‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 110 sur 197 · FR. JOSEPH AVRIL, M. B · texte numérisé non relu

FR. JOSEPH AVRIL, M. B

P. MALOET A MONTFAUCON.

Au Réuérend Père

Bernard de Montfaucon, religx Bénédictin de l'abbaye de S* Germain

des prez

A Paris.

Rome 26 juin 1727.

Mon Révérend Père.

Je prens une si grande part à cequi a la moindre relation auec V. R., que je n'ai garde de mettre en oubli cequ'elle m'a fait l'honneur de demander, soit pour elle soit pour ses amis. J'ay eu soin de faire réponse à tems, mais com[me] je me suis servi de uoies franches, mes lettres se seront peut estre perdues.

p. MALOET A MONTFAUCON IO9

Ainsi il est juste, M. R. p., de nous répondre tout de nouveau.

1°. Il Sig" Francesco Palazzi a esté absent de Rome pendant quelque tems. J'ai parlé à un de ses amis, et j'espère au premier jour uous rendre raison sur tout ce que souhaitte uotre illustre ami au fait de médailles d'or et d'argent.

2®. La Bibliotèque du Vatican est fermée pendant tout l'esté, et on ne peut y travailler sans une permission très spéciale. Je m'informerai du nombre des MSS. de Diodore de Sicile. Pour ce qui est de l'argent qu'on deura donner aux copistes, je ne puis honêtement en parler à Mgr. Mayella, qui ne ueut pas descendre dans ces sortes de petits détails. V. R. en comprend la raison. Si uotre ami ueut bien se fier à moi, je ferai examiner par des persones habiles le trauail des copistes, et je les payerai à proportion. Ainsi ce Monsieur pourroit m'enuoier quelqu'argent directement; je le ménagerai de mon mieux. Je lui renuoierai cequ'il pourroit y auoir de trop, com[m]e il me rembourcera en cas que je me trouue obligé d'auancer quelque chose pour lui.

î°. J'ay communiqué uotre plan de la monarchie françoise aux personnes les plus curieuses de cette uille. On a applaudi à un dessin aussi beau, aussi uaste et aussi intéressent; mais personne s'est présenté jusques ici pour souscrire. J'ay enuoié à Naples le même plan à un illustre abbé de mes amis, qui y est chargé des intérêts des princes de la maison de Bourbon. Cet honeste homme m'a répondu, qu'on ne tarissoit point sur nos justes louanges, — mais point de souscriptions. Vn de mes amis de Florence m'a répondu sur le même ton. On est un peu dégoûté des souscriptions.

IIO p. MALOET A MONTFAUCON

parceque les libraires, dit on, ne tiennent pas leur parole. Je ferai de nouueaux efforts pour uous enrôler du monde, et j'aurai soin de uous en donner auis.

4°. Vous aués dû receuoir, par la uoie du père le Brvn, de l'oratoire, deux nouuelles homélies de St J. Chrysostome, Je uous en enuoye, par cet ord[inai]re ci, deux autres, par la même uoie du père Le Brun. Nous sommes actuellement occupés à collationer les -4 autres dernières des onze que uous aués demandées. Le copiste est très habile, très honeste homme et l'admirateur de uos trauaux, et par conséquent il trauaille auec plaisir et exactitude; mais je ne puis me dispenser de lui faire quelque présent honeste. Il ne conuenoit pas d'engager Mgr. Mayella de se charger de faire copier à ses dépens les homélies. Il est urai qu'il a receu de notre part un beau présent de 6 volumes de S^ J. Crysostome, que j'ay fait relier proprement, mais il n'a accepté ce présent que pour la bibliotèque Vaticane, dans laquelle il l'a^ placé après auoir mis à premier page du premier volume votre générosité, qu'il a énoncée auec esloge.

5°. M. SchifFlen, Docteur de Strasbourg, qui m'a rendu une lettre de uostre part, et que j'ai gratieusé ici de mon mieux, s'est chargé du plan graué du tombeau de la famille de Liuia, auec des notes sur les inscriptions, de la façon du prélat Bianchini. Cette uoie m'a paru sûre, quoiqu'un peu tardiue.

6°. Un curé Breton, nommé Pathelin, que j'ay obligé à Rome, s'est chargé de plusieurs paquets. Il y en a un pour V. R., qui renferme le même plan de l'hypogée, leué par M. Delmant. J'y ai joint les inscriptions M[anuscri]tes que uous pourrés confronter auec les imprimées de Mgr. Bianchini. Je ne sçais

