II. a
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de Bretagne. 11 nous dit entr'autres choses qu'il étoit très-intègre, et nous en donna une exemple, en disant qu'il avoit un de ses confrères dans la communauté, qui avoit voulu surprendre le P. Lobino, en lui voulant faire mettre dans son histoire une pièce qu'il avoit lui-même faite à plaisir et dont il lui avoit envoie une copie. Le Jésuite cependant avoit découvert la chose au P. Tournemine, selon ce que celuicy nous ajouta, et alloit en rire avec lui. Cependant l'historien tint ferme, protestant qu'il ne mettroit point cette pièce dans son histoire, à moins qu'on ne lui en envoyast l'originale, et co[mm]e on le lui envoya point (on n'avoit garde), il ne tint aucun compte de cette copie. Ce que le P. Tournemine, à ce qu'il dit, avoit pris pour une marque de son intégrité et de son discernem[en]t. Bien plus il défendit l'Historien contre le Conte de Rieux, faisant voir que celui ci se plaignoit à tort, et que l'Historien lui avoit fait plus d'honneur à sa famille qu'il n'en demandoit. Le P. Tournem. ajouta que c'étoit une honte de lui avoir fait une pension si modique et qu'il étoit très facile à M' le Conte de Toulouse d'y ajouter ou d'y f[air]e ajouter une vingtaine de Pistoles. Enfin il monta et nous laissa entrer dans la sale, en disant qu'il préparoit dans son Journal un éloge du D. Mabillon, dont nous serions content. D. B. dit que le P. Tournemine étoit content du P. Lobino, parce qu'il avoit fait une honorable mention de sa famille dans l'histoire de Bretagne. Il e[st] vray que la famille du P. Tournemine e[st] considérable en Bretagne; mais si l'historien eût expliqué, par quelle endroit ce Jésuite lui appartenoit, et comme je luy ay oui dire qu'il lui seroit facile de prouver, le P. Tournemine ne seroit pas si content de l'Historien de Bretagne.
D. 6. le pria de nous laisser entrer à la Bibliothèque pour y travailler sur le Ms. des Prophètes, comme il avoit eu la bonté de nous le permettre déjà 2 fois; il nous répondit qu'il étoit bien fâché de ne le pouvoir pas faire; qu'il y avoit 3 ou 4 de ses confrères dans la maison avec qui il ne chassoit pas bien, qui, nous ayant vu venir 2 fois, s'en étoient plaints au P. Recteur, lequel lui avoit défendu de prêter aucun livre, ni même de laisser travailler dans la Bibliothèque; ainsi, qu'il n'y avoit rien à faire pour nous ce jour là; que cela étoit fâcheux, que des gens qui n'avoient pas grande lecture, non seulement ne se missent pas en peine, d'en acquérir davantage, mais qu'ils voulussent que les autres leur ressemblassent. Il nous témoigna d'une manière très pathétique, que ces 3 ou 4 religieux le traversoient en toutes les occasions, et qu'il avoit bien de la peine à le supporter. Il nous conduisit à l'ordinaire jusqu'à la dernière porte de la rue; et en descendant l'escalier, il nous disoit que dans les commencements qu'on s'appliquoit à étudier et à écrire, que l'on faisoit bien des lectures, et que l'on écrivoit bien des choses imparfaites et de mauvois goust; qu'il avoit brûlé, depuis peu, trois ou 4 pieds de haut d'écrits qu'il avoit fait dans les commencements, qui lui avoient déplus. Quand nous eûmes quitté le P. Hardouin, »Sçavez vous bien«, me dit D. B., »quels écrits a brûlé le P. Hardouin? Ce sont ceux qui étoient bons et qu'il faisoit avant d'avoir l'esprit gâté; à présent qu'il a pris le travers, les collections qu'il avoit faites en habile homme et suivant le chemin des habiles gens, lui ont déplus, et il les a brûlés«. D. B. sembla d'abord douter, si la deffence du P. Recteur de prêter aucun livre étoit vraie ou simulée par le P.
