‹ Lettres de voyage [microforme]Chapitre 10 sur 11 · ST · texte numérisé non relu

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d'y passer, il me semble lire une légende orientale, Cette ville silencieuse assise au milieu des lagunes ; ces canaux bordés de palais et sillonnés par des milliers de gondoles ; Saint-Marc et le palais des Doges avec leur architecture bysantine ; le Rialto et le Pont des soupirs —The Bridge of the Sighs— célèbres dans la littérature anglaise; ces grandes richesses artistiques ; puis ce passé merveilleux de Venise, cette Histoire si dramatique et si romanesque, racontée avec tant de noblesse dans les toiles du Titien, du Tintoret et de Paul Véronèze :—tout cela pénètre l’esprit d’une impression ind finissable.

Venise, située au nord-ouest de l'Adriatique, est reliée à la terre ferme par un pont ou viaduc pour le passage du chemin de fer, iong de près d'une lieuc, élévé de huit à neuf pieds au dessus de l’eau, et soutenu par 222 arches. La ville entière est bâtie sur 80 îles qui communiquent par 450 ponts.

On ne voit pas un seul cheval dans Vepise,ni même d'anes—à moins qu’ils ne soient de l'espèce de l'âne de Balaam. Les rues sont des canaux (le grand canal a 15 pieds de profondeur), st les voitures sont des gondoles. Ce qui attire tout d'abord l'attention dans cette ville étrange, c'est l'église Saint-Marc, avec ses coupoles bulbeuses, sa façade ornée de mosaïques dorées et coloriées, et ses portes en bronze (travail de Sansovini), reproduction des portes de Sainte-Sophie de Constantinople; puis la place Saint-Mare, la Piazetta,

avec son lion aîlé, et le palais des Doges, construction ogivale d'un style extrêmement ori ginal. qui fut, à la fois, sénat, tribunal et prison.

On entre dans le palais des Doges par l’escalier des Géants, construite à l'endroit méme où fut décapité le doge Marino Faliero, et l’on pénètre successivement dans la salle du Grand Conseil, ornée de l'immense toile du Tintoret : la Gloire du Paradis, et de l’Apothécse de Venise de Paul Véronèze,—la salle du Scrutin,—la salle della Bussola, où se trouve la ‘“ gueule du lion,” ouverture par laquelle on glissait les dénonciations secrètes,—la salle du Conseil des dix, ete., etc., ete. Une de ces salles contient des tableaux magnifiques où figure le pape Alexandre TIT, et où sont célébrées les victoires remportées sur Barberousse par les Vénitiens.

La prison des Plombs (sous les toits), où fut enfermé Silvio Pellico, et les Puits, cachots à fleur d’eau, font aussi partie de l’édifice. Les prisonniers se rendaient des prisons d’atiente, voisines du palais des Doges, à la salle du terrible Conseil des Dix, en passant par le pont des Soupirs. Coux qui étaient conduits aux Puits subissaient la peine Capitale : les prisonniers politiques avaient la tête tranchée ; les autres étaient simplement étranglés, (Tous ces souvenirs sont d’une douceur infinie !) Des uns et des autres personne n'avait de nouvelles.

si Un

Notre guide nous invita à entrer dans le cachot de Carmagnola, célèbre condittiere italien qui eut la tête tranchée en 1432, et dans celui ou le quatrième et dernier fils du doge Foscari fut injustement retenu, puis mis à la torture,

Un autre monument à visiter est l’église de la Salute, bâtie sur un million deux cents mille pièces de pilotis. Le musée de l’Académie des Beaux-Arts est extremement remar, quable, Les mausolées du Titien et de Canova, à l’église des Frari; ceux des doges Mocenigo, Morosini, etc., à l'église SS. Jean et Paul, sont aussi d’une grande beauté, Le palais Persico et celui du comte de Chambord sont situes sur le grand canal.

Les pigeons, les célèbres pigeons de Venise, sont toujours à leur poste. De génération en génération, ils vivent et meurent sur la piazza et la piazzetta de Saint-Marc. Les chevaux de bronze (qui ne sont pas de bronze mais de cuivre), transportés de Rome à Bysance, de Bysance à Venise, de Venise à Paris, puis renvoyés de Paris à Venise (en 1815), ornent toujours la façade de la basilique vénitienne.

