‹ Lettres de V. VoitureChapitre 40 sur 101 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

Madame, si vous ne vous souciez point de mon plaisir ny de mon repos, au moins ayez soin de ma fortune. Je suis sur le poinct de partir sans aucune remise que jusqu'à ce que j'aye eu de vos nouvelles. Je crains que les lettres que vous m'aviez données ne soient trop vieilles. Si vous avez encore conservé quelque intelligence en ce païs-là, je croy qu'il seroit à désirer pour moy que vous m'en donnassiez d'autres, où vous prendriez occasion de parler en ma faveur, si vous le trouvez à propos. Mais, si vous ne le jugez pas ainsi, au moins serat-il bien que vous parliez pour vous, et que par vos lettres vous renouveliez les asseurances de vostre fidélité et de vostre service. Et cela, Madame, sera tousjours quelque sorte de recommandation pour moy. Je vous supplie tres-humblement de me les envoyer avec toute la diligence possible, car je n'attens que cela pour partir. Je vous dis adieu, Madame, avec tant d'affection et de tendresse qu'il seroit encore plus dangereux que Nerli vist celuyci que l'autre; et je vous jure que j'ay plus de re-

gret de m'esloigner de vous que de quitter celles que je laisse icy. Aussi, Madame, me serez-vous toujours plus considérable que tout le reste du monde ; et, si vous sçaviez de quelle sorte cela est, vous en seriez satisfaite, vous qui ne sçauriez estre contente à moins d'avoir les cœurs tous entiers. Je vous dis cecy avec la mesme fidélité que les dernières paroles que je dirois en mourant : il n'y aura jamais personne que j'ayme, que j'honore, ny que j'estime tant que vous; et je seray tousjours, Madame, en quelque temps et en quelque lieu que ce soit, vostre, etc.

A Mademoiselle Paulet.

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