L. LÉMERAULT A CH. TOUSTAIN
homélies sur les mss. Grecs apportés du levant par M' l'Abbé Sevin. Quant au présent qu'on auroit, dit on, dû faire à la Bibliothèque vaticane d'un exemplaire de ce père, en supposant qu'il fut dû, il est trop tard pour le présent d'y penser. Le p. de Montfaucon n'a pas un seul exemplaire en sa disposition. Et le T. R. p. n'est nullement porté à suppléer aux devoirs auxquels sont obligés les gens de lettres. Je vous trouve charmant de demander de D. Montfaucon qu'il vous marque ce que vous devez répondre. Cette demande supposeroit qu'il est toujours dans la même situation que nous l'avons vu. A votre place, je me contenterois de répondre à celui qui vous écrit, que, ne demeurant point à Paris, vous ne vous meslés point des affaires des gens de lettres de ce pays. Et véritablement, si chaque religieux étoit obligé d'être garand des faits de chaque confrère, je le trouverois bien malheureux. Vous me direz sans doute, qu'aiant besoin du Signor Assemanni vous seriez bien aise qu'on le contentât. Mais cela dépend-t'-il de vous? Et ne connoissez vous pas assez le charactère des hommes, pour sçavoir qu'ils ne se dépouillent pas pour faire plaisir à autruy. Demander à D. Montfaucon ou à nos gouverneurs qu'ils fassent un présent de 200 "ÏÏ , prix du S* Chrysostome, c'est de mander l'impossible. Il seroit fâcheux pour D. Sabbattier que le M^ Bianchini l'eût prévenu.
Je vous prie d'être persuadé qu'aussitôt que le liure deM^ le Card. Quirini paroistra, je vous en ferai part. Croiez moi toujours le même attachement et la même considération.
FR. L. LÉMERAULT, M. B.
Ce 20 Xbre 1740.
2j8 G. LETONNELUER A LA TASTE
G. LETONNELLIER A LA TASTE*).
Monseigneur.
La réponse que uotre grandeur a faite à L'ouurage de M^ de Mongeron n'est point paruenue jusqua moi; j'ay seulement entendu dire, que sans uous être amusé à lui disputer Le grand nombre de guérisons, dont son recueil est rempli, uous faites uoir qu'elles sont toutes naturelles, ou que s'il y a du surnaturel. Le démon en est L'auteur. Votre grandeur uoudra-t-elle bien me passer La liberté de lui demander, si dans La supposition du surnaturel, on ne pouroit pas dire, sans en faire honneur au démon, qu'il ne s'en ensuiueroit rien de concluant pour la sainteté de M*" Paris, attendu que ceux qui se sont adressés à lui, comme à un saint et ami de Dieu, ne s y étant portés que par une erreur de fait. Le tout puissant auroit pu y suppléer, en considération de leur foi; d'autant plus, qu'il ne paroît pas nécessaire, pour seruir de ministre, d'instrument à des oeuures, Guérisons, même surnaturelles, où Dieu surtout seroit inuoqué, d'estre de la bonne et uraie religion, témoins [sic] cet homme, selon S^ Marc, que S^ Jean auoit vu chasser les démons des corps des possédées, au nom de Jésus Christ, quoi qu'il ne fût pas de ses disciples. Si uotre grandeur auoit Le loisir de m'accorder par grâce un mot d'instruction,. La prière que j'ose lui en faire est dans le secret, il en seroit de même de La leçon qu'il lui plairoit donner
*) »Répondu le 16. Juill.« (Note de la main de La Taste).
J. MERRICK A MONTFAUCON 239
à un enfant de S* Benoist, quoi qu'inconnu et d'une congrégation étrangère, mais qui a l'honneur d'être, [etc.].
FR. GUILLAUME LETONNELLIER
A Châtillon sur Seine en Bourgogne, ce 25* juin 1741.
J. MERRICK A MONTFAUCON.
Reverendo Viro V. Bernardo de Montfaucon, Monacho Benedictino,
â Paris.
Reverendo vifo D. Bernardo Montefalconîo Jacobus Merrick S. P. D.