Venise compte aujourd'hui 125,000 habi.

tants. la vie y est beaucoup plus chère qu’il ya quinze ans. Les Vénitions qui se plaignaient alors se plaignent davantage aujourd'hui. Ce sont, du reste, de braves gens, polis, tranquilles gt amis de l'ordre,

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Les porteuses d’eau, avec leurs chaudières en cuivre suspendues à un joug qu'elles portaiont sur la seule épaule droite, semblent avoir disparu. Je n’en ai pas revu une seule,

C'est à Venise que fut imprimé le premier papier-nouvelles. On le vendait un sou, una gazetta, d'où est venu le mot gazette,

Ce soir, il y avait musique sur la place Saint-Marc, l'unique grande place où les Vénitiens peuvent se dégourdirun peu les jambes. A la table d'hôte de l’Alb:rga Reale, nous rencontrons des dames russes que nous avions vues au Vatican la semaine dernière, ainsi que des familles américaines, brésiliennes, françaises et anglaises...

Trieste, hôtel de l’Aigle Noir, 18 septembre.

Je viens d’apercevoir la villa de Miramar, délicieusement située sur le bord de PAdriatique, et d’où le regard embrasse tout le golfe de Trieste. C’est là que vivaient l’archiduc Maximilien et sa jeune femme, Charlotte, quand la politique de Napoléon IIL vint les tirer de leur paisible bonheur,

Hélas ! les balles qui percèrent le cœur de Maximilien atteignirent l'infortunée princesse à la tête! Que reste-t-il de cette cour impériale du Nouveau-Monde et de ce jeune couple si heureusement doué ?... L'emandez-le aux échos de Miramar, à cette villa qui garde

wncore le cachet qu’elle a reçu des mains de

ses hôtes. Elle seule se souvient d'eux, Au:

jourd’hui encore, les roses de Miramar naissent, s'épanouissent et penchent leurs têtes comme le voulait Charlotte ; les sentiers por tent l'empreinte de ses pas; les résédas semés par ses mains délicates, jettent dans l'air leurs suaves parfums.

Rives enchantées de | funèbre, horrible de Mexico, —quel contraste 1 quelle leçon !.…

Dix-huit'ème Lettre.

Vienne, Adiergasse No 1,-—-22 septembre 1874.

En vérité, Dieu infligea un terrible châtiment aux hommes à la Tour de Babel : Zch kann nicht verstehen doit remonter à ces temps reculés.

Je comptais me tirer d'affaire en Allemagne aussi facilement qu’en Italie; mais comment sénétrer dans cette muraille de consonnes de À langue tudesque ? On y songe à deux fois avant d'entreprendre de parte certains noms composés, comme Âirchengeschichtschreiber où Schreibmaterialienhandlung. (1) Le

(1) Il est certain que la langue allemande n’est pas saus beautés, Ceux qui en connaissent le mécanisme

re 92

alais de l'exposition universelle (en anglais :

niversal Exhibition Palace, et, en italien :

Palazzo dell esposizione universale), se dit, en allemand: Weltausstellungs-Palast. C'est décourageant ! Avec cela que les mots sont écrits d’une façon ct se prononcent d’une autre, Ici, me disait un Dane on écrit Jérusalem et on prononce Constantinople !

Tout Allemand nait avee un chat attaché à l’épiglotte, qu'il eherche constamment à faire sortir : de là des ichs et des grattements de gosier les moins euphoniques. Mais €’est surtout le 4 qui est détestable à entendre ; et les Viennois sont de si braves gens rh sont toujours prêts à dire 14 (oui) même lorsqu'ils ne vous cempronnent pas :

—Madame, je voudrais avoir à souper.

— Immédiatement, s’il vous plait.

— Ja, ia.

—Mais vous dites toujours ia et vous ne bougez pas !

affirment que les noms composés offrent de grandes ressources à l’orateur, Ce mot Schreibmale: ialicnhandlung, par exemple, n’est pas aussi effrayant qu’il en a l’air, 11 suffit de le décomposer et de “ faire la construction ” pour le trouver tout naturel : Schreib (pour écrire) materialien (matériaux) Aandlung {où l’on tient, ; où l’on tient des matériaux pour écrire (papeterie).

T1 faut alors faire usage de ses talents mimiques et parler par signes. Je pratique depuis quatre jours cet art d'utilité première.

Les hôtels étant encombrés, nous avons dû nous loger chez un dentiste (le docteur Herzl), bravo Autrichien qui ne sait pas un traitro mot de français ou d'anglais.

L'exposition de Vienne, assez décriée au loin, est, assure-t-on, la mieux réussie de toutes les expositions universelles qui ont eu lieu jusqu’à présent, sauf comme spéculation.

La France et l'Autriche y dominent de beaucoup les autres pays. On assure que la Prusse, jalouse de ces deux nations, ses rivales, a beaucoup contribué, pur la presse et autrement, à éloigner les visiteurs. En ce moment, il y a réaction, et Vienne regorge d'étrangers ; mais cette réaction ne peut se faire sentir bien au loin, etle Weltausstellungs-

. Palast est à la veille de se fermer.

