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non seulement toute l'application de son esprit, mais le repos et la tranquilité du corps; et que cette personne dittât toutes ces choses dans des transports et des agitations plus ou moins grandes, que ces choses lui feroient de la peine, étant d'allieurs interrompue par des questions qu'on lui feroit, et aux quelles elle répondroit sans lui faire perdre le fil de son discours, et sans qu'elle cessât de travailler à l'ouvrage qu'elle feroit avant de ditter.
Je demende de me dire si toutes ces choses se peuvent faire naturell[emen]t et peuvent être l'effet de quelque maladie naturelle. La foUie ne put produire que de follies, la manie ne put pas apprendre, non plus qu'vne immagination blessée, ou des vapeurs violentes, tout d'un coup et dans un instant, ce que les plus savans hommes n'ont appris qu'après de longs et pénibles traveaux. Or, cent et cent témoins ont veu, que cette fille a traité des plus hauts mystères de la Religion et des choses très relevées de sciences, dont ces cent et cent témoins savoient qu'elle n'en avoit aucune connoissance.
En vérité, il faut être bien enbêté et bien prévenu pour croire que cela se pvisse faire naturelle[men]t et être l'effet de quelque maladie, quelle qu'elle pvisse être.
Je conviens qu'on ne sauroit prendre trop de précautions pour n'être pas trompé en ces sortes d'occasions, et éviter les fourberies qui peuvent se faire en cette matière. Je conviens même, qu'il est plus prudent de douter, ou au moins de svspendre de son jugement, à moins que les choses ne soient si évidentes et si sensibles, qu'elles ne pvissent laisser aucun doute; mais il faut convenir aussi que ce seroit vne très mauvoise disposition d'esprit, de les nier absolument et
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d'avoir pitié de ceux qui en paroissent persuadés, sous prétexte qu'il s'est trouvé quelques fois qu'on a été trompé et qu'on avoit pris pour véritables possessions ce qui étoient certains effets tout naturels, mais extraordinaires, dont les causes étoient inconues à ceux qui en étoient témoins.
J'ai été put être vn des hommes du monde des plus prévenus contre les possessions des corps par le malin esprit. Le long séjour que j'ai fait à Rome, où l'on amène de toutes les parties d'Italie, et même j'y ai veu des alemandes, des personnes possédées ou prétendues possédées, m'a appris à ne pas les croire facilement, car j'ai veu de [sic] fourberies sur ces matières là. Mais, dans le cas présent, les choses sont si évidentes que je ne puis douter que la fille qu'on nous emmena à la Sçauve ne fut véritable[men]t possédée, et qu'elle n'eût besoin des prières que l'Église a ordonnée elle même à ce sujet. J'aurois cru manquer à la charité et me rendre coupable devant Dieu, après avoir eu l'évidence de la possession de cette fille, .si je l'avois renvoyée sans lui donner le secours qu'elle attendoit de moi et qu'elle étoit venue chercher dans notre église. Si le bon Dieu a permis que ma charité ait été mal récompensée par les hommes, qu'il en soit béni, je n'en suis pas plus malheureux.
Quoy que nous crussions très certainement la fille possédée, nous ne laissions pas de craindre d'être trompés; car, outre que le démon, pendant le cours des exorcismes, nous avoit dit plusieurs fois qu'il sortiroit, nous assignant le jour, l'heure, le moment, avec le signe de sa sortie, il nous disoit des choses si extraordinaires touchant cette possession, qu'elles nous paroissoient autant de paradoxes et de vraies follies.
