F. JEAN MABILLON, M. B
J'espérois écrire à D. Placide cet ord[inai]re; ce sera p[our] le prochain; je le salue de tout mon cœur. Le P. Procureur et son comp[agnon] vous saluent.
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MARTIANAY A RUINART.
Au Révérend Père
Dom Jean Thierry Ruinard, Religieux Bénédictin en L'Abbaïe
de S< Germain des prez.
A Paris.
Mon Révérend Père:
Il n'est pas juste que la confusion remporte plus long-tems sur mon devoir^ et il vaut bien mieux souffrir un peu de honte que de paroitre ingrat à Tégard de V. R. C'est avec de la peine que je luy écris, et je ne saurois le dissimuler, parceque je me souviens fort bien du soin que v! R. voulut bien prendre pour nous faire savoir le prix de quelques livres et nous éclaircir touchant beaucoup de choses que j'avois demandé au R. P. Dom Jean Mabillon. Je me souviens de toutes vos honêtetez, mais je me suis oublié, si j'en ay remercié V. R.; pardonnez moy donc, s'il vous plaît, mon R. P., au cas que je sois tombé dans cette faute, et m'imposez telle pénitence qu'il vous plaira, pourveu que je ne perde rien de vos bonnes grâces et de la part que je me flatte d'avoir en votre amitié. L'espérance que j'ay, que V. R. aura pitié d'un pauvre diable affligé, depuis un an, des fièvres quartes, qui m'ont fait souvent oublier de moy-méme, m'empêche de luy faire de plus longues prières, pour avoir plus de tems de vous apprendre une petite nouvelle.
Lors que j'estois encore à nostre monastère de Villemaigne L'argentière, un bon païsan de Puyau, qui est un village à une lieue de Tendroit où j'estois, trouva, bêchant la terre dans un bois tout auprez de Puyau,
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un pot de terre rempli d'environ six cents médailles des Empereurs et impératrices Romaines qui ont vescu avant Constantin. Huit jours après la découverte, je me transporté [sic] sur le lieu pour voir ces antiques, mais ce fust trop tard, parce qu'on avoit déjà porté tout ce thrésor chez m»" le Baron de la Bastide, lequel nestant guères de nos amis, me faisoit désespérer d'en voir jamais aucune. Néanmoins la fortune voulust, qu'aprez en avoir choisi une vingtaine, il rendit tout le reste à la mère du païsan qui les luy avoit portées. Je trouvé [sic] donc moyen de voir toutes ces médailles et de choisir toutes celles qui me plurent davantage, aprez les avoir examinées pièce par pièce. J'ay remarqué que toutes ces médailles sont des Empereurs qui ont précédé le grand Constantin; que la plus part sont des Antonins, de Trajan, de Hadrian, de Gordien, des Philippes et de Maximin. Il y en a encore plusieurs qui n'ont point d'inscription, d'autres qui l'ont toute gastée, ou l'on ne peut lire que quelque mot, mais sur tout aux revers et secondes faces, où l'on ne voit souvent qu'un faible vestige de l'image empreinte et quelque lettre sans aucune suite. Cela vient sans doute du tems et de la rouille qui ont tout dévoré, tempus edax rerum; j'ay pris garde en effet que plusieurs de ces médailles étoient roignées sur le bord, et que par leur grande antiquité elles estoient devenues à demi quarrées, de rondes qu'elles estoient en leur commencement. Voilà pour le général; pour celles que j'ay choisies, je pense qu'on y peut apprendre, ou se confirmer dans plusieurs points de l'histoire Romaine. Mais pour ne rien cacher à votre R', voicy celles que j'estime le plus. C. VALENS HOSTIL. MES. QVINTVS N. G., au revers il y a PRINCIPI IVVENTVTIS. Celle là me
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paroist singulière, car parmi six cents ou environ je n'en ay point découvert aucune autre de cette manière. Les curieux de ce païs m'ont déjà demandé celle de l'empereur CAES. P. LICIN. VALERIANVS. AVG., ce qui me fait croire qu'elle n'est pas commune. J*en ay une de Nerva que je n'estime pas moins, à cause qu'il est représenté avec un furieux nez, ce que je ne vois point dans aucun de ses portraits. Deux de Philippe le père, l'une qui a dans son revers comme un temple, avec cette inscription SAECVLVM NOVVM, ce qui regarde sans doute les jeux séculiers; l'autre qui marque une de ses victoires, c'est à dire la fortune avec de grandes ailes portant une couronne à la main, avec cette insc. VICTORIA AVGVSTI. Enfin j'en ay de deux Maximins, dont celuy qui est surnomé GERMA- NICVS a les revers de sa victoire germanique et les trophées de cette action. Celles aussi de l'Empereur Caes. CVIBIVS TREBONIANVS GALLVS AVG., avec un temple au revers et cette inscription IVNONI MAR- TIAE. Il y a plusieurs revers qui marquent le temps de l'empire, du consulat, etc., mais sur tout il est remarquable qu'une de M. ANTONINVS a dans son revers les décennales:
PRIMI DECENN ALES
ces III
Pour ce qui regarde les impératrices, i'en ay de fort belles. Celles de Faustine, fille d'Antoninus Pius, appellée DIVA FAVSTINA, avec une Vénus au revers; celle de Lucille, fille de Faustine, avec Junon au revers, celles de Julie Mammée, avec la Venus victrix: celle de HEHENNIA CILLA AVG.; celle de IVLIA
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PIA FELIX AVG., qui est assise sur un thrône, de l'autre costé avec cette inscription: matri Augustorum, mtri senatus, mat patriœ; celle de . . . ILYA DOMNA ou LYR DOMNA. AVG.; celle de MARC! AOTA CILL. SEVERA. AVG. J'aurois encore à dire à votre R* beaucoup de choses sur ces médailles, si je n'appréhendois de l'ennuier; je m'arreste donc, en suppliant V. R. de vouloir donner avis à Tauteur du journal des sçavans ou du Mercure, de cette découverte, si pourtant elle juge à propos que la chose en vaille la peine, et que les curieux puissent en faire cas. Aumoins vous supplie je de me vouloir instruire de ce que j'ay de meilleur et de plus rare dans ma boutique, afin que je sois bien assuré de ce que je puis donner, et de ce que je dois retenir. Je m'en vais faire encore un effort pour avoir toutes celles que je laissé [sic] de reste; je ne doute point que j'en trouveray encore avec des revers considérables, qui pourront nous donner quelque éclaircissement pour l'histoire. Si les m" que j'ay déjà nommez veullent faire part au public de notre découverte, il faudra les avertir que ces médailles sont toutes de grand bronze, plus grandes et épaisses que nos pièces de trente sols. Elles sont de cuivre, de leton et de fonte. Je puis m'oublier de beaucoup d'autres particularitez, mais je ne m'oublieray jamais, s'il plait à Dieu, que je suis obligé pour plusieurs raisons d'être avec respect et une parfaite reconnoissance, (etc.)
F. JEAN MARTIANAY, M. B.
De la Grasse, le 27 Aoust 85.
Je présente nies très humbles respects et obéissances au R. P. prieur et au R. P. D. Claude Boitard, à qui je me donneray l'honneur d'écrire en quelque
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tems. J'écrivis au R. P. Dom Thomas Blanpin lors que j'estois encore à S* André d'Avignon ; n'ayant pas eu le bien d'en avoir réponse, je creus que cela pust [sic] être ne luy avoit pas fait plaisir; voilà pourquoy je n'ay plus osé me bazarder à luy proposer mes difficultez. Je prie v. R. de l'assurer de mes respects.
*)Fr. J. J. B. offre ses humbles respects au R. P. Prieur et à vre R«.
A Monsieur Monsieur Bulteau en l'abbaye de S^ Germain des Prez
A Paris.
De Rome le 9. Octob. 1685.
Monsieur. Nous avons vu le livre de Mons^ Baillet, que vous avez envoyé à son Éminence; c'est vn livre très curieux et très sçavant, et qui marque vne grande connoissance des livres dans son auteur et vn jugement fort exact pour en dire son avis et pour marquer le caractère de chaque auteur. Nous avons vu aussi la seconde lettre de M"" Arnault au P. Malbranche; elle est aussi fort chrétienne et fort belle, quoy que l'auteur y entre dans le détail de beaucoup de petites choses qui en rendent la lecture moins agréable, quoyque ce détail fust peut estre nécessaire pour faire connoistre
*) D'une autre main.
la justice de sa cause. Les cardinaux tinrent chapelle le jour de S^ François, qui est le jour de la coronation du pape. S[a] S[ainteté] n'y assista point; cela n'a pas empesché qu'on ait commencé de ce jour là à mettre dans les actes Innocentij Papœ XI y anno decimo. Vous aurez sçu que Monsignor Adda fut nommé par le Pape au dernier consistoire pour aller en Angleterre féliciter sa M^^ britannique sur son avancement à la couronne. Il paroistra en ce royaume avec TÉpée et y prendra la qualité de Comte Adda; on croit qu'il demeurera auprès de sa M»* britannique comme envoyé de sa S[ainteté].
