LOI
Louis II est très-aimé de son peuple. Il a vingt-huit ans, et est encore célibataire. La passion de ce jeune souverain pour la musique est connue de tout le monde et blâmée par plusieurs. Charlemagne fonda trois écoles de chant, ce qui ne l'empêcha pas de fonder un empire. Frédéric II, de Prusse, jouait de la flûte, et monsieur Arouëtne s'en plaignait pas. Au palais on dirait qu'iï y a cfcs ^yn'ce-
Les Bavarois se sont admirablement battus pendant la guerre franco-prussienne (les paysans se battent entre eux comme des sauvages). Yon Moltke a eu soin de toujours placer les Bavarois et les Saxons aux endroits périlleux : de cette façon il affaiblissait ses alliés de la veille pour mieux les maîtriser le lende-
lisation de ce rêve ambitieux. Bir^mark s'est inutiiement aliéné les sympathies des catholiques de l'Autriche, de la l 'avière, de la Saxe et de son propre pays ; quant aux libéraux ils le détestent cordialement. A propos de la persécution du grand-chancelier contre l'Eglise, un journal illustré publiait dernièrement une caricature qui ne manque pas de sel. Bismark tire de toutes ses forces sur une corde dont un des bouts est attaché à la flèche de la cathédrale de Strasbourg :
— Que faites-vous là ? lui demande un individu vêtu de noir, qui n'est autre que Satan en personne.
— Vous le voyez.répond Bismark essoufflé, je cherche à faire tomber l'Eglise catholique.
— Hum ! reprend Satan, la chose n'est pas facile ! J'y ai travaillé dix-neuf siècles sans succès. N'importe, continuez toujours, et. si vous réussissez, faites-le moi dire : je résignerai en, votre faveur ! .
main. Les soldats que Ton rencontre dans les rues de Munich sont tous des jeunes gens ; les vieux ont péri en France.
Munich (en allemand Munchen) est devenue l'Athènes- de l'Allemagne, grâce aux goûts artistiques et à la munificence de Louis I. On y cultive la peinture autant que dans les villes italiennes, et on y trouve la reproduction de plusieurs monuments d'architecture de Floi-ence et do Pompéï. L'art grec y est très en honneur. Sa population est d'environ 134,000 habitants.
A quelque distance de la ville s'élève une sorte de panthéon où sont placés les bustes des grands hommes do la contrée. C'est une construction fort originale et d'un style admirable. Au centre, sur un piédestal en granit, est placée une statue de femme — symbole de la ifevière — de dimensi©-ns colossales. (1)
(1) " Le vrai monument national de Munich, dit M. Hippolyte Durant, c'eat la Bavaria. A l'extrémité des vastes prairies qui s'étendent sur le côté sud de la ville, sur une éminence de gazon, l'architecte de la Walhalla, M. Léon de Klenze, a construit un portique grée à trois faces, en marbre blanc, de la forme la plus pure, de l'effet le plus enchanteur. La statue colossale de la Bavière est debout au milieu du portique ; elle le dépasse en hauteur de tout le buste. Les épaules sont demi-nues, demi-couvertes d'un* peau de bête ; d'une main elle serre son glaive contre sa poitrine ; de l'autre elle élève la couronne, qu'elle propose au plus digne. Une guirlande de chêne presse sa
Les visiteurs pénètrent dans l'intérieur de l'énorme statue de bronze, et vont s'asseoir dans sa tête. J'y suis allé comme tout le monde. Nous nous sommes trouvés six dauB la tète de madame Bavière : deux Allemands, deux Canadiens, un x\.mérieain et une Américaine. Il y avait encore place pour deux.
La capitale de la Bavière fnt fondée en 962, par Henri de Saxe. Le terrain sur lequel elle fut bâtie appartenait aux Moines du couvent de Schœifelaren : de là le nom de Miinchen (Monachu)n ou Jfoiwchium) donné à la ville.
Je vous parlais tout-à-l'heure de la persécution religieuse en Prusse. Une loi qui date déjà de quelques mois enjoint aux évèques de ne faire aucune nomination aux cures sans l'assentiment du pouvoir civil, et défend aussi aux prêtres d'accepter aucune charge ou mission de leur évéque sans la permission de
cheve'ure, nouée selon un mode agreste. Les traits ?ont mâle?, on dirait une image de la Germanie de Tacit«. Le lion bavarois rugit à ses pieds..."