Gratias tibi, Vir illustrissime, ob Epistolam, quam semestri fere abhinc spatio a te accepi, débitas agere nequaquam jamdiu distulissem, ni eas publice agendi occasionem mihi brevi futuram esse speravissem. Sed quum ea spes hue usque me fefellit, ulteriùs facere noiui, ne silentium meum ingrati animi aut saltem negligentis me argueret. Gratias igitur quam maximas tibi habeo, cum pro Epistolâ tuâ, quae mihi acceptissima advenit, tum pro fragmento illo, quod Tryphiodoro viros quosdam doctos tribuisse scribis, sed quod ego Coluthi Poematis de Raptu Helenœ initium esse comperi. Et saepe quidem observavi Tryphiodorum et Coluthum (sive ob styli similitudinem, sive quod nonnunquam junctim editi prodierunt) a viris doctis inter se confundi; unde minus miror hoc Coluthi fragmentum Tryphiodoro fuisse adscriptum.
Frischlinianam Tryphiodori editionem (quam omnium praestantissimam vocat Cl. 1. A. Fabricius) in Angliâ
240 J. MERRICK A MONTFAUCON
diu a me, sed frustra» quaesitam nuper mihi Lîpsiâ transmisit Vir praestantissimus Fridericus Otto Menckenius. Multa in hac Editione invenio, qux me in eodem auctore edendo non parum adjuvabunt.
Lexicon tuum, quater mille vocibus (quae in reliquis Lexicis desiderantur) auctum et ineditis Eudociae Colléetaneis ornatum, avide expecto; neque enim dubito, opus illud tuo nomine dignum (hoc est, omnibus numeris absolutum) futurum esse et virorum doctorum expectationi abunde satisfacturum. In Bibliothecâ Bodleianâ notas, Roberti Constantini Lexico a viro clariss. Edvardo Bernardo adscriptas, evolvisse me memini; quas, si tibi, Vir nobilissime, ullo modo utiles fore existimaveris, in tuos usus libentissime exscribam, et grates quas plurimas tibi debeo hoc munusculo aliquatenus rependere conabor. Vale, Vir doctissime, et pro certo habeto, {itéras tuas mihi non minus voluptatis quam honoris esse allaturas.
Dabam Oxonii, e Coll. SS** Trinitatis, Anno 1741, die 13* Julii.
Postquam haec ad te, vir amplissime, scripseram, forte incidi in Catalogi Codd. Msstorum Bibliothecae RegiaeTomum Secundum, superiore anno Parisiis editum. In eo Catalogo (ad Cod. MDC.) memoratur Coluthi de Raptu Helenae Poema, et Ejusdem Poema de Trojae Excidio. Quum autem Coluthum de Trojx Excidio scripsisse nusquam legimus et poetam illum cum Tryphiodoro saepe confundi jam observavi, suspicor Poema istum de Trojae Excidio non alium esse ab illo Tryphiodori Poemate quod ego editurus sum. Utinam igitur, Vir praestantissime, codicem illum inspicias, et me an vera sit mea suspicio certiorem facias. Hoc
F. MERRICK A MONTPAUCON 24 1
unum est quod rogo, utpote qui satis intelligo te aliis negotiis nimis occupatum esse quam ut varias lectiones ex eo codice (si forte Tryphiodori Poematium esse comparuerit) exscribere vacet.
Quinetiam memoratur in eodem Catalogo (ad Cod. MMDCCLII) »Codex chartaceus, olim Colbertinus, quo »continetur poema, cujus titulus non comparet. Ibi de » rébus ad Trojam gestis et urbe a Grxcis tandem »expugnatâsermofit. Desideratur praeterea nomen auc- »toris, quem recentiorem fuisse ex eo concludas, quod »in operis contextu Tryphiodorus et Quintus Calaber »Iaudentur. Laudantur etiam Homerus, Stesichorus, »Lycophron, Diodorus Siculus et Longinus.< Iterum adeo tuam opem, Vir Clarissime, rogare cogor; scilicet ut hune etiam codicem inspicias, et si tibi iste locus occurrat, ubi Tryphiodorus laudatur, mihi exscriptum transmittas. Pudet me sane, quod, quum plus quam par fuit negotii jam tibi facesserim, denuo importunitate meâ tempora tua morari aggredior: Sed facilem m[ihi?] [ve?]niam ex Humanitate tuâ polliceor, quam summam esse jam expertus cognovi.