La dernière exposition de Paris couvrait une étendue de 441,750 mètres carrés : l’exposition de Vienne occupe un terrain de 2,330, 631 mètres carrés, et on m'assure que la quantité d'objets qu'elle rerferme est aussi de beaucoup plus considérable que dans aucune exposition précédente.

Le seul département de beaux-arts occupe un vaste édifice séparé et distinct de l'édifice principal. On y voit de belles choses, assurément, mais aussi, et en trop grand nombre,

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des œuvres qui révèlent, chez leurs auteurs, une abjection profonde. Cela révolte et attriste. D’autres œuvres d'art sont disséminées dans tous les départements. Un goût exquis a présidé à la classification dos objets, à la distribution des pièces et à leur ornementation ; cependant, la dernière exposition de Paris n’a pas été éclipsée sous 6e rapport.

J'ai visité particulièrement les sections de l'instraction publique de la France, de la Belgique et des Etats-Unis.

Et le Canada ?..

À force de questions, j'ai fini par apprendre que, du côté dos Indes, de l'ile Ceylan et de l'Australie, je pourrais peut-être entendre parler de ce pays-là. Un employé du departement des colonies anglaises me conduisit effectivement vers l'extrémité d’une aile affectée à l'exposition indienne, et là, il me montra un produit canadien : deux fioles remplies d'une liqueur brune sur lesquelles était écrit: Miller's tannin extract. Trois

etits quarrés de cuir tanné accompagnaient es fioles. Une planchette portant le mot Canada | ps sur le parquet ; on la releva

ar égard pour ma nationalité, et on la plaça riomphalement au dessus des deux récipients du Miller’s tannin extract. L'employé qui me conduisait me dit : cet exposant avait mérité un prix; je ne puis m'expliquer pourquoi il n'a rien eu.

- Honneur à M. Miller, l’exposant unique |

Le destin en lu dérobant la victoire l'a récom: pensé par…cet éloge glorieux |

D'après lo recensement du mois d'octobre 1872, la population de Vienne et de ses huit faubourgs s'élève à 616,843 âmes, sans compter la garnison, composée de 12,000 à 15,000 hommes,

La ville proprement dite était autrefois entourée de fortifications, que l’on a fait disparaitre en 1858, ot dont l'emplacement forme un boulevard circulaire où s'élèvent de nouvelles et imposantes constructions.

Le Ringstrasse est, avec le Prater, la promenade favorite des Viennois.

Le chœur de la chapelle impériale :. chanté dimanche dans l’église de {a Burg (palais de l'empereur), Enfin il m'a été donné d’entendre d'excellente musique d'église, —aussi bonne que celle que l'on fait à Paris, bien que dans un autre genre. Dans les églises de Rome, on fait une musique abominable. Le chœur de la chapelle Sixtine n'existe plus depuis l'invasion : ce dernier rempart des saines traditions étant tombé, le dévergondage des croque-notes ne connait plus de bornes. Je n’exagère rien. Tout ce qu'il y a d'artistes de talent, en Italie, écrit pour le théâtre ; ceux qui restent à l’église écrivent ou font exécuter des choses bonnes tout au plus pour les cirques américains. Sous ce rapport, on est infiniment plus avancé (dans le bon sens du mot) à Québec,

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Je suis allé aux courses du Prater;hier, non pas pour y voir les chevaux, mais pour y voir Victor-Emmanuel, qui a quitté les bois, où il chasse presque continuellement, et est venu en Allemagne rendre visite à Franzloseph et à Guillaume de Prusse. Les jour-

naux disent que ce voyage est la sanction de

l'occupation de Rome par les Piémpntais et de la cessation du pouvoir temporel du Pape.

Victor-Emmanuel, comme toujours, est l’instrument dont se servent les habiles. Il vaut mieux que ces derniers, mais il se laisse entrainer, En ce moment, c’est Bismark qui lui fait faire la course et le mêne par la moustache. 11 faut avouer qu’il y a prise.

Pour en revenir aux courses d'hier, Sa Ma. .

jesté italienne étaitaccompagnéede son “ frère et ami” l’empereur François-Joseph et de la grande-duchesse Reynier, la moins jolie mais la plus spirituelle des dames de la cour.

Quant à messieurs les jokeys, je regrette de ne pouvoir rendre hommage à leur mérite :

je n’entends rien au sport. Zch verstehe nichts : c'est le temps de le dire.

On compte en Autriche environ 8 millions d'Allemands, 15 millions de Slaves, 5 millions de Hongrois, 4 à 5 millions de Roumains, 1 million d’'Italiens (Friouliens et Tyroliens), et beaucoup de Juifs.

Les Slaves se divisent en plusieurs peuples différents, tels que les Ruthènes, les Slovènes, les Polonais, les Tchèkhes vu Bohèmes, les

ET

Slovaques, les Esclavons, ies Dalmates, les Morlaques, les [striens, les Croates et les Serbes, Les Roumains comprennent les Moldaves et les Valaques. Et il y a encore des subdivisions !