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Hardouin, qui trouvoit peut-estre que nous l'importunions; mais lui aiant répondu que la manière dont le P. Hardouin s'étoit plaint de ses confrères étoit trop pathétique pour être simulée dans le P. Hardouin, qui étoit sincère et prêt à rendre service à tout le monde, que je ne croiois pas [n]o[n] plus qu'il se fût fait donner cette deffence, qui diminuât ses pouvoirs de Bibliothéquaire, qu'il y avoit plus d'apparence que cela venait des mal-intentionnés dont il nous avoit parlé; que l'air embarrassé avec le quel il nous avoit abordé sembloit le marquer; que plusieurs Jésuites nous avoient vu travailler toutes les deux fois, et une autre fois, il y avoit environ 8 mois, quand je fis le spécimen de ce Ms. des Prophètes, que, parmi ceux qui nous avoient vu, le P. Tournemine nous avoit vu la seconde fois; car nous le trouvâmes, en sortant, proche la fenêtre, vis à vis la porte de la Bibliothèque, qui paraissoit étudier dans un gros livre, et que peutestre avoit il trouvé mauvais que nous ne l'eussions pas acceuiili (quand nous eûmes quitté le P. Hardouin cette 2"^^ fois, après avoir travaillé sur Hiérémie avec le Ms. des Prophètes, je fis remarquer à D. B. que peutêtre le P. Tournemine avoit trouvé mauvais que nous ne l'eussions pas abordé. Il me répondit qu'il ne le connoissoit pas particulièrem[en]t, et d'ailleurs qu'il n'avoit pas jugé à propos de l'aborder, étant avec le P. Hardouin, dont le P. Tournem. n'étoit pas ami), que le P. Tournemine, qui mal-traittoit autant qu'il pouvoit le P. Hardouin dans son Journal de Trévoux, comme le P. Hardouin venoit lui même de s'en plaindre à nous, nous disant qu'il avoit été mal-traitté dans le Journal de Trévoux au mois de Décembre, et qu'il sçavoit bien que dans le mois de Mars il étoit outrageusement
traitté. Je fis, dis-je, remarquer à D. B., ou plutôt il remarqua de lui même, que le P. Tournemine étoit seul capable d'avoir fait donner la deffence au P. Hardouin de communiquer aucun livre, et qu'il sembloit assez que le P. Hardouin, en se plaignant du Journal de Trévoux, nous l'avoit donné à entendre. Toutes ces choses persuadèrent à D. B. que le P. Hardouin, qui étoit serviable de son naturel, étoit fâché de la deffense qu'on lui avoit faite et de nous refuser. Il se confirma dans son opinion, quand il fit réflexion, que le P. Hardouin lui avoit suggéré le moyen de f[air]e lever la deflfence. Car dans cette dernière entrevue, D. B., voulant avoir ce Ms. à quelque prix que ce fut, dit au P. Hardouin qu'il le feroit demander par Monseigneur notre Cardinal. Le P. Hardouin répondit qu'on lui accorderoit sans doute, mais qu'il n'étoit pas nécessaire d'employer l'authorité des grands pour si peu de chose. D. B. dit qu'il le feroit demander par le P. Martinet, confesseur de Mg"*"*" le Duc de Bourgogne; le P. Hardouin dit, qu'il n'étoit pas besoin [n]o[n] plus d'aller' si haut, mais que le P. Doucin, qui étoit bien venu auprès de M. le Card. d'Estrées, ferait bien l'affaire, en considération de son Éminence, à qui les Hexaples dévoient estre dédiées; qu'il étoit intriguant, et qu'il le demanderoit plutôt quatre fois qu'une sans se rebuter, car il étoit actif jusqu'à l'importunité. D. B. demeura d'accord d'employer le P. Doucin, et remercia le P. Hardouin de son bon avis. D. B. raconta à M^ l'abbé d'Estrée, et je crois dès le matin même, que nous trouvâmes, si je ne me trompe, au lit incommodé et qui avoit pris médecine, il raconta, dis je, tout ce qui nous étoit arrivé pour ce Ms. et la résolution qu'il avoit prise avec le P. Hardouin de le
