‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 87 sur 103 · AU PROFESSEUR ANGELO NANI, A ORMEA · texte numérisé non relu

AU PROFESSEUR ANGELO NANI, A ORMEA

Turin, 25 août 1853.

Très-cher professeur , L'estime que vous m'inspirâtes lorsque j'eus, il y a

bien des années, le i)laisir do Yons connaître, me rend précieux un souvenir de vous; je me réjouis donc d'avoir de vos nouvelles. Ma satisfaction serait plus grande si je ne voyais dans la lettre de Votre Seigneurie qu'elle est sujette à de cruelles souffrances. J'aime à espérer qu'elles s'adouciront et même qu'elles cesseront; je vous le souhaite de tout mon cœur. — Je m'étonne de vivre encore, tant sont graves et nombreuses les maladies successives au milieu desquelles je m'enfonce dans la vieillesse. La volonté de Dieu soit faite ! Demandons -lui le courage, et il nous le donnera jusqu'à la fin. Tâchons de garder une âme sereine; cet aimable devoir nous offre mille avantages pour l'esprit et même pour le corps.

Je me réjouis avec vous de voir que vous tenez votre intelligence en haleine, et que vous nous préparez une bonne Vie de Jérôme Vida. Je vous approuve de ne pas vous presser de la publier, ce genre de livres acquérant d'autant plus de prix qu'ils sont plus achevés, sous le rapport de tous les faits corrélatifs qu'on peut recueillir, et de la saine critique. Je gémis de n'avoir pas une consolante réponse à vous donner au sujet des pauvres jeunes filles pour lesquelles vous m'écrivez. Toutes les places sont occupées et au delà; la digne marquise de Barolo reçoit de continuelles demandes de parents qui désireraient qu'on pût recueiUir leurs filles, et tous les jours elle a le regret de devoir laisser de pareils désirs non satisfaits.

Au reste ma position ici ne me donne droit à aucune influence ; je suis simplement un hôte que Madame la marquise a la bonté de supporter malgré mon inuti-

lite. Je puis me dire heureux de vivre témoin de toutes les vertus chrétiennes, et c'est une grâce insigne que Dieu m'a faite. Je n'ai jamais eu de fortune, je n'en ai pas, et je n'en désire pas. Mais ce que j'apprécie souverainement, c'est d'avoir toujours eu la consolation de rencontrer sur la terre des âmes d'élite. Hélas! qu'il y a cependant d'iniquité dans ce monde! — Mais plaignons les méchants, fortifions-nous en regardant les bons, et prions pour tous. Je suis avec l'estime la plus distinguée votre très-affectionné serviteur et ami.

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