu'il respire. Souvent je me demande si ce n'est pas là, en fin de compte, la vraie philosophie, et j'aspire de toute mon âme à la posséder. Mais quelque chose de plus fort que moi, et qui me vient de la nature ou de l'habitude, je ne sais, excite ma colère chaque fois que je rencontre un de ces égoïstes automates ou scélérats, peu importe. Je crois qu'il y a de la vertu à réprimer à temps ses propres passions, mais qu'il est stupide et infâme de rire quand un autre vous flagelle et vous crache au visage. Et cependant de ceux qui rient de leurs propres malheurs et des malheurs de leurs frères, aujourd'hui, à Milan, tu en verrais beaucoup. Il est vrai que parmi les chrétiens devenus esclaves en Algérie, ceux qui prennent le rôle de bouffons, et qui se laisseraient tuer et au besoin écorcher, sont ensuite mieux traités que les autres.
Je ne continue pas, parce que je suis de mauvaise humeur et n'ai pas dans le cœur une goutte de miel pour adoucir cette lettre. Et toi, ami infortuné, au
lien de consolations tu n'entends de partout ({ue gémissements.
Adieu, j'attends donc ce que tu dois m'écrire par la voie de Florence. Je te serre dans mes bras.
A UGO FOSCOLO
20 mars 1816.
Quelques jours encore, et peut-être ne résistais-je plus cà ridée de fuir cette terre malheureuse pour respirer une fois Fair d'un peuple libre ; à Fidée surtout d'aller vivre avec toi, de partager peines et plaisirs avec l'ami de mon cœur...
Le comte Luigi Porro m'a offert d'être son secrétaire, à la condition d'élever ses deux fils, avec la table, le logement et mille livres italiennes par an pour toute ma vie ; le tout solennellement convenu dans un écrit en forme, et en outre avec obligation de sa part de continuer la même pension à mes parents dans le cas où ils me viendraient à survivre après que j'aurais passé dix ans dans sa maison.
Toi, mon bon frère, aime-moi toujours et sois heureux. Le sort aveugle qui nous sépare nous réunira peut-être pour passer ensemble nos derniers jours et laisser, comme tu dis, nos os dans la même terre, Aimons-nous en attendant, car nos cœurs au moins se ressemblent.
Je réclamerai le payement des 1,802 livres de Milan auxquelles s'élève la valeur de teshvres, et je ferai tenir la somme à MM. Giuseppe Porta et fils. J'y joindrai
le prix de ton petit bureau vert;, que je tàeherai de vendre. Je voudrais que tu m'eusses indiqué quelque moyen de l'envoyer tes manuscrits, mais je prendrai des renseignements et me déciderai pour la voie la plus courte et la plus sûre. Je mettrai dans le même cofï're rOdyssée annotée par Alfieri, la petite cassette de noyer qui est dans le bureau, tout enfin.
Je parle souvent de toi avec l'abbé de Brème, à (fui me lie une étroite amitié. Il aime avec le plus pur désintéressement la vérité et toi. C'est le seul ami que j'aie à Milan, en exceptant d'ailleurs la famille Briclie et surtout notre Edouard, en qui je vois se développer les plus nobles facultés de l'homme.
Mon frère est à Gênes, secrétaire du gouvernement, avec un traitement de 1,200 livres de Piémont. Tu es nommé dans toutes nos lettres.
Adieu ! Donne-moi de tes nouvelles. Adieu !
A UGO FOSCOLO
6 avril ]816.
Ami,
Deux lignes seulement pour l'informer qu'avanthier j'ai touché 1462 hvres d'Italie de la vente de ta bibliothèque , lesquelles je suis allé remettre aussitôt à M. Porta, en y joignant les trois sequins que Trechi m'a donnés pour le petit bureau, le tout montant à 1497 livres d'Itahe.
Un négociant se charge de porter le coffre où sont tes papiers jusqu'à Lugano, d'où il l'expédiera à Zu-
ridi. Pour plus de sûreté, j'ai mis ton nom sur tous les paquets à Tadressc de MM. Orell, Fiissli et C'«; il n'y en a pas moins de treize et quatorze avec le petit coffre de noyer. Dans un de ces paquets, on a mis rodyssée commentée par Alfieri *, une tabatière, un collier d'argent, portant le nom de Quirina Magiotti, et un exemplaire de ton essai imprimé de traduction d'Homère, mais non celui annoté de ta main, que je n'ai trouvé ni chez moi, ni chez Trechi. Ce dernier est parti pour Paris et Londres ; il te verra et t'embrassera pour moi, qui pleure de ne pouvoir te suivre. Adieu!
J'ai une irritation de poitrine dont j'espère me guérir avec la diète et le repos.
A UGO FOSCOLO
6 avril 1816.
Mon ami ,
Je viens d'envoyer à la poste une autre lettre pour toi, dans laquelle je te disais que tes papiers seraient portés à Lugano, et de là expédiés à Zurich. Je reçois à présent la tienne ( datée de l'anniversaire de ta fuite !) où tu me dis que tu m'indiqueras le moyen de t'envoyer ces papiers, et ceux que je devrai me borner à
1 Ce précieux volume fut offert par Ugo Foscolo au comité du Club des Voyageurs à Londres, en témoignage de reconnaissance pour les attentions dont il avait été Tobjet de la part des membres de cet établissement.
{Note de l'Éditeur.)
te faire passeï-. Le coffre qui les renferme n'étant pas encore parti, je le retire et j'attends la lettre annoncée. Si tu veux plus tard, sachant que je le puis, que je te les envoie tous, il sera toujours temps.
Pour ce qui est de tes autres meubles, outre le petit bureau, je n'en ai retiré que la bibliothèque de noyer; mais l'acheteur des livres a stipulé qu'elle serait comprise dans les 1462 livres qu'il a donnés pour les volumes. Résigne-toi donc, et crois bien que les livres ont été on ne peut mieux vendus. Quant au buste de Galilée et au portrait de Giulio, je crois que ce dernier les a retirés lui-même.
Adieu, adieu ! Quand pars-tu ? Souviens-toi toujours de moi ; souviens-toi que de tes amis je suis peut-être celui qui donnerait le plus volontiers sa vie pour toi. Adieu !
A UGO FOSCOLO
10 avril 18X6.