p. MALOET A MONTFAUCON I I 1

celles qui sont les plus sûres, parcequ'on a esté très négligent à les copier fidellement, à la première découverte de ce tombeau. Les ouvriers en ont uendu et rompu plusieurs. Cestoit un monument qu'il falloit conseruer auec tout le soin possible. Je me suis tué de le dire dez la première fois que je le uis; chacun tenoit le même langage, mais personne d'autorité ne parloit. On s'en repent quand il n'est plus tems. Vous trouuerés, M. R. p., dans mon MS. qu'il y est fait mention d'une bouteille de liqueur ou de Beaume. Un de mes amis, qui m'a fait présent de quelques gouttes de cette liqueur, que je conserue dans une petitte phiole, m'a juré fort sérieusement que réellement cette bouteille auoit esté trouuée, bien sellée, dans le tombeau, auprès d'une vrne, et qu'on en auoit fait présent au jeune cardinal Alexandro Albani. Le prélat Bianchini, auquel j'en ay parlé, soutient que cette bouteille ainsi trouuée est une fable et une inuention d'un antiquaire, qui a prétendu se donner du relief, ou plutôt de chymiste qui a ses uues en produisant cette espèce de Beaume. Il ne m'a pas esté possible de démêler la uérité de ce fait. Car celui-là même qui dit auoir trouué la bouteille, est le même qui a fait la dépense pour faire creuser; ainsi il a pu être le premier à la découurir, et comme il croioit d'abord que c'estoit un thrésor considérable, il l'a enleuée fort secrètement. J'ay dit toutes les circonstances à Mgr. Bianchini, mais il a toujours persisté dans son sentiment, et il m'a ajouté que pareille chose luy estoit arriué en semblables rencontres, et qu'il ne faut ajouter foy qu'à cequ'on uoit de ses propres yeux. Si le prêtre ne uous auoit pas remis la paquet, je prendrois des mesures pour l'engager à le restituer.

112 P. MALOET A MONTFAUCON

Voilà, ce me semble, une réponse détaillée à tout ce que uous m'auez fait l'honneur de me prescrire. Je suis, [etc.]

FR. PIERRE MALOET, M. B.

P. MALOET A MONTFAUCON.

Au Réuérend Père Dom Bernard de Montfaucon, Relig^ de l'abbaye de S< Germain des prez

Rome, 12 féurier 1728.

Mon Réuérend Père.

Je uiens de receuoir une lettre de V. R. pour M. d'Oruille; je ne manquerai pas de la remettre à ce gentilhomme hollandois, qui est de mes amis et auquel je tâche de rendre seruice dans tout cequi peut dépendre de moy.

J'ay eu, M. R. p., le malheur de uous addresser, le 24 décembre dernier, un paquet sous l'addresse de M. Zacharie, bibliotéquaire de Mgr. le chancelier. Come on a ôté à ce Monsieur le droit de franchise pour le port des lettres, on demande 9 ^ au bureau de la poste. Le paquet ne mérite pas cette somme. Ce n'est autre chose qu'une petite dissertation de M. l'abbé Georgi, bibliotéquaire de M. le Card. Imperiali, sur une inscription nouuellement découuerte, qui a donné bien à cet abbé de parler de locatoribus Scenicorum.

On a fait imprimer et grauer à Florence l'hypogée de la famille de l'impératrice Liuia; ainsi voilà deux

p. MALOET A MONTFAUCON 113

OU trois recueils imprimés sur le même article. V. R. a receu celuy de Mgr. Bianchini, que je luy ay enuoyé. Mgr. Collicola, Thrésorier de la chambre, fait imprimer un recueil de plusieurs antiques trouuées depuis pei> d'années. II m'en a promis un exemplaire, et je me feray un plaisir de l'enuoier à V. R.

L'ouurage de Mgr. Bianchini sur l'ancien palais des Empereurs est fmi; mais l'argent manque à ce bon prélat pour le faire grauer et imprimer.

J'ay différé, M. R. P., jusques ici de uous enuoier les homélies grecques qui me restent de S* Jean Chrysostome. On ne trouue pas des occasion[s] franches qui soient sûres, et je ne uoudrois pas les risquer, pour plus d'une raison. Ne pourries vous pas, M. R. p., obtenir de Mgr. Chauvelin, garde des Sceaux, la permission de lui addresser un paquet pour uous. Si uous exposés à ce seigneur le sujet qui uous engage à lui demander cette grâce, je me persuade qu'il ne uous la refusera pas, et ce sera une affaire finie. M. Paris Dozembray, qni est de l'académie, doit être aussi de uos amis; au défaut de M. de Chauuelin, il pourroit uous rendre le seruice. Je n'ose pas les confier au hazard. Cequi me fait presser cet enuoi, M. R. p., c'est que je suis aduerti de très bonne part qu'un prélat se prépare à donner au public le catalogue des pièces qui sont contenues dans les Ms. grecs qui ont esté portés depuis peu d'années à la bibliotèque Vaticane. Il est dangereux qu'il ne prenne enuie à ce prélat de faire imprimer les homélies, cequi ôteroit à votre édition le goût de nouueauté qui plaît extrêmement au public. Je ne crois pas pourtant qu'il ueuille faire cette dépense: il se contentera apparament de les citer et d'en dire deux mots. Il est bon pourtant que uous soies II. 1. 8

114 P- MALOET A MONTFAUCON

aduerti de ce dessein, affin que uous puissiés prendre uos mesures et annoncer vous même le premier ces homélies par quelqu'auis aux sçauans, ou en en donnant connoissance par le moïen des journeaux des sçauans. V. R. sçait mieux que moi cequ'il conuient de faire dans cette occasion. Si je n'estois pas grondé sur le port des lettres, je prendrois le parti de uous addresser en droiture les homélies, cequi seroit le plus sûr et le plus expéditif, mais il en coûteroit beaucoup. Je serai au premier jour mieux informé du dessein du prélat dont je uous parle, et j'espère que uous aurés le tems de le préuenir.