A Vienne cinq ou six id'2mes différents frappent l’oreille à la fois, tous parlés par des sujets de la monarchie autrichienne. Tant de diversité dans le langage a fait adopter le latin comme un lien permanent et fixe entre les populations de Ia Transylvanie et de la Hongrie, et on assure que cette langue ancienne y est parlée facilement, mème par le bas peuple. C’est aussi en Autriche que ‘ou rencontre le plus de Bohémiens ou Ziqueunes, familles errantes que l’on dit être originaires de l'Inde, et qu'il ne faut pas confondre avec les Bohèmes.

Dix-neuvième Lettre.

Muuich, hôtel des Quatre-Snisons, 24 septembre 1873,

Je reçois d'un ami du (Canada des reproches bien amers. Il se plaint de ce que je ne donne pas des descriptions complètes des villes que je visite. A cela je réponds que je n’ai à disposer que de quelques minutes pour mes correspondances ; que je suis obligé de les écrire tard le soir, souvent après un long trajet en chemin de fer, et que parler

en détail de villes comme Rome, Londres et Paris serait l'affaire, non pas d’une vingtaine de lettres, mais d’une vingtaine de volumes.

Ces volumes, du reste, sont déjà faits, et je n’ai pas envie de les refaire. Aïnsi, C'est entendu, je vous écris des lettres quelconques, je laisse courir la plume et je dis ce qui me vient à l'esprit. Je vous parlerais du chemin du lac Saint-Jean ou de Jean Piquefort que vous n’auriez pas lieu de vous en étonner.

J'ai oublié de vous dire un mot, dans ma dernière lettre, de la belle cathédrale gothique de Saint-Etienne et de la nouvelle église de Saint-Sauveur, à Vienne. Comme toutes les églises gothiques, elles prètent peu à l'ornementation intérieure, mais elles sont d’un trèsbeau style, J'ai éprouvé un véritable plaisir à les contempler, à retrouver enfin ces belles formes ogivales, ces arcs-boutants extérieurs (trait caractéristique par excellence de l'architecture gothique) que l’on ne rencontre guère dans les églises d'Italie.

Je viens de revoir, dans la pinacothèque de Munich, le portrait de l’impératrice d’Autriche, Elisabeth de Bavière. Elle ressemble beaucoup à sa sœur Marie Sophie, l’ex-reine de Naples. Elle aussi est une femme d’une

rande beauté, et elle ne manque pas non plus de cœur, comme on va le voir.

Lorsqu'il fut définitivement arrêté que Vic-

tor-Emmanuel se rendrait à Vienne, (il y a une dizaine de jours) celle fit appeler son

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médecin pour savoir si, par hasard, elle n’était pas indisposée. Je médecin, en vrai médecin de cour, comprit aussitôt ce qu'on voulait de lui : il prononça que la santé de Sa Majesté laissait beaucoup à désirer, et il ordonna une réclusion complète pour une semaine entière. La chronique ajoute que l’impératrice se soumit à cette sévère ordonnance avec une docilité touchante.

Le voyage de Victor-Emmannel à Berlin va couper court aux commentaires de la presse sur la brochure de M. de la Marmora. Un journal allemand disait, en parlant de cette

rochure : M. de la Marmora aurait pu orner le titre de son ouvrage de l’épigraphe suivante : “ Tout le monde savait que je suis un âne, ces pages sont écrites pour prouver que je m'en suis aperçu moi-même.” On Île voit, % aménités de la presse sont partout semblables.

J'ai sous les yeux un journal anglais, un journal français, et un journal italien. Quand Buffon a dit : “ le style c’est l’homme, ” il a prouvé qu'il connaissait tous lés unimaux sans aucune exception. L'Anglais dit beaucoup de choses en peu de mots : il prend le chemin le plus court pour arriver au but; il ne songe qu'à ce qu'il dit. Le Français soigne sa phrase, songe beaucoup à ceux qui l'écoutent, et, même dans des articles sérieux, cherche toujours à faire briller son esprit.

L'Italien n’est pas fait pour la À age ; Sa langue, la langue d'Arioste, du Dante, de

Torquato Tasso et de Métastase, excelle surtout à expr'mer les sentiments ; lorsqu'il s’agit d'exposer les raisonnements froids, les combinaisons arides de la politique, elle semble puérile, et parfois même ridicule. Quand un Îtalien me parle de i! conte di Chambord, je pense involontairement à ti! conte di Luna, du Trovatore. Les noms des hommes d’Etat les plus graves, prononcés à l'italienne, font aussitôt penser à des personnages de libretti.