Mon ami ,
Je ferai donc le choix des manuscrits que tu me signales et je te les enverrai. Je brûlerai ou conserverai fidèlement les autres, suivant ton ordre. Ne me parle plus de ta mort, tu me transperces l'âme... Mais puisque tu as porté ton regard jusqu'à la tombe, je te parlerai de la mienne. J'arrange tes affaires de façon que si je meurs, elles soient remises par l'abbé de Brème à madame Magiotti de Florence, que je crois, à la manière dont elle m'a écrit, ton amie la meilleure
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et la plus solide. — J'ai envoyé la lettre à la comtesse Lucilla^ à Mantouc. Je connais cette excellente dame. — Le calice pleuré par toi n'est pas resté dans mes mains : Dieu sait où il est allé ! Mais tu auras certainement la tabatière de ton ami. — Hier, je suis allé trois fois chez Dova. Les deux premières, je n'y ai trouvé que les garçons; la troisième, j'y rencontrai le fils à qui je remis ton billet, lui signifiant que son père eût à me répondre sur-le-champ. Aujourd'hui encore j'y ai repassé deux fois, et je n'ai trouvé ni le fils, ni réponse écrite. Avant de jeter cette feuille à la poste J'y retournerai encore, et j'espère pouvoir lui parler. Mon frère de Gênes te salue. Ici Brème en fait autant. Adieu, ami de mon cœur, mon Ugo, mon frère; je t'aime plus que je ne pourrai jamais te le prouver. Je suis un peu malade, mais la diète me remet tout doucement. Porte-toi bien. Adieu!
A UGO FOSCOLO
20 avril 1816.
Mon ami ,
Je suis toujours malade, mes poumons semblent fatigués de respirer. Sois tranquille enee qui concerne celles de tes lettres que je garde. Si je viens à mourir, elles passeront en dépôt dans les mains 'de Lodovico de Brème, de qui ta chère Quirina pourra les recevoir. — Depuis plusieurs jours, je n'ai pu faire un mouvement. Aujourd'hui, j'ai cherché les lettres de Cesarotti et de Bettinelli que tu me marques. Tu es pressé
de les avoir^ excuse-moi. Tu n'es pas moins pressé pour la cassette de noyer qui contient tes manuscrits; aujourd'hui sans faute je te Tenvoie. J'ai parlé ce matin à Banfi qui te salue. J'envoie la cassette à Sorese^ à l'adresse de MM. Orell, Fiissli et C'^^ à Zurich. — Dova m'avait promis de venir chez moi, il n'a pas tenu parole. Le temps est beau, je sortirai pour respirer un peu d'air, et je verrai ce libraire. Adieu, adieu ! Écris à ton Silvio.
J'ai parlé à Dova; il a paru très-joyeux d'avoir de tes nouvelles ; il me dit que pour t'embrasser il ferait un mille à pied, malgré une jambe dont il souffre beaucoup quand il marche. Il m'a remis deux exemplaires de la Prolusione y que je joins aux autres papiers de la cassette. Lundi il me remettra tous les exemplaires qui te sont dus.
A UGO FOSCOLO
8 mai 1816.
Mon cher ami.
Ne m'avoir jamais dit un mot de l'argent que j'ai remis pour toi à Porta, ni maintenant de l'envoi que je t'ai fait depuis vingt jours de tes manuscrits. Je me fâcherais contre toi si je ne savais qu'à Florence même il est passé beaucoup de courriers sans lettres de toi. Madame Quirina m'écrit enfin qu'elle en a reçu deux en même temps. Je m'en prends donc à la poste et non à toi. Ne voudras-tu pas, avant de partir, dire adieu à ton ami qui te suit du cœur et de ses regrets,
et qui l'aime comme le plus cher de ses frères? Je sais que le jeune Grec ({ue tu avais à Florence doit te rejoindre. Heureux^ bien heureux jeune homme si son cœur ressemble au mien ! Je le verrai, je Tembrasserai, je Taimerai quoique je lui porte envie.
Brème n'a pas encore reçu les papiers que tu lui as adressés. Dès que nous les aurons, ils seront expédiés sur-le-champ à madame Quirina , en y joignant , comme elle me le recommande, un exemplaire du discours de Pavie. Dans la cassette que je t'ai envoyée il y en avait deux que m'avait remis M. Dova. Depuis lors, je n'ai pu encore lui tirer les autres des mains; il m'assure qu'ils sont chez le brocheur. Adieu, écrismoi, je t'en prie, et aime-moi.
A UGO FOSCOLO
27 mai 1816.
Mon cher Ugo,
Dans ta lettre du d 8 tu me donnes l'assurance qu'avant de partir tu m'écriras. Fais-le, je t'en conjure, la vue de ton écriture m'a toujours été chère ; aujourd'hui que tu t'éloignes encore plus de l'Italie pour y revenir (bientôt, peut-être, jel'espère ainsi), mais qui sait quand ? chaque hgne de ta main m'est sacrée. La société de Andrea Calbo ne me l'est pas moins depuis ces trois jours que je le connais. Je lui envie la joie qu'il aura de te revoir, et puis de te voir toujours, et d'être partout associé à ta fortune. S'il m'est cher à cause de toi, il me l'est infiniment par lui-même. Je
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Taime pour son caractère^ pour ses sentiments. J'aurais voulu être prince pour lui faire fête... Dieu m'a fait la grâce de me vouloir pauvre pour que je fusse bon ami.
Il faut le remercier des joies et des tribulations qu'il nous envoie, dit l'Église, et je le remercie donc de m'avoir donné des amis, tout en me refusant les moyens de leur prouver la sincérité de mes sentiments.
Hier, avec Andrea, j'ai repassé chez Dova qui, chaque jour, trouvait une excuse nouvelle pour ajourner la remise qu'il devait me faire des exemplaires de ton discours. Il me dit à présent qu'à plusieurs exemplaires il manque quelques feuilles qu'il a fallu rechercher, qu'enfin il a fini par les réunir et que tout est chez le brocheur.
Ayant ouï dire à Andrea que tu regrettais de n'avoir pas avec toi le petit Pétrarque de l'édition de Lyon, je l'ai repris parmi tes livres vendus, et je le lui remets pour te le porter. — Adieu, je t'embrasse chaudement, tendrement. Adieu, mon Ugo, mon cher ami.
Rien de nouveau des prisonniers de Mantoue. On assure qu'à Vienne il y a an tribunal occupé à revoir cette affaire, mais je crains que ce ne soient de faux bruits pour leur laisser l'espérance à eux et à leurs amis, et que le gouvernement ne soit décidé à ne plus les tirer de Mantoue. J'en pleure, j'en frémis de rage au fond de mon cœur.