Le cardinal Nerli, cy devant archevesque de Florence, et qui, en quittant cet archevesché, par vne nouvelle discipline jusqu'à présant inconnue dans l'Église, s'est réservé la nomination de toutes les prébendes ou du moins des dignités de cette Église, ce cardinal, dis je, a demandé au pape l'Évesché d'Assise et l'a obtenu. Cet Évesché ne vaut en tout que neuf cents Escus de rente, et il y a desjà pour sept cents cinquante Escus de pension; il ne reste, par conséquent, que cent cinquante Escus pour l'Évesque. Le Cardinal Nerly aura lieu d'y servir Dieu et son Église avec moins d'Intérest. Il est allé prendre possession de sa nouvelle Églize.
Vous aurez sçu, que les vicaires apostoliques dans les Indes avoient icy vn grand procez à la Congrégation de propagande fide contre les missionaires de la Société de Jésus, qui prétendoient qu'en vertu de leurs privilèges ils ne dévoient point reconnoistre la jurisdiction des vicaires apostoliques. Le Pape avoit nommé six Cardinaux à l'Examen de cette affaire, sçavoir le Cardinal Altieri qui en est le Préfet, Ottobon, Azolini, Cazannata, Colomna et Houvard; et Monsignor Cibo, secrétaire de la congrég. de la propaganda, fut aussi
nommé secrétaire de cette congrég. particulière. Ce procez a esté terminé, au moins en partie; je dis en partie, car quoyque cette congrégation ait arresté plusieurs points, le Pape n'a pu se déterminer à les confirmer de son autorité. Il a seulement permis aux Cardinaux députés de faire des Décrets comme provenants de Tautorité de leur assemblée. On ne sçait à quoy attribuer la conduite du pape en cette occasion, si ce n'est à son irrésolution naturelle ou aux prestantes sollicitations des amis de la société, et du général de cette société en particulier, dont le pape fait estime; car il n'y a nulle apparance qu'vn Pape aussi saint qu' Innocent onze s'attachast à la qualité de françois qu'ont les vicaires apostoliques, pour ne leur pas faire justice et pour ne pas procurer à ces nouvelles Eglises la paix et l'vnion des missionnaires, qui est si nécessaire pour l'avancement de la foy dans ces royaumes là. Cette conduite n'a pas peu mal satisfait les Cardinaux de cette congrégation, et quelques vns, à ce que j'ay ouy dire, s'en sont expliquez d'vne manière très forte. Ils ont tous esté du mesme avis, excepté le secrétaire qui favorisoit les missionnaires Jésuites; tous ont esté d'avis qu'ils dévoient employer leur austorité [sic] pour establir celle des vicaires apostoliques. Ils ont donc fait vn décret, par le quel ils ordonnent aux quatre missionnaires, que la société de Jésus avoit, dans les royaumes de Siam et du Tonguin, de sortir de ces royaumes et de revenir en Europe, et oblige le général de la compagnie de les chasser de la compagnie, s'ils n'ont pas fait le 4* vœu, et, en nommant ces quatres [sic] missionnaires par leur nom, ils les déclarent excommuniez s'ils n'obéissent. Il est ensuite deffendu, par ce Décret, au Général et autres supérieurs des jésuites d'envoyer aucun
missionnaire dans les Royaumes de Siam et du Tonguin sans vn nouvel ordre, et quand il leur sera permis d'en envoyer; ceux qui seront destinez seront obligez de faire le serment par lequel ils s'obligent de ne reconnoistre d'autres supérieurs que les Vicaires apostoliques, pour ce qui regarde les missions, et prometteront de leur obéir ou à leur vicaires, de quelque nation qu'ils puissent estre, mesme naturels du peis [sic]. On a esté obligé d'ad jouter ces dernières paroles, parceque les missionaires Jésuites, pour se rendre plus nécessaires, prétendoient que les prestres