f[air]e demander par le P. Doucin. M*^ TAbbé approuva la résolution; nous ne doutions nuliem[en]t que la chose ne réussist. Pour moy, je croyois que les Jésuites avoient défendu au P. Hardouin de prêter ce Ms., afin de s'en f[air]e un mérite auprès de son Éminence. Mais révénem[en]t fit voir qu*effectivem[en]t ils n'avoient aucune envfe de le prêter, et qu'ils en étoient jaloux jusqu'à l'excès. M' l'abbé d'Estrées dit, qu'il seroit bon que Nf le Cardinal eût la notice du Ms. et qu'il le demandât au P. Doucin, quand il viendroit à la maison. D. Bernard ayant, quelque tems après, témoigné à son Éminence l'envie et le besoin qu'il avoit du Ms. pour les Hexaples, elle lui répondit qu'elle vouloit le demander. D. B. lui remontra que ce seroit se commettre, que les Jésuites étoient jaloux de leur livre, et que peutestre le refuseroient t'ils. M^ le Cardin, demeura ferme à dire qu'il vouloit le f[air[e demander par le P. Doucin; et c'est ce que D. B. souhaittoit. II se passa environ lo ou ii jours depuis la promesse de M'" le Cardinal; cependant, le P. Doucin ne venoit point; et toutes les fois que M^ le Card. voyoit D. B. durant ce tems, il le prévenoit toujours, en lui disant qu'il le demanderoit. Enfin, au bout de ce terme, M*^ le Cardinal envoya quérir en Carosse sur les onze heures le P. Doucin, pour venir dîner avec lui. 11 y vint; M^ le Cardinal demande le Ms. au Jésuite, et lui en donne la notice. Le Jésuite promet de l'envoyer; } ou 4 jours se passent, — point de nouvelles; M^ le Cardinal écrit et envoyé un de ses aumôniers; on tergiverse. Il presse, et enfin les Jésuites répondent qu'ils ne pouvoient prêter ce Ms. Alors M^ le Cardinal écrivit à peu près en ces termes: »Est ce donc ainsi que vous reconnoissez les biens qu'on vous a faits? Ne vous
souvient il pas que, lorsqu'étant à Rome, lorsque le Cardinal Casanati tâchoit de vous nuire en toutes les rencontres, il n'y eut que moy qui lui tint teste? Vous devriez vous souvenir de ces choses et ne le pas oublier. « Ce Cardinal étoit si outré contre les Jésuites, qu'il disoit une fois à D. B. , étant à Rome, que les Jésuites étoient comme des chiens enragez, qui mordoient tous ceux qu'ils rencontroient. Ce sanglant reproche de M^ le Cardinal d'Estrées n'eut pas encore son effet, mais, quelque[s] jours après, le P. Martinet le vint voir, à qui il se plaignit amèrement des Jésuites du collège. Le P. Martinet, qui demeure à S^ Louis, alla au collège demander le Ms. Les Jésuites ne l'envoyèrent pas sur le champ, ni le P. Martinet ne l'emporta pas lui même, mais il firent entendre seuiem[en]t à M^ le Cardinal, qu'ils le préteroient à son Éminence seulem[en]t et [n]ofn] à d'autres. M*" le Cardinal leur envoya M*" Becrau, le curé de S. Barthélemi, qui lui vint rendre souvent ses respects et qui a été précepteur de M' le Duc d'Estrée, pour leur dire qu'il ne demandoit le Ms. que pour cinq jours, (D. B. avoit dit à son Éminence que cela lui suffisoit) et qu'il leur promettoit qu'il ne sortiroit pas de sa chambre. Les Jésuites acceptèrent ces deux conditions et envoyèrent le Ms. par M' le Curé de S. Barthélemi, à qui ils dirent, en le livrant: » Dites a D. Bernard qu'il n'écrive pas tout, mais qu'il ne prenne que ce qui lui sera nécessaire. « Ils se doutoient bien que c'étoit pour D. B. que M^ le Cardinal demandoit ce Ms. , et le monitum fut trouvé plaisant. D. B. répondit à la seconde partie et dit à M^ le curé de S. Barthélemi: »Dittes aux RR. PP. Jésuites, que je ne prendrai que ce qui me sera nécessaire. « Il ne laissa pas de les remercier (quoique le