SUPPLÉMENT
[Le commencement manque] .... aussi un mot barbare, que S. Paul avoit écrit l'Épître sous l'Empire deNerva, etc. 11 se louoît fort du S' du Paye, son compositeur de la Paléographie. 11 avoit envie de passer maître Imprimeur à Dijon, mais il avoit des Compétiteurs. D. B. reçut et lut ses Factums et Mémoires, écrivit en sa faveur à M^ l'Abbé Bignon, et le fit passer maître à Dijon en 1708, devant que la Palacographie fût achevé [sic], et cela par recognoissance, quoy qu'il crût se faire tort en se privant de Du Paye pour les Exaples qu'il devoit commencer, 8 jours après que la Paléographie auroit été en vente, et qu'il regardât cet ouvrier co[mm]e un des meilleurs qu'il eut eu jusqu'alors.
Quand D. B. passa par Modène, M' Muratorius, qui a fait les Anecdoctes, luy montra une pièce Grecque qu'il avoit traduitte et qu'il vouloit faire imprimer avec ses Anecdoctes. Il y étoit parlé d'un Évéqfue], et dès les 2 ou ; premières lignes il avoit traduit xi v^i^xoef, qui veut dire le peuple, par tua Obedientia, parlant de
l'Évêque. D. B. dit que Muratorius ne sçavoit pas assez de Grec et qu'il n'en avoit pas assez lu pour le traduire. D. Bernard luy donna plusieurs avis et luy fit même quelques corrections, et pour le reste, comme il devoit luy D. Bernard partir l'aprèsdemain, ne faisant que passer, il lui dit: »M^ vous voyez q[ue] je n'ay pas le tems de tout voir, ne faisant que passer et devant partir après demain, mais comme vous estes une personne libre, je vous conseille d'aller à Florence, d'y demeurer une quinzaine, et de vous addresser à M*" qui sçàit parfaittement le Grec.« M' Muratorius lui répondit qu'il le remercioit de son avis; que
M"" savoit fort bien le Grec, mais qu'il avoit
un autre ami, qui étoit ennemy déclaré de ceux qui consultoient cet autre de Florence, et qu'il ne pensa se résoudre à se rendre ennemi un ho[mm}e qui étoit son ami. D. B. trouva 5 ou 6 grosses fautes de cette sorte en peu d'espace, et dit à un Relig[ieux] ami de M** de Muratorius, qu'en vérité il n'avoit pas assez lu et ne sçavoit pas assez de Grec pour donner des traductions. »Haha«, lui répondit le Relig^ »je lui dirai bien.«
D. B. pour avoir une fois envisagé une personne ne l'oublioit jamais; c'est ce qu'il m'a dit plusieurs fois, et entr'autres, en rencontrant un Chevalier dans la rue des Boucheries, »Cette personne«, me dit il, »croit que je ne le connois pas; je l'ay vu à Rome bien bas percé d'argent, et, quoy que bien habillé, me venir demander quelque fois à déjeuner; cependant il croit que je ne le connois pas, et ne fait pas semblant de me cognaitre. Je reconnois si bien une personne pour ne l'avoir vu qu'une fois, pourvu que ce ne soit pas en passant, que je ne l'oublie jamais, et que j'en
ay quelque fois été surpris moy même. Allant à Pavie, je vis le frère portier des Minimes. Je crois, luy dis je, que je vous connois; et moy vous, répondit le Minime, après y avoir pefnsé. Je suis un tel, répliqua D. B. ; n'avez vous pas été à Alet? ouy, répondit le Minime. C'est donc vous, dit D. B., qui avez été portier de M*" l'Évéque d'AIet. Cependant, m'adjouta D. B., il y avoit i6 ans que je ne l'avois vu, et je ne Tavois vu que j fois, lorsqu'il étoit encore tout jeune, sans barbe et sans habit Religieux^.