Faites moi la grâce de me mander, si Dom La Rue

médite d'insérer dans son édition d'Origène les *)

Hexaples du même auteur. A-t-il fait là dessus qu[elques] découuertes qui ayent eschappé à notre diligence? il est nécessaire que je sois instruit là dessus. En cas que D. La Rue se détermine à imprimer les Hexaples, qu'il suspende son trauail, parceque j'aurai à lui donner un auis important. J'ay l'honneur d'être, [etc.]

FR. PIERRE MALOET, M. B.

G. LAPARRE A l

A Ville neuve d'Aysses, 9* février 1729.

Mon révérend Père.

Je vois par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur ma disgrâce monastique, que vous ne

•) Déchirure.

G. LAPARRE A ? 115

souhaitez savoir, quelles ont été les raisons qui nous on fait croire, que la fille qu'on emmena à la Sceauve, le premier de Tan 1722, et qui a occasioné ma déposition, étoit véritablem[en]t possédée, qu'affin, ditez vous, de pouvoir détromper, s'il étoit possible, les personnes prévenues tant contre cette possession, que contre nous.

Je me faits vn devoir de contenter là dessus votre curiosité, mais j'appréhende fort que, bien loin de détromper les personnes prévenues, elles ne se prévienent encore davantage; tant les choses que j'ai à vous dire sont extraordinaires et merveillieuses. Je le feray pourtant avec simplicité et avec la dernière sincérité, en abbandonant à Dieu, qui est le Père des lumières, d'éclairer ceux qui sont dans les ténèbres. Mais avant de commencer, il est nécessaire que vous sachiez, quelle étoit cette fille avant sa possession. Elle avoit eu le malheur de commettre, il y environ sept ans, vne faute considérable, s'étant laissée abbuser par vn gentilhomme sous de veines espérances de mariage, dont elle eut vn enfant. Mais Dieu qui avoit des veues et de [sic] desseins de miséricorde sur elle, ne permit pas qu'elle persévérât dans le désordre; elle se dépêcha [?] si tôt qu'elle se fut accouchée, et s'en alla à Bourdeaux, où elle se mit au service de Madame de Pontac la Vielle, en qualité de fille de chambre. Les bons exemples de cette dame et les instructions qu'elle donnoit à sa fille de chambre, la confirmèrent dans la forte résolution qu'elle avoit prise, mourir de plutôt mille fois que de retomber dans ses faiblesses passées.

Madame de Pontac étant morte, la fille fut obligée de se retirer chez son Père, dans la résolution de passer le reste de ses jours dans la crainte de Dieu, et de mourir mille fois plutôt que de se laisser aller

I 1 6 G. LAPARRE A ?

à ses faiblesses passées. Et ce fut cette résolution qui a occasioné sa possession, car le retour de cette fille dans le païs ayant renouvelle la passion du gentilhomme qui en avoit abbusé, et ne sachant comment faire pour la contenter, tandis que cette fille seroit dans la maison de son Père, prit la résolution de la faire sentir, et lui proposer vne condition.

Mais ce moyen n'ayant pas réussi, et ce gentilhomme devenant tous les jours plus passioné pour cette fille et si jaloux qu'elle ne pouvait parler à qui que ce fût sans lui donner de l'ombrage et le mettre dans des fureurs, s'adressa à vn de ses amis, qui lui promit de faire sortir la fille de chez son Père, et sans lui rien dire des Moyens dont il devoit se servir (car le Gentilhomme m'a protesté avec des sermens exécrables qu'il n'en savoit rien et qu'il ne l'auroit pas permis), prit la résolution de faire vn pacte avec Béelzebut, par lequel il lui prometoit de faire ce qu'il exigeroit de lui, si par les douleurs et convulsions que souifrent ordinairement les possédez il obligeoit cette fille de sortir de chez son Père; le quel pacte nous a été ditté par le démon^ avec toutes circonstances, et le nom du démon nommé Kael, de la légion de Béelzebut, qui obséda la fille en vertu de ce pacte, qui fut donné dans vne pomme, le i6 février 1721.