Dova, abasourdi de ta lettre, s'est imaginé que tu pourrais bientôt reparaître à Mifan ; il m'a fait part de ses doutes à cet égard, et moi, pour lui arracher les
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exemplaires qu'il te doit et lui laisser la crainte salutaire de te voir arriver, je lui ai dit que rien n'était plus probable. C'est de lui, je crois, et de cette circonstance que sera sorti le bruit que le gouvernement t'a rappelé, que tu seras ici sous peu. Les uns s'en réjouissent, les autres en ont peur. Adieu !
A UGO FOSCOLO
Milan, 5 novembre 1816.
Voici une lettre de ton Silvio, qui ne laisse jamais passer un jour sans penser beaucoup à toi, et sans faire des vœux pour que les hommes et la fortune daignent une fois te sourire ; de ton côté ne m'oublie pas, je t'en conjure. Après ton frère Giulio, personne ne peut se vanter de t'aimer autant que moi. — Mais non ; c'est d'un autre ami que je dois te parler, et qui cependant ne veut pas être connu. Celui-ci a acheté tes livres pour avoir une raison de t'envoyer quelque argent dont tu n'aies à remercier personne. Maintenant, le nom mis à part, je me vois obligé de te confier le secret que tu ne dois jamais avoir l'air de connaître, et sur cela je m'en remets à ta délicatesse. — Je suis chargé par cet ami de t'envoyer à Londres tous tes livres, sans que tu '^hes d'où ils viennent. J'ai voulu m' acquitter rehgieusement de la commission, mais j'ai vu qu'au lieu de te faire un présent, j'allais t'occasionner une grosse dépense pour le port, ce qui assurément répandrait quelque amertume sur une si douce satisfaction. Alors, j'ai tenu conseil
avec Giulio, et j'en suis sorti convaincu que tu ne pourrais me savoir gré d'avoir aveuglément suivi les intentions de Fami anonyme. Mais si je réponds à cet ami que Tenvoi de tes livres ne sera pas un bienfait pour toi, je lui ôte à lui le plaisir de te venir en aide, et à toi tout le profit d'une si généreuse amitié. C'est pourquoi, en conscience, nous ne croyons mal faire en te demandant à toi-même ce que tu désires que je fasse de tes livres. — Sache d'abord qu'il y aurait peutêtre moyen d'en réaliser la valeur : l'ami anonyme croirait te les avoir rendus, et toi, en évitant une grosse dépense, comme serait celle du port, et au moyen de l'argent qui résulterait de la vente, tu jouirais des douceurs que veut te procurer cet ami. Mais il faut, dans le cas où tu prendrais ce parti, que l'anonyme, si jamais tu venais à le connaître, reste toujours persuadé que lu as recouvré tes livres comme par enchantement. — Tl m'en coûte de te faire cette confidence, parce que je ne crois pas qu'il y ait une faute plus grande que celle de trahir réellement un secret ; mais mon intention est telle que ma conscience ne me reproche rien. Je fais ce que me commande mon immense attachement pour toi. Tu dois me comprendre.
Réponds sur-le-champ. Si tu préfères les livres, je te les enverrai. Veux-tu de l'argent? Giulio et moi nous traiterons avec un acheteur.
Adieu; salue tendrement pour moi Andrea.
Tu auras su le sort d'Ugo Brunetti et de Rasori : dans dix-huit mois (mais en voici déjà deux de passés) ils seront libres, .le leur ai donné de tes nouvelles par
l'intermédiaire de la comtesse Lucilla. Aime-moi toujours comme tu m'aimais et comme l'aime ton Silvio.
A UGO FOSCOLO
Milan, 9 août 1818.
Mon cher Foscolo^
Quelqu'un part pour Londres, et du café du thétâtrc je t'écris en hâte ces deux hgnes; il faut que je les remette sur-le-champ à la Trivulzia, qui m'a demandé si je n'avais rien pour ce pays-là. — Oh ! mon cher Ugo ! combien de fois je pense à toi avec tendresse et possédé du désir de me savoir toujours vivant dans ton cœur ! Pourquoi ne puis-je l'écrire souvent? Mais je sais combien la poste est onéreuse en Angleterre, et c'est là une raison assez puissante pour que je me taise et contienne en moi l'inutile désir que j'éprouve sans cesse de te redire que je n'oublie pas ce que tu vaux, et qu'à mes yeux tu seras toujours l'homme qui honore le plusTItalie.
Rasori, Brème et quelques autres, la plupart tes amis les plus chauds (et j'en suis), nous nous proposons de fonder un journal qui paraîtra le 3 septembre prochain. Je chercherai une occasion pour l'envoyer notre manifeste. Aujourd'hui le temps me manque. Adieu ! aime-moi. Giulio est à Lodi ; il va bien. Adieu detoni mon cœur. Crois-moi tonta loi.
A UGO FOSCOLO
Milan, 9 septembre 1818, Rue du Mont-d.i.Piété, n. 1579.
Mon VgOy
Voici un mois que je t'ai écrit deux lignes en toute hâte et je ne sais trop ce que je t'ai dit. Un Anglais, qui allait partir, m'avait offert ses services. Est-il arrivé ? t'a-t-il remis ma lettre ? — Je te renouvelle mes félicitations pour l'heureuse situation que tu es enfin, je le sais, parvenu à te faire. Avec moi s'en réjouit aussi une autre personne qui ne veut pas être nommée, et qui m'a chargé de l'envoyer tes livres, qu'elle n'a achetés que pour te les conserver. — Cette personne , connaissant tes engagements littéraires, est persuadée que tu auras besoin de livres, et elle est heureuse de pouvoir t'offrir ceux-là mêmes qui, l'ayant servi tant d'années, doivent t'être plus chers que d'autres. Je te les enverrais donc sur-le-champ si des négociants ne m'assuraient ici que les frais de port, de douane, etc. vont te coûter immensément. C'est pourquoi je te prie de m'écrire au plus tôt si, en les adressant à quelque ambassadeur de là-bas ou à quelque autre personnage, tes livres te parviendront sans frais, ou à peu de frais. Donne-moi seulement une adresse, et j'exécuterai scrupuleusement tes ordres et ceux de la personne inconnue.