plaisir fut bien maigre et de bien mauvaise grâce) et de leur promettre que le premier livre des Hexaples qui sortiroit de la maison seroit pour eux. Cette affaire dura tout le Carême. Le Ms. ne vint que le samedy SS sur le midi. Monseign. le Cardinal, qui étoit à Toffice, eut la bonté, en sortant du choeur, de s'approcher un peu en passant par devant D. B. et de lui dire assez haut qu'il avoit le livre. D. Bern., quoy qu'en retraitte, suivit son Éminence à la sacristie. Il avoit prié, si je ne me trompe, un des aumôniers de M*^ le Cardinal, nommé M' de Bé, de l'avertir si le Ms venoit Ce M*^ de Bé avoit déjà été une ou deux fois aux Jésuites pour ce Ms. D. B. vint à l'office le S. Jour de Pâques. Les autres jours il y assista peu ou point 11 alloit chez M' le Cardinal travailler sur le Ms. Le matin il partoit entre 9 et 10 et demeuroit jusquà midy; il venoit diner et retournoit jusqu'à 5 ou six heures; et en moins de cinq jotirs, en cette sorte, il enleva toutes les notes marginales du Ms., qui fut renvoyé leMercredy au soir. Ces notes peuvent suffire; cependant il m'a dit plusieurs fais que s'il pouvoit avoir le Ms., il le ferait imprimer tout entier. C'est à dire qu'à la teste de chaque chapitre de ses Hexaples il feroit imprimer le chapitre de ce Ms. qui y répond, comme il a coutume de f[air]e en pareille rencontre. Dans le commencement il travailtoit dans la chambre même de M** le Cardinal, il se mettoit dans une croisée qu'il abbattoit sur soi de manière qu'il pouvoit entendre, et voir même en quelque sorte, tous ceux qui étoient dans la chambre, et n'étoit apperçu de personne. Il dit qu'une fois, entre autres, il vint deus Jésuites dans la chambre, qui auroient été bien surpris de le trouver là en cette fonction. Mais comme
il vit que cela contraignoit son éminence, après environ deux jours il transporta son attirail dans le Cabinet. Il y a un an que l'histoire e[st] passée lorsque j'écris ceci. D. B. n'a point été depuis ce tems là au Collège des Jésuites; il a été deux ou trois fois, tant au nom de M' l'Abbé d'Estrée qu'au sien, à S. Louis, pour voir le P. Martinet, mais nous ne l'avons jamais trouvé. II lui a parlé plusieurs fois chez M^ le Cardinal et M*" l'abbé d'Estrée, et m'a dit plus d'une fois que c'étoit un honnête homm]e qui lui revenoit bien. D. Bern. e[st] dans la résolution de faire quelques démarches et rendre quelques visites au P. Hardouin, pour l'engager à nous prêter ce beau Ms. des Prophètes. Une fois, le P. Hardouin, en nous prêtant ce Ms., nous en louoit la beauté, et pour en relever le prix; je ne sçay s'il ne nous dit pas qu'il valoit bien loo écus. D. B., qui s'y connoit mieux que lui, si je ne me trompe, quand il fut parti, enchérit par dessus lui, me fit entendre que looo écus ne seroit pas trop payé, mais que le P. Hardouin, en louant ce Ms., parloit contre son sentiment, parce que dans la vérité il n'en estimoit aucun, et que, s'ils étoient à lui, il nous les donneroit tous quasi pour rien.