naturels du peis ne pouvoient avoir cette authorité, et mesme que leur absolution estoit nulle, etc. Us seront obligez de faire ce serment dans leurs maisons, en présance de témoins, avant que de partir, et d'en envoyer vn acte autentique à la congrég. de propaganda fide; et quand ils seront arrivez dans le lieu de leur mission, ils seront obligez de réitérer ce serment entre les mains des vicaires apostoliques ou de leurs vicaires, faute de quoy ils sont déclarez excommuniez. Ils ordonnent en outre au Gén[éral) des Jésuites de signifier luy mesme les ordres de la Congrég. aux quatre missionaires, afin qu'ils y obéissent, et aux supérieurs de la société dans les Indes, afin d'y tenir la main, et de laisser vne copie des Lettres qu'il escrira, dans les registres de la Congrég. de propaganda, et d'en mettre vne autre copie entre les mains de l'agent des vicaires apostoliques dans cette cour. Cet agent s'appelle M'' le Febvre; ie croy qu'il est de Rouan. C'est vn fort honneste homme. Il m'a dit qu'il n'attendoit que la copie des lettres du général des Jésuites pour retourner en France et de là aux Indes, sitost que le temps pour la Navigation seroit commode. La congrégation ordonne encore, qu'attendu
que certains missionnaires et autres leurs partisants avoient ozé déclarer les décrets précédents de la Cong. (que les vie. apostoliques leur avoient fait signier) et mesme quelques brefs du pape nuls et abusifs et obtenus par surprise, s'érigeant ainsy en supérieurs du s' siège et de la Congrég., il ordonne que tous ceux qui ont assisté à ces assemblées, soient rappeliez et déclarez inhabiles à toutes fonctions et charges, etc., et déclarez excommuniez s'ils n'obéissent. Avec tout cela, on doute fort que ce décret ait aucun effet, car si on a bien ozé déclarer les brefs du pape nuls, on n'aura pas plus de respect pour le décret d'vne congrégation de beaucoup inférieure. Ces considérations dévoient exciter le pape à en vser autrement qu'il n'a fait. Peut estre que si nous sçavions les raisons qui ont porté sa S[ainte]té à en vser ainsy, que nous serions de son avis; aumoins ne seray ie ni assez hardy ny assez téméraire pour les ozer blasmer. Je me contenteray de prier le Dieu de paix de donner aux ouuriers de son Évangile IVaion et la paix que le monde ne sçauroit donner. M' le Febvre, agent des Vic[aires] apostfoliques], m'avoit prié de différer, à l'ordinaire qui vient, à escrire en France le détail de cette affaire, mais comme c'est vne chose très connue dans Rome, je ne croy plus estre obligé au secret. Je me recommande à vos s[aint]s prières et
suis, (etc.)
F. JEAN DURAND, M. B. l
*)Son Éminence nous dit dimanche dernier, qu'elle vouloit uous enuoyer un billet pour prendre de quelquvn de ses reuenus à Paris ce que uous aués auancé pour luy; c'est ce que j'ay conseillé à mons' l'abbé, et
*) De la main d'Estiennot.
le plus court à mon auis. II nous a dit aussy, que uous luy aiués promis de continuer l'abbrégé de Thistoire monastique, et uous prie de luy tenir parole; nous uous en prions aussy. Le liure de monsr. Schelstrate doit paroistre en peu de temps; on dit que c'est une pièce acheuée. Fault voir auant que juger. Nous partirons la semaine prochaine. Dieu aydant, pour le mont Cassin; nous pourrons y trouuer d'assez bonnes choses, mais le moyen de les copier dans trois ou quatre jours de séjour que- nous y ferons! Les pères du mont Cassin ont résolu de ne laisser sortir aulcun ms de leur bibliotèque. On nous promet le secours de quelques confrères.
Au Révérend Père Dom Placide Porcheron.
A Naples ce 6« nov 1685.