Environ vers le temps que je suis venu avec D. B., il donna à M' de Launai M'' de S. Gelais, Parisien et fils d'un Architecte de Paris, pour gouverneur de ses enfans. C'est, dit il, un des plus polis et un des plus grands puristes pour le François qu'il ait connu. Aussy luy a t'il montré son Traitté des Thérapeutes, après même que M^ de la Monoye, qui e[st] un Advocat de Dijon et qui demeure à Paris depuis environ i8 mois (nous sommes au 7. Mars 1709). Il a remporté j fois le prix en vers à l'Académie, et les Messieurs qui composent cet auguste corps l'ont prié de ne plus composer pour le prix, parcequ'il l'emporteroit toujours et que cela décourageroit les autres. Il disoit que M^ de la Monnoye étoit plus attaché aux Règles du François, mais qu'il avoit des termes qui ne luy plaîsoient pas, co[mm}e entr' autre le mot, si je m'en souviens bien, de friandise, qu'il vouloit que D. B. employât dans son Traitté des Thérapeutes pour dire que les Solitaires, pour le comble de la délicatesse, ajoutoient une certaine herbe à leur pain. Il disoit donc que M** de S. Gelais étoit plus pur dans son François.
Vers la mi février de 1709, il n'avoit pas encore vu de Tannée M^ de la Monoye, notre voisin, qui avoit été malade et gardoit encore la chambre. D. B. ignoroit sa maladie ou n'y avoit pas fait attention quand on lui en avoit parlé, et n'avoit fait que peu de visite, à cause des froids extraordinaires qu'il avoit fait durant 3 semaines. Nous allâmes donc vers la mi février voir M^ de la Monoye. Ils s'entretinrent de science à leur ordinaire. M^ de la Monoye demanda entr'autres choses à D. B. ce qu'il pensoit de la rétractation du P. Hardouin. D. B. lui répondit qu'il voudroit qu'on obligeâ[t] aussi le P. Germon à se rétracter, qu'il le méritoit mieux que le P. Hardouin, que son sistème étoit plus dangereux, faisant non seulem[en]t chanceler les S* Pères et l'Écriture st* et les prophanes, co[mm]e le P. Hardouin, mais intéressant les particuliers, les communautez, les Parlemens, qui avoient tant donné d'arrêts sur les Chartres de S. Denys; qu'il établissoit des maximes pernicieuses dans la première partie de son livre, qu'il sembloit lui-même avoir en quelque façon reconnu depuis, en disant que la seconde partie de son livre étoit celle sur qui on devoit faire plus d'attention; ainsi qu'il voudroit qu'on l'obligeât à rétracter la première; que pour la seconde c'étoit notre affaire. M^ de la Monoye lui dit que le P. Germon ne faisoit que proposer ses doutes, et qu'il laissoit la liberté de juger; D. Bernard lui répondit qu'il netoit pas permis de faire ainsi douter de choses reçues et d'une si grande conséquence; d'ailleurs que ce n'étoit pas simplement proposer ses doutes que de les appuyer, comme il faisoit, du plus g[ran]d nombre de preuves qu'il pouvoit; que le P. Hard. n'avoit rien fait autre chose, disant qu'il connoissoit une personne qui ne
croioit pas pour telle et telle raison. En sortant, je lui dit, qu'il avoit été 2 heures avec M^ de la Mon. »Ouy«, me répondit il, »je ne vouiois pas y aller, dç peur d'y estre trop long tems«; et cela fut cause qu'il ne put faire tout ce qu'il vouioit cette après-dinée là. Quand il e[st] dans ces sortes d'entretiens de science, il y demeure long tems. Quand il va voir M^ l'Abbé de Longuerue, il y passe toute i'après dinée, et nous revenons assez tard. Il e[st] vray, comme il y a loin, qu'il y va rarement. Dans cet entretien que D. B. eut avec M' de la Monoye, dont j'ay parlé dans les 2 pages précédentes, D. B. dit que le P. Germon croyoit triompher de ce qu'il avoit