Complétons cette description par quelques chiffres.
Hauteur totale de la statue 60 pieds.
Poids 1560 quintaux.
Largeur de la bouche 15 pouces.
Largeur des veux 11 pouce.-.
Longueur du nez 1 pied 11 pouces.
Longueur de la figure 5 pieds 3 pouces.
Circonférence du bras 5 pieds 1 pouce.
Longueur du bras avec la main. 24 pieds 9 pouces.
1 Etat. C'est-A-dire que l'Etat s'arroge le droit d'accorder aux prêtres lajurid'ciioji spirituelle^ veut substituer son autorité à celle des évoques, et mettre chacun de ceux-ci sous la surveillance d'un colonel de uhlans. (1)
Les évoques se sont réiinis, et, naturellement, ils ont résolu de ne pas obéir à cette loi insensée. Déjà plusieurs arrestations ont eu lieu ; mais c'est au mois d'octobre, à l'époque des nominations annuelles, que l'on s'attend à voir commencer la persécution sur toute la ligne.
J'ai fait le trajet de Vienne à Munich en très-aimable compagnie. Une dame russe, trois Américaines, un Américain et un Allemand occupaient le même waggon que nous. La dame russe, que j'ai rencontrée depuis dans Munich, parle le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol. Xos Américains étaient
(1) D'après cette loi insensée, s'il arrivait à. un prêtre d'enseigner l'iiérésie, l'Etat aurait seul à jugor s'il doit être continué dans ses fonctions, et si les doctrines qu'il enseigne sont, oui ou non, conformes à la doctrine catholique ! Les évoques, le voulussent- ils, n'ont pas le pouvoir de transporter à l'autorité séculière l'autorité qu'ils ne tiennent que de Dieu seul. Si les évêques d' Vllemagne avaient été moins courageux, ils auraient pu trahir leur devoir en se soumettant extérieurement, mais aucun d'eux n'a faibli : ils ont génireusement embrassé la croix et subi l'emprisonnement, à la grande admiration de l'univers catholique.
de Milwaukee. Les Américains voyagent encore plus que les Anglais : on en rencontre partout. Quant à notre Allemand, il parlait peu et trouvait le voyage Vatican (fatigant).
Vingtième Lettre.
Chemi î :a:saut, septembre et octobre 1S73
De Munie!) à Luxembourg, le chemin de fer traverse le AVurtemberg, le grand duché de Bade, la Bavière rhénane (le Palatinat) et un coin de la Prusse. Xous nous sommes arrêtés quelques heures à Saarbruck, où Napoléon III passa une nuit avec ses troupes, au début de la dernière guerre, et d'où il fut bientôt délogé. De la gare du chemin de fer, on aperçoit un monument élevé sur le sommet d'une colline, à l'endroit où campèrent les troupes du général Frossard,
Le grand-duché de Luxembourg (200,000 habitants) a 2:)0ur souverain le roi de Hollande, qui est aussi comte de Yianden et de Nassau. On y parle le français et un patois allemand ; le français est la langue o'fiâcielle. Le grand-duché jouit d'un gouvernement autonome, distinct de celui de Hollande, et fait aussi partie des états qui échangent librement avec la Prusse. Son code de loi, calqué en partie sur le code Napoléon, est loin devaloir le nôtre en ce qui concerne les rapports
entre l'Eglise et l'Etat. Le frère du roi de Hollande (un vieillard) est le gouverneur du l^ays. Toute la population luxembourgeoise est catholique, sauf quelques Juifs et environ une centaine de protestants j)rus£iens.
La ville de Luxembourg était une des places les plus fortifiées de l'Europe. Elle fut occupée 2:>ar les Prussiens de 1815 à 1867. Après le congrès de Londres, les Prussiens se retirèrent, et on commença à démolir les fortifications, travail qui se continue encore. Les Luxembourgeois sont enchantés de voir disparaître les murs qui les enserraient comme dans une prison ; de nouvelles constructions s'élèvent sur les terrains déblayés ; la ville prend décidément de l'essor. Les touristes y perdent, mais les habitants du pays y gagnent. Les villes fortifiées ont toujours le désavantage d'exciter la convoitise des puissances militaires ou militantes : on prétend que si Luxembourg eût été fortifié comme autrefois, il eut été le théâtre d'une lutte entre les Français et les Prussiens pendant la dernière guerre ; on se sent débarrassé de la crainte des obus, et on n'en est pas fôché.