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Il nous disoit que la fille étoit possédée par miséricorde; que la très s*« vierge avoit demendé à Jésus Christ, son fils, cette possession, tant pour faire expier à cette fille par vne voie si extraordinaire les péchés de sa vie passée, que pour lui ôter vn reste de passion qu'elle conservoit avec vne personne, avec laqu'elle elle entre[te]noit vn commerce de lettres; que S^ Benoît, par le pouvoir qu'il en avoit receu de Dieu, le tenoit lié dans le corps, et qu'il n'en sortiroit que par son ordre et son commendement; et nous supplioit avec des lamentations pitoyables de prier S^ Benoît de laisser sortir et de ne plus le retenir, comme il faisoit, qu'il vouloit sortir, qu'il étoit las des prières de l'église et qu'il ne pouvoit plus résister à la force des exorcismes. Il nous montroit avec le doit l'endroit du corps de la fille où S* Benoît l'avoit relégué; c'étoit entre l'estomac et le ventre, vn peu à côté du coeur. Et en effet, il se faisoit en cette partie du corps de la fille vn grouillement si extraordinaire, qu'on l'entendoit de bien loin, ce qui arrivoit presque tous les jours. Tous ces discours nous paroissoient des follies et nous faisoient craindre d'être trompés, quoi que ce que nous voyons [sic] de nos yeux et ce que nous epprovionsfsic] tous les jours deut bien nous rassurer.
Le démon nous disoit encore, avec des transports furieux, accompagnés de cris et des hurlemens effroyables, qu'il étoit le plus malheureux de tous les démons, puisque autant par son caractère ennemi du bien et désirant avoir autant de complices de son malheur qu'il y avoit d'hommes sur la terre, il se voyoit cependant forcé par vne puissance supérieure et par le pouvoir que Jésus Christ avoit donné à la très s" vierge sur tout l'enfer, d'inspirer le bien iet de servir d'instrument pour faire
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opérer le salut, non seule[nien]t à la fille qu'il possédoit, mais à vn petit nombre d'autres, selon les desseins impénétrables de Dieu, et c'étoit alors comme dans d'autres occasions, qu'il appeloit Béelzebut et toutes les légions de l'enfer à son secours, ce qu'il faisoit avec vne rage et vn désespoir à faire frémir les plus intrépides, pour le délivrer d'vn tel tourment, disant que ceux de l'enfer étoient incomparablement plus doux à supporter que n'étoit celui qu'il souffroit dans le corps de cette fille. D'autres fois il nous disoit avec les mêmes transports et la même rage, que toute intelligence et toute connoissance, excepté celle de son malheur, lui avoient été ottées par la très st** vierge et par S^ Benoît, lors qu'il avoit été relégué dans le corps de la fille, et qu'ils s'étoient réservés le pouvoir de lui commender en tems et lieu ; .qu'il étoit forcé d'instruire non seule[men]t la fille qu'il possédoit, selon la morale la plus pure de l'Évangile, mais tous ceux qui voudroient l'être, et de leur annoncer les vérités les plus essentielles de la Religion. Ce qui me donna lieu de l'interroger sur nos principeaux mystères et sur différents sujets de la Religion, et de me ditter ce qu'il en disoit, ce que j'ai toujours fait en présence de beaucoup de personnes, pour avoir des témoins d'une chose si extraordinaire. Il m'a ditté de [sic] choses admirables sur les mystères de la trinité, de l'Incarnation, de la réalité de Jésus Christ dans le s* sacrement de l'autel, sur le jugement particulier, sur le purgatoire, sur la confession, sur l'efficacité des sacremens, sur la chutte des anges, sur la grâce efficace, sur la nécessité des bonnes oeuvres, sur l'Enfer, sur le pouvoir et les prérogatives de la très s^^ vierge, et sur l'intercession des saints, sur la nécessité des souffrances, sur les dispositions pour
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assister au s< sacrifice de la messe, sur la manière de connoitre quand les inspirations viennent de Dieu, des hommes et des démons, sur le caractère des Prêtres, et sur d'autres sujets, en sorte qu'il m*a ditté vn livre entier qui contient plvs de six cent pages du même papier dont je vous écris.