Muis nous voilà loin, bien loin de la Bavière. Il faut pourtant que je vous en dise un mot puisque cette lettre est datée de Munich.

La Bavière est unie à la Prusse pour les fins du commerce, des douanes et de la guerre. Grâce à Dieu, l'unification n’est pas encore complète, et la grande persécution contre les catholiques, qui va commencer au mois d'octobre, n’atteindra pas les Bavaroïis ; mais le pays glisse visiblement vers cette unification. Tout le monde sent cela, et le jeune roi de Bavière s'aperçoit lui-même qu'il fait la glissade. (1)

(1) Depuis que ces lignes ont été écri:es, la Prusse n’a que trop justifié les appréhensions des catholiques. Maïs ses fautes portent avec elles leur châtiment. C’est sur le roc ::e l'Eglise que les ambitions de Bismark vont aller se briser. Je ne crois plus à l’unification germanique, et un essai de la république en Prusse, bien que pe: probable, m’éténnerait moins que la réa-

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Louis IT est très-aimé de son peuple. 11 a vingt-huit ans, et est encore célibataire. La passion de ce jeune souverain pour la musique est connue de tout le monde et blâämée par plusieurs. Charlemagne fonda trois écoles de chant, ce qui ne l’empêcha pas de fonder un empire. Fréderice TI, de Prusse, jouait de la flûte, et monsieur Arouët ne s'en plaignait pas. Au palais on dirait qu’il y a des préccdents.

Les Bavarois se sont admirablement battus pendant la guerre franco-prussienne (les paysans se battent entre eux comme des sauvages). Von Moltke a eu soin de toujours placer les Bavaroiïs et les Saxons aux endroits périlleux : de cette façon il affaiblissait ses alliés de Ia veille pour mieux les maitriser le lende-

lisation de ce rêve ambitieux. Bismark s’est inutilement aliéné les sympathies des catholiques de l’Autriche, de la Ravière, de la Saxe et de son propre pays; quant aux libéraux ils le détestent cordialement. A Far de la persécution du grand-chancelier contre Eglise, un journal illustré publiait dernièrement une caricature qui ne manque pas de sel. Bismark tire de toutes ses forces sur une corde dont un des bouts est attaché à la flèche de la cathédrale de Strasbourg :

—Que faites-vous 1à ? dui demande un individu vêtu de noir, qui n’est autre que Satan en personne,

— Vous le voyez,répond Bismark essoufilé, je cherche à faire tomber l’ Eglise catholique.

— Hum ! reprend Satan, la chose n’est pas facile! J’y ai travaillé dix-neuf siècles sans succès. N’importe continuez toujours, et, si vous réussissez, faites-le moi dire : je résigneräi en votre faveur / ,

main, Les soldats que l'on rencontre dans les rues de Munich sont tous des jeunes gens : les vieux ont péri en France,

Munich (en allemand München) est devenue l’Athènes de l’Allemagne, grâce aux goûts artistiques et à la munificence de Louis I.

On y cultive la peinture autant que dans les villes italiennes, et on y trouve la reproduction de plusieurs monuments d'architecture de Florence et de Pompéi. L'art grec y est très en honneur. Sa population est d’environ 134,000 habitants.

A quelque distance de la ville s'élève une sorte de panthéon où sont placés les bustes * des grands hommes de la contrée. C’est une construction fort originale et d'un style admirable. Au centre, sur un piédestal en granit, est placée une statue de femme—symbole de la Bavière—-de dimensiens colossales. (1)

‘a Le vrai monument national de Munich, dit M. Hippolyte Durant, c’est la Bavaria. A l’extrémité des vastes prairies qui s'étendent sur le côté sud de la ville, sur une éminence de gazon, l'architecte de la Walhaila, M. Léon de Klenze, a construit un portique grec à trois faces, en marbre blanc, de la forme le plus pure, de l'effet Îe plûs enchanteur. La statue colossale de la Bavière est debout au milieu du pe tique ; elle le dépasse en hauteur de tout le buste. épaules sont demi-nues, demi-couvertes d’une peau de bête ; d’une main elle serre son glaive contre sa poitrine ; de l’autre elle élève la couronne, qu’elle propose au plus digne. Una guirlande de chëne presse sa

Les visiteurs pénètrent dans l’intérieur de l’énorme statue de bronze, et vont s'asseoir dans sa tête, J'y suis allé comme tout le monde, Nous nous sommes trouvés six dans la tête de madame Bavière : deux Allemands, deux Ca:

nadiens, un Américain et une Américaine. Il y avait encore place pour deux.

La capitale de la Bavière fnt fondée en 962, par Henri de Saxe. Le terrain sur lequel elle fut bâtie appartenait aux Moines du couvent de Schæffelaren : de là le nom de München (Monachum où Monachium) donné À la ville.

