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j'aurai achevé de dépenser celui que j'ai, je profiterai de vos bonnes offres. Mille remercîments aussi pour Touvrage des Souffrances de Jésus-Christ, dont vous m'annoncez l'envoi. Vous pourrez me faire passer des livres de dévotion ; j'ai déjà avec moi le premier de tous, mon inséparable Bible, mais un cadeau que me fait mon bon père me sera toujours précieux.
Je suis à merveille de santé, et j'en souhaite une pareille à vous, à maman et à toute la famille, que j'embrasse de cœur.
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 12 septembre 1821.
Mon bien-aimé père,
Je réponds à votre très-chère lettre du 2 de ce mo*s et aux deux hgnes de Luigi, en vous conjurant l'un et l'autre de ne pas vous abandonner au chagrin où je vous vois. Vous avez tort de vous exagérer ma position, et de croire que vous ou moi nous puissions faire des démarches pour le dénouement de cette affaire. Tout procédant avec la plus parfaite régularité, nous n'avons, nous, autre chose à faire qu'à attendre en paix le jour où je pourrai me voir rendu à ma chère famille. Que le calme où vous me voyez et la bonté avec laquelle on me traite ici soient votre consolation. Se laisser abattre par le malheur (surtout quand le malheur n'est pas à son cornble), n'est ni d'un homme ni d'un chrétien. Si cet événement m'a blessé dans
mes intérêts, songez que je suis jeune et qu'il me sera encore facile de gagner honorablement ma vie.
Patience donc, mes chers parents, courage, et loin de vous toute idée triste ! Connue je veux que vous vous conserviez pour moi, il ne faut pas que de vaines et inopportunes inquiétudes altèrent votre santé.
S'il manquait quelque chose des effets que j'ai laissés dans la maison Porro, je vous prie de m'en avertir, afin que je puisse réclamer. J'ai ici assez de hnge, et vous pourrez recueiUir le tout à Turin; le buste pesant beaucoup, le transport en serait peut-être fort coûteux; laissez-le à Milan chez quelque ami, ainsi que mon petit canapé de maroquin vert. . . Ne prenez aucun souci des livres que j'avais en dépôt de M""^ Magiotti, elle m'écrit qu'elle les fait prendre.
Je vous embrasse bien tendrement, avec ma chère maman, mes frères, mes sœurs, et je veux que vous soyez tous supérieurs aux âmes faibles, qui ne savent pas rester calmes dans les tempêtes passagères.
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, 21 décembre 1821.
Mon bien-aimé père.
Les vœux si pleins d'affection que vous m'exprimez par votre lettre du 15 m'attendrissent et me consolent. Il est pourtant bien doux de se voir si tendrement aiiné de parents aussi adorables ! Je remercie le ciel qui me les a donnés tels, et je ne lui demande
que de me les conserver et de me donner le moyen de les rendre heureux en les entourant de mes soins respectueux et tendres.
Tels sont, cher papa, les vœux que je forme, nonseulement à Toccasion des fêtes et du passage au nouvel an, mais chaque jour de Tannée. Le souvenir des vertus de mon excellent père et de mon excellente mère m'a toujours soutenu dans le malheur; ce souvenir est le trésor où j'ai puisé la force et la résignation qui m'étaient nécessaires. Sans mettre trop d'impatience à attendre le terme que la Providence peut avoir marqué à mon infortune présente, j'espère cependant, moi aussi, qu'elle aura une fin. Je vous remercie autant que maman et toute la famille des continuelles prières que vous faites pour moi. J'ai la ferme confiance qu'elles seront exaucées et que l'année prochaine se lèvera propice à notre commun désir de nous retrouver dans les hras les uns des autres.
Tenez- vous donc en joie, mon très-cher papa, et vous aussi, très-chère maman, et mon cher Luigi, mon cher François % ma chère Joséphine, ma chère Mariette. Tenons-nous-en à ce qu'au milieu même des tribulations, saint Paul répétait à ses amis :
Gaudete, iterum dico, gaudete^ Dominus prope est.
La volonté du Ciel nous doit toujours être chère.
^ En général nous conservons aux noms propres leur physionontiie italienne^ excepté quand Silvio lui-même leur donne la forme française, comme il le fait pour ses deux sœurs et un de ses frères. [Note du Traducteur.)