Je crois t'avoir dit dans ma dernière lettre qu'il s'imprime à Milan un nouveau journal littéraire, — entreprise qui n'a rien de mercantile et qui est l'œu-
— lì) —
vre (resprits sincères, ardents propagateurs de la vérité. Les associés sont Kasori, Brème, Borsieri, Berchet, moi et quelques autres^, parmi lesquels Sismondi de Genève.... — Je t'envoie les deux premiers numéros de notre journal. Tu verras par quel supplice il nous faut passer pour obtenir la permission d'iniprimer quelque vérité. — Nous sommes associés kV Edinburg- Review. J'espère que quelquefois nous y verrons de tes articles, et que nous pourrons les répéter dans notre Conciliateur.
Quand ton imagination quitte FAngleterre et se remet à parcourir ta chère Italie, si tu passes la revue des cœurs qui t'aiment et que tu as aimés, pense à moi, je t'en prie, pense à moi longuement. Je t'embrasse de toute mon âme.
XY
A UGO FOSCOLO
Milan, 17 octobre 1818.
Mon ami ,
Ta petite lettre qu'Everett m'a remise était si pleine d'affection qu'elle m'a vivement ému. Notre Américain me plaît beaucoup. Je l'ai présenté à Brème et à quelques autres, et durant le peu de jours qu'il est resté à Milan, j'ai passé tout le temps que j'ai pu avec lui et avec son compagnon de voyage, M. Lyman. Everett m'a mis au courant de ton existence apparente, que
1 L'autographe de celle lettre est conservé par M. Henri Mayer^ qui la tient du chanoine Riego.
— soin me dis n'être pas aussi heureuse qu'elle le paraît aux autres. Cela revient à prouver que personne n'est exempt de peines secrètes. Mais cette part de bonheur qu'il est permis d'espérer sur la terre^ il semble que tu la possèdes , honoré dans le pays de l'Europe où la dignité humaine est le plus respectée^ assez riche pour avoir maison à la ville et à la campagne, un délicieux jardin, des chevaux, une voiture. . . maître d'imprimer ce qui te plaît, avec la certitude que ni le gouvernement ni les libraires ne te mettront en pièces, mais au contraire récompenseront selon leur valeur les productions de ton génie. . . jamais la triste Itahe ne t'eût donné une telle fortune; je m'afflige en pensant que cette contrée te retiendra peut-être loin de nous tout le reste de ta vie. Écoute à présent un conseil de ton ami : Ne sois pas aussi peu soucieux que tu l'as toujours été de ton repos à venir ; rassemble un petit trésor pour ta vieillesse, afin de pouvoir, dans tes dernières années, si tu éprouves le besoin de revoir ta patrie, y revenir indépendant et sans rien avoir à demander. Je t'envoie tout ce qui a paru jusqu'ici du Conciliateur.,. — G. R. est Rasori; — G. D. R. Romagnosi; — L. D. B. Brème; — B. Borsieri; Grisostomo c'est Berchet; — G. P. est Giuseppe Pecchio ; — Cristoforo Colombo II est le frère de Pecchio. — J'en suis ; il y a aussi le professeur Rossi ; — S. S. est Sismondi de Genève, etc. — Pourquoi (demanderas-tu) un pareil titre à votre journal? Parce que nous nous proposons de concilier, en effet, non pas la loyauté avec la fausseté, mais tous les amis sincères de la vérité. Déjà le public commence à s'apercevoir que ce n'est
pas là œuvre de mercenaires, mais de lettrés, sinon tous célèbres, tous du moins unis dans le dessein de soutenir, autant que possible, la di^mité du nom italien.
Si tu nous envoyais quelque article, il serait accueilli par nous avec grand enthousiasme; mais que le sujet soit purement littéraire ; ta signature, Ugo Foscolo, ferait grand tapage dans toute l'Italie; seulement mesure tes paroles au compas de notre censure gouvernementale.
J'attends une réponse de toi à ma dernière lettre, dans laquelle je te priais, au nom de la personne qui a acquis tes livres, de me dire comment je pourrais te les faire avoir sans que le port en soit trop dispendieux.
Quel ouvrage écris-tu? Fais-tu l'histoire du royaume cV Italie? Cette époque a été brillante, il me semble qu'elle te fournirait l'occasion de dire de grandes choses.
Ton frère Giulio, encore en disponibilité, cherche à rentrer au service. Il est venu à Milan, ces jours passés, de Lodi où il demeure.
Adieu, mon bien cher ami. — Je suis toujours secrétaire du comte Porro... — Un seul trait qui te le fasse apprécier. Quand Rasori sortit de prison, sans pain et sans appui, Porro me permit de l'introduire dans sa maison, m'assista et lui fit un petit traitement pour écrire dans le Conciliateur.
Mon frère est toujours secrétaire du gouvernement de Gênes; il me parle toujours de loi dans ses lettres, dois bien que nous t'aimons de tout notre cœur; toi.
de ton côté, n'oublie pas tes compatriotes; aimenous, ce sera pour nous une bien douce consolation dans nos malheurs.
A M. LE COMTE PORROi.
Balbianino, 5 août 1819.
Monsieur le comte,
J'aurai vendredi avec nos cliers enfants la joie de vous revoir, et vous nous trouverez en très-bonne santé comme nous espérons bien vous trouver vousmême, quoique vous n'ayez voulu respirer qu'un jour cet air bienfaisant. En attendant, nous vous envoyons
^ C'est à la bienveillance de M. le comte Tullio Dandolo que nous devons de pouvoir publier les leUres intéressantes adressées par Pellico à la famille Porro, et qui jettent une si vive lumière sur le caractère de Silvio et sur ses plus anciennes affections. Nous croyons faire une chose agréable aux lecteurs de cette correspondance en rapportant ici tout entière la lettre qui accompagnait l'envoi que le comte Dandolo a bien voulu nous aire de ces précieux manuscrits.
A M. G. STEFANI.
Milan, 10 décembre 1854.
La mémoire de Silvio Pellico m'est chère, comme celle d'un homme que j'ai aimé et qui me payait de retour. C'était donc, de ma part, un désir tout naturel que celui de seconder la publication de sa correspondance inédite, le plus beau monument qui pût être élevé en son honneur, parce c'était le plus propre à mettre en lumière les vertus qui l'ont orné.