trouvé dans un vieil annalliste, que Clotaire III ne régna que 4 ans. Sur quoy le Jésuiste s'inscrivoit en faux contre une charte de S. Denys, qui citoit la 16' année du Règne de ce Roy. Mais, dit D. B., il ne remarquoit pas que ce même chroniqueur disoit que ce Prince avoit commencé de régner dès l'aage de 4 ans; qu'étant mort, par conséquent, à l'aage de huit ans, il avoit laissé, si je ne me trompe, un fils, et que Childeric II, frère du défunt, lui ayant succédé et n'ayant régné, selon ce même chroniqueur, que 3 ans, avoit laissé 3 enfans, c'est à dire que Clotaire III auroit eu un fils à Taage de huit ans, et Childeric II auroit eu 3 enfans à l'aage de onze ans, ce qui e[st] si ridicule, une contradiction si manifeste, poursuit D. Bernard, que le P. Germon auroit bien mieux fait d'abbandoner ces chroniqueurs, co[mm]e le P. Pétau, et s'en tenir, co[mm]e le dernier, à la chartre de S. Denys. Mais le P. Germon n'avoit pas lu le P. Pétau. Quand D. Mabillon eut relevé la lourdise du P. Germon, il trouva un autre vieux chroniqueur qui disoit que ce Roy avoit régné 14 ans,
ainsi il trouvoit encore moyen de contredire le D. Mabillon. Mais on croit, dit D. Bern., que quelqu'un avoit ajouté le 10 devant le 4, et quand même le chroniqueur même auroit mis 14, il vaudroit encore mieux s'en tenir à nos titres, co[mm]e à fait le P. Pétau, que de s'en rapporter à ces vieux chroniqueurs, qui sont pleins de contradictions manifestes. »Ah, nous n'avons pas assez relevé cela«, ajouta D. Bernard d'un ton de voix un peu plus élevé, »il falloit écrire en François et se moquer [de] son adversaire devant tout le monde*. »D. Mabillon pouvoit le faire«, dit M'^ de la Monoye, m1 écrivoit bien en François, comme on voit par son Traitté des Études Monastiques*. Cela étoit assez bien, reprit D. B. »Ouy«, dit M^ de la Monoye, »car on ne lit pas ces sortes de Traittés pour y chercher la pureté du style«. »Mais,« reprit D. B., »quand on veut se moquer d'un adversaire, il faut une excellente plume qui possède parfaitement la langue, e Il faudra que je m'assure du nom de ce Roy de France, etc., car D. B. nomma tout avec exactitude dans cet entretien.
D. B. dit que M»" le Procureur Général du Parlement avoit dit que le livre du P. Germon se réduisoit aux rats, voleurs, incendies, faussaires. »C'est à dire<; ajoutoit D. Bernard, »que ce P. prétend que les titres n'ont pu échapper depuis si long temps aux rats, au>r voleurs, aux guerres et aux incendies ni aus faussaires, et que par conséquent il n'y a plus, ou qu'ils sont supposés, ce qui e[st] d'une conséquence bien étendue, bien ridicule, pour ne pas dire impie; car on en peut dire autant des S* Pères et de l'Écriture S^^«.
D. B. étant dans la Bibliothèque du Vatican en belle compagnie, M^ le sousbibliotécaire, qui s'appelle
Zacagni, le vint aborder assez brusquem[en]t, lui ouvrit un Manuscrit Grec vers le milieu et lui dit: »Vous qui connoissez si bien l'aage des Mss., quel aage a celui ci?« (il disoit cela pour le tenter, car il n'y connoissoit rien: il étoit dans le faux principe qu'on ne pouvoit connoitre Taage d'un M< à trois cent ans près). D. B., sans s'étonner, lui répondit: »L*aage de ce M* est assez aisé à connoitre par le charactère: il a environ sept cent ansc. » Vous vous trompez*, lui dit M^ Zacagni. »Si je me trompe«, lui dit D. B. devant toute la compagnie, »je veux renoncer à toutes mes connoissances«. »II est écrit sous Basile le Macédonien «, insista le sousbibliothécaire. »S'il est écrit sous Basile le Macédonien, je vous le répète devant toute la compagnie, je