‹ Lettres de soldatChapitre 21 sur 25 · I. „Japrand fort bien je suit a la ler clase · texte numérisé non relu

I. „Japrand fort bien je suit a la ler clase

II. Puis l’orgueil d’être signalé par son commandant et d’être félicité par le général.

Enfin, avec le temps qui s’avance, ses désirs s’accroissent. Il se demande s’il pourra encore travailler aux champs comme il le faisait auparavant.

X. „Jai travailler pendant que jetait chez nous, mais quand je rétournerait je ne croy pas de travailler encore — je vais a lecole du prémier degré ét je suis forcé dalér a la calle de dance, de manière que japrant à lire à écrire ét à dancer.“

Le plus haut degré de l’ambition pour lui est d’avoir la „croix“. Au temps où il écrivait, sous le second empire, avec les guerres fréquentes, le soldat pouvait songer à avoir la croix, qui outre l’honneur et la considération qu’elle attirait sur le décoré, lui donnait des droits à une pension ou à un bureau de tabac.

III. „Jespére dauoir la croy car je mai toujours montré vive dans les feu.“

XIII. jjaurai une médaillé et poudrais quelquefois avoir la croix.“

Le malheureux soldat, qui est mort après une année de service, serait sans doute parvenu au but de son ambition, et qui sait, serait peut-être devenu plus tard un petit bourgeois, tout comme un autre, conservant au milieu de sa langue et de sa position acquises quelques souvenirs de son origine et de sa langue passées, enfin, un véritable produit du mélange social et linguistique.

Conclusion.

Nous sommes arrivés au terme de cette étude sur les lettres de T**. Non que nous ayons relevé tous les phénomènes qui s’y trouvent: il en reste encore au moins autant que nous n’en avons découvert. Il nous arrive, comme à tous ceux qui mettent le pied pour la première fois sur une terre inexplorée (or, les lettres sont une contrée vierge) de laisser beaucoup d’objets derrière nous, embarassé par le trop grand nombre de richesses. Nous reviendrons d’ailleurs à cette mine inépuisable d’information, inépuisable comme tout ce qui vit.

La Philologie, en ce moment, est arrêtée, parcequ’elle n’a pas suivi la route naturelle. Les textes anciens, si nombreux qu’ils soient ne peuvent fournir matière à une étude prolongée, car sans contrôle aucun, ils finissent par devenir plutôt embarassants. Ce qui montre que ce n’est pas la masse de documents que l’on a devant soi qui peut fournir matière à un travail d’une vie, mettons même d’une génération de savants, c’est l’idée, la théorie qui est à la base de la recherche; si elle est large, elle pourra contenir un grand nombre de recherches qui ont une importance capitale, si elle est étroite, elle arrêtera les savants qui l’auront adoptée, même s’ils avaient des milliers de documents devant eux. — C’est en ce moment le spectacle que nous avons devant nos yeux.

La Philologie et la Linguistique ne reprendront leur course, que quand on les aura posées sur un véhicule qui puisse se mouvoir et ce véhicule ce sera la langue moderne , et la théorie qui va du connu à l’inconnu.

Nous avons, dans le présente étude, voulu surtout étudier les questions de mélange, mais il nous a fallu pour cela étudier en même temps les lettres et leur nature.

Nous aurions pu développer d’avantage la partie phonétique et syntactique, mais notre but présent était simplement de montrer le mélange se produisant à tous les degrés de l’échelle, depuis le son pur jusqu’à cette période de l’évolution du langage où le mot devient l’idée, c’est à dire jusqu’à la période psychologique.

Nous avons été dans cette voie un peu plus loin qu’on ne va d’ordinaire, dans un ouvrage de grammaire , car il n’est pas possible (à présent, du moins) de tracer une démarcation précise entre la syntaxe et la psychologie du langage. — Comme le dit spiri-

tuellement Ad. Tobler, il est ici question: „von etvvas, das sich Grammatik zwar nennt, aber von raanchen als solche nur mit Widerstreben gelten gelassen wird, wenn sie nicht geradezu davor als vor Psychologie oder noch schrecklicherem sich bekreuzigen“. — Cest cette étude psychologique de la langue qui produira le plus de résultats vraiment scientifques, en attendant que les progrès des sciences physiques nous permettent, avec des instruments précis, de contrôler les phénomènes du son et de fonder alors la „vraie science du langage*', basée sur une étude à la fois physiologique et psychologique.

Lettres.

Mode de publication :

Si Balzac a cru, dans sa lettre d’Ida Gruget, devoir mettre la ponctuation et l’accentuation, nous pensons au contraire devoir transcrire ici les lettres avec toute leur fidélité possible. — 11 est, en effet, tout à fait nécessaire que rien ne soit altéré du caractère original des lettres. Si l’on a pu objecter, pour la publication des Chartes, à une semblable méthode, quoique quelques auteurs soient d’un avis contraire, ici pour les lettres patoises, un fac-similé serait désirable. — Avec des virgules, des points et des accents, nous détruirions le rythme même de ces lettres. Ce ne serait pas une correction, ce serait une mexactitude.

Nous ne pouvons, en analysant brièvement ces lettres, donner le nom de leur auteur ni l’endroit où elles ont été écrites. Qu’il

suffise de savoir que leur auteur était né dans d’un village situé

entre Lille et Valenciennes (Département du Nord) et qu’elles datent de 1859 — 60.

Nous avons 14 lettres. Du 10 J. (est-ce Juin ou Juillet) 1859 au mois d’Octobre de la même année, le soldat était en garnison à Nancy. De ce mois au commencement de l’année suivante à Neuf-Brisach, où il est mort.

I. 10 J — . Nancy ^ Ecrit à ses parents. Détails sur l’entrée au régiment.

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