Mettre à la disposition de l'éditeur, en réponse à vos courtoises investigations, le peu de lettres qui me restent de Silvio, lés autres
en cliœur iinlle saluts plus tendres run que l'aulre. Vous ne sauriez croire dans quel bonheur nous avons passé ce peu de jours. Le dimanche matin, nous avons entendu à Lenno, après la messe, un sermon des plus comiques qui se puissent ouïr; il a fallu toute notre sagesse pour ne pas éclater de rire. Après le dîner, nous allâmes à la Cavagnola i)Our revenir à pied jusqu'à Leggen ; la nuit nous surprit sur la montagne, nous avions perdu notre chemin, et nous n'arrivâmes au bord du lac, où la barque ne nous attendait plus, qu'à onze heures et demie; les enfants étaient fous de joie; Giuho se croyait déjà un Robinson dans son île déserte. Pour nous achever, il se leva un vent tel que le batelier refusa de traverser le lac, et prétendit que nous devrions tous passer la nuit dans Tunique lit que
ayant été égarées, c'était apporter à l'œuvre un trop mince tribut. J'ai cru lui rendre un plus grand service en recourant aux Porro, avec qui je suis lié d'une vieille affection, pour savoir d'eux s'ils conservent les lettres que, dansl'épanchement d'une amitié qui ne s'est jamais refroidie, Pellico, l'ancien instituteur des fils et l'ami intime du père, leur avait certainement adressées de 1817 à 1853. Ces lettres^ selon ce que je me figurais, devaient merveilleusement faire connaître l'âme de l'homme admirable , peindre au vrai les sentiments excités en lui dans tout le cours de sa vie agitée, ressembler aux entretiens d'un père avec ses fils et d'un frère avec son frère, rappeler des amis communs, de communes souffrances. J'espérais, en un mot, que ces lettres formeraient une des parties les plus précieuses du recueil projeté.
Aussitôt que j'eus fait connaître ma pensée au comte Giulio, au marquis Luigi, possesseurs en effet du trésor convoité, la pensée d'honorer cette chère mémoire fut accueillie par eux avec empressement; mais à ce premier sentiment d'affection qui les portait à consenlirj succéda aussitôt celui d'une répugnance, fille de la délicatesse, à permettre qu'on publiât des lettres intimes, toutes brûlantes de l'amitié et de la reconnaissance qui, jusqu'au dernier jour de sa vie, ont atta-
nous oilìait l'hôtel de Lcggen; mais nous commençons à crier, à réveiller les gens, et nous étant fait donner une bonne gondole, nous trouvâmes enfin quatre bons rameurs qui nous ramenèrent à Balbianino. Le jour suivant, les enfants, loin d'être fatigués, ne demandaient qu'une autre aventure semblable à celle de la veille ; mais nous, les adultes, moins robustes, nous nous contentâmes d'aller à la villa Sommariva, d'où nous revînmes à pied. Hier, nous sommes allés à Bellagio ; madame la duchesse nous a reçus avec toutes sortes de bontés, nous l'avons trouvée en parfaite santé . Mais tout cela n'a pas fait négliger le Conciliateur ; nos travaux avancent, et pour plus grande satisfaction nous avons reçu un fort bel article de Sismondi dont vous serez certainement très-content. J'ai reçu de Florence une lettre d'une dame qui demande à être
ché Silvio à cette famille. Ici, j'eus à lutter. Il y a des coins inexpugnables dans la pudeur des âmes honnêtes. J'en appelai à ces nobles cœurs, et leur déclarai que je les accuserais de dureté , d'ingratitude, s'ils se laissaient entraîner par leurs scrupules à dépouiller de sa feuille la plus verte, la plus odorante^ la couronne que nous nous proposions de tresser à la mémoire sacrée de leur Silvio.
Ils Attirent par se rendre^ mais en y mettant toutes sortes de conditions, celle-ci entre autres : qu'on écarterait de la publication tout ce qui avait trait à eux. Il m'était impossible d'acquiescer à un arrangement qui n'allait à rien moins qu'à supprimer les quatre cinquièmes de ces lettres, le resle ne pouvant plus former qu'un insipide recueil de fragments décolorés; ce fut un violent combat, j'en sortis en partie vainqueur, en partie vaincu.
Tout ce que j'ai pu arracher, après tant d'efforts, le voici, je vous l'envoie. Vous serez désolé d'apprendre qu'on en a supprimé beaucoup; mais il y a ici de quoi mettre en lumière tout ce qu'il y avait dans celte âme d'ingénuité, de mansuétude, de générosité et de piété.
{Noie de l'Editeur.)
associée à noire journal, et (jiii, par parenthèse, nie prie instamment de me défier de B*** comme d'un méchant homme. Caponago reviendra vendredi avec moi. Borsieri reste encore quelques jours ici; Brème est éperdument épris, et avec raison, de ce séjour; tous les trois disent qu'ils ne pourront jamais exprimer leur reconnaissance au suzerain de ce château magique. Tous les trois sont de ces âmes qui savent vivement apprécier les vraies délicatesses de la courtoisie et de Tamitié.
Croyez-moi, avec tous les sentiments de la plus affectueuse estime, etc.
A Mme TERESA MARCHIONNIi.
7 juin 1820.
Cousine Teresa^
J'écris à la moins paresseuse des deux cousines, parce que je me flatte qu'elle ne me laissera pas sans deux lignes de sa main ; elle doit croire que ce sera me faire un plaisir infini. — Le chagrin dans lequel me plongeait l'état de Lodovico s'est bien adouci depuis que je l'ai vu. — Il y a toujours danger, mais non pas imminent; les crachements de sang se sont arrêtés, grâce à l'immense quantité que le chirurgien lui en a tirée. — Il est plein de courage, il étonne par la
1 Cette lettre et les deux suivantes sont tirées du livre qui a pour titre : Silvio Pellico et sou temps; — Considérations de Pietro Giuria. Voghera, lyp. Gatti, 1854.
{Noto do l'Editeur.)
force d'esprit qu'il conserve dans un si grand abattement de force physique. Il parie avec tendresse de tous ses amis et m'a prié de saluer de sa part madame Carlotta; chargez-vous-en pour moi^ aimable Gegina. — Je tremble de trop m'abandonner à Fespérance à l'égard de mon ami; le médecin m'a dit qu'un nouveau crachement de sang peut lui être fatal. — Quelle triste vie est la mienne! et je n'ai pas même ici la consolation de passer quelques heureux moments dans la compagnie de mes chers soucis. — Je ne vois pas le sourire^ je n'entends pas le chant de la Gegina ! En vérité,, quand on a pris de trop douces habitudes^ la nécessité d'y renoncer rend l'existence bien amère.