veux renoncer à toutes mes connoissances. Mais voyons, apparamment ce M' aura quelque note*. En effet, il avoit douze vers au commencem[en]t, dont le premier commençoit par fiaatXeioç, »Ne vous avois-je pas bien dit«, poursuivit M' Zacagni, »que ce Ms étoit écrit sous Basile le Macédon*. »C'est Basile Porphyrogenite*, répliqua D. Bernard; »mais allons jusqu'au bout des 12 vers, peutestre trouverons nous quelque éclaircissement*. En effet, dès le second il y avoit «c t^ç noçqvQaç et tous le monde convint, et M^ Zacagni même, que cela ne pouvoit convenir qu'au Pôrphyrogenite et [n]o[n] pas au Macédonien qui étoit un bouvier. M^ de Zacagni, avant que se rendre, dit: ;»11 faut donc que les Jésuites de Flandre se soient trompés en disant que ce Ms avoit été écrit sous Basile le Macédonien*. »Si les Jésuites de Flandre ont dit cela*, répartit D. B., »vous voyez bien qu'ils se sont trompés, car la chose est claire*. La compagnie avoit peine à se retenir et à ne se pas mocquer hautem[en]t du sousbiblioth., qui
crevoit de dépit et vouloit avoir sa revanche. Pour cet effet, il alla chercher un autre livre; c'étoit un Recueil de diverses pièces in quarto, qu'il avoit fait imprimer. Il s'en vint donc avec le livre à la main, et en abordant D. B. d'un air dédaigneux et troublé: »Vous autres François*, dit il, «avec votre critique, vous renversez toute la Tradition. Vous dites par exemple que S. Longin est un nom forgé du mot grec loyx^; cependant on trouve de bonnes authoritës qui prouvent qui c'est le centenier qui perça le côté de N. Seigneur et qui fut premier Évéque de Cappadoce, qui s'appelloit ainsi«. »Cest apparament Tauthorité de quelque auteur des derniers siècles«, répliqua D. B. »Non, c'est Tauthorité des anciens*, insista M' Zacagni, »et je m'en vas vous le montrer dans une oraison de S. Grégoire de Nysse«. »Si vous me le montrez dans une oraison qui porte le nom de S. Grégoire de Nysse«, répliqua notre confrère, »je douteray fort qu'elle soit de luic. «Tenez, le voilà dans mon livre«, dit M" Zacagni, >mais comment dit on un centenier en GrecN >Cela e[st] plaisant,' dit tout bas un M^ à son voisin, »il a traduit cette pièce où il y a plusieurs fois centenier, et il ne sçait pas comment on dit ce mot.« Peutétre vouloit il dire que ce n'étoit pas M" Zacagni qui avoit traduit la pièce; en effet, il s'étoit servi, pour le faire traduire, d'un prêtre françois qui n'en pouvoit pas beaucoup sçavoir, mais qui en sçavoit plus que lui. D. B. lui répondit qu'un centenier en grec s'appelloit tHatôveaçxoç, et, prenant le livre, trouve que S. Grégoire de Nysse disoit seulement que le centenier qui avoit reconnu Jésus Christ sur la croix, avoit été Évéque de Cappadoce; et que M' Zacagni avoit fait une note en bas de la page, où il disoit que ce centenier étoit S.
Longin, qui avoit percé le côté de notre adorable maître, confondant ainsi le soldat, le centenier et la lance, dont il ne faisoit qu'un. »Ah ah,« lui dit D. Bernard, »je vois bien que cette authorité est de vous, car il n'y a que vous icy qui disiez que ce centenier s'appelloit Longin et qu'il avoit percé le côté de Notre Seign., car ni l'Évangile ni S. Grégoire de Nysse ne le déclarent*. »Je me suis trompé«, dit humblement M*" Zacagni, et les autres ne purent s'empêcher de rire. Et depuis ce tems là, lorsque quelqu'un des M'' qui s'étoient trouvés à cette scène trouvoient D. B., ils demandoîent comment se portoit M' Longin, c'est à dire M*" Zacagni qu'ils désignaient par ce nom pour se mocquer de lui. Cela arriva même quelque tems après à Florence à D. Bern.