Je vous parlais tout-à-l’heure de la persécution religieuse en Prusse. Une loi qui date déjà de quelques mois enjoint aux évêques de ne faire aucune nomination aux cures sans l’assentiment du pouvoir civil, et défend aussi aux prêtres d'accepter aucuno charge ou mission de leur évêque sans la permission de

chevelure, nouée selon un mode agreste, Les traits sout mâles, on dirait une image de la Germanie de Tacite. Le lion bavarois rugit à ses pieds...”

Complétons cette description par quelques chifires. Hauteur totale de la statue....60 pieds.

Poids... CERETINTIITILILILELLELLELE ss. 1560 quintaux. Largeur de la bouche. .….…..15 pouces, Largeur des yeux... 11 pouces.

Longueur du nez... 1 pied 11 pouces.

Longueur de la figure...…….…....b pieds 3 pouces. Circonférence du bras...….….…….5 pieds 1 pouce,

Longueur du bras avec la main.24 pieds 9 pouces.

L'Etat. C'est-à-dire que l'Etat s'arrogo le droit d'accorder aux prêtres la jurid'ction spiritueile, veut substituer son autorité à celle des évèêques, et mettre chacun de ceux-ci sous la surveillance d’un colonel de ahlans. (1)

Les évêques se sont réunis, et, naturellement, ils ont résolu de ne pas obéir à cette loi insensée. Déjà plusieurs arrestations ont eu lieu ; mais c'est au mois d'octobre, à l’époque des nominations annuelles, que l'on s'at. tend à voir commencer la persécution sur toute la ligne,

J'ai fait le trajet de Vienne à Munich en très-aimable compagnie, Une dame russe, trois Américaines, un Américain et un Allemand occupaient le même wagzon que nous.

La dame russe, que j'ai rencontrée depuis dans Munich, parle le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol. Nos Américains étaient

(1) D’après cette loi insensée, s’il arrivait à un prêtre d'enseigner l’hérésie, l'Etat aurait seul à juger s’il doit être continué dans ses fonctions, et si les doctrines qu’il enseigne sont, oui ou non, conformes à la doctrine catholique! Les évêques, le voulusrent-ils, n’ont pas le pouvoir de transporter à l’antorité séculière l'autorité qu’ils ne tiernent que de Dieu seul. Si les évêques d'Allemagne avaient été moins courageux, ils auraient pu trahir leur devoir en se soumettant extérieurement, mais aucun d’eux n’a faibli: ils ont gén $reusement embrassé la croix et subi l'emprisonad à la grande admiration de l’univers catho-

ique.

de Milwaukee. Les Américains voyagent encore plus que les Anglais : on en rencontre partout. Quant à notre Allemand, il parlait peu et trouvait le voyage vatican (fatigant).

Vingtième Lettre.

Chemi: aisaut, septembre et octubre 173

De Munich à Luxembourg, le chemin de fer traverse le Wurtemberg, le grand duché de Bade, la Buvière rhénane (le Palatinat) et un coin de la Prusse. Nous nous sommes arrêtés quelques heures à Saarbruck, où Napoiéon III passa une nuit avec ses troupes, au début de la dernière guerre, et d’où il fut. bientôt délogé. De la gare du chemin de fer, on aperçoit un monument élevé sur le sommet d’une colline, à l’endroit où campèrent les troupes du général Frossard.

Le grand-duché de Luxembourg (200,000 habitants) a pour souverain le roi de Hollande, qui est aussi comte de Vianden et de Nassau, On y parle le français et un patois allemand; le français est la langue officielle. Le grand-duché jouit d’un gouvernement autonome, distinct de celui de Hollande, et fait aussi partie des états qui échangent librement avec la Prusse. Son code de loi, calqué en partie sur le code Napoléon, est loin de valoir le nôtre en ce qui concerne les rapports

entre l'Eglise ot l'Etat. Le frère du roi de Hollande (un vieillard) est le gouverneur du pays. Toute la population luxembourgeoise est catholique, sauf quelques Juifs et environ une centaine de protestants prussiens.

La ville de Luxembourg était une des places les plus fortifiées de l'Europe. Elle fut occupée par les Prussiens de 1815 à 1867.

Après le congrès de Londres, les Prussiens se retirèrent, et on commença à démolir les fortifications, travail qui se continue encore, Les Luxembourgeois sont enchantés de voir disparaître les murs qui les enserraient comme dans une prison ; de nouvelles constructions s'élèvent sur les terrains déblayés ; la ville prend décidément de l'essor. Les touristes y mir mais les habitants du pays y gagnent.

es viiles fortifiées ont toujours le désavantage d’exciter la convoitise des puissances militaires ou militantes : on prétend que si Luxembourg eût été fortifié comme autrefois, il eût été le théâtre d'une lutte entre les Français et les Prussiens pendant la dernière guerre ; on se sent débarrassé de la crainte des obus, et on n’en est pas fâché.