Je reste ici quelques jours ; si vous voulez que j'aie la joie devoir votre écriture^ n'hésitez pas, n'écoutez pas la paresse, écrivez-moi deux mots à l'instant, à l'instant même. Dites-moi ce que fonila signoraBettina, la signora Carlotta et toutes les personnes qui leur sont chères, y compris l'excellente famille Berini.
Si, pour la santé de Lodovico, je restais à Turin plus longtemps que je ne le pense, disposez en souveraine maîtresse de ma petite Farsetta, toutes les fois que vous aurez besoin de paroles à mettre en musique ; priez le brillant Maroncelli de me suppléer, il est bon poète, et je lui abandonne tous mes droits. — Veuillez lui faire mes compliments.
Dans votre existence joyeuse, signora Gegina, souvenez-vous de quelqu'un qui vit bien tristement ; il faut que les cousines me soient bien chères, puisqu'au milieu même des plus sérieuses afflictions ,. elles ne sortent pas un instant de mon souvenir.
XVJII
A M"ie CARLOTTA MARCHIONNIi.
21 juin 1820.
Cousine Carlotta,
Quand il y a aujourd'hui huit jours, vous naquîtes, j'eus le malheur de ne pouvoir fêler votre venue en ce monde, mais les dévots célèbrent aussi les octaves des saints. En fêtant votre huitième jour, je prétends gagner Findulgence pionière.
Je vous rends grâce, chère Bambine, et pour mon compte et au nom de toute Fltalie, de ce qu'il y a huit jours, vous vous êtes donné la peine de naître ; c'est la plus belle action que vous ayez jamais pu faire. Sans vous, je n'aurais jamais goiité en Italie le délicieux plaisir d'être électrisé, de pleurer au théâtre, et notre patrie se verrait prÎA^ée de l'une de ses plus belles gloires.
Maroncelli qui vous a vue naître mardi dernier, et qui déjà, comme les anciens prophètes , vous adorait avant que vous fussiez au monde, a tout le mérite de la dévotion dont jetais preuve aujourd'hui; c'estlui... c'est Maroncelli qui m'a suggéré la sainte pensée de venir aujourd'hui vous adorer, moi aussi, comme un roi mage.
Agréez, non de l'or, je n'en ai pas ; non de la
1 CarloUa Marchionni, tragédienne déjà célèbre alors^ était la première qui avait joué, avec un succès d'enthousiasme, sur le théâtre de Milan, la Françoise de Rimini ^ de Silvio Pellico.
{Note du Traducteur.)
myrrhe, je ne suis pas pharmacien; non de l'encens, je ne snis pas un flatteur; mais quatre simples fleurs, parce qu'après les femmes gracieuses ce que j'aime le plus au monde, ce sont les fleurs. Tel est le modeste, mais cordial tribut que le roi mage, Silvio, présente à la céleste créature qui naquit mardi passé. Qu'elle m'accorde de son berceau un sourire de grâce et de bénédiction. Qu'elle me range pour l'éternité au nombre des élus. . . j'entends de ses amis d'élite. — Je vous souhaite , chère Bambinette , une vie qui ressemble aux fleurs que je vous envoie, en ce qu'elles ont de charmant, mais sans leurs épines. Lorsque vous serez grandette, aimez; sans l'amour, l'existence est un désert. — Ce conseil aussi m'est suggéré. . . devinez par qui? par ce prophète Siméon qui vous adorait déjà plusieurs mois avant que vous ne vinssiez au monde.
Adieu; pardonnez-moi, aimable Carlotta, ce badinage. Je me suis imposé de vous écrire en ce style follement enjoué; sachez cependant, que j'ai i)asséune très-mauvaise nuit. J'ai été vraiment fort malade. Hier, je me proposais de passer une heureuse soirée avec mes chères cousines; mon mauvais génie ne l'a pas voulu !
Je baise en toute amitié votre petite main. Un bonjour à la maman et à la Gegia.
P. -S. Voulant vous offrir quelque livre, je ne vois rien qui convienne mieux à une actrice que l'ouvrage sur les Mœurs du peuple. C'est encore une suggestion du prophète. Ne dédaignez pas mon présent, je vous en prie.
A Mme TERESA MARCHIONNI.
Du lac de Cóme, 13 octobre 1820.
Ma chère Gegia, Juge du déplaisir infini qui m'accable; après m'être tant flatté de passer par Brescia à notre retour de Venise, tout d'un coup, pour atTaires pressées, le comte Porro a dû se rendre directement de Mantoue à Milan, et, comme je lui étais nécessaire, il m'a fallu l'accompagner; et, puisque le destin veut que les ennuis s'accumulent l'un sur l'autre, de Turin aussi il m'en arrive de si grands que j'ai perdu toute espérance de les surmonter. Ajoute à cela la douleur que j'ai ressentie en apprenant (à peine arrivé à Milan) que notre pauvre Maroncelli venait d'être arrêté. Ce fut dimanche que j'arrivai et Maroncelli avait été arrêté le vendredi. Sachant combien ce jeune homme est incapable d'une mauvaise action , j'ai aussitôt cherché à savoir s'il avait été compromis dans quelque querelle , et si cette arrestation pourrait avoir des suites graves; mais je n'ai rien pu démêler, sinon qu'il a écrit à Bologne une lettre que la police a lue, et que c'est pour cette lettre qu'il est en prison. Je suis persuadé qu'il sera trouvé innocent, et qu'une fois son innocence reconnue il n'aura rien à craindre. Mais en attendant, je souffre de ne pouvoir lui être d'aucune utihté; Caponago lui-même, qui n'avait aucune amitié pour lui, se montre, dans cette circonstance, excessivement sensible au malheur de ce pauvre garçon.
A tous mes chagrins vient encore se joindre le regret de ne pouvoir passer ces jours-ci en compagnie de Caponago. Le jour où j'arrivai à Milan il en partait lui-même, à sa grande contrariété, pour aller à la campagne ; si au moins il avait pu venir ici, à Còme, Oli je dois m'arrêter quelques jours, et où j'ai le malheur de n'avoir personne à qui parler de cette chère famille Marchionni et de mon adorée Gegia... La société de Giulio m'eût été vraiment nécessaire pour ranimer mon âme désolée; plains-moi, plainsmoi, ma bonne amie, je ne serai jamais heureux! Toute espérance d'un bel avenir m'échappe, et plus je me vois dans l'impossibilité de surmonter les cruels décrets qui me séparent de toi, plus je sens que je t'aime, et que sans toi il n'y a qu'amertume dans ma vie.
