‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 86 sur 103 · A M. LE COMTE ROBERTO DI SALUZZO · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE ROBERTO DI SALUZZO

Turin, 30 mai 1853.

Excellence, Les poésies inédites ' dont vous avez bien voulu me

^ Les Poesie inedite du chevalier Cesare di Saluzzo.

{Noie de l'Editeur.)

permettre de prendre connaissance ont été pour moi une lecture fort agréable, et je puis dire que je les crois fort dignes de Timpression. J'ai été particulièrement charmé de celles qui traitent des sujets sacrés ou moraux.

Il y a aussi beaucoup de grâce dans les poésies amoureuses ou enjouées , mais je leur trouve un air trop jeune, et elles produiraient, je crois, une certaine dissonnance à côté des autres , si hautement pensées et écrites.

Si vous rejetez à la fin du volume les compositions légères , elles font disparate avec les choses sérieuses qui précèdent; si au contraire, on les met au commencement, il en résulte, ce me semble, un autre inconvénient, celui d'un début faible, d'un commencement qui ne répondrait pas à ce que les lecteurs attendent du respectable Cesare Saluzzo, esprit si élevé et si cher à tous.

Je ne sais si je me trompe, mais je serais d'avis de publier seulement, parmi ces poésies, les morceaux religieux et ceux qui ont un caractère philosophique, touchant, patriotique, etc.

Permettez-moi d'ajouter que je n'approuve pas non plus la distribution par catégories, basées sur la nature des sujets : distinction qui n'est nullement facile. J'aimerais mieux que l'on suivît un certain ordre de progression qui, par les analogies, par une variété qui n'eût rien de heurté, par une marche à peu près chronologique, se fît sentir assez nettement pour que les lecteurs s'imaginassent accompagner l'auteur dans le développement successif des temps qu'il a parcourus.

En moine temps que je vous rends ^râces^ Monsieur le comte^ de la [)reuve de bienveillance dont vous m'avez honoré, en me confiant de précieux mannscrits, je vous prie d'agréer Thommage des sentiments de haute estime et de profond respect avec lesquels j'ai riionneur d'être, de Votre Excellence, le très-humble et très-obligé serviteur.

A M. LE COMTE TULLIO DANDOLO

A ADRO (province DE BRESCIA).

Turin, 31 mai 1853.

Très-cher ami.

Le jour même où je reçus votre lettre, j'écrivis à Fava pour lui donner communication des lignes qui le concernaient; if vint chez moi le lendemain, et eut la bonté de m'apporter, avec deux de ses ouvrages (// Giobbe S et Fede e Ragione), le livre d'Emiho, / Volontari^,

J'ai lu avec grand amour et attendrissement ces notes historiques. Pauvre jeune homme! qu'il a souffert ! que de mécomptes douloureux ! Ce qui console dans sa relation, c'est que le lecteur ne peut mettre

' Le Giobbe est une estimable traduction du chevalier Angelo Fava, et Fede e Ragione, une étude morale du même auteur.

{Note de l'Editeur. ]

^ 1 Volontari, mémoires sur la défense de Rome en 4 849, écrits par Emilio Dandolo, fils du comte Tullio, et publiés à Turin sur la fin de 1852. Emilio Dandolo perdit un frère dans la défense de Rome, à laquelle il prit lui-même une part éclatante. (Idem.)

en doute les nobles et sincères sentiments de rauteur. Tout ce qu'Emilio exprime , respire la candeur et rhonnêteté. Déplorons les illusions, mais honorons celui qui, tout en ayant le tort de s'y laisser entraîner, s'y est du moins précipité en brave, et avec la passion de la justice.— J'apprends avec plaisir que, depuis la dernière maladie qu'il a faite, il reprend peu à peu ses forces; que Dieu vous le conserve, et lui assure une carrière tranquille, où son âme généreuse trouve à exercer ses vertus, à mériter des éloges, non dans le champ des chimères, mais dans celui de l'ordre, le seul que permette la divine sagesse. Les chimères ne sauraient donner l'union ni la puissance ; c'est le chaos, et il n'appartient pas à TinteUigence humaine d'en tirer un monde, un peuple. — Rien de plus juste que vos réflexions sur les malheurs qui dérivent de la méchanceté, du peu de vertu ; le Piémont en fait, lui aussi, la triste expérience, mais vainement jusqu'à ce jour; ce sont leçons perdues. Nous nous excusons en disant : « Il n'est pas possible aujourd'hui d'ordonner mieux les choses. » Patience donc, ajouterai-je aussi ; plaignons-nous réciproquement, et espérons que les châtiments du ciel nous formeront avec le temps : ne nous irritons pas des sottises et des iniquités du monde ; profitons-en pour pardonner beaucoup et nous élever dans l'amour de la justice.

Je me réjouis de vous savoir une bonne santé, et un esprit laborieux ; vous savez en faire un saint usage. Conservez-moi votre douce amitié, et croyez que je vous la rends de tout mon cœur.

A M. LE PROFESSEUR BARUFFI.

Villa Barolo, 7 juillet 1853.

Très-cher Baruffi,

Vous continuez d'une façon charmante ces aimables descriptions de yos promenades, et je yous remercie infiniment de m'a voir envoyé ce que vous en avez publié de nouveau. Cette chère lecture est venue me sourire et me faire du bien dans un moment où je souffrais. J'aime fort ce bon goût, cette manière bienveillante et juste avec laquelbe vous touchez à tant de choses, et toujours sans ombre d'orgueil ni de méchanceté ! Partout la vraie philosophie. Avec de l'orgueil et de la méchanceté , on n'est pas, à mon sens, un vrai philosophe. Le sage s'abstient des emportements vulgaires, il désire éclairer, il plaint, il pardonne, il craint d'affliger, ou s'il faut qu'il afflige, il le fait avec douleur. Saint Paul enfin est notre maître : Chantas, etc.

Mais j'écris de mon lit, et bien las ; et, il ne faut pas que je manque de charité envers ces malheureux poumons, à force de parler ou d'écrire. Je suis encore heureux de pouvoir lire les belles et bonnes choses.

Agréez l'assurance de ma véritable estime.

CCCXXYI

A M.VICTOR DE LA CANORGUE

Turin 24 juillet 1853.

* Mon cher ami,

Madame de TÉglise a eu l'extrême bonté de venir elle-même m^'ap porter votre aimable lettre. Nous avons causé de vous : cette excellente dame connaît et apprécie votre mérite; elle se réjouit comme moi de vous voir dans une maison qui peut vous convenir. Je remercie Dieu aussi de ce que Ton vous a enfin accordé la pension à laquelle vous aviez droit en France. J'aurais voulu qu'elle fût plus grande, mais c'est toujours un aide qui vient à propos pour vos petites dépenses. Tout ce qui vous fait plaisir m^en fait beaucoup. Courage, mon ami, et sachez trouver un peu de bonheur dans votre médiocre sort. Ne nous laissons jamais vaincre par la mélancolie ; elle ne vaut rien, et afflige ceux qui nous aiment.

Ma santé va misérablement. Oppression, fièvre, voilà ma vie depuis bien des semaines. Que la volonté de Dieu soit faite ! Tout ce qui nous vient de lui est bon : cette douce vérité me console dans mes souffrances. Bénissons notre Père céleste, et ayons confiance dans son amour. Votre ami, Silvio Pellico. *

CCCXXYII

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