A ce récit, vous aurez pitié de moi, et vous admirerez ma simplicité de croire de telles follies. Cependant, sachez que rien n'est plus certain que cela, puisque ce fait m'a été avoué, d'une manière à me le faire croire indubitable, par la personne même qui fit le pacte et qui le renouvella, six mois après que la fille fut possédée. Car cette personne, m'ayant été amenée par vn curé de ma connoissance, me parla elle

G. LAPARRE A ? I I 7

même du bruit que s'étoit répendu dans le païs, d'avoir donné du mal à cette fille, ce qui m'obligea de le tirer à part, afin que le curé, qui Taccompagnoit, n'entendit pas ce que ie voulois lui dire. Je lui racontai toutes les circonstances des pactes qu'il avoit fait avec Béelzebut, lui marquant toutes les choses en détail, la pomme donnée dans laquelle étoit renfermé le pacte, le jour qu'elle fut donnée, Taifectation avec laquelle elle fut donnée, le commencem[en]t des soufrances de la fille en vertu du pacte, qui fut de trois jours après la pomme mangée, le renouvelIem[en]t du pacte, six mois après, ce qu'il avoit demandé à Belzebut par ce renouvellem[en]t du pacte, qui étoit des soufrances sans possession, ce qu'il avoit promis, de la manière qu'il l'exécuta, qui fut de serrer la fille aux Reins, en sortant de l'Église, et lui tournant le dos, affin qu'elle ne pût le voir au visage. Je puis assurer que cette personne demeura si interdite et si confuse de ce que je lui dis, qu'elle fut vn tems comme immobile et sans parole, ensuite elle me dit, qu'à la vérité il avoit donné des pommes à cette fille et que, six mois après, il l'avoit serrée aux Reins en sortant de l'Église^ mais qu'il n'avoit eu en cela aucune mauvaise intention ni prétendu lui faire aucun mal. A quoy ayant répondu: »Mais, d'où vient. Monsieur, que quand vous donnâtes trois pommes à cette fille, vous lui en marquâtes vne avec affectation, la priant de la manger pour l'amour de vous, lui disant que vous en connoissez le bonté; ce que n'ayant pas fait d'abort, les ayant mises sur vn lit, vous la priâtes vne seconde et troizième fois de la manger pour l'amour de vous, lui disant la même chose, que vous en connoissiez la bonté et que vous ne la laissâtes point en repos qu'elle ne l'eût mangée.*

Il8 G. LAPARRE A ?

Je puis assurer de nouveau que cet homme fut tant interdit et ne sçut que me répondre. Je lui dis encore: »Vous dites, Monsieur, que vous n'eûtes aucune mauvais intention quand, six mois après que vous eûtes donné la pomme à cette fille, vous lui serrâtes les Reins à la sortie de TÉglise; mais si vous n'aviés aucun mauvais dessein en cela, pourquoy vous enfuir, pourquoy lui tourner le dos et empêcher qu'elle vous regardât au visage; pourquoy vous mêler parmi la foule, et rentrer dans l'Église, tandis que le monde en sortoit?* A ce discours, cet homme fut encore sans réplique; ce qui me fit croire qu'il n'étoit que trop vrai ce qu'on en disoit, et j'ai regardé depuis ce tems la visite de cet homme, que je n'avois veu de ma vie, comme vue disposition de Dieu, car j'étois avant cela aussi incrédule que tout autre et regardois comme de véritables follies ce qu'on disoit, tant des pactes avec le démon que de l'obsession ou possession de la fille.

Quoi qu'il en soit, cet homme ayant donné cette pomme avec tant d'affectation à cette fille, — ce fut le i6 février 1721 — , trois jours après, 19 du même mois, elle se trouva extraordinairement tourmentée, tantôt par des conuvlsions [sic], avec des cris et des hurlemens effroyables^ tantôt par des défauts de respiration, beaucoup au delà de ce que la nature peut supporter naturellem[en]t, en sorte qu'elle en devenoit toute bluâtre et livide et sans mouvement; d'autres fois elle passoit presque les journées entières à rire d'une manière démesurée, avec des douleurs si étranges qu'il lui sembloit que son estomac separtag[e]oit; d'autres fois elle pluroit amèrement sans savoir pourquoi. Souvent elle étoit jettée par terre avec violence, avec vn roullement

