‹ Lettres de V. VoitureChapitre 39 sur 101 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

Madame, sans mentir, c'est une extrême ingratitude à vous de n'avoir pas pris la peine de me

faire response ; et c'est estre paresseuse à un poinct qui ne se peut souffrir que de l'estre plus que moy. Quelque beau prétexte que j'eusse d'estre six mois sans vous escrire, je n'ay pu laisser partir Robineau sans vous asseurer qu'après tout cela je suis plus à vous que jamais. Il est vray, Madame, que vous ne me sçauriez perdre, quelque négligence que vous ayez pour moy. Je voudrois bien quelquefois, comme mademoiselle de Chalais, me pouvoir sauver de vostre service, et il y a bien icy quelques personnes qui se resoudroient à m'enlever; mais je n'y puis consentir, et il me semble que ce seroit me perdre que de me sauver de la sorte. Madame de Rambouillet m'a commandé de vous dire que, sur le besoin qu'elle a creu que vous aviez d'une personne habile et adroite pour estre en la place de celle que vous aviez perdue, elle vous a envoyé mademoiselle Forestier, qui de bonne fortune n'avoit pas encore trouvé de condition. Elle croit que vous la recevrez comme une personne qu'elle vous a choisie, et l'a fait partir il y a deux jours. Je ne vous aurois pas escrit cette raillerie si on ne me l'avoit commandé : car, en vérité, Madame, j'ay le cœur trop outré du peu de soin que vous avez de moy. Deschargez-le de cet ennuy, s'il vous plaist, car je vous jure qu'il est tout à vous. Je suis, Madame, vostre, etc.

J'estois prest de partir et tout résolu, quand les nouvelles du délogement de Monsieur m'ont arresté. Je l'iray trouver dès que je sçauray certaine-

ment où il est; mais je vous supplie tres-humblement, Madame, que j'aye auparavant vostre congé et une de vos lettres.

A la mesme.

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