Yianden est une petite ville située sur les confins du grand-duché, entre les Ardennes et l'Eifel. Une petite rivière, l'Our, coule entre les deux chaînes de montagnes,et sépare le Luxembourg de la Prusse. Sur un monticule élevé qui domine tout le bourg se dessinent les créneaux démantelés du vaste château des comtes de Yianden. Un château-
— lOT —
fort fut construit à ce même endroit au temps de l'empire romain, sous Gallien ; celui dont on voit aujourd'hui les ruines date du huitième siècle. Le père du roi de Hollande actuel j est né, et il a été habité jusqu'en 93. époque oii il fut saccagé. Xous visitons les restes de la chapelle et de la " salle des Chevaliers ; " les salles d'armes, les balcons, d'où l'on aperçoit un paysage qui rappelle celui de Lourdes ; les souterrains et la petite chambre qui servit de prison à la " bienheureuse " Yolande.
Yolande, fille de Henri II, comte de Yianden, et de Marguerite de Courtenay (sœur de Pierre de Courtenay, empereur de Constantinople), fut enfermée dans cette chambre par son père pour avoir refusé d'épouser Philippe de Schœnecken. La jeune fille s'échappa de sa prison au moyen d'une échelle de cordes, descendit le rocher escarpé, et alla se réfugier au couvent de Marienthal, à sept lieues de distance. Plus tard, la mère de YoJîlinde se fit religieuse dans ce même couvent dont sa fille était devenue abbesse.
Nous recevons, à Yianden, l'hospitalité toute cordiale de mademoiselle Eltz et de sa famille. Mademoiselle Eltz a demeuré sept à huit ans à Québec, et, comme tous les étrangers qui ont connu notre Canada, elle désire ardemment y retourner. Elle ne se lasse pas d'exalter notre société, nos beaux paj^sages, les aurores boréales de nos soirées d'hiver, et jusqu'à notre neige dont elle fait grand cas.
Bonn (Prusse) est une jolie ville. L'iiniver- ;6ité contient des musées intéressants que nous visitons rapidement. Le nombre des élèves qui fréquentaient les cours de l'université s'élevait à deux mille il y a quatre ans à peine. Quelques professeurs, soutenus par le gouvernement de M. de Bismark, ayant donné dans le schisme des vieux catholiques, la confiance des véritables catholiques s'est retirée de l'université, qui ne compte plus aujourd'hui qu'environ sept cents élèves. Jolies promenades, — statue et place de Beethoven, — bords du Ehin. Nous faisons le trajet de Bonn à Cologne en bateau.
La célèbre cathédrale de Cologne, où sont <ionservées les reliques des Eois Mages, est la plus grande église gothique du monde entier. Commencée en 1248, elle n'est pas encore terminée. Les travaux, repris en 1842, se poursuivent activement : cinq cents ouvriers travaillent constamment à la restauration et au parachèvement de l'immense édifice.
Il y a dans Cologne, à part la cathédrale, bien des choses intéressantes à signaler, entr' autres, l'église dédiée à sainte Ursule, véritable nécropole, qui contient les reliques de la sainte martj^re et de ses onze mille compagnes, celles de saint Etherius, etc., etc. Tous les murs sont garnis d'ossements, et la chapelle appelée " chambre d'or " en est toute tapissée, même le plafond. Deux frag- . ments de la Couronne d'Epines sont aussi conservés dans cette chapelle, ainsi qu'une
urne en albâtre — une des urnes dans lesquelles l'eau fut changée en vin, aux noces de Cana.
Cinq ou six propriétaires d'établissements de parfumerie se disputent l'honneur d'être les véritables successeurs de Jean-Marie Farina, le célèbre fabricant d'eau-de-Cologne, -qui vivait et embaumait ses compatriotes dès l'an de grâce 1709. Les journaux de la ville contiennent des réclames ébouriffantes en faveur de chacun des prétendants, et on raconte des anecdotes plus ou moins plaisantes sur les finesses, les ingéniosités des parfumeurs rivaux.