G. LAPARRE A ? I I 9

affreux des yeux, extention de la langue, enflure extraordinaire de la gorge, du ventre et autres parties du corps; quelquefois elle étoit les deux fois 24 heures, et plus long tems, sans pouvoir prendre aucune nourriture; d'autres fois elle étoit rendue aveugle et muete plusieurs jours de suitte. Elle a été six mois et quelques jours dans cet état, pendant lequel tems ses parens lui firent faire tous les remèdes que les médecins purent immaginer, car elle croioit, aussi bien que ses parens, que ses meaux étoient naturels, mais extraordinaires; mais au lieu que les remèdes qu'on lui fit faire lui donnassent quelque soulagement, ses meaux s'irritoient encore d'avantage et redoublèrent d'une manière extraordinaire au commencem[en]t de 7*^™ de la même année, avec vne nouvelle circonstance, que de ce tems là elle eut en horreur les choses s[ain]tes, elle ne put plus faire de prières, prononcer le nom de Jésus et de Marie, faire le signe de la Croix, assister au S^ sacrifice de la messe et s'approcher des sacremens; ce qui fit croire à son Père et à elle même, que ses meaux n'étoient pas naturels et qu'on pouvoit bien lui avoir donné quelque maléfice; et réfléchissant sur le tems au quel elle s'étoit trouvée si extraordinairement incommodée, elle crut avec ses parens, que la personne qui lui avoit donné la pomme avec tant d'affectation et qui l'avoit serrée au reins six mois après, pouvoit bien lui avoir donné ce mal.

Alors elle et ses parens ne pensèrent qu'avoir recours à Dieu et chercher en lui du secours, n'ayant peu en trouver aucun dans les remèdes que les médecins lui avoient fait prendre, pendant plus de six mois, et elle vint dans cet état à la Sçauve parler au Père Mas^ qu'elle connoissoit; mais elle n'eut aucune satis-

120 G. LAPARRE A ?

faction de ce Père, qui à peine voulut il l'écouter sur ce qu'elle lui dit de ses meaux, que ce Père attribuoit à vne immagination blessée, à des vapeurs ou autres meaux, aux quels les personnes du sexe sont quelques fois su jetés; et cette fille retourna à Romagne, peu satisfaite de la visite qu'elle avoit rendue au Père Mas. Ce fut au commencement d'octobre de l'an 172 1 qu'elle vint à la Sçauve.

S'en étant retourné chez elle, elle fut tourmentée plus que jamais, presque tous les jours, et comme dans ses transports, conuvlsions et agitations elle réclamoit toujours la charité du P. Mas, le Père de cette pauvre affligée lui en écrivit, et à moi aussi, me priant de permettre que le P. Mas allât voir sa fille, pour lui donner la satisfaction qu'elle souhaitoit, à quoi je consentis.

Quelques jours après, le Père Mas, ayant été obligé pour les affaires de la maison, d'aller à voisinage où étoit cette fille, il fut la voir et la trouva dans l'état tel qu'on nous avoit mendé. Il la consola le mieux qu'il put, lui disant toujours que ses meaux ne venoient que d'une immagination blessée ou des vapeurs et autres meaux, et qu'ils étoient l'effet de quelque maladie naturelle, mais extraordinaire; lui conseilla de ce vouer à S* Gérard, notre S* fondateur dé la Sçauve, et de venir pour assister à vne neuvaine de messes qu'il diroit à l'autel de ce grand S^ pour demander à Dieu, par sa pieuse intercession, du soulagement dans ses meaux ou la patience de les supporter avec résignation.

A son retour, le P. Mas m'ayant dit l'état où il avoit trouvée cette fille et ce qu'il lui avoit conseillé, je consentis qu'on l'amenât à la Sçauve pour faire cette neuvaine projettée; et nous conclûmes que si elle ne

G. LAPARRE A ? 121

trouvoit pas du soulagement dans ses meaux et qu'elle persistât à dire qu'elle se croyait possédée, elle iroit à Créon, après la neuvaine, réclamer la charité de Mr. le Curé qui, à l'exemple de son oncle, faisoit les exorcismes.

Ce fut à la fin du mois d'octobre de l'an 1721 ou au commencem[en]t de novembre que le P. Mas fut à Romagne; mais la fille fut si cruellem[en]t tourmentée, et en tant de différentes manières, qu'on ne put jamais la conduire que deux mois après; encore on eut bien de la peine à le faire, tant le démon s'opposait à ce voyage.

Elle arriva à la Sçauve le premier de l'an 1722; on la condvisit en droiture à l'église de l'abbaye, où s'assembla bien du monde aux cris et aux hurlemens que faisoit cette fille, ou plutôt le démon qui sentoit par avance, comme il l'a confessé dans la svitte, le pouvoir de St. Gérard.

Comme on ne put commencer la neuvaine que le lendemain de l'Epiphanie, j'allois tous les jours avec le P. Mas et le Père souprieur voir cette fille, pour tâcher de découvrir ce que c'étoit qu'une maladie si extraordinaire (car j'étois bien éloigné, aussi bien que ces Pères, de croire cette fille possédée). Quoy que nous apperçussions en elle des choses surprenentes et extraordinaires, comme insensibilité dans quelques parties de son corps, contorsion des membres si effroyable que son corps étoit comme vne colonne torse, roulement affreux des yeux, et si éclatans qu'il sembloit que le feu en sortoit, extension ou rétraicissement de la langue, enflure de la gorge et du ventre ou autres parties du corps, conuvlsions, cris, hurlemens effroyables et autres actions semblables; parceque tout cela put venir et être