Cependant, comme nous ne trouvions dans l'écriture s^S ni dans l'histoire Ecclésiastique, ni dans la vie des Saints, vn exemple d'une telle possession, nous étions dans des [sic] grandes perplexités, dans l'appréhension où nous étions d'être trompés, ce qui nous oblig[e]oit de faire de [sic] prières, des neuvaines de messes et de pénitences, pour obtenir de Dieu les lumières dont nous avions besoin pour être éclairés sur des choses si extraordinaires, qui ce passoient tous les jours devant nos yeux et que nous touchions, pour ainsi dire, avec les mains. Et nous nous sentîmes inspirés de renvoyer la fille chez son Père, ce que nous fimes au commencefmenjt de Mars de l'an 1722, attendant que Dieu nous fît connoître sa s" volonté; et nous lui permîmes, en la renvoyant, de venir de tems en tems à la Sçauve, tant pour parler à son confesseur que pour remercier Dieu et ses saints Protecteurs, la très s** vierge, S* Benoît et S* Gérard, des grâces qu'elle avoit receu dans notre église; car quoi qu'elle ne fût pas entière- [men]t délivrée, elle étoit bien différente de ce qu'elle étoit quand on l'avoit emmenée: elle faisoit ses prières, elle s'approchoit des sacre[men]ts, elle faisoit le signe de la croix, invoquoit les sacrés nom de Jésus et de Marie, de S^ Benoît, de S^ Gérard et d'autres Saints aux quels elle avoit dévotion; ce qu'elle n'avoit peu faire du jour 28 Août 1721, qui fut celui au quel elle fut véritable[men]t possédée. Nous avions remarqué même,
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quelques jours avant de la renvoyer chez son Père, que quand elle souffroit les convulsions que font ordinairefmenjt les possédés, c'étoit sans cris et hurlemens comme autrefois, et qu'elle n'étoit jamais si vnie à Dieu et si résignée à sa s" volonté que dans ce tems de souffrances; ce qui nous persuadea que le démon nous disoit vrai, quand il assuroit qu'il étoit lié dans le corps de cette fille, sans pouvoir lui faire aucun mal ni la faire souffrir qu'autant que la très s" vierge et S^ Benoît le vouloient.
Ce qui s'est passé depuis que nous renvoyâmes la fille chez son Père jusques au jour de sa délivrance, qui fvt le 6. Mai de l'année passée, après avoir été vingt vn mois possédée, et ce qui se passe depuis qu'elle est délivrée, fait bien connoître les desseins de salut et de miséricorde que Dieu a sur elle et les voies impénétrables à l'esprit humain dont il se sert dans cette occasion pour lui faire expier les péchés de sa vie passée, se servant du même démon qui les lui avoit fait commettre, pour les lui faire expier.
L'état où il a plu à [la] bonté de Dieu de mètre cette heureuse fille, ne nous permet pas d'en douter; si on vouloit se donner la peine de l'examiner, on le trouveroit tel, qu'il ne put pas être plus désirable pour le salut. Les grâces singulières que cette fille a receu et reçoit de la très s^* vierge, font bien connoître que c'est elle qui a conduit l'ouvrage de cette miséricordieuse possession. Celles que S^ Benoît lui a octroyées par sa pieuse intercession prouvent également quelle est la protection qu'il a accordée à cette fille, et qu'il est véritable[men]t, par vne disposition particulière de Dieu et par le pouvoir qu'il lui en a donné, le maistre du
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démon qui a possédé cette fille et qui l'obsède actuelle[Tnen]t.
On devroit ouvrir les yeux et ne pas regarder comme des follies et de pures visions ce qui est vn de [sic] plus grands effets de la miséricorde de Dieu et de sa pvissance. Nous en donnerions des preuves si éclatantes qu'on seroit forcé de l'avouer; si on ne veut pas nous en croire, qu'on examine la fille! elle n'est ni morte, ni dépeïsée, ni cachée, elle est chez son Père; si on ne veut pas examiner ce qui s'est passé et ce qui se passe actuelle[men]t en elle, qu'on fasse des enquettes, qu'on s'informe des personnes sages et éclairées qui ont veu de leurs yeux des choses extraordinaires et merveilleuses. Qu'en reviendroit il à ces personnes de vouloir imposer à la vérité? Que nous en revient il à nous même? En vérité, il faut être bien prévenu contre cette heureuse fille et contre nous pour s'oppiniâtrer à nous condamner sans nous entendre et à blâmer notre conduite. Que risqueroit on d'examiner les choses? quel mal en reviendroit il? à quels inconvéniens s'exposeroit on?