Vianden est une petite ville située sur les confins du grand-duché, entre les Ardennes et l’'Eifel. Une petite rivière, l'Our, coule entre les deux chaines de montagnes,et sépare le Luxembourg de la Prusse. Sur un monticule élevé qui domine tout le bourg se dessinent les créneaux démantelés du vaste château des comtes de Vianden. Un château-

En

fort fut construit à ce même endroit au temps de l'empire romain, sous Gallien ; celui dont on voit aujourd'hui les ruines date du huitième siècle. Le père du roi de Hollande actuel y est né, et il.a été habité jusqu'en 93, époque où il fut saccagé. Nous visitons les restes de la chapelle et de la ‘“ salle des Chevaliers ; ”’ les salles d'armes, les balcons, d’où l’on aperçoit un paysage qui pee celui de Lourdes ; les souterrains et la petite chambre qui servit de prison à la ‘“ bienheureuse ” Yolande.

Yolande, fille de Henri II, comte de Vianden, et do Marguerite de Courtenuy (sœur de Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople), fut enfermee dans cette chambre par son père pour avoir refusé d'épouser Philippe de Schœnecken. La jeune fille s’échappa dé su prison au moyen d’une échelle de cordes, descendit le rocher escarpé, et alla se réfugier au couvent de Marienthal, à sept lieucs de distance. Plus tard, la mère de Yolinde se fit religieuse dans ce mème couvent dont sa fille écait devenue abbesse.

Nous recevons, à Vianden, l'hospitalité toute cordiale de mademoiselle Eltz et de sa famille. Mademoiselle Eltz a demeuré sept à huit ans à Québec, et, comme tous les étrangers qui ont connu notre Canada, elle désire ardemment y retourner. Elle ne se lasse pas d’exalter notre société, nos beaux paysages, les aurores boréales de nos soirées d'hiver, et jusqu'à notre neige dont elle fait grand cas.

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Bonn ag md ost une jolie ville. L'université contient des musées intéressants que nous visitons rapidement. Le nombre des élèves qui

uentaient :es cours de l’université sr’élevait à doux mille il y a quatre ans à peino.

Quelques professeurs, soutenus par le gouvernement de M. de Bismark, ayant donné dans le schisme des vieux catholiques, la confiance des véritables catholiques s’est retirée de l’université, qui ne compte plus aujourd’hui qu'environ sept cents élèves. Jolies promenades, — statue et place de Beethoven, — bords du Rhin. Nous faisons le trajet de Bonn à Cologne en bateau.

La célèbre cathédrale de Cologne, où sont conservées les reliques des Rois Mages, est la plus grande église gothique du monde entier. Commencée en 1248, elle n’est pas encore terminée. Les travaux, repris en 1842, se poursuivent activement: cinq cents ouvriers travaillent constamment à la restauration et au parachèvement de l’immense édifice.

Il y a dans Cologne, à part la cathédrale, bien des choses intéressantes à signaler, entr'autres, l’église dédiée à sainte Ursule, véritable nécropole, qui contient Les reliques de la sainte martyre et de ses onze mille com.

nes, celles de saint Etherius, etc. etc.

ous los murs sont garnis d’ossements, et la chapelle appelée “ chambre d'or ” en est toute tipissée, même le plafond. Deux fragments de la Couronne d’Épines sont aussi conservés dans cette chapelle, ainsi qu'une

urne en albâtre—une des urnes dans lesquelles l'eau fut changée en vin, aux noces de Cana.

Cinq ou six propriétaires d'établissements de parfumerie se disputent l'honneur d’être les véritables successeurs de Jean-Marie Farina, le célèbre fabricant d’eau-de-Cologne, qui vivait et embaumait ses compatriotes dès l’an de grâce 1709. Les journaux de la ville contiennent des réclamos , ébouriffantes en faveur de chacun des prétendants, et on raconte des anecdotes plus ou moins plaisantes sur les finesses, les ingéniosités des parfumeurs rivaux.

Je regrette de n'avoir pas is temps de vous parler longuement d'Aix la-Chapelle, berceau et tombeau de Charlemagne. C’est aujourd’hui une jolie ville; et, comme toutes les villes d'eaux, (il y a à Aix des sources d’eau chaude fortement imprégnée de soufre) elle est remplie d'étrangers.