122 G. LAPARRE A ?

causé par la mélancolie, follie, manie ou par quelque autre maladie, principal[emen]t par celle dont les personnes du sexe sont quelquefois atteintes et dont les effets sont si surprenants, nous ne croyons [sic] pas non plus cette fille possédée, parceque nous remarquions en elle une grande horreur des choses saintes, des signes de croix, d'aspersion d'eau bénite, de discours de piété, d'invocation des saints noms de Jésus et de la très s^« vierge, de S* Benoît, de St. Gérard, des médailles bénites de S* Benoît, des prières de l'église, parceque tout cela put venir de l'artifice de certaines personnes que l'intérest ou la vanité ou friponerie portent à contrefaire les possédés. J'étois dans ces dispositions d'esprit, aussi bien que nos Pères, quand on commença la neuvaine, mais nous vîmes, pendant qu'on la faisoit, des choses si extraordinaires et si peu vsités[sic], que nous crûmes que nous devions examiner d'exprès toutes ces choses, sans passion et sans prévention, en applicant les règles infallibles que prescrit l'Église pour discerner les véritables possessions des fausses.

A cet effet, nous nous informâmes d'abort très soigneusement de la conduite et des moeurs de. cette fille, de la qualité de son esprit, de ses maladies et infirmités, et de ce qu'elle avoit appris ou n'avoit pas appris; et ayant' sceu par des personnes sages et désintéressées, que cette fille depuis sa faute avoit vécu d'une manière irréprochable, qu'elle n'avoit jamais donné aucune marque de follie, de manie, ni d'aucun accident de la maladie dont elle étoit atteinte; qu'elle étoit d'un esprit assez borné, puis qu'elle avoit neuf ans qu'elle n'avoit peu apprendre à lire, qu'elle n'avoit appris qu'un peu à lire et à écrire, autant qu'une fille élevée dans vn village

G. LAPARRE A ? 12 3

put apprendre pour lire dans ses heures. Après cet examen, nous fîmes l'application des règles que prescrit l'Église pour discerner vne véritable possession d une fausse, et qui donne pour marque certaine et la plus assurée, si la personne qui se dit ou se croit possédée, parle ou entendant [sic] des langues inconues, principalement si ce sont de longs discours qui ne puissent être préveus; si elle découvre des choses secrètes ou cachées et ce qui se fait dans des lieux écartés, et principalement ce qui se passe dans l'immagination des autres; si elle fait des efforts ou des actions qui surpassent les forces naturelles de la personne possédée, en quelque état ou en quelque maladie qu'elle puisse être; si elle parle des sciences, qu'on sçait très certainement qu'elle n'a jamais apprises; si elle a le corps quelque tems suspendu en l'air, et autres semblables choses, et sur tout si elles sont en grand nombre dans vne même personne. Toutes les quelles choses doivent être regardées comme de marques certaines d'une véritable possession. Ce sont aussi ces choses qui nous firent croire que très certainement cette fille étoit possédée et qui nous déterminèrent de faire les exorcismes sur elle. Je puis dire même que je fus en quelque manière forcé de les entreprendre, ce que j'ai attribué à vne providence particulière de Dieu; car le 19 jour après que la fille fut emmenée à la Sçauve, après les offices du matin, le P. Mas ayant dit la messe pour cette fille, qu'elle entendit paisiblement, à peine fut il sorti de lautel et retourné à la sacristie, que le démon se manifesta par des cris et des hurlemens si effroyables, accompagnés de conuvlsions et de contorsions de tout le corps qu'il fait faire à la fille, avec dislocation de ses os, que les plus intrépides en auroient été effroyez

124 G* l^APARRE A ?

et auroient été forcés d'avouer que tous accidens n'étoient point l'effet de quelque maladie naturelle, ni que la friponerie ne pouvoit pas faire de telles choses.

A ces cris et hurlemens, le P. Mas accourut et, s adressant à moi, qui me trouvais alors dans TÊglise, me dit, que c'étoit vne chose honteuse de souffrir davantage les insultes du démon dans notre église, que nous devions faire les exorcismes; et sans attendre ma réponse et me donner le tems de réfléchir, s'en courut à la sacristie prendre le rituel et vne étole violeute[?], et étant revenu me jetta brusquement Tétole au col et me mit le rituel à la main et me força, pour ainsi dire, avec le peuple qui se joignit à lui et qui étoit en grand nombre, de faire quelques interrogations au démon, telles qu'elles sont portées dans le rituel; aux quelles il fut forcé de répondre. Interrogations que nous fîmes en latin; le démon déclara son nom, de quelle légion il étoit, de quelle manière il étoit entré en possession de ce corps, le jour qu'il sortiroit et les signes qu'il donneroit de sa sortie.