M^ Zacagni hayssoit fort les François et refusoit à D. B., devant et après ces deux confusions où il le fit tomber, bien des choses qu'il accordoit aux autres. D. B. le pressoit quelquefois de luy dire la cause de ces différences, et l'autre luy répondoit toujours par un non possum, »Mais pourquoy me refuser de voir votre catalogue, que vous montrez si librement au P. Bonjour?« (et à d'autres que D. B. luy nommait). »Cest«, lui disoit le sousbibliothécaire, »que je sçay bien qu'ii[s] n'en prendront que ce que je voudray; mais il n'en est pas de même de vousc. »Je vous promets de n'en prendre seulement*, dit D. B., »que les noms des auteurs peu connus*. Le sousbibliothécaire se laissa vaincre une fois, mais il dit à D. Bernard qu'il vouloit être présent. Celuy ci se mit donc à écrire, et quand M^ Zacagni eut attendu un demi quart d'heure, il dit qu'il avoit affaire ailleurs. D. Bernard vit bien qu'il n'y avoit rien à faire avec cet
homme; il se leva, en luy disant: »Que vous importe que j'écrive les noms des auteurs>peu connus? laissez moy faire, vous verrez mon écrit». Il falut en demeurer là. D. B. a encore ce peu qu'il écrivit alors.
Ce même M^ Zacagni, se déchaînant une fois impitoyablement contre les François devant le P. Étiennot, celui ci luy répondit qu'il n'en voyoit point en Italie qui fussent comparables à ceux contre qui il déclamoît si fort, et fut si outré de sa conduite, qu'il écrivit à M' de Rheims pour l'engager à faire faire une critique du livre de cet Antifrançois, de ce livre, di [sic] je, dont je viens de parler, feuillet ii.Mais M** de Rheims laissa tomber, comme de raison, et méprisa les emportejnents de l'Italien, M** Zacagni. Cela arriva devant que D. B. allât à Rome, et le P. Étiennot le tenta plusieurs fois à le faire critiquer le livre de M^ Zacagni. D. Bernard dit qu'il l'auroit fait bien facilement, et qu'il n'auroit eu de peine à y trouver une centaine d'erreurs, mais qu1l ne voulut pas. Quelque contraire que fût à D. B. M^ Zacagni, jamais il ne put empêcher, devant et après la conférence cy dessus mentionnée, qu il entrât 3 fois la semaine dans la Bibliothèque du Vatican.
Quand D. B. me conta cecy, je luy demandai s il n'y avoit pas moyen de f[air]e changer ce sousbibliothéquaire; il me dit que non: que l'on ne retiroit guerres de ces sortes d'emplois.
Ce M' Zacagni demandoit à D. B. l'explication de certains titres, qui faisoient bien voir qu'il ne sçavoit guère de grec. Tantôt il luy demandoit ce que vouloit dire dûiôttxov*), ne sçachant pas qu'il vouloit dire
*) Ce mot n'est pas dans les Dictionnaires; mais un sous bibliothécaire du Vatican, qui vouloit passer pour avoir traduit des pièces
Apologeticam, venant d' a^coo^, u: i xal ^, qui veut dire innocens, ainsi qu' àûtàrtxov vouloit dire preuve d'innocence, dont la racine e[st] ^«iy, muleta^ damnum alicui impositum; tantôt, etc. Après les deux effronts qu'il avoit eu et qu'il s'étoit attiré devant une si bonne compagnie, dont j'ay parlé page 9 et les suivantes, il prévenoit les gens, en leur disant: » Votre Père de Montfaucon entend bien les Mts«, et cela pour éviter le reproche qu'on auroit pu lui faire, qu'il ne les connoissoit pas.
M*^ Zacagni dans son livre a donné plusieurs nouvelles oraisons de S. Grégoire de Nysse; il en avoit ébauché la traduction, mais comme il ne savoit guère de Grec, elle étoit pleine de fautes et d'erreurs; il [eut] recours à un prêtre françois pour lui traduire ces pièces, et qui les a traduit tellement quellement. D. B. [dit], qu'il faudroit avertir D. François Mésange de ces découvertes, qui étoient dans un livre perdu (c'est à dire peu connu), lui dire d'examiner la version pour la retoucher, s'il jugeoit à propos, et l'exciter à faire, s'il pouvoit, lui même de nouvelles découvertes dans les Mts. II croyait que le P. D. François Mésange ne donneroit pas une trop bonne édition, parce qu'il ne lisoit pas assez les autheurs; mais n'importe, qu'il falloit l'encourager, lui dire de ne se pas presser, sur tout dans les commencemens, et qu'en tout cas il y avoit tant d'autres éditions faites par des gens qui avoient peu lu.
Tous les desseins que D. B. disoit avoir à M^ Zacagni, celui cy les avoit aussi. »Je faits un Recueil de mots singuliers qui ne sont pas dans les Diction-
Grecques et se picquoit d'estre habile, ne devoit pas l'ignorer. [Note de l'auteur].