Je regrette de n'avoir pas le temps de vous parler longuement d'Aix-la-Chapelle, berceau et tombeau de Charlemagne. C'est aujourd'hui une jolie ville ; et, comme toutes les villes d'eaux, (il y a à Aix des soui'ces d'eau chaude fortement imprégnée de soufre) elle est remplie d'étrangers.
L'intérêt qui domine dans cette ville historique est surtout l'intérêt religieux. La. cathédrale, qui remonte à 796, et oii sont conservés les restes du " bienheureux " empereur, (Charlemagne a été béatifié), contient les reliques les plus précieuses qui soient au monde. Un grand nombre de ces reliques portent le sceau de Constantin, et il n'en est pas qui ne soient revêtues de toutes les garanties d'authenticité possibles. Je mentionne les principales : une tunique de la sainte Yierge, — 1 es
langes qui enveloppèrent l'Enfant Jésus dans la crèche, — le linge dont le Sauveur fut ceint gur la croix, — la ceinture en cuir de Notre- Seigneur, — un morceau de l'éponge qui servit à l'abreuver sur la croix, — une particule de la Couronne d'Epines, — un morceau de la corde avec laquelle on lia les mains de Jésus dans sa passion, — la ceinture en lin de la sainte Yierge, — un des avant-bras du vieillard Siméon, etc., etc., etc.
L'hôtel-de ville d'Aix-la-Chapelle, construit sur les anciens fondements du j^alais carlo- TÎngien, est orné, à l'intérieur, de fresques inagnifiqucs qui retracent les hauts faits du grand empereur : la destruction de l'Irmenbul, près Paderborn ; la victoire ^ur les Sarrîibinb', prèh Coidoue ; l'entre e de Charlemagne à Eavie ; le bapttme de Witikind ; le couj'onnement de Charlemagne à Eome jar le ptipe Léon 111, etc., etc.
Je ne me suis arrêté à Liège que quelques heures : le temps de voir l'église Saint-Paul et la belle église Saint-Jacques, et d'aller faire deux ou trois visites.
J'y ai fait la connaissance du E. P. de Gerlache, S. J. Il s'intéresse beaucoup au Canada et aux zouaves pontificaux canadiens, qu'il a connus à Kome.
Nous prenons le souper dans un restaurant voisin de la gare. Je demande à la servante de céans — une Alsacienne — ce qu'elle a à nous donner.
— J'ai dos crifes, monsieur.
— Yous avez des griffes !
— Oui, monsieur, j'ai des crifes ; et j'ai des côtelettes aussi.
— Yoyons les griffes !
On nous apporta des grives. Je ne pus m'empècher de sourire, et Je doublai le pourboire en l'honneur de l'Alsace !
Bruxelles est un Paris en miniature. Le mot n'est déjà plus nouveau, mais il est exact. L'hôtel-de-ville est un monument unique dans son genre. Je recommanderais aux visiteurs d'examiner avec attention la grande fresque du plafond de la salle principale. L'antique palais de Charles-Quint, vis-à-vis Thôtel-deville, et les constructions avoisinantes sont dorés à l'extérieur, ce qui donne à toute la place une apparence fort originale.
La '• place royale" avec sa statue équestre deGodefroj de Bouillon, le jardin zoologique, les boulevards, la rue Royale, les parcs, le bois, la colonne du Congrès avec ses belles cariatides, la nouvelle Bourse, l'église Sainte-Gudule et son admirable chaire, — toutes ces choses méritent d'être vues et font de Bruxelles une des plus jolies, des plus belles villes de l'Europe. (1)
(1) La population de Bruxelles est d'environ 600, OOO habitants.
On a dit avec raison que la Belgique est l'Italie du Nord. C'est, en effet, un pays très-artistique ; mais c'est aussi un pays où l'industrie et l'agriculture sont fort en honneur. Dans ce petit royaume, qui n'a pas soixante-dix lieues dans sa plus grande longueur, vit une population de six millions d'habitants ! Sur une étendue de vingt-cinq lieues carrées seulement s'élèvent quatre grandes villes : Bruxelles, Anvers, Gand et Liège.