L'unique satisfaction que j'éprouvai à mon retour à Milan, ce fut d'apprendre par Giulio que notre excellente madame Bettina est à présent parfaitement rétabhe; je m'en réjouis du fond du cœur. Aie bien soin de cette bonne tante, et puisse sa santé faire toujours ta consolation et celle de Carlotta. Je te prie bien de la saluer de ma part. Salue également et embrasse pour moi la divine Carlotta. Adieu, ma chère Gegia... dans peu de jours nous allons dans ce château de Masino, où mon Lodovico devait venir cette année passer l'automne, s'il se rétablissait. Le château appartient à la comtesse de Masino, que Carlotta connaît. Il est situé en Piémont. Tu peux, lorsque tu m'écriras, adresser tes lettres à Milan, d'où on ne manquera pas de me les envoyer.
— :ìi —
A M. LE COMTE LUIGI PORRO»
Milan, 20 octobre 1820.
Monsieur et très-cher comte,
Je vous prie de m'envoyer les objets annotés cidessous. Oh ! que cette séparation est douloureusement longue! Je suis dévoré du désir et de Fespérance de la voir finir. Je vous remercie de Tobligeance que vous avez de faire remettre, comme je vous en ai prié, les 300 livres italiennes à mon père; veuillez lui dire de n'avoir aucune inquiétude. Le chagrin que doivent éprouver mes pauvres parents m'afflige cruellement. . .
A M. ONORATO PELLICO.
Milan, 1" novembre 1820.
Cher père.
Il m'est permis de vous écrire pour vous donner des nouvelles de ma santé, qui est excellente. J'ai l'esprit tranquille, et je désire que celui de mes chers parents le soit aussi. M. le comte Porro me dit qu'il vous a écrit, et qu'il a de bonnes nouvelles de vous et de toute la famille : cela me console. Nous n'avons pas la moindre inquiétude. Rien ne me manque; j'ai une chambre très-saine; une nourriture à mon choix. Le comte Porro me fait obtenir tout ce dont je puis
* Celte leilre est la première de celles qui ont trait à la prison.
( Note de l'Editeur. )
avoir envie, et j'espère que bientôt cet ennui passager cessera.
En attendant, je vous embrasse tendrement ainsi que ma mère, mes frères et sœurs. Portez vous tous aussi bien que moi, qui n'ai jamais joui d'une meilleure santé.
A M. ONORATO PELLICO.
Milan, de ma cellule, 25 janvier 1821.
Très-cher papa.
Comme la privation double les jouissances, ayant été si longtemps sans pouvoir vous écrire, mon cœur en ce moment éprouve un bonheur infini de la grâce que j'ai obtenue de vous donner de mes nouvelles. En ce moment je suis heureux. Pour un fils qui a de si bons parents, il n'est pas de douceur plus grande ([ue celle de s'entretenir avec eux ; bénissons donc le ciel qui mêle les consolations aux souffrances qu'il répand sur la terre.
Après avoir si souvent espéré que je touchais aux derniers jours de ma captivité, je puis enfin me flatter que je ne me fais pas illusion en regardant comme très-proche ce terme si désiré. Je le souhaite beaucoup pour moi, mais plus encore pour mes chers parents, car je crains qu'ils i:e souffrent beaucoup plus que je ne souffre moi-même. Si je ne songeais qu'à moi, je n'éprouverais pas une bien vive impatience de sortir d'ici, y jouissant d'une santé excellente, et trouvant qu'après tout, quand on a ime
cliaiTìbro passable et tout co qui est nécessaire pour vivre^ il n'y a pas grande différence à poursuivre cette courte carriere mortelle dans un lieu plutôt que dans un autre. Repoussez donc, cher papa, toute idée noire a mon sujet, et persuadez à ma chère maman, cà mes frères et à mes sœurs, qu'ils ne doivent pas le moins du monde s'affliger pour moi; ils s'abusent complètement s'ils s'imaginent que je sois vraiment malheureux. Je veux vous savoir tous tranquilles et joyeux, et alors il ne me manquera presque plus rien pour être un des hommes les plus satisfaits qui existent. J'ai vu assez de pays, de temps et de vicissitudes pour apprécier le monde ni plus ni moins qu'il ne vaut, et pour être à peu près content de tout quand je suis rassuré sur ceux que j'aime.
Le jour de l'an, j'ai eu la suprême consolation de pouvoir embrasser le comte Porro; ajoutez cette joie à celle indicible que j'ai éprouvée les quatre fois que j'ai eu le bonheur de vous embrasser, cher papa, dans le courant du mois dernier; joignez-y encore la douceur que je ressens à vous écrire cette lettre, et vous comprendrez qu'au total, en fait de jouissances, ce que je perds en nombre je le regagne en intensité. Depuis votre départ, on a eu aussi la bonté de me donner une chambre bien meilleure, exposée au plus délicieux soleil de midi, ayant en outre un excellent poêle en terre; on m'a accordé, de plus, un cahier de papier que je puis barbouiller pour passer le temps. En somme, je n'ai qu'à me louer de la bienveillance que l'on met à adoucir ce que ma situation peut avoir de fâcheux. J'ai de bonshvres, et je traduis un poëme
anglais; il est juste que je rende aux Anglais la courtoisie qu'ils m'ont témoignée en faisant connaître chez eux, avec beaucoup d'éloges, ma Françoise de Rimini. Le Quarterly Revieio de décembre contient sur cette tragédie un article flatteur avec des fragments de la traduction que lord Byron en a faite. Si mon cher papa veut satisfaire sa faiblesse paternelle, il n'a qu'à emprunter ce volume à la bibhothèque, et se faire lire le susdit article par François.
Après un long silence on risque de devenir bavard, tant on aurait de choses à dire; je ne finirais jamais. Et comment n'aurait-on pas mille choses à dire quand le cœur est plein de reconnaissance pour des parents aussi tendres que les miens? De tous les bienfaits dont je ne cesse de rendre grâce à Dieu, le plus grand, assurément, c'est de m'avoir donné un si excellent père, une si bonne mère ; ma tendresse pour eux est immense, et je trouve dans ce sentiment une source continuelle d'ineffable consolation. Mes frères chéris, mes sœurs bien-aimées ont aussi une grande part dans cette tendresse : excellentes créatures !
Portez-vous bien, très-cher papa, prenez soin de votre précieuse santé; je dis la même chose à ma bien chère maman. J'embrasse l'un et l'autre de tout mon cœur, ainsi que mon cher abbé et mes chères sœurs. Envoyez sa part de mes souvenirs au cher Luigi. Mille choses affectueuses au chevaher Fihberto et à tous mes amis.