Ayant réfléchi ensuitte sur ce commence[men]t d'exorcisme, je vis clairement que le bon Dieu nous conduisoit, car je puis protester, que quelque désir que j'eusse de donner quelque soulagement à cette pauvre fille, je ne les aurois pas entrepris, premièrem[en]t à cause que j'avois encore quelque doute sur la possession de cette fille, en second lieu je croiois qu'encore que notre abbaye de la Sçauve soit pas ses privilèges immédiate au S* Siège, nous ne pouvions entreprendre ces exorcismes qu'avec la permission et la bénédiction de M' l'Arch. de Bordeaux, et en troisième lieu, le respect humain, la crainte de passer pour vn esprit faible, pour vn fol et vn visionaire et de m'attirer

G. LAPARRE A ? 125

les reproches de mes supérieurs m'auroient retenu et m'auroient empêché de les faire; sur quoi je ne fis aucune réflexion, ce que j'ai attribué, encore vn coup, à vne providence particulière de Dieu. Et le démon a déclaré plusieurs fois depuis ce tems là, que la très s^^ vierge, S^ Benoît et S^ Gérard l'avoient forcé de se manifester ce jour là d'une manière à ne plus nous faire douter que la fille ne fut véritable[men]t possédée et qu'elle avoit besoin des prières de l'église. Voilà, Mon R. Père, vn récit sincère de notre conduite jvsques à ce jour là.

Voyci les preuves que nous avons eues pour croire véritable[men]t que cette fille étoit possédée, dont tout esprit, pour peu raisonable qu'il soit, dépouillé de toute prévention et pénétré des sentimens de la religion, sera forcé d'avouer qu'elles ne peuvent pas être plus fortes.

On pourra dire qu'on n'est pas obligé de nous en croire, j'en conviens; mais quand ces choses peuvent être attestées par cent et cent témoins dignes de foi, qui les ont veues de leurs yeux et entendues de leurs oreilles, il me semble qu'elles sont plus que suffisentes pour y ajouter foy. D'ailleurs, que nous en reviendroit il de vouloir imposer à la vérité que de nous rendre exécrables aux yeux de Dieu et des hommes?

i^ Elle a entendu les langues qui lui étoient parfaitement inconues, comme le latin, l'Italien, l'Espagnol, non seulement quelques mots de ces langues, mais des discours de deux et trois heures de svitte, ce qui est arrivé plus de cent fois, sans s'écarter le moins du monde du suiet dont on lui parloit, affectant même de chercher et de choisir dans ces langues des mots difficiles, qui n'eussent aucun raport avec le françois, lui ayant même demandé l'explication de mots grecs,

1 26 G. LAPARRE A ?

quelle donnoit sur le champ et que nous savions très certainement qu'elle n'entendoit pas.

2^. Elle a parlé latin plusieurs fois, et le démon nous a dit que non seul[emen]t il parleroit latin, mais encore toutes les langues si S^ Benoît le vouloit, et nomma en particulier le grec, l'hébreu, le siriaque, le chinois, les sachant toutes. Elle a parlé des sciences, que nous savions très certainement qu'elle n'avoit jamais apprises, nous expliquant sur le champ les questions les plus relevées et les plus difficiles de la Théologie, avec vne précision, vne netteté et vne élévation que pourroit faire le plus habile Théologien, après si être préparé long tems. Elle a parlé de points de Phisique de plus difficiles à expliquer, de quelle manière l'âme raisonable est dans le corps humain, de quelle manière les esprits agissent sur les corps, et comment les démons peuvent posséder vne personne.

Elle a parlé des plus hauts mystères de la religion, de la Trinité, de l'incarnation, de l'efficacité des sacremens, du pouvoir des saints, et sur tout de la très s" vierge, de la création et de la chute des anges, de l'ingratitude des hommes, du caractère des Prêtres, et tout cela avec vne dignité et vne éloquence qui ne peuvent être naturelles à vne simple fille quand elle en seroit instruite abord, et sur tout à celle ci, que nous savions très certainement ne savoit que son catéchisme, autant qu'une fille de village sans éducation put en savoir. Elle a découvert ce qui se passoit dans l'immagination des autres, de quoi nous pourrions donner plusieurs exemples, aussi bien que d'avoir obéi aux commendemens menteaux et intérieurs, que nous lui faisions en latin, en les lui dirigeant, ce qui est arrivé cent et cent fois.

G. LAPARRE A ? I27

Elle a eu connaissance des mêmes commendemens intérieurs qu'on lui dirig[e]oit, quoi-qu'elloignée de deux lieues de la personne qui les faisoit, vne fois de cinq journées de l'endroit où elle étoit, ce qui est arrivé au R** Père Chaluet, alors Prieur du Mas de Verdun, et au P. Mas, confesseur de la fille, lesquels, à la sortie de Tabbaïe du Mas pour s'en venir à la Sçauve, s'étant adressés à la très s" vierge, que pour preuve que la fille étoit possédée et que le démon ne nous trompoit pas, qu'à leur arrivée à Romagne, où ils dévoient passer, il leur déclarât le commende[men]t qu'ils lui avoient fait, ce qui arriva comme ils le souhaitoient, leur déclarant le jour, l'heure, le moment et les circonstances de ce commendement.

