POST SCRIPTUM
Après la miniature, le tableau aux vastes proportions. Nous rentrons dans Paris, l’incomparable Paris ! De la gare du chemin de fer du Nord, je me rends à mon ancien hôtel du quartier latin en suivant le boulevard Sébastopol et le boulevard Saint-Michel. On ne compte pas moins de soixante dix-huit boulevards dans Paris. Que de vie et d’activité dans ces immenses avenues ! Et cette ville qui renferme près de deux millions d’habitants est d’une propreté extrême. L’atmosphère en est très-pure, à l’opposé de3 villes d’Angleterre où l’on respiro une fumée suflocante.
Je retrouve à l’hôtel d’anciennes connaissances, et parmi celles-ci des amis de M. Lucien Turcotte (1) dont on a appris de fâcheuses nouvelles. M. Amédéo Kobitaille et M. C. Lavallée arrivent du Canada. Nous recevons aussi la visite de M. Joseph Tassé, d’Ottaoua, qui se rend en Italie.
Je continue do visiter Paris, mais plutôt en flâneur qu’en touriste, et comme on feuillette un livre d’images, au hasard et sans ordre .
(1) Mort quelques mois plus tard.
Eglise Saint-Germain-des-Prés.
En 1658, Mgr. de Laval fut sacré évêque dans cette église, par le nonce du pape, assisté de Mgr. Abelly, évêque de Rodez, et do Mgr. du Saussai, évêque de Toul. Il avait été nommé évêque de Pétrée et vicaire apostolique de la Nouvelle-France par le pape Alexandre VII, le 3 juin de la même année. L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés était indépendante des archevêques do Paris et de Rouen : c’était pour éviter certaines difficultés de juridiction civile et ecclésiastique que l’on avait choisi cette église. Mgr. de Laval se rendit immédiatement au Canada, mais il ne fut nommé évêque de Québec qu’en 1670.
Le Louvre. Colonnade de Claude Perrault.
SainbGermain l’Auxerrois, — une des plus anciennes églises de Paris, fondée par Childebort et Ulthrogothe, au sixième siècle.
Le mont Lucotitius, — site de la basilique des Apôtres, édifiée par Clovis à l’endroit où s’élève aujourd’hui le Panthéon. (1)
(1) “ Sainte Clotilde se promenant un jour avec Clovis, sur ce beau mont Lucotitius, lui parlait des immenses travaux des apôtres de Jésus-Christ.
“ — Notre douce Geneviève, lui dit-elle, mande à Clovis glorieux que de grandes bénédictions seront
Saint-Etienne-du-Mont, — où Mgr. Sibourfut assassiné, — monument d’architecture des plus intéressants. Reliques.
Los Thermes de Julien, — reste d’un palais “gigantesque "dont- la construction remonte à Constance Chlore, et où Julien l’Apostat fut proclamé empereur. Ce palais fut aussi la résidence de Clovis et de plusieurs rois de la dynastie mérovingienne.
L’église de Saint-Sulpice. Chaire du haut de laquelle le P. JBridaine annonçait les vérités de la foi à la noblesse du faubourg Saint- Germain.
Musée des instruments de supplice de plusieurs missionnaires martyrs, au séminaire des Missions Etrangères.
Tombeau de Napoléon I aux Invalides.
J’ai vu, il y a quinze ans, le petit cercueil de l’empereur, recouvert d’un simple drap noir, déposé dans une chapelle ardente : cela m’a plus impressionné que la vue du riche sarcophage dans lequel il a été placé depuis.
répandues sur son royaume s’il élève, dans Lutèee même, un temple en leur honneur.
“ Clovis s’arrête ; il regarde, lance sa liaclie d’armes à une grande distance:
“ — Voilà, dit-il, l’étendue du temple que demande Geneviève ! Qu’en rende honneur et gloire aux premiers apôtres de l’Eglise du Seigneur crucifié! ”
(Extrait d’une étude sur sainte Geneviève par une religieuse du monastère des Ursuline? de Québec.)
Place de la Concorde, Do quelque côté que l’on se tourne, on a devant soi des perspectives qui étonnent et enchantent le regard : au nord, la rue Royale et le portique de la Madeleine ; au sud, le pont de la Concorde et le palais du Corps Législatif; à l’est, le jardin des Tuileries ; à l’ouest, les Champs- Elysées et l’arc de triomphe de l’Etoile.
Au contre de l’immense place, dont les angles sont marqués par quatre énormes statues allégoriques, s’élève l’obélisque do Luxor, glorieux souvenir do la “ mystérieuse Egypte, ” entouré de bassins, de jets d’eau, de balustres et do candélabres.
Je me rendis un soir (le 24 décembre 1857, veille de Noël) au pied de cet obélisque, pour y rencontrer un élève de l’école d’agriculture de Grignon, M. Joseph Perrault, qui fut plus tard député du comté de Richelieu au parlement du Canada. Je n’oublierai jamais le spectacle grandiose qu’offrait en ce moment et les Champs-Elysées et cette immense place de la Concorde, éclairés par des milliers de jets de lumière.
Cette place s’appelait autrefois Place Louis- XV. Ce nom seul rappelle un souvenir néfaste qui pèse encore sur la France et sur l’humanité. C’est là que Louis XVI fut décapité ! (1)
(1) C’était le 21 janvier 1793. Au moment oh le roi montait sur l’éclnfaud, son confesseur, l’abbé Ed-
On fait en ce moment le procès du maréchal Bazaine à Versailles. Il faut bien s’en prendre à quelqu’un puisqu’on ne veut pas voir d’où vient le châtiment qu’a subi la France. Sur demande , M. le duc d’Aumale, président de la cour militaire du Trianon, m’envoie des billets d’admission aux séances du procès. Promenade délicieuse dans le parc de Versailles. Les premières feuilles mortes. Souvenirs du “ grand roi.” Le Petit Trianon. Souvenirs de Marie-Antoinette.