Les Belges, quoi qu'ils en disent, subissent considérablement l'ascendant de la France dans l'ordre des idées. Les deux grandes plaies de l'Europe, le mauvais théâtre et la mauvaise presse, exercent leur funeste influence en Belgique comme ailleurs.
J'inscris ici avec reconnaissance le nom de M. Alphonse Mailly, professeur d'orgue au conservatoire de Bruxelles, qui a bien voulu nous donner deux charmantes séances sur le grand-orgue et sur l'orgue-harmonium. M.
Mailly est non-seulement un compositeur-éxécutantdegrand mérite, m.ais il est encore i^lainchantiste et théoricien distingué. Disons aussi qu'il est d'une parfaite courtoisie, ce qui ne nuit à personne, pas même aux artistes.
En général, les Bruxellois sont loin d'avoir la désinvolture et le langage élégant des Parisiens ; en revanche, ils sont moins cerveaux-brûlés, et la compensation en vaut la p.eine. Une locution favorite du peuple est
savez-vous. — Youlez-vous me passer le journal ? — Tout de suite savez-vous. — Il ûiit beau savez-vous. — J'y vais, sauez-vous.
A la longue, cela devient fiistid.eux, savezvous /...
POST SORIPTUM.
Après la miniature, le tableau aux vastes proportions. Nous rentrons dans Paris, l'incomparable Paris ! De la gare du chemin de , fer du Nord, je me rends à mon ancien hôtel du quartier latin en suivant le boulevard Sébastopol et le boulevard Saint-Michel. On ne compte pas moins de soixante dix-huit boulevards dans Paris. Que de vie et d'activité dans ces immenses avenues ! Et cette ville qui renferme près de deux millions d'habitants est d'une propreté extrême. L'atmosphère en est très-pure, à l'opposé des villes d'Angleterre où l'on respire une fumée suffocante.
Je retrouve à l'hôtel d'anciennes connaissances, et parmi celles-ci des amis de M, Lucien Turcotte (1) dont on a appris de fâcheuses nouvelles. M. Amédéo Kobitaille et M. C. Lavallée arrivent du Canada. Nousrecevons aussi la visite de M. Joseph Tassé, d'Ottaoua, qui se rend en Italie.
Je continue de visiter Paris, mais plutôt en flâneur qu'en touriste, et comme on feuillette un livre d'images, au hasard et sansordre
(1) Mort quelques mois plus t&ré.
Eglise Saint-Germain-de3-Pré3.
Eq 1658, Mgr. de Laval fut sacré évêque daDs cette église, par le nonce du pape, assisté de Mgr. Abelly, évèque de Eodez, et de Mgr. du Saussai, évèque de Toul. Il avait été nommé évêque de Pétrée et vicaire apostolique de la Xouvelle-France par le pape Alexandre Yll, le 3 juin de la même année. L'abbaye do Saint-Germain-des-Pré.s était indépendante des archevêques de Paris et de Eouen : c'était pour éviter certaines difficultés de juridiction civile et ecclésiastique que l'on avait choisi cette église. Mgr. de Laval se rendit immédiatement au Canada, mais il ne fut nommé évêque de Québec qu'en 1670.
Le Louvre. Colonnade de Claude Perrault.
Saint-Germain TAuxerrois, — une des plus anciennes églises de Paris, fondée par Childebert et Ulthrogothe, au sixième siècle.
Le mont Lucotitius, — site de la basilique des xlpôtres, édifiée par Clovis cà l'endroit où s'élève aujourd'hui le Panthéon. (1)
(1) '' Sainte Clotilde se promenant un joar avec Clovis, sur ce beau mont Lucotitiu.s, lui parlait des immenses travaux des apôtres de Jésus-Christ.
" — Notre douce Geneviève, lui dit-elle, mande à Clovis glorieux que de grandes bénédictions seront
Saiût-Etienne-du-Mont, — où Mgr. Siboiir fut assassiné, — ^ monument d'f.rchitecture des plus intéressants. Eeliques.
Les Thermes de Julien, — reste d'un palais "gigantesque "dont la construction remonte à Constance Chlore, et où Julien l'Apostat fut proclamé empereur. Ce palais fut aussi la résidence de Clovis et de plusieurs rois de la dynastie mérovingienne.