Dans l'Analyse que [sic] le Journal de Paris de la nouvelle collection des Pères de D. B., en parlant de Cosmas iEgyptius, le Journaliste s'étoit avancé de dire qu'il croyoit que D. B. s'étoit trompé. Notre confrère, quelque tems après, en parla à M^ l'abbé Bignon et luy disant du Journaliste: »Et moy, je suis sûr qu'il se trompe*. M*" l'Abbé Bignon lui dit d'écrire contre; il s'en excusa. 11 luy dit de lui donner au moins des Mémoires et qu'il feroit écrire par quelqu'un, mais D. B. lui répondit qu'il falloit laisser le Journal aller son
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cours. D. B. m'a raconté cecy plus d'une fois, en méprisant les Journalistes: en me faisant remarquer qu'ils inséraient, qu'ils remplissoient leurs journaux de méchantes pièces, pendant qu'ils ne disoient rien des bonnes, ou même qu'ils les méprisoient (en effet le Journal de Trévoux n'a rien dit des deux tomes de la nouvelle collection des Pères, ni de la Paléographie), mais leurs louanges ne font pas vendre les uns et n'empêchent pas les autres de se vendre; témoins les Mémoires de M^ de Tillemont, contre qui ils se sont tant déchaînés et après qui tout le monde court. 11 me disoit encore, il n'y a pas long tems, que le Journal de Trévoux avoit rapporté l'explication d'une inscription faite par le P. Hardouin, que cette inscription certainement étoit Ruthénique; que le P. Hardouin, l'ayant prise pour être Grecque, avoit fait autant de mots qu'il y avoit de lettres, et qu'il n'avoit jamais rien vu de si extravagant.
D. B. dit que les Mémoires de M' de Tillemont, quand il ne prend point de parti, sont excellens, parcequ'ils rapportent toutes les pièces originales; mais q[ue] lorsqu'il veut décider, il prend ordinairem[en]t le travers.
II m'a dit que M' de la Monoye sçavoit à fonds les gens de lettres illustres depuis les 3 derniers siècles, mais qu'il ne sçavoit guères l'antiquité.
11 fait grand cas de M' l'abbé de Longuerue, parcequ'il sçait parfaitement l'histoire, tant ancienne que moderne, jusqu'à nommer toutes les personnes qui y ont paru, par nom et par surnom, et qu'il sçait fort bien les langues. Cependant il avoue qu'il couche mal sur le papier.
Après avoir vu la rétractation du P. Hardouin en Décembre 1708, il me dit qu'il étoit persuadé que le P. Hardouin dans le fond du coeur étoit ravi que de rOrme imprimât ses ouvrages.
Pour le François, il estime beaucoup la Critique d'Ariste et d'Eugène, et cette critique e[st] son livre favori, qu'il a lu bien des fois. Il estime aussi beaucoup M^ Despréaux dans sa traduction de Longin^ qu'il regarde co[mm]e un chef d'oeuvres, dans ses satyres, etc.
A moins que d'exceller dans la poésie, co[mm]e Boileau, Molière, Corneille, quoy qu'il blâme celui cy en plusieurs choses, il ne veut pas qu'on s'en mesle. Lui même Ta quittée, quoy qu'il y eust assez de dispositions. A moins que les pointes ne soient belles, nobles et bien animées, il les traitte de poliçonneries.
Il n'est pas insensible à la louange; quand elle vient de personnes d'authorité, il répond avec modestie, mais quand elle vient de personnes pour qui il a de la considération, mais avec qui il n'a pas tant de mesures à garder, il s'écrie: »Eh, ne nous gâtez point! vous nous gâtez, vous nous gâtez !« parce qu'il sçait que la louange a coutume de produire la trop grande confiance en soy même, qui gâte et corromp tout ce que l'on fait de bien.