Nous louons des appartements au Palais- Boyal, galerie Montpensier. Visite de M. le chanoine Moreau. Visite à M. Plinguet et à M. Caisse, du diocèse de Montréal.
Je vais tous les jours chez M. Gustave Bossange, où je puis lire les journaux canadiens, et où j’ai l’occasion de causer avec deux publicistes qui ont écrit souvent sur le Ca-
geworth, lui dit : Allez, fils de saint Louis, montez au ciel !... On lui coupa les cheveux, et on voulut lui lier les mains. Il s’y refusa en disant : Je suis sûr de moi. Son confesseur lui dit : Encore ce sacrifice... Il se soumet, puis, s’avançant du côté gauche de l’estrade, il __ s’écrie d’une voix forte : Français, je meurs innocmt : je pardonne à mes ennemis, et souhaite que ma mort soit utile au peuple. La France ... Un roulement de tambour vient couvrir sa voix. Il présente alors sa tête an bourreau... Une minute après, celui-ci tenait cette tête dans ses mains et la montrait au peuple. La France était devenue régicide 1
nada : M. Edmond Farrenc (1) et M. Onésime Reclus. J’y ai rencontré aussi M.
Guillaume Couture, de Montréal, M. le docteur Longtin, de Laprairie, et M. le docteur Vallée, do Québec.
Voyage à Amiens. Admirable cathédrale ; nef d’une hauteur prodigieuse et d’une incomparable beauté.
Excursion à Saint- Denis. L’abbaye. Tombeaux dos rois...
Nouveau voyage à Angers et à Blois. A Angers, je dis adieu à M. Aubry et à sa famille. J’y fais la connaissance d’un artiste sculpteur de mérite, M. Bourriché, et d’un jeune bibliophile fort distingué, M. Emile Gastineau. Je vais aussi rendre visite à une dame canadienne du comté de Vaudreuil (Sœur Ste. Cécile, née Sicard), religieuse au couvent du Bon Pasteur d’Angers.
Retour par Orléans. Belle cathédrale ; monuments à Jeanne d’Arc.
Concert aux Champs-Elysées. Roger. Arri- . vée de M. l’abbé Verreau, un compatriote et un patriote !...
Dîner et soirée chez M. Lefèvre-Niedermoyer.
(1) Mort en 1875.
Archiconfrérie à Notre-Dame des Victoires. Une tragédie de Bac.ine. Partitions de Grétry, de Boïeldieu, etc.
Concerts Pasdeloup ; — l’ouverture du Tannhaüser ; la Rêverie de Schuman. Huit Canadiens assistent au dernier concert : MM. Verreau, Desnoyers, Panneton et Couture, de Montréal ; MAI. Lagacé, Paquet, Boussel et moi-même, de Québec.
Grand dîner donné par AL Terreau à l’hôtel de France et d’Allemagne. J’y rencontre Al. Lacordaire, correspondant de l’ Univers à Londres.
Départ. Adieu France ! je ne te reverrai probablement jamais !
O beau pays de mes ancêtres, je te dois de doux souvenirs qui charmeront longtemps ma pensée : merci do ton hospitalité ! .
Calais. Douvres. Londres. Liverpool.
Epais brouillard.
Installés à bord du Prussian, dans la rade do Liverpool, nous attendons la haute marée pour partir. Toutes les cloches de la ville sonnent en bi-anle. Il fait nuit. La ville est près do nous, mais nous ne voyons rien tant la brume est épaisse. Peu do passagers à bord. Tous ont l’air triste.
Gros temps, pluie et brume. Je vais causer
souvent avec des émigrants français, passagers d’entrepont, qui se rendent à Montréal.
Portland. Tempête de neige. Island Pond. Douane. Nous perdons le train. Mauvaise administration.
Lévis. Trois heures à faire le pied de grue. De la glace, de la glace, et encore de la glace !
Québec enfin ! et le jour de la Sainte-Catherine : un jour de fête populaire !...
Québec, '2f> novembre 1873.
Le cap Diamant, la citadelle et les belles campagnes des environs de Québec sont couverts d’un manteau de neige d’une blancheur éclatante.
Je n’apprends rien au lecteur en disant que Québec est admirablement situé, mais assez mal bâti. Quant à la société de notre capitale provinciale, elle ne manque pas d’un certain cachet, et, comme au temps de Charlevoix, elle a tout ce qu’il faut pour se suffire à elle-même.
Après un séjour de quelque durée au milieu de peuples étrangers, on distingue plus facilement ce qu’il y a do caractéristique dans les mœurs, les idées, le langage et les coutumes de ses compatriotes. Les Canadiens ont certainement leurs défauts, mais il est certain aussi qu’ils ont de grandes qualités, et que la o
famille canadienne est d’une vitalité et d’une honorabilité peu ordinaires.
S’il m’était permis de donner des conseils à mes compatriotes, je leur dirais :
Il est des hommes dont le suprême désir serait de confisquer tous les droits do l’individu, de la famille et de la société religieuse au bénéfice exclusif de l’Etat : défiez-vous de ces hommes-là ; montrez-vous jaloux de votre noble et chrétienne liberté.
Je leur dirais encore :
Népargnoz rien pour donner à notre nation naissante la force dont elle a besoin ; encouragez la colonisation de nos terres incultes, mais surtout la colonisation par les enfants du pays.