‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 22 sur 197 · F. JEAN MABILLON, M. B · texte numérisé non relu

F. JEAN MABILLON, M. B

Le R. P. ass. D. Martin.

MABILLON A RUINART.

D. Thierry.

A Rome, ce 11 Dec. 1685.

Vous ne vous plaindrez plus, à l'avenir, que vous ne recevez plus de nos nouvelles: on sera exact, comme par le passé, à vous écrire tous les ord"S c'est à dire pendant le séjour que nous ferons à Rome et même à Florence. Nous avons tout sujet de nous louer des honnêtetés que nous avons reçues de nos Pères du Mont Cassin et de Subiaco, et même de Naples et de la Cave. Le Mont Cassin est magnifique pour sa situa-

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tion, mais il n y a presque rien d'ancien. II n'y a plus qu'vne Église, qui est très belle; on ne sçait plus ce que c'estoit que celle de S* Barthélémy, dont D. Edmond me parle dans son Mémoire. II ne reste à la Bibliothèq[ue] qu'environ 480 mss., de plus de 1200 qui y estoient autre fois. Les meilleurs sont au Vatican et à la BibIiothèq[ue] du Grand Duc. Nous n'y avons presque rien trouvé qui fasse au sujet dé D. Edmond, que je vous prie de saluer de notre part. Subiaco est éloigné du Mont Cassin de 50 milles au moins. Il y a dix milles de très rudes montagnes, et autant pour retourner à Rome. Près de la ville de ce nom, on voit le Mon[astè]re de S'* Scholastique, au milieu du chemin qui conduit à la S** Grotte. Il n'y a rien de plus touchant que ce s< Lieu, où un seul Rel[igieu]x de Choeur avec un Commis ou Convers demeure. II y a 1 5 Relig* à S" Scholastique, où nous avons logé. II ne reste plus que très peu de choses dans la Bibliothèque, quoy qu'il y eût autre fois plus de 2 mille 2 cents mss. Les Colonnes, qui ont esté longtemps les Commendataires, en ont emporté la plus grande partie. M^ le Card* Barberini çn est abbé présentem'; il y a 57 Paroisses de sa jurisdiction spirituelle. Le Pape, estant Cardinal, a visité ce s' Lieu, c'est à dire le Mon(astè]re et la S»« Grotte, et gémit de ce que cette Abbaye qui a esté la p[remi]ère que S^ Benoît a bâtie, soit tombé dans le malheur des commandes, qui sont bien plus dures en Italie qu'en France. Il y a assez de Heu, et même d'édifices, à la S^« Grotte, pour y loger 12 Religieux. Nous avons eu, par la grâce de Dieu, vTi fort bon temps pour la saison pendant ce voyage, excepté le dernier jour, que nous fûmes assez bien mouillez.

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Nous avons trouvé à Cave les Vies des p[remi]ers abbés de ce Mons'% mais il me semble qu'elles sont toutes imprimées dans Bollandus. Voyez un peu notre répertoire, et mandez moy celles qui manquent, afin que je les fasse copier. Je dis notre Répertoire, dans lequel je mets les commencemens et les fins des Vies que nous avons. Il ne faut pas s'étonner que vous ne trouviez pas de Vies de tous les S^ qui sont dans le catalogue; il n*y en a pas la moitié qui en ait de particulière. Nous vous dirons des nouvelles de ce que vous trouvez d'Onufrius chez le Roy. Il est bon de marquer le n°.

Obligez moy de présenter mes respects à M' L'abbé de Louvoy, lorsque vous aurez le bien de le voir, et de faire mes civilités à M' Hersant, notre ancien amy, et à M^ Jeanbon et à son disciple. N'oubliez pas M' Blanchard et ses disciples dans l'occasion.

Le P. Proc[ureu]r présenta hier avec D. Michel le nouveau tome de S^ Augustin aux Card[inau]x aux quels on a coutume de le donner. J'ay esté agréablem[en]t surpris du vellet, d'autant qu'avant notre départ j'avais vu dans l'épreuve imprimée vellent Je suis bien aise de ce qu'apparemm[en]t Monseig' de Paris, qui y estoit contraire, ait enfin consenty à cette restitution.

Mes amitiés à D. Thomas et à D. Pierre. Je vous prie de faire mes civilités à M*" Coignard et à toute sa famille et de luy dire que nous avons reçus [sic] ses 6 exemplaires de l'histoire de France, dont on luy tiendra conte. J'ay reçu aussy les livres que M' Boudot nous a envoyez. Ne manquez pas de luy faire bien mes amitiés et à toute la famille.

LAmor poenitens est dans l'Indice, dont je suis fort fâché. On a traduit en Italien la Déclara[ti]on du Roy

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pour la Suppression de l'Édit de Nante. Il court ici des réflexions bien faites contre le livre de Ubertatib[us]. La réponse de M"^ Schelstrate à M"^ Mainbourg paroît. Mes recoinmenda[ti]ons à tous nos R^* Pères et chers Confrères. Je remercie f. René Fossart de son souvenir. Je vous le recommande vn peu. Adieu.

Mes respects à nos M".

J'ay entre mes mains vne liste des liures de deffunt Abraham Eccellenze enuoyée par vn parent de sa femme que Ton m'a dit estre auiourd'huy professeur de la Langue Arabe, dans laquelle liste ie trouue Thistoire de Maroc que j'ay eu entre mes mains lorsque j'ay esté à Rome, et dont j'ay traduit le premier Chapitre. Ainsy il faut que la personne à laquelle vous vous estes adressé ne soit pas informée de ces manuscrits.