Elle a déclaré plusieurs fois les choses secrètes qui se passoient à vne lieue d'elle, nommant les personnes et le moment de ce qui leur étoit arrivé. Elle a déclaré égallem[en]t les prières que l'on faisoit dans le moment qu'on les offroit à Dieu, et l'application de ces prières, quoi qu'elle fût à près de deux lieues de là. Elle a tenu vn crucifix par l'extrémité de la croix avec le bout des ongles pendant les deux et trois heures entières, ce que le plus fort homme auroit peine à tenir avec toute la main vn quard d heure, tant le crucifix est pesant; ce qui est arrivé plus de quarante fois. Elle a ditté de trois et quatre heures de suitte des matières très relevées, sans aucune préparation et avec vne rapidité à ne pouvoir suivre, non seule[men]t vne fois, mais cent et cent fois dans le tems qu'elle travailloit sans discontinuation à son ouvrage, étant d'ailleurs aggitée par des conu visions, avec des cris et des hurlemens effroyables, et interrompue par des questions qu'on faisoit au démon, aux quelles il étoit

128 G. LAPARRE A ?

forcé de répondre, sans que la fille perdit le fil du discours, ou plutôt le démon, car elle ne savoit pas ce qu'elle disoit.

Elle a fait in promptu de [sic] discours de morale sur toute sorte de matières et sur différents sujets, avec vne éloquence, vn ton de voix et vn geste si composé et si animé, que les plus habiles orateurs ne pourroient faire. Elle en a fait de controuerse plusieurs fois avec des nouveaux convertis, mais mal convertis, rapportant tous les points contestés entre eux et nous, la réalité de Jésus Christ dans le St. sacrement de l'autel, le culte des SS. et de la très S**^ vierge, de ses prérogatives, de la véritable Église, de la tradition de la primauté du Pape, de la confession des péchés, du Purgattoire, de la nécessité des bonnes oeuvres, répondant à leurs objections d'une manière à les convaincre et avec autant de force qu'auroit peu faire le plus habile controversiste.

Elle a été plusieurs fois suspendue en Tair, n'ayant que le sommet de la tête appuyé contre le dossier d'un fauteuil, sans que sept femmes, trois de chaque côté et vhe à la tête, peussent l'empêcher de s'élever et la pussent abbatre. Ce que nous avons veu plusieurs fois pendant le cours des Exorcismes.

Elle a vomit le maléfice qu'on lui avoit donné dans vne pomme, à la veue des Reliques de S^ Gérard, et lui disant avec authorité: Evome maleficium.

Elle a eu plusieurs fois les yeux si fermés que toute la force de l'homme ne pouvoit les lui ouvrir en prenant les paupières supérieure et inférieure avec le pouce, et vne goutte d'huille s[acr]ée des Infirmes ou vn coup d'aspertoir d'eau bénite les lui remettre dans l'instant dans leur premier état.

G. LAPARRE A ? 129

On a entendu différentes fois sortir du fond de son gosier des paroles avec vn ton de voix si effroyable que les assistants en trembloient, tandis qu'elle avoit la bouche extraordinairement ouverte, et sans remuer ni la langue, ni les lèvres, ni les dents; ce qui ne put être naturel, en quelque état de maladie où on pvisse être, ni quelque friponerie qu'on puisse affecter.

Elle n'a ressenti aucune douleur, et étoit aussi fraîche que si elle fut sortie d'un bain, si tôt qu'elle cessoit d'être tourmentée, quoi qu'elle eût souffert, des heures entières, des conuvlsions et des contorsions de tout le corps, avec dislocation de ses os; ce qui est arrivé plus de trois cent fois.

Or, cela posé, raisonnons vn peu, et disons sans prévention: la follie, la manie, l'épilepsie, vne immagination blessée, les vapeurs, quelques violentes qu'elles pvissent être, peuvent elles opérer de telles choses, peuvent elles apprendre ce qu'on ne sçait pas? peuvent elles faire entendre et répondre à de longs discours, non seule[men]t vne fois, mais cent et cent fois, des langues dont on n'a très certainement aucune connoissance? peuvent elles faire expliquer les questions les plus sublimes des sciences, qu'on n'a jamais apprises, et dont on n'a pas la moindre teinture, et donner les solutions sur le champ aux objections qu'on feroit? peuvent elles faire découvrir les choses secèrtes qui se passeroient à deux lieues de la personne et à quatre et cinq journées? peuvent elles faire obéir aux commendements menteaux et dire à haute voix: on me fait tel et tel commendement? Peuvent elles enfin faire ditter cent et cent fois, pendant des heures entières, des matières très relevées, sans aucune préparation, et qui demanderoient au plus habile homme du monde,

Page 1