L'intérêt qui domine dans cette ville historique est surtout l'intérêt religieux. La cathédrale, qui remonte à 796, et où sont conservés les restes du ‘ bienheureux ” empereur, nr ag 2 a été béatifié), contient les reliques les plus précieuses qui soient au monde, Un grand nombre de ces reliques portent le sceau de Constantin, et il n’en est pas qui ne soient revêtues de toutes les garanties d'auhenticité possibles. Je mentionne les prineipales : une tunique de la sainte Vierge,—les

langes qui enveloppèrent l'Enfant Jésus dans la crèche,—le linge dont Je Sauveur fut ceint eur la croix, — la ceinture en cuir de Notre- Scigneur,—un morceau de l'éponge qui servit à l’abreuver sur la croix, —une particule de la Couronne d’Epines, — un morceau de la corde avec laquelle on lia les mains de Jésus dans sa passion,—la ceinture en lin de la sainte Vierge,—un des avant-bras du vieillard Siméon, etc., etc., etc.

L'hôtel-de ville d’Aix-Jla-Chapelle, construit sur les anciens fondements du palais carlovingien, est orné, à l’intérieur, de fresques magnifiques qui retracent les hauts faits du grand empereur : la destruction de l’Irmensul, près Paderborn ; Ja victoire eur les Sarrusins, près Cordoue ; l'entrée de Charlemagne à Favie; le baptime de Witikind ; le couronnement de Charlemagne à Rome jar le pape Léon II1, etc., etc.

Je ne me suis arrêté à Liége que quelques heures : le temps de voir l’église Saint-Paul et la belle église Saint-Jacques, et d'aller faire deux ou trois visites.

J'y ai fait la connaissance du KR. P. de Gerlache, S. J. Il s'intéresse beaucoup au Canada et aux zouaves pontificaux canadiens, qu'il a connus à Rome.

Nous prenons le souper dans un restaurant voisin de la gare. Je demande à la servante de céans—une Alsacienne—ce qu’elle a à nous donner.

—J'ai dos crifes, monsieur.

— Vous avez des griffes |

—Oui, monsieur, j'ai des crifes ; et j'ai des côtelettes aussi.

— Voyons les griffes !

On nous apporta des grives. Je ne pus m'empêcher de sourire, et je doublai le pourboire en l’honneur de l'Alsace !

Bruxelles est un Paris en miniature. Le mot n’est déjà plus nouveau, mais il est exact. L’hôtel-de-ville est un monument unique dans son genre. Je recommanderais aux visiteurs d'examiner avec attention la grande fresque du plafond de la salle principale. l'antique palais de Charles-Quint, vis-à-vis l’hôtel-deville, et les constructions avoisinantes sont dorés à l'extérieur, ce qui donne à toute la place une apparence fort originale.

La ‘ place royale” avec sa statue équestre de Godefroy de Bouillon, le jardin zoologique, les boulevards, la rue Royale, les parcs, le bois, la colonne du Congrès avec ses belles cariatides, la nouvelle Bourse, l’église Sainte-Gudule et son admirable chaire, — toutes ces choses méritent d’être vues et font de Bruxelles une des plus jolies, des plus belles villes de : 1-

rope. (1)

(1) La population de Bruxelles est d'environ 400, 000 habitants.

On a dit avec rzison que la Belgique est litalie du Nora. C’est, en effet, un pays très-artistique ; mais c'est aussi un pays où l’industrie et l’agriculture sont fort en honneur. Dans ce petit royaume, qui n’a pas soixante-dix lieues dans sa plus grande longueur, vit une population de six millions d'habitants! Sur une étendue de vingt-cinq lieues carrées seulement s'élèvent quatre:-

randes villes : Bruxelles, Anvers, Gand et ice

Les Belges, quoi qu'ils en disent, subissent considérablement l’ascendant de la France:

dans l'ordre des idées. Les deux grandes plaies de l'Europe, le mauvais théâtre et la mauvaise presse, exercent leur funesto influence en Belgique comme ailleurs.

J’inscris ici avec reconnaissance le nom de M. Alphonse Mailly, professeur d'orgue au conservatoire de Bruxelles, qui a bien voulu nous donner deux charmantes séances sur le:

rand-orgue et sur l’orgue-harmonium. M.

ailly est non-seulement un compositeur-éxécutantde grand mérite,mais il est encore plainchantiste et théoricien distingué. Disons aus. si qu'il est d’une parfaite courtoisie, ce qui. ne nuit à personne, pas même aux artistes,

En général, les Bruxellois sont loin d’avoir la désinvolture et le langage élégant des Parisiens ; en revanche, ils sont moins cerveaux-brûlés, et la compensation en vaut læ reine. Une locution favorite du peuple est.

Ptea-vous. — Voulez-vous me passer lo tour. ‘ nal ?—Tout de suite SAVEZ-vOu8.—T[] fait beau SAVEZ-Vaus.—J'ÿ vais, savez-vous.

À la longue, cela devient fastidieux, savezvous !..

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