L'église de SaintrSulpice. Chaire du haut de laquelle le P. Eridain'e annonçait les vérités de la foi à la noblesse du fliubourg Saint- Germain.
Musée des instruments de supplice de plusieurs missionnaires martyrs, au séminaire des Missions Etrangères.
Tombeau de Xapoléon î aux Invalides.
J'ai vu, il y a quinze ans, le petit cercueil de l'empereur, recouvert d'un simple drap noir, déposé dans une chapelle ardente : cela m'a plus impressionné que la vue du riche sarcophage dans lequel il a été placé depuis.
répandues sur son royaume s'il élève, dans Lutèce même, un temple en leur honneur.
*' Clovis s'arrête ; il regarde, lance sa hache d'armes à une grande distance:
" — Voilà, dit-il, l'étendue du temple que denran le Geneviève ! Qu'on rende honntur et gloire aux premiers apôtres de l'Eglise du Seigneur crucifié ' "
(Extrait d'une étude sur sainte Geneviève par une religieuse du monastère des Ursulines de Québec.)
Place de la Concorde. De C[uelc[ne côté que l'on se tourne, on a devant soi des perspectives qui étonnent et enchantent le regard : au nord, la rue Eoyale et le portique de la Madeleine ; au sud, le pont de la Concorde et le palais du Corps Législatif; à l'est, le jardin des Tuileries ; à l'ouest, les Champs- Elysées et l'arc de triomphe de l'Etoile.
Au centre de l'immense place, dont les angles sont marqués par quatre énormes statues allégoriques, s'élève l'obélisque de Luxor, glorieux souvenir do la " mystérieuse Egypte, " entouré de bassins, de jets d'eau, de balustres et de candélabres.
Je me rendis un soir (le 24 décembre 185T, veille de Xoël) au pied de cet obélisque, pour y rencontrer un élève de l'école d'agriculture de Grignon, M. Joseph Perrault, qui fut plus tard député du comté de Eichelieu au parlement du Canada. Je n'oublierai jamais le spectacle grandiose qu'offrait en ce moment et les Champs-Elysées et cette immense place de la Concorde, éclairés par des milliers de jets de lumière.
Cette pla3e s'appelait autrefois Place Louis XV. Ce nom seul rappelle un souvenir néfaste qui pèse encore sur la France et sur l'humanité. C'est là que Louis XYI fut décapité ! (1)
(1) C'était le 21 janvier 1793. Au motuent où le roi montait sur l'échafaud, son confesseur, l'abbé Ed-
On fait en ce moment le procès du maréchal Bazaine à Yersailles. IL faut bien s'en prendre à quelqu'un puisqu'on ne veut pas voir d'où vient le châtiment qu'a subi la France. Sur demande, M. le duc d'Aumale, président de la cour militaire du Trianon, m'envoie des billets d'admission aux séances du procès. Promenade délicieuse dans le parc de Yersailles. Les premières feuilles mortes. Souvenirs du " grand roi." Le Petit Trianon. Souvenirs de Marie-Antoinette.
Nous louons des appartements au Palais- Royal, galerie Montpensier. Yisite de M. le chanoine Moreau. Yisite à M. Plinguet et à M. Caisse, du diocèse de Montréal.
Je vais tous les jours chez ]VL Gustave Bossange, où je puis lire les journaux canadiens, et où j'ai l'occasion de causer avec deux publicistes qui ont écrit souvent sur le Ca-
geworth, lui dit: Allez, fîh de saint Louis, montez au ciel !... On lui corpa les cheveux, et on voulut lui lier les mains. Il s'y refusa en disant : Je suis sûr de moi. Son confesseur lui dit : Encore ce sacrifice... Il se soumet, puis, s'avanpant du côté gauche de l'estrade, il s'écrie d'une voix forte : Français, je meurs innocent : je pardonne à mes ennemis, et souhaite que ma mort soit utile au peuple. La France ... Un roulement de tambour vient couvrir sa voix. Il présente alors sa tête an bourreau... Une minute après, celui-ci tenait cette tête dans ses mains et la montrait au peuple. La France était devenue régicide I
nada : M. Edmond Farrenc (1) et M. Onésime Eeclus. J'y ai rencontré aussi M.