Il dit qu'une personne, pour peu qu'elle e[st] d'acquis, si elle est docile, réussera à ce qu'elle entreprendra. Au contraire il me nomiçar quelque fois D. J. M., qui ne réussit pas, quoy qu'il soit habile, parce qu'il ne prend avis de personne et qu'il ne suit que sa tête. Il e[st] docile et suit assez volontiers les avis qu'on lui donne.
Comme je lui disois, au commencement de ce mois de Mars 1709, qu'il y avoit eu garnison àPlavigni,
qui n'étoit sortie que depuis 4 jours« et qu'on menaçoit d'en mettre une à Rennes, il me répondit que les Monastères que [sic] par défaut de conduite, par l'entêtem* d'un supérieur ou d'un Cellerier.
Il veut qu'on lise le plus d'autheurs qu'on peut, et tous si on le peut. Il blâme D. J. M. et D. A. Poujet pour lire trop peu, et dit que celuicy ne sçait pas beaucoup de Grec pour avoir lu trop peu et s'estre trop arrêté à la vétille. Il avoue qu'il sçait bien l'Hébreux, parcequ'il ne demande pas qu'on lise les autheurs, n'i aiant que l'Écriture sainte.
II blâme D. Jacques Loppin d'avoir trop employé de tems à l'Écriture de lettres, de sermons, de Grammaires, etc.
Étant à Rome, il fit collatîonner les Épitres de S. Jean Chrysost. D. Guillaume la Pare lisoit l'Imprimé, D. Paul Brioys lisoit le Ms. et écrivoit les diff[ér]ences. Comme il sçavoit, à cequ'il m'a dit, que celui ci n'avoit nulle exactitude, il voulut revoir les collations. D. Paul lui dit: »Pourquoy voulez vous perdre votre temps, pendant que vous pourriez f[air]e quelque chose de mieux ."*« »Mais je ne crois pas que ce soit perdre mon temps*, répondit D. Bern. Le compagnon se mit à crier: »Pourquoy voulez vous perdre votre temps? cela e[st] bien.« »Ah ah«, lui dit D. B., »quand j'ay fait quelque chose, je n'ay pas cette présomption.* 11 se mit donc à revoir la collation, et dès la première page trouva que l'autre en avoit passé la moitié. »Ah ah!« dit D. B. »est-ce ainsi que vous l'entendez.^» Et il acheva de confronter le reste.
Ce même D. Paul étant tombé malade de Pleurésie à Rome, qu'il avoit gagné pour avoir entré dans les Églises sousterrainnes après s'estre échauffé à courir
par la ville pour la montrer à des gens de son pays, qui étoit Paris, et qui l'étoient venu voir, il ne paroissoit pas être en danger. Cependant il pleuroit, disant qu'il en mourroit. D. B. tâchoit de le consoler; comme il vit qu'il n'en pouvoit venir à bout et que l'autre continuoit toujours à se lamenter, co[mm]e s'il en devoit mourir, »Ouy,« lui dit D. B., »vous en mourrez, quoy que vous ne soyez pas en danger; vous en mourrez, parceque vous vous affligez mal-à-propos et que vous ne voulez pas me croire. « L'événement ne fit que trop voir qu'il avoit dit vray, car peutestre deux jours après, la fièvre redoubla, le transport au cervau prit le malade et l'enleva, je crois en 4 jours.
Quand D. P. fut mort, D. B. se joignit avec M' Courcel, neveu de M' le Théologal. Ils auroient été en Orient et au Mont Athos, mais, dit D. B., les nerfs de la guerre leurs manquoient, c'est à dire l'argent. Il dit qu'il auroit facilement obtenu la permission du R. P. Général de f[air]e ce voyage.
