‹ Lettres de voyage [microforme]Chapitre 15 sur 51 · AGE F · texte numérisé non relu

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chacun, individuellement, dut exécuter une manœuvre quelconque.

À l'escrime, même précision, même légèreté, même adresse. Ces petits bons hommes, haut comme une botte, luttaient les uns contre les autres avec une ardeur endiablée, s’attaquant avec une vivacité, parant avec prestesse, annonçant les coups avec loyauté.

C'était un bruit strident de fer qui se froisse, d'épées qui se choquent; en sortant de la salle d'armes, j'en étais tout ému.

Après une petite tournée de visite dans les magasins, le commandant me conduisit encore sur la terrasse au pied de laquelle toute l'école était alignée sur deux rangs. Les élèves de 17 et 18 ans avaient les armes, et on me prévint que l'officier de semaine allait faire défiler comme cela se pratique à l'exercice de chaque jour.

L'officier de semaine, un jeune lieutenant prend le commandement d'une voir claire et vibrante. Je me sentis remué en l’entendant commander. Petit de taille, large d'épaules et de poitrine, correct dans son attitude, c'était bien là le type de l'officier français. D'ailleurs, les huit officiers qui composent l’école doivent tous être des hommes choisis, car j'ai rare-

ment vu un si bel ensemble de forces physiques et intellectuelles. |

À la voix de l'officier, les élèves se forment en colonne à distance entière, se massent sur une des faces de la cour, et musique, tambours et clairons en tête, le défilé commence. On joue la marche du 3e zouaves, ancien régiment du commandant et de Chartrand. Les sections, alignées au cordeau, passent devant nous la tête haute, et les derniers, âgés de 13 ans, défilent sans armes avec une correction d'alignement digne de leurs aînés.

J'en avais des larmes aux yeux, et là je compris toute la force de la France. Jamais dans aucune revue militaire, je n'ai vu plus parfait défilé. Je félicitai le commandant de ce beau résultat, et je comprenais alors pourquoi le gouvernement avait appelé cet officier d'élite à la tête de cette école. Plus beau commandement ne pouvait être confié à un homme plus digne, capable de remplir mieux la noble et belle mission de dresser la jeunesse française au dur métier des armes.

De là, on nous fit visiter les chambres.

Chaque dortoir contient une quarantaine de lits bien alignés, propres, avec les effets de

21% ., Q , chaque élève pliés soigneusement sur des éta-

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gères. L'air circule librement, les croisées sont grandes, tout respire la propreté et le bon ordre. Les réfectoires sont également très bien aménagés. Là comme partout, j'ai pu me rendre compte de la bonne direstion donné au fonctionnement de tous les services, et du zèle que tous apportent à chaque degré de la hiérarchie, à bien exécuter les ordres et accomplir soigneusement leur devoir.

En sortant de l'école, on me montra le fameux fusil Lebel, à répétition et à petit calibre. On me donna certaines explications techniques sur sa justesse, sa simplicité, sa légèreté, et sa force balistique. Je laisse encore à Chartrand, qui s’est fait une spécialité de l’étude des armes, le soin de vous donner des détails précis sur ce fusil avec lequel on fera probablement la prochaine guerre.

Au Cercle, quelques instants après, en compagnie de tout le personnel civil et militaire, nous vidions une coupe ensemble à la gloire et à la prospérité de la France,

J'eus là, pour quelques moments, l'occasion de lier intime connaissance avec tous ces messieurs de l’enseignement pédagogique, et je pus me convaincre que tous les ieunes professeurs, cédés par le ministre de l'Instruction

Publique pour venir enseigner dans les Ecoles militaires étaient des hommes choisis. Un, entr'autres, M. Desclaux, le professeur principal, que j'avais eu l'occasion de connaître intimement chez Chartrand, me frappa par la profondeur de ses vues et la hauteur de ses aperçus. Et voilà encore un homme qui attend depuis de longues années une récompense bien méritée et pour laquelle il est proposé. Il est dans l'enseignement militaire depuis près de dix ans, et les Inspecteurs- Généraux qui se succèdent annuellement le proposent pour les palmes académiques. Espérons que le gouvernement ne fera pas attendre longtemps une décoration qui ne saurait être mieux placée.

Enfin le temps passe et il faut se séparer.

Je serre la main à Chartrand et j'embrasse sa femme et ses enfants. Je m'installe dans un compartiment, en route pour Arles, en emportant avec moi le souvenir d’une cordiale hospitalité et de bien bons moments passés en excellente compagnie.

Je conseille à tous les Canadiens qui voyagent en France, de pousser une pointe à St.

Hippolyte-du-Fort, dans le Gard. Ils trouveront là un compatriote dont les bras sont

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toujours grands ouverts, la maison et la famille hospitalières, et un petit noyau d'amis qui leur feront passer de bien bons moments.

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