Guillaume Couture, de Montréal, M. le docteur Lougtin, de Laprairie, et M. le docteur Yalléc, de Québec.
Yoyage à Amiens. Admirable cathédrale ; nef d'une hauteur prodigieuse et d'une incomparable beauté.
Excursion à Saint-Denis. L'abbaye. Tombeaux des rois...
Xouveau voyage à Angers et à Blois. A Angers, je dis adieu à M. Aubry et à sa famille. J'y fais la connaissance d'un artiste sculpteur de mérite, M Bourriche, et d'un jeune bibliophile fort distingué, M. Emile Gastineau. Je vais aussi rendre visite à une dame canadienne du comté de Yaudreuil (Sœur Ste. Cécile, née Sicard), religieuse au couvent du Bon Pasteur d'Angers.
Eetour par Orléans. Belle cathédrale ; monuments à Jeanne d'Arc.
Concert aux Champs-Elysées. Eoger. Arrivée de M. l'abbé Terreau, un compatriote et un patriote !...
Dîner et soirée chez M. Lefèvre-Niedermeyer.
(1) Mort en 18/
Archiconfrérie à Notre-Dame des Victoires. Une tragédie de Racine. Partitions de Grétry, de Boïeldieu, etc.
Concerts Pasdeloup ; — l'ouverture du Tannhaùser ; la Bêverie de Schuman. Huit Canadiens assistent au dernier concert : MM. Terreau, Desnoyers, Panneton et Couture, de Montréal ; MM. Lagacé, Paquet, Eoussel et moi-même, de Québec.
Grand dîner donné par M. Verreau à l'hôtel de France et d'Allemagne. J'y rencontre M. Lacordaire, correspondant de 1' Univers à Londres.
Départ. Adieu France ! je ne te revenai probablement jamais !
O beau pays de mes ancêtres, je te dois de doux souvenirs qui charmeront longtemps ma pensée : merci de ton hospitalité !
Calais. Douvres. Londres. Liverpool.
Ej)ais brouillard.
Installés à bord du Prussian, dans la rade de Liverpool, nous attendons la haute marée pour partir. Toutes les cloches de la ville sonnent en branle. Il fait nuit. La ville est près de nous, mais nous ne voyons rien tant la brume est épaisse. Peu de passagers à bord. Tous ont l'air triste.
Gros temps, pluie et brume. Je vais causer
souvent avec des émiii;raDt.s français, passagers d'entrepont; qui se rendent à Montréal.
Portland. Tempête de neige. Island Pond. Douane. Xous perdons le train. Mauvaise administration.
Lévis. Trois heures à faire le pied de grue. De la glace, de la glace, et encore de la glace ! ^ '
Québec enfin î et le jour de la Sainte-Cutherine : un jour de fête populaire !...
Québec, 26 iiovetnlue l^T^.
Le cap Diamant, la citadelle et les belles campagnes des environs de Québec sont couverts d'un manteau de neige d'une blancheur éclatante.
Je n'apprends rien au lecteur en disant que Québec est admirablement situé, mais assez mal bâti. Quant à la société de notre capitale provinciale, elle ne manque pas d'un certain cachet, et, comme au temps de Charlevoix, elle a tout ce qu'il faut pour se suiïïre à elle-même.
Après un séjour de quelque durée au milieu de peuples étrangers, on distingue plus facilement ce qu'il y a de caractéristique dans les mœurs, les idées, le langage et les coutumes de ses compatriotes. Les Canadiens ont certainement leurs défauts, ruais il est certain aussi qu'ils ont de grandes qualités, et que la
famille canadienne est d'une vitalité et d'une honorabilité peu ordinaires.
S'il m'était permis de donner des conseils à mes compatriotes, je leur dirais :
Il est des hommes dont le suprême désir serait de confisquer tous les droits do l'individu, de la famille et de la société religieuse au bénéfice exclusif de l'Etat : défiez-vous de ces hommes-là ; montrez-vous jaloux de votre noble et chrétienne liberté.
Je leur dirais encore :
^épargnez rien pour donner à notre nation naissante la force dont elle a besoin ; encouragez la COLONISATION de nos terres incultes, mais surtout la colonisation par les enfants du pays.