D. B. voyoit assez souvent sa Sainteté, lorsqu'elle n'étoit encore que Cardinal. 11 [dit] que c'étoit tout à fait un bon homme, et qu'il lui disoit souvent: *Lei no[s\c] mi commanda mai niente^. C'est à dire: vous ne me commandés jamais rien ; à quoy D. B. ne manquoit pas de répondre, qu'il n'avoit garde, et qu'il sçavoit trop le respect qu'il lui devoit. La mort du S. Père, de D. Estiennot et de D. Paul se suivirent d'assez près, et D. B. fut obligé de faire l'office de Procureur général pendant quelque temps. Il fit condamner, pendant ce tems, les lettres de l'Abbé Allemand, etc., et fit lui même une réponce où il deffendit notre S. Augustin. Car quoy qu'il ne fust pas du sentiment de ce Père, cependant il ne pouvoit souffrir qu'on nous accusât
davoir falsifié ses sentimens. Pour la Synopse de M'' Arnaud, il la désaprouvoit entièrement et n excusa le P. Blampin qu'en disant, que cette pièce n'ayant pas été condamnée de l'Église, ce Religieux avoit cru quil pouvoit la mettre. Il prît occasion de la mort de Sa Sainteté pour s'en revenir en France. Cependant, ses amis tâchoient de le retenir à Rome dans l'office de procureur Général, et comme ils sçavoient que notre P. Général avoit mandé à D. B. qu'il lui feroit plaisir de rester, mais que pour peu que le nouveau Pape lui témoignât de bonne volonté, il lui ordonnoit de rester, ils tâchoient par toutes sortes de moyens de lui f[air]e donner cette bonne parole. En effet. Sa Sainteté, qui avoit eu tant de bonté pour lui n'étant que Cardinal, vouloit lui continuer étant Pape et ne manqua pas de lui dire: »Est ce à cause que je suis Pape que vous voulez vous en retourner .î^« D. B. lui dit que non, qu'au contraire c'était un motif très puissant pour le retenir; mais il lui donna tant de bonnes raisons, que le Pape consentit à le laisser aller. Sa principale, et peutestre son unique, était l'étude. Car il lui auroit fallu rendre et recevoir quantité de visites à Rome; il n'auroit pas eu la commodité des livres et des Ms. co[mm]e à Paris; ainsi, à ce qu'il m'a dit, il n'auroit pu rien finir.
Je n'ay écrit l'histoire du beau Ms. des Prophètes des Jésuites du Collège qu'un an après, sçavoir vers le commencement de Mars en 1709, et comme, sans faire semblant de rien, j'en demandoit les circonstances à D. B. pour m'en refraichir la mémoire, après nous en estre entretenu quelque tems, il me dit que c'étoit une chose digne d'être écrite. Moy qui fais ces Mémoires en cachette, je n'avois garde de lui dire que j'en avois
envie; je lui dit d'abord que des gens qui se mettoient sur le pied d'écrire des Mémoires, les dévoient dresser d'abord^ quand ils[?] avoient appris les choses; parce que plus on attend, plus on en oublie, et que dès le lendemain même il s'appercevoit qu'il y avoit quelques circonstances qui nous étoient déjà échappées. 11 en demeura d'accord et m'ajouta [Le reste manque].
H. ALLIOT A MABILLON.
Mon très Réuérend Père.