Du moins, si on ne veut pas se donner ce soin d'examiner ce qui s'est passé et ce qui se passe touchant cette fille, qu'on suspende son jugement, pour ne pas donner de [sic] bornes à la miséricorde de Dieu et à sd puissance. Cette conduite ne seroit elle pas plus conforme à la charité chrétienne, que de porter des jugemens désavantageux, fixes et déterminés sur des choses qu'on ne connoît pas et qu'on ne veut pas connoître, par vn opiniâtre ententement[sic]?
Je sçai que la possession de cette fille n'est pas vn article de foi, mais on ne doit pas ignorer que ce n'en soit vn; qu'on pèche et qu'on se rend coupable
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devant Dieu, quand on parle contre la charité, qu'on condamne des Innocens sans les vouloir entendre, qu'on donne atteinte à leur réputation, qu'on les regarde comme des fols, des insensés, des gens sans conduite, sans jugement, qu'on humilie, qu'on persécute, qu'on proscrit. Cest vn article de foi de croire qu'on pèche, quand par opiniâtreté et entêtement on s'oppose à la volonté de Dieu, qu'on ne veut pas connoître, qu'on anéantit son ouvrage, qu'on outrage sa toute pvissance et sa bonté. C'est vn article de foi de croire qu'on se rend coupable devant Dieu, quand on écoute la médisence, qu'on l'authorise par sa conduite, quand on scandalise ses frères, quand on veut les priver des sacremens sans raison, quand on les chasse de l'église avec scandale, quand on leur fait faire des deffenses réitérées de ne plus y rentrer, quand on fait faire les offices divins et dire les messes, les portes de l'église fermées, les deux et trois jours de suitte, au g[ran]d scandale de tout vn public, et qu'on fait toutes ces choses sans aucune raison, par caprice, par prévention, sans vouloir écouter que sa passion.
J'ai honte de vous dire qu'on est tombé dans tous ces excez: Oui, on a chassé de l'église cette heureuse fille, que nous savons être des plus favorisés de Dieu qui soit sur la terre, on lui a fait dire de ne plus y rentrer, sous peine d'en être chassée de nouveau; on fait fermer à cette occasion les portes de l'église deux jours entiers, et on fait les offices divins et on dit les messes, sans qu'on veuille que personne y assiste, crainte que cette fille ne vînt entendre la messe. En vérité, mon R. Père, si les Supérieurs majeurs authorisent vn[sic] telle condvite, ils n'en seront pas informés dans
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la vérité, on la leur déguisera, et on ajoutera par là de nouveaux excez à ceux qu'on a déjà commis.
Je devrois finir ma lettre, qui ne vous paroîtra put être déjà que trop longue, quoi qu'elle ne soit pas la centième partie des choses que j'aurois à dire, tant la matière est abbondante et miraculeuse, mais je ne puis passer sous silence les jeûnes extraordinaires que le bon Dieu veut que cette fille fasse. Avant sa possession elle ne pouvoit pas jeûner, à cause de son tempérament délicat et foible, mais depuis sa possession c'est autre chose, nous l'avons veue très souvent les deux et trois fois vingt quatre heures sans pouvoir prendre aucune nourriture ni avaler vne seule goûte d'eau, nous l'avons veue, depuis le jour de S^ Luce de Tannée 1722 jusques à l'avant veille de Noôl, ne faire qu'un repas; nous l'avons veue du matin du mardi gras qu'elle mangea, jusques au quatrième dimanche du carême inclusive[men]t, ne faire que deux petits repas, et le reste du carême n'en