‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 23 sur 197 · FR. MICHEL GERMAIN, M. B · texte numérisé non relu

FR. MICHEL GERMAIN, M. B

*)Je messers [sic] de ce vuide, Mon très cher Rd Père, pour vous prier de dire à D. Thomas, que je me suis [sic] des écrits du P. Lemos, suivant ce qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, & que ces écrits se trouvent chez les Jacobins de La Minerue. Je le prie de faire mes complimens à M"^ le Nain & à M** de Tillemont. J'aurois bien des choses à vous dire de Florence, de la beauté de la ville, de la magnificence des Églises, & sur tout des belles Bibliothèques qui s'y trouvent. Celle des Cordeliers conventuels de la Croce n'est que de mss., qui sont disposez sur des bas, des deux cotez. Mais celle de S* Laurent, qui est vne Collegiate, fondée par les Médicis, est incomparablem[en]t plus riche. Michel Ange a fait le dessein du portique & du vaisseau, qui est digne de son auteur. 11 y a bien 2 mille mss. tous enchaînez. On ne peut rien copier sans la permission du Prince, laquelle il nous a accordée de la manière du monde la plus obligeante. Nous y pas< sâmes hier la journée entière. Celle des Jacobins de S Marc a esté bâtie par S^ Antonin, qui en a esté Prieur. Il y a peu de choses à celle de N. Dame la Nouvelle, où s'est tenu le fameux Concile de Florence. Les Servites à l'Annonciade en ont vne assez belle, aussy bon que les Camaldules des Anges, où Ambroise faisoit ordinairem[en]t son séjour. Ce sont des Conventuels, qui ne mangent point de viande, & les femmes n'entrent pas dans leur Église. Cela est particulier à cette maison, qui appartenoit autrefois aux Ermites. Nous y disnerons Samedy prochain, & Lundy à L'annonciate. Nous devons aller bien tôt à Fienzoles [sic], où il y a aussy vne Bibliothèque des chanoines réguliers. Nos Pères de

*) De la main de Mabillon.

L'abbaye ont aussy de bons mss. Me voilà au bout Je suis tout à vous.

Je vous prie de saluer tous nos Rds Pères & chers Confrères. Lorsque vous verrez d. H. Champion, dites luy qu'il devroit envoyer son portrait de sa façon, afin d'avoir place parniy les autres Peintres qui se sont peints chez le Grand Duc.

A Florence ce jo Mars 1686.

II y a cet avantage, mon Révérend père, de vous avoir pour ami, qu'on est seur du coeur et de tout ce qui s'ensuit. C'est sur quoy j'ay toujours fait un fond considérable. Si je n'entre point dans un plus grand détail avec vous, c'est que dans la vérité mes grandes et seules affaires sont icy et dans l'enceinte de n[ot]re mon[astè]re avec ceux à qui je me donne l'honeur d'écrire; pour le reste, et même la parenté, je le considère comme une fatigue, que je ne prens jamais quà contre coeur, et dont je me trouve ravi de pouvoir me défaire. Nos intentions dans les lettres que nous aurions été bien aises que M^ de Reims écrivît à n[ot]re père, étoient pour faire connoître à Mr. le Card* d'Estrées et aux autres la part qu'il prenoit aux grâces qu'ils nous faisoient, et pour être sûrs de ses intentions pour le tems que nous devions employer en Italie. Nous n'avons peut être pas mal rencontré, croyant qu'il seroit

bien aussi aise de revoir n[ot]re Père bientost, que chargé de plus amples dépouilles. En tout cas, nous sommes en mouvement, et nous ne nous arrêtons qu'avec violence, et dans la pensée de revoir auplutost nos chers et les embrasser tendrement. Mr. Anisson en use en parfait honeste homme. Ce voyage ci leur est non seulem[en]t inutile, mais nuit beaucoup à leurs affaires par son absence. Tout leur but étoit d'en être récompensé par leur établissem[en]t à Paris: non seulem[en]t on ne les a pas servis en cela, mais même ils croient que M^ Faure les à desservis, ceque nous avons peine à croire de la modération de M^ Faure. D. J[ean] se trouve de même que vous l'avez vu quand il a été quelques jours sans sortir d'une forte application: je ne say plus quelle figure inventer pour luy faire prendre de la nourriture autant qu'il en auroit besoin. Il n'aime pas l'huile: on n'a autre chose le Carême en Italie; il veut jeûner austèrement: il ne le devroit pas. Son esprit est toujours en action ; ce feu le soutient en même tems qu'il le dévore. Les visites de Lucques, Pise, Livourae, L'ambrogiane, Camaldoli, Vallombreuse, et peut être Arezzo, que nous allons faire, luy donneront le grand air, qui est son véritable élément