En écrivant cette lettre, mon âme, qui avait besoin d'épanchement, s'est véritablement soulagée.
A M. LE COMTE PORROn
Venise, 20 février 1821.
Cher monsieur le comte.
Je vous prie de m'envoyer les objets suivants, en les remettant à la direction générale de la police d'ici :
Trois cent livres italiennes.
Quatre chemises.
Quatre paires de bas ordinaires.
Six mouchoirs de poche.
La direction de la pohce vous fera rendre les livres, deux peignoirs et un essuie-mains.
J'ai apporté avec moi un peignoir et un essuie-main avec la couverture verte du lit.
Embrassez pour moi vos chers enfants, et dites leur de m'aimer comme je les aime. Je suis tout à vous.
A M. ONORATO PELLICO^.
Venise, 16 avril 1821.
Très-cher papa.
Puisque je ne peux vous dire beaucoup de paroles, que toutes celles-ci vous expriment ce qu'il y a de plus tendre dans mon cœur, et faites-en part à ma bien
• Cette lettre porte en marge, écrit de la main du président Salvotti, les mots suivants : Vu, Salvotti.
{Note de l'Editeur.) 2 Celte lettré et les douze suivantes ont été publiées par le journal la Civiltà cattolica, 2'' série, vol. xi et xii; Rome, 1855.
{Note de l'Editeur^)
chère maman, à mes chers frères, à mes chères sœurs. Je vous souhaite à tous de honnes Pâques; ne yous affligez pas pour moi. Dieu, qui est partout, est ici aussi pour me consoler, et comme, tout en envoyant les épreuves, il aime à donner quelque marque de son
infinie bonté, il m'accorde une santé parfaite
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Aimezmoi, et que la meilleure preuve de cet amour soit de ne pas vous affliger... Persuadé que je n'ai pas besoin de prêcher la patience à des âmes chrétiennes comme les vôtres, je me borne à me dire, etc.
A. M. ONORATO PELLICO.
Venise, 18 mai 182L
Très-cher père.
Quoique je sois toujours privé de vos chères nouvelles, je ne veux pas manquer de vous adresser Tunique tribut de tendresse Aliale que je puisse aujourd'hui vous offrir, qui est de vous donner de bonnes nouvelles de ma santé afin que vous n'en soyez pas inquiet. Consolez aussi ma chère maman, mes bons frères et mes bonnes sœurs. Plus je vis dans la solitude, plus je sens la justesse des principes que mes religieux parents professent à l'endroit des vanités du monde. Je vous assure, cher papa, que je suis bien désabusé de toutes les illusions, et c'est ce complet désabusement qui me fait supporter avec calme l'actuelle privation de la hberté. Il faut encore que je vous dise qu'au miheu de mes malheurs je ne saurais
être traité avec plus d'humanité et de générosité. Rien ne me manque, pas môme les livres qui sont la grande consolation des solitaires. Craignant toujours que mes lettres antérieures ne vous soient pas parvenues, je vous répète de m' adresser les vôtres simplement sous mon nom à Venise, poste restante.
Je vous embrasse, ainsi que mon excellente mère et toute la très-chère famille. Pour être pleinement résigné, je n'ai besoin que d'avoir quelquefois de vos nouvelles.
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 8 juin 182L
Mon bien-aimé père.
Quoique je n'aie rien de nouveau à vous dire, vu la parfaite uniformité de ma vie, je sens cependant que j'aurais tort de ne pas écrire à mes très-chers parents, que je vois sans cesse d'ici pressés par une tendre sollicitude de recevoir de mes nouvelles. Continuez à être résignés et tranquilles. Ma santé est excellente. L'année dernière, en cette même saison, quand vous me vîtes à Turin, je souffrais beaucoup de la poitrine. Cette année, au contraire, il semble que la chaleur me fasse du bien. Je n'ai ni toux, ni étouffement, et mes migraines mêmes sont moins fréquentes. En cela donc reconnaissons la bonté de Dieu, qui, là où il répand les épreuves, répand aussi la consolation... Vous avez peut-être tardé à m'écrire parce que vous ne saviez connnent me faire parvenir vos lettres, mais
j'espère que vous aurez reçu celles où je vous disais que vous pouviez m'écrire à mon nom poste restante, que de cette manière vos lettres me parviendraient.
Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ma chère maman, mes chers frères et mes chères sœurs. Portez- vous bien et soyez sans inquiétude ; pensez que je suis en bonne santé, et qu'un jour je serai pleinement heureux quand je pourrai, à force de tendresse, dédommager mes chers parents de ce qu'ils souffrent aujourd'hui pour moi.
XXYII
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 12 juillet 1821.
Très-cher papa.
Je reçois votre très-chère lettre du 2 courant; je vous suis reconnaissant du conseil que vous me donnez de lire les Souffrances de Jésus- Christ, mais je n'ai pas ce livre, et vous m'obligeriez infiniment^, cher papa, si vous trouviez quelque moyen de me le faire avoir. Je vais bien, je me réjouis de vous savoir en bonne santé, et je vous embrasse. Ne vous affligez pas. 11 plaît à Dieu que je sois encore ici; cela doit donc nous plaire aussi à nous. . .
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 22 juillet 182L
Mon bien-aimé père,
Je reçois votre très-chère lettre du 16 de ce mois et je me réjouis d'apprendre que vous allez tous bien. Je vous remercie des offres que vous me faites; pour le moment je n'ai besoin de rien. Chaque lettre que je reçois est [)our moi la source d'une jouissance indicible. J'ai composé deux nouvelles tragédies que (le jour anniversaire de ma naissance) j'ai dédiées, l'une à vous, l'autre à ma chère maman.
Ainsi passé-je le temps, uniquement livré à l'étude et bien tranquillement résigné à la volonté de Dieu.
Je vous embrasse tendrement, ainsi que ma chère maman, mes frères et mes sœurs.
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 8 août 182L
Mon bien-aimé père.
Je reçois votre lettre du l^r de ce mois avec les deux lignes si affectueuses ajoutées par mon cher Luigi. Je vous remercie, vous et mon excellent frère, de la tendresse que vous me témoignez. Toutes mes peines s'évanouissent quand je me sens aimé par des cœurs aussi parfaits que le sont tous ceux de ma chère famille. Je n'ai pas encore besoin d'argent, mais quand