faire que cinq. Elle ne laissoit pas dans le tems de ces jeûnes extraordinaires de se présenter tous les jours à table et d'essaier de pouvoir manger, pour obéir aux ordres de son confess[eu]r; mais le démon grondoit si fort ou lui causoit des douleurs si vives, qu'il falloit incessament se retirer de table. La seule veue du pain dans ces occasions lui causoit les mêmes douleurs, qui cessaient aussi tôt qu'elle s'étoit retirée de table et qu'elle ne voyoit plus les viandes. Dans ces mêmes jours des jeûnes si extraordinaires elle se trouvoit si foible le matin, qu'elle ne pouvoit se soutenir, on étoit obligé de l'habiller, n'ayant pas la force de le faire elle même; il fallut qu'on la conduisit à l'église, en la soutenant, ou plutôt en la traînant, tant elle étoit foible. On est obligé de recon-
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noître ici vn miracle, malgré qu'on en ait; car cette fille étoit d'une si g[ran]de foiblesse, qu'à peine pouvoit elle tenir la nappe de communion; et dès aussitôt qu'elle avoit receu son Dieu dans l'auguste sacrement des autels, toutes ses foi blesses s'évanouissoient dans vn instant et devenoit la force même; ce que nous avons veu cent fois. Cela put il être naturel et l'effet de quelque maladie ou friponerie? Depuis sa délivrance, ses jeûnes continuent de tems en tems, et il y a très long temps que, quand elle a la liberté de manger, elle ne put faire qu'un petit repas.
L'état où il a plu à la bonté de Dieu de mettre cette fille, est encore vne grande preuve que sa possession et son obsession actuelle est l'oeuvre de Dieu, car il lui donne les sentimens les plus chrétiens qu'il ait jamais donné aux âmes les plus chéries, et il semble qu'il renouvelle en cette heureuse persécutée ses plus grandes faveurs. Les apparences ne sont pas telles à ne considérer les choses qu'humainement, mais à ne les regarder que des yeux de la foi, son état ne put pas être plus heureux. Vn jour viendra qu'on sera obligé d'en convenir et d'avouer qu'on a été trop précipité dans les jugemens qu'on a apporté sur cette fille.
Vous feriez très assurément vne oeuvre bien aggréable à Dieu si vous vouliez vous enpioier pour faire cesser la persécution que souffre cette heureuse fille de la part d'une personne, et lui faire rendre la liberté de pouvoir entrer dans l'église de l'abbaye de la Sçauve, où elle a receu tant de grâces. Je vous conjure de vous y employer; vn tems viendra que vous vous fairez bon gré d'avoir fait cette démarche auprès des Supérieurs. Je vous demande pardon si je vous écris vne lettre si longue, mais vous aurés la bonté de vous souvenir,
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que vous y avez donné occasion, en demendant de savoir quelles ont été les raisons que nous avons eu de croire cette fille possédée. Si vous jugés à propos de communiquer cette lettre au R. P. Dom Bernard de Montfaucon, vous me fériés vn grand plaisir. J'espérerois de son anciene amitié pour moi, qu'il voudroit bien me donner vne demi heure de son loisir à la lire et à se joindre à v. R. pour parler au très R**. P. G[é]n[ér]al, afin de faire cesser rescaTîdalefsic] que le R^. P. Prieur de Sçauve a causé, en chassant de son église cette fille sans aucune raison et en lui faisant faire de réitérées deffenses de n'y plus rentrer, sous peine d'en être chassée de nouveau. Je lui demende cette grâce, et à vous celle de croire que j'ai l'honneur, [etc.]