11 est constant aussy que Ceux de Holstenius sont dans la Bibliothèque Barberine.

Ces ouurages de Fabius Columna, de Stelluti Stelliola et des autres Académiciens Lyncei, Monsieur de! Pozzo ne peut pas auoir oublié qu'il les auoit mis entre les mains de M' Fogel d'Hambourg, qui luy auoit promis de les faire imprimer, et qui est mort sans exécuter ce qu'il luy auoit promis, mais ces mesmes escrits et ceux de L'Anguillare seront sans doute dans la Bibliothèque Barberine ou dans quelqu'autre Bibliothèque de Rome connue à Monsieur del Pozzo.

Je crois que vous aurez receu vn de mes mémoires, où je marque quelques Manuscrits qui sont dans La Bibliothèque de Florence, et qui mériteroient d'estre copiez po[ur] Celle du Roy.

Je m'assure que vous tirerez quelque chose de bon de Monsieur Malpigi de Boulogne, que vous me ferez l'amitié de sçauoir de luy ce qu'il auance dans la Connoissance des animaux et des métaux, que vous vous souuiendrez de ces petites figures faites de ces pierres de Boulogne qui conçoiuent la lumière, que Ton fait à Boulogne. J'en voudrois auoir vne comme Celle que j'ay vu autrefois, qui représentoit vne Fortune.

Si mon billet vous trouue encore à Rome, il seroit à propos de choisir la personne qui deuroit copier les notes qui sont sur le plan du Vatican, et luy marquer la différence qu'il faut entre les escritures qui ne font que seruir de titre et celles d'où l'on peut tirer quelqu' instruction*).

Après auoir mieux calculé les temps de vos voyages, je conclus que ces lignes vous doiuent trouuer à Florence et que les trésors qui y sont uous y arrêteront quelque temps et que uous n'en sortirés qu'auec peine, après auoir éprouué et retenu [?] les effets de la bonté et de la clémence de son Altesse Monseigneur le grand duc de Toscane. M^ Magliabecchi vous ouurira ses trésors; vous y uerrés messieurs Lorenze Magalotti, Redi, Viuiani, que je uous prie d'entretenir à fond sur les desseins qu'ils ont de nous aprendre bien des uérités et de m'aider à obtenir d'eux la continuation de leur amitié. le n'écris point au R. P. don Germain, car je vous regarde comme tellement unis que vous ne faites

*) DMci la main de Thévenot lui-même.

qu'vne même personne, et que je feray toute ma vie profession [?] d'estre, (etc.)

THÉUENOT.

î Féur. 1686.

A Florence ce 22 Mars 1686.

J'ay receu vostre dernière, mon Révérend père, avec toute la joye possible. A quoy s'amuse le barbouilleur de se battre contre une colique? Sur tout qu'il n'en moeure pas. Nous remercions l'un et l'autre très humblem[en]t le R. P. prieur des Blancsm[anteaux] de son cher souvenir. Quand vous le verrez, asseurez len et dittes luy, qu'avant que de sortir de Rome nous vîmes les Guillemins, qui avoient bien envie de savoir des nouvelles de leur mon[astè]re de Paris; mais ils trouvèrent des gens qui surent bien tourner la truye au foin. Vous verez dans vostre incluse et dans celle à D. Placide tout l'état de nos affaires. Dieu continue à verser ses bénédictions sur nostre père; et Florence, qui est l'endroit après Rome ou nous devions le plus subsister, nous ouvre tout par le moyen du brave Mr. Magliabechi; de sorte qu'il paroît même encore plus de cordialité dans les R. P. qui y sont maîtres des Bibliothèques mss., qu'à Rome. Les Cordeliers sont les plus honêtes gens du monde. Je vous voudrois voir ici de bon coeur: vos doits y seroient bien nécessaires.

aussi bien que tout vous même pour nostre consolation. Nos pères nous traitent fort bien; et sur ce qu'ils ont appris que nous souhaitions être en liberté, hormis le Rdissime Abbé et les autres abbez de nom et les principaux officiers, qui prennent n[ot]re tems pour nous venir visite, nous sommes plainement libres et bien accommodez. Cela fait que D. J. a plus de forces pour travailler. Quand je l'entends remuer les chaînes qui captivent les mss. de St Laurent, des Cordeliers, etc., je songe à la Bouchère d'Amiens, qu'on dit faire son purgatoire dans une rue de cette ville là, et y traîner quantité de chaînes sur son dos, si pourtant les morts ont des dos avant la résurrection. Il en a les mains toutes honnies, et les miennes ont en plus de 15 endroits de l'infirmité causée par les cuivres picquants et hors de leur places, qui défendent les livres mss. Huit jours guériront tout cela, et puis passe pour y revenir. Ayez la bonté de présenter mes respects aux deux RR. PP. assistans, et de suppléer au défaut de mes lettres. Je ne sais rien qui m'invite à leur écrire, et j'ay peine à le faire sans quelque apparence de congruité. Dittes, s'il vous plaît, la même chose au R. P. Visiteur et à son aimable secrétaire. Mes amitiés à D Ant. Antheaume, au brave P. Emond et à tous ceux du petit et du grand Dortoir, des Blancsm. d'Argenteuil, et de S* Denys, que vous croirez avoir pour moy quelque amitié. Je croy que vous aurez à p[rése]nt les 1*" pacquets de nos Collections. Les autres nous attendront à Lyon chez M. Anisson. Je suis, avec toute l'étendue possible de respect, de tendresse et d'estime, (etc.)

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