C'est auec bien du plaisir que je suis les ordres de notre Réuérend Père Abbé, qui m'ordonne de faire sauoir à votre Réuérence ce que nous auons descouuert sur la montagne de Framond les derniers uoyages qu'on y a fait. On trouue sur cette montagne les fondemens et quelques restes d'une anciene muraille qui enuironoit tout le sommet de la montagne, et qui étoit soutenue de tems en tems par des tours quarrées de trente pieds de long sur uint cinq de large. Ces tours étoint dans l'intérieur de la muraille, qui n'est ouuerte que par un seul endroit, où abouté[sic] un uieux chemin qui étoit autre fois la grand' route de Lorraine en Allemagne. Cette porte étoit flanquée de part et d'autre par deux de ces tours des plus grosses. Tout cet ouurage paroit assé ressemblant auec ce que l'on nous dis [sic] de la Castramétation anciene des Romains et pouvoit bien auoire [sic] du raport auec
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le Camp d'Jule César dont parle Lucain dans le premier liure des Pharsales: Castraqae Vogesi curuam super ardua rupem et Monsieur Grotius dans ses notes sur ce Poète. Car il est difficile de réuoquer en doute que les Ro mains aient habités [sic] sur Framond; les statues de Romains que Ton y uoit encore, les Inscriptions en Caractères Romains et la sépulture des Romains même dont il reste des marques, en sont des preuues trop fortes. Uous au ré pu remarquer dans le premier mémoire que le Réuérend Père Abbé fit de ce que nous auions trouué sur la montagne, on auoit marqué entre autre chose une Colonne de trente neuf pied [sic] de haut, nous n'y auions pas remarqués [sic] d'Inscriptions dabort parce que les pieres étoint touttes couuertes de terre, mais la pluie les aiant lauées, nous y auons lu trois inscriptions, la dernière fois que l'on a été sur la montagne. Il ne reste de celui qui est en haut de la colonne que ces lettres: I, qui est seul à la première ligne, à la segonde M I SS, à la troisième un O qui est uers le milieu de la ligne, et à la quatrième VSLM. La segonde Inscription, qui est uers le milieu de la colonne, est entière; la voicy. I-0*M la première ligne, la segonde C • LVCVLLVS, la troisième LEPIDINVS, la quatrième VSLM. Enfin on uoit ce reste de caractères en bas de la Colonne: lOMpour la prem[ière] ligne, C uers le milieu et I vers la fin de la segonde, à la troisième M uers le milieu, et sur la fin de la quatrième aussy une M. La quantité de statues du Dieu Mercure qu'on a descouuert en creusant autour du Roscher, les bâtimens dont on uoit des restes sur cette montagne, nous persuade que c'est sur Framond qu'on a trouué l'inscription que monsieur Rigauld raporte dans ses notes sur la quatorzième satire
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de Juuénai, sur ce vers Dirue Maurorum attegias etc.: Deo Mercurio attegiam tegulitiam compositam Seuerinus SatulUnus C F, ex voto posait LLM, Ce sauant homme dit qu'elle est sur une des montagnes de Vôge, mais quoique nous aions examinés [sic] touttes les pieres auec assé de soin, nous ne l'auons pu trouuer; peut être que le hazard nous la descouurira un Jour.
Lors que nous trauaillions sur Framond, on nous auertit que sur une montagne dépendant du château de Dabo, assé pré d'une chapelle ou hermitage où on croit par tradition que s. Léon IX s'étoit retiré lors qu'il demeura ché ses parens, et où on Tinuoque à présent, sur cette montagne, dis je, on nous auertit qu'on y uoioit quelques restes d'antiquailles assés semblables à celles de Framond. Nous y fûmes et nous y trouuâmes sous les tombeaux dont uous uoiré les Estampes. Dans ces tombeaux, on trouue des urnes en quantité, mais qui sont pleines de cendres; dans une de ces urnes nous trouuâmes une médaille de Cuire [sic] de l'empereur Trajant [sic] , et dans une autre une agraffe de menteau et une de ces petittes cuillées qui seruoint, comme uous saué, mon Réuérend Père, à amasser les larmes des pleureuses ou à prendre les cendres du mort pour les mêler dans la boisson que des gens trop passionés aualoint. Si la dépense n'étoit pas trop grande, peut être qu'en creusant encore auec plus de soin on pouroit trouuer quelque chose de pliis particulier; mais le trauail est d'une trop grande halaine.
La part que Votre Réuérence me témoigna de
prendre à notre accadémie, dans la lettre qu'elle me
fit l'honneur de m'escrire il y a plus d'un an, m'engage à
luy rendre conte de notre trauail. Nous auons examinés [sic]