F. GUILLAUME LAPARRE, M. B.
11 est juste, Mon très Révérend Père, qu'ayant fini mon voyage d'Italie, je vous remercie des bonnes recommandations que vous m'y avez donné, et que je vous rende compte de la petite commission dont vous m'aviez chargé au sujet d'un passage d'Hérodote. M'' Muratori m'a accueille comme venant au nom d'une personne qu'il estime et honore singulièrement. Il m'a demandé compte de vos travaux et m'a parlé des siens. Après le vaste recueil des historiens d'Italie qui se poussera fort loin et toujours en mieux, il se propose de donner une collection de tous les monumens du bas
âge, c'est à dire depuis la décadence de l'Empire Romain. Vous direz, quel monument a t'on pu conserver des Gots et des Lombards, qui détruissoient eux mêmes les autres? Il y en a pourtant, mais tels que le portoit la Barbarie de ces nations. Ce sont des monnoies, des cachets, des peintures, des basreliefs, des omemens d'église, des choses informes, mais propres cependant à éclairer l'histoire. M' Muratori est un homme pieux, savant, apliqué, laborieux, qui a l'esprit orné, vir noXvfiaitijç, Il a réussi en divers genres d'ouvrages et a beaucoup contribué à réveiller en Italie l'érudition et le bon goût. Votre confrère Don Maloet est l'homme du monde le plus honnête. Je vous dois beaucoup de m'avoir si bien adressé. Par raport au passage d'Hérodote, Livre 4, voici les variantes que j'ai remarqué [sic]: La Bibliothèque Ambrosienne de Milan m'a fourni 5 Mss, dont le plus récent in 8°, I, 23,
porte xai ayQMi avÔçeç nal yvvatxsç ayçiat, xat akXa nXtj^et
woUà ^r^Qia àxard\pa<îTa, Un autre plus ancien, L. 115, porte ixard\pav(jTa, Un }•, de même antiquité, A. 163,
àxatdxpevata. Un 4*, qui a JOG ans, C. 82, àxardipaata.
Cette dernière leçon est aussi celle du 5* qui est le plus ancien et le meilleur, noté A. 253, in folio.
Un Mss. d'environ 4 siècles, dans la Bibliothèque du duc de Modène, porte dxa'rdxpEva'ca,
A Venise, j'ai consulté deux Mss. dans la Bibliothèque de St. Marc. Dans l'un, qui est du i2« siècle, armoire 6, tablette 2 n° 4, on lis àxararpavara; et dans l'autre, plus ancien, armoire 2, table, n° 4, dxaTaxptvaTa,
J'ai consulté 3 Mss. dans la Vaticane. Deux, qui sont assez nouveaux, ont dxaraipevaTa, et le 3*, plus ancien, n° 1359, àxa^dipavaxa. Deux de la Bibliothèque Palatine, jointe à la Vaticane, ont dxardufevara, A Flo-
rence, un Mss. du ii« siècle, de la Bibliothèque de S. Laurent, n® 3, banc 20, porte àxarâtpevaxa. C'est aussi la leçon d'un autre, plus moderne, n° 29. Un 3*, n° 6, à peu près du même âge que le dernier, porte
dxardxjjavGza,
Voilà, Mon Révérend Père, tout ce que j'ai pu découvrir sur les variantes de ce texte. En revenant deçà les monts, j'ai trouvé à Aix en Savoye des antiquitez assez remarquables que Guichenon n'a .pas fort bien raportées dans sa grande histoire de Savoye, savoir deux murs entiers d'un vieux Temple, un arc de triomfe que Guichenon prend p[ou]r un mausolée, je crois mal à propos, et 4 inscriptions, dont M*" Abauzit vous envoya une par mes mains, lorsque j'étois à Paris, qui porte
Comedovis Augustis C'est la seule qui soit curieuse
et difficile. Les autres sont sépulchrales et ne se lisent pas bien. L'arc de triomfe est érigé en l'honneur de D. Valerlus, etc. (le reste se lit mal) par L. Pompeïus Campanus. II y a des noms de femme dans la légende qui est de 4 lignes. J'ai été surpris de ne point y voir de bas-reliefs. Si vous souhaitez d'en voir la copie que j'ai tiré, au moins mal possible, de ce monument, j'aurai l'honneur de vous en faire part. Les lettres qu'on m'écrit n'ont besoin d'autre adresse que mon nom. M^ Turrettin, avec qui je travaille journellement, et M*' Abauzit que je vois souvent, vous assurent de leur respect. Tout le monde fait des voeux pour la conservation d'une santé aussi précieuse que la vôtre à la république des lettres. A cette admiration commune je joins une reconnoissance particulière pour les bontez dont vous m'avez honoré, etc. J'ai l'honneur, [etc.]