LETTRE LXXIII
Madame, puisque c'est à bon dessein que je vous recherche, je croy qu'il n'y a point de galanterie que je ne puisse faire, et qu'après avoir fait des vers pour vous, je puis bien vous envoyer des bouquets. C'est un présent que les dieux veulent bien recevoir des hommes, et, puis que les fleurs sont le plus pur et le plus bel ouvrage de la terre, je pense qu'il n'y a personne à qui elles doivent estre offertes à meilleur titre qu'à vous. Au moins sçayje bien que vous les devez aimer de cela qu'il n'y en a pas une qui n'accompagne sa beauté de quelque vertu, et qu'elles ne veulent pas estre touchées, non pas mesme des Princes ni des Roys.' Mais, quoy qu'elles soient filles du soleil et de l'aurore, et qu'elles disputent de l'éclat avec les perles et les diamans, je suis asseuré qu'elles perdront leur lustre aussi-tost qu'elles vous auront approchée, et que vous ferez voir que les beautez de la terre ne sont
point comparables aux célestes. Je croy, Madame, que vous souffrirez sans scrupule que j'appelle ainsi la vostre, et que vous, qui rapportez toutes choses au Ciel, ne voudrez pas luy oster l'honneur d'avoir fait tout seul une si rare personne. Et, certes, ce seroit donner trop d'avantage aux choses d'icy bas que de vous mettre de leur nombre. Et, puis que l'on nous commande de les mespriser, il y a grande apparence de croire que vous n'en estes pas, vous, Madame, qui estes l'objet de l'estime et de l'affection de tous ceux qui vous voyent, et qui n'avez jamais jette les yeux sur pas une ame raisonnable que vous n'ayez gagnée. Je voy bien quelle conséquence vous pouvez tirer de là, si vous tenez la mienne capable de raison; mais, Madame, je vous supplie tres-humblement de croire que le plus grand effect que vous ayez causé en elle est celuy de l'admiration, et que je suis, quoy que le Faune veuille dire, avec toute sorte de respect, vostre, etc.
A Monsieur ***,
Après que la ville de Corbie eust esté reprise sur les Espagnols par l'armée du Roy.