256 NOTICE BIOGRAPHiqUB SUR B. DE MONTFAUCON.
nairesc, dit D. Bernard. »Et moy aussi«, lui disoit l'autre, etc. »Semblable«, ajouta D. B., »à D. Michel Fouqueré, qui, lorsqu'il étoit Prieur, avoit toutes les maladies dont on venoit se plaindre à lui.<
Outre la haine que M' Zacagni avoit contre les François, il étoit prévenu en particulier contre D. B. et étoit jaloux au dernier point, parcequ'il étoit venu à Rome avec quelque réputation.
D. B. dit que pour lire tous les autheurs Latine qui ont précédé S. Augustin, comme on auroit dû faire pour éclaircir les difficultés de ce Père, il n'auroit fallu qu'un an, qu'il auroit entr*autres fallu sçavoir Salluste par coeur, parce que S. Augustin en e[st] tout lardé.
Au commencement du Carême en 1708, nous allâmes aux Jésuites de la rue S. Jacques pour tirer les différentes leçons marginales de leur beau Ms des Prophètes. Nous y allâmes î fois. Les 2 premières fois furent l'aprèsdinée; la troisième fut un matin entre 8 et 9, et je crois que c'étoit un mercredy. Il n'y eut qu'un ou deux jours entre la première et 2<*« fois; et deux ou trois jours entre ta seconde et la troisième. Nous fûmes reçus toutes les 3 fois fort honnêtem(en]t. du Bibliothéquaire, le P. Hardouin, que nous demandâmes. L'une des deux premières fois, D. B. demanda au P. Hardouin, s'il ne pourroit pas lui prêter ce Ms. pour peu de tems: Il lui répondit obligeamment, que si dans trois ou 4 jours il venoit quelque Èvêque voir la Bibliothèque (comme il n'est que trop ordinaire qu'il arrive dans les occasions où l'on voudroit que cela n'arrivât pas, ajouta le P. Hardouin), on ne manqueroit pas de lui demander ce beau Ms., et que s'il ne l'avoit pas, cela lui feroit des affaires. D. B. fut
content de sa réponce. La première fois, nous demandâmes leProcope imprimé, pour confronter Isaïe, et le P. Hardouin nous offrit aussi le Ms. assez récent, sur lequel Curterius a fait imprimer leProcopius in Isaïam; dans le quel Ms., récent de 2 ou 3 cent ans, il avoit les notes de Curterius. Le P. Hardouin nous dit, en nous l'offrant, que le P. Sirmond estimoit infiniment ce Ms de Procope, tout récent qu'il étoit, à cause des notes de Curterius, et je crois même qu'il nous dit que le P. Sirmond le préferoit à ce beau Ms des prophètes qui e[st] du 8. siècle. D. B. étoit bien d'un autre sentiment, car d'abord que le P. Hardouin fut parti, il me loua fort le Ms. du 8^ siècle et me dit qu'il ne daigneroit pas lever de terre l'autre que je P. Hard. et le P. Sirmond estimoient tant. La première aprèsdinée, D. B. me fit écrire sur une feuille de Papier les fautes, c'est à dire les endroits où Curterius n'étoit pas conforme avec le beau Ms. des Prophètes. 11 trouva environ une douze et demie de fautes, dont plusieurs étoient souvent répétés dans la suitte du livre (d'Isaïe); il revit cet aprèsdinée là tout Procopius sur isaïe. La 2"*^ aprèsdinée, il porta avec lui vintcinq chapitres de Hiérémie, que le P. Lequien avoit collationé à diverses reprises qu'il étoit venu au Collège des Jésuites, sur le beau Ms. des Prophètes; il me fit écrire assez de différence sur le Prophète. La troisième fois, le B. Hardouin ne vint pas par le haut de la sale d'entrée, comme il me semble qu'il a de coutume; il vint par le bas avec un air étonné. Il pouvoit avoir trouvé le P. Tournemine que nous venions de quitter. Il me semble que ce fut en cette occasion que nous le trouvâmes, comme il montoit l'escalier de la Bibliothèque; il nous loua beaucoup le P. Historien