‹ Lettres de V. VoitureChapitre 98 sur 101 · LETTRE LXXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIV

Monsieur, je me resjouïs de ce que vous estes devenu le plus fort homme du monde, et que le travail, les veilles, les maladies, le plomb ni le fer des Espagnols ne vous peuvent faire de mal. Je ne croyois pas qu'un homme nourri de tisane et d'eau d'orge pust avoir la peau si dure, ni qu'il y eust des characteres qui pussent faire cet effet. Par quelque voye que cela arrive, je sçay bien qu'elle ne peut estre naturelle, et je ne m'en sçaurois formaliser : car j'ayme encore mieux que vous soyez sorcier que de vous voir en Testât du pauvre Attichy ou de Grinville, quelque bien embaumé que vous puissiez estre. A vous en parler franchement, pour quelque cause que l'on meure, il me semble qu'il y a tousjours quelque chose de bas à estre mort, et cela n'est point de nostre corps. Empeschezvous-en donc, Monsieur, le plus que vous pourrez, et hastez-vous, je vous supplie, de revenir, car je ne me sçaurois plus passer de vous voir; et c'est en cela principalement que je connois que vous usez de charmes que moy , qui me passe assez aisément des absens, je vous désire continuellement, et je vous trouve à dire en toutes rencontres. Au moins, les occasions où je vous souhaitte sont aussi agréables et moins périlleuses que celles où vous vous trouvez tous les jours. Mettez-vous

donc, si vous me croyez, un bon cheval entre les jambes, et soyez aussi aise de revenir à Paris que vous le fustes d'en sortir. Aussi-tost que je sçauray que vous y serez, je vous promets que je quitteray Blois, Tours et Richelieu, monsieur, madame de Combalet et mademoiselle vostre sœur, pour vous aller voir et pour vous dire de tout mon cœur que je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Richelieu, le 7 octobre 1 63 7.

A Mademoiselle de Rambouillet,

Avec cette inscription : A l'infante Fortune, au palais des Perisques.

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