En vérité, mon très cher et R. Père, je suis confus de vos bontez. Je viens de recevoir trois de vos lettres qui nous charment, D. J. M. et moy. Je m'étois réservé cet aprèsdiné pour vous tout dire à mon aise: on nous a enlevez, et il est 2 heures de nuit que je ne fais que commencer. Lisez la lettre pour le très R. P. G[é]n[ér]al. On continue à nous faire de très grandes honnétetez. Je voudroîs que vous eussiez les 2 tiers de nos confitures. Je n'ose en goûter, de peur de m'eschaufer>
aymant mieux employer ma santé dans les Biibl[iothèques], où nous trouvons des moissons assez amples. Outre ce que j'ay marqué dans la lettre au très R. P. G., un riche cavalier nous a montré l'index de 19 vol. mss. qui contiennent tous les titres qui regardent le royaume de Naples. S'il les veut vendre, nous les achèterons, sinon il faudra avoir le crèvecoeur de laisser échapper cette bonne prise. Nous fûmes hier au Vésuve, et nous en revî[n]mes tous affamez. Lisez les livres sur cela, et puis dittes que nous [sic] ne le connoissez pas, car depuis 6 ans il est extrêmem[en]t changé! C'est une prodige de souffre, de Bitume, de feu formé par les eaues et le vent de la mer, qui exhale tout ce qu'on pourroit appeller une matière infernale. Nous en sommes approchez de très près, et cela avec plus de bonheur que Pline Second, oncle de Pline le Jeune. Un bon Chanoine de la Cath[édrale], qui fait l'histoire de Naples, nous a menez dans les catacombes, qui sont sans aucune difficulté beaucoup plus belles que celles de Rome. Elles sont aussi très spatieuses, et, ce qui est une plaisante marque de la molle paresse des Napolitains, presque aucun même des habiles de cette ville n'avoit jamais entendu parler de ces catacombes. Nous en ferons venir le goust aux gens, qui témoignent nous avoir obligation de cette découverte. Il y a aussi un amphitéâtre, un cirque, des arènes, etc., qui nous apprennent que Naples avoit toutes les marques de la grandeur romaine. Mr. le Marquis del Carpio, Viceroy de Naples, se sert fort bien de la sagesse de nostre bon Roy pour mettre un ordre merveilleux dans les trouppes aussi bien que dans la ville. Avant luy, le luxe étoit extrême à Naples; aujourdhuy la modestie y règne jusque à la plus grande retenue: point d'or,
point d'argent, point de dentelles, presque point de rubans sur les habits. Il n'y a quelque [sic] les dames nouvelles mariées qui les six premiers mois peuvent être vêtues comme auparavant, encore faut il permission par écrit du Viceroy. II ne pardonne à personne, et il dit agréablement que c'est à la Madonna à faire des grâces et à luy à faire justice. Un prince ne peut faire présent à son épouse future de bijoux pour plus de mille écus, ny le mari ny la fe[mm]e ne peuvent être suivis au plus que de deux escuyers, de deux pages et deux estafiers; auparavant ils avoient au moins 60 personnes à leur suite. Il en va de même du reste. J'ay reconnu, que presque tous les Cavaliers sont bourguignons ou lorrains. Ils sont vêtus uniformément, tous à la françoise, et ainsi on les reconnoit dabort, et ils n'osent faire aucun désordre. Les domestiques du Viceroy, et souvent luy, sont aussi vêtus à la françoise, hormis dans les cérémonies. Le palais, qu'on nomme ici le Conseil, est aussi fréquenté que celuy de Paris, et j'y trouve autant de monde que dans la grand sale du palais de Paris, et on y parle encore plus haut qu'à Paris. Les R[eligieu]x vivent ici fort à leurs aises. La plus part sont nobles ou du moins riches bourgeois. J'en excepte quelques Franciscains. Les frères convers sont vêtus cent fois pire que les gueux qui sont dans les rues ou dans les villages de France. Il en faut aussi excepter les nostres et ceux des Jacobins. Le clergé ne fait aucune figure; les R» l'emportent. L'église et le mon[astè]re de S* Séverin sont les plus beaux de la ville. — On m'appelle.
Je suis à vous, à Signorsi Goisot, au p. Emond, au p. Ant. Ant(heaume], au p. Fourques, à tutti quanti, mon R. P., (etc.) FR. M. GERMAIN, M. B.
Je VOUS prie, Mon très cher Père, de dire à Mr. Ménage, que ses ouvrages sont extrêmement estimez en cette ville de tous les sçavans, qui sont tous avocats et nobles. M^ Valetta est le i*^ qui les y ait fait connoître. Je ne puis vous dire tous les Éloges qu'on donne icy à cet illustre auteur. Nous nous faisons honneur de nous mettre au nombre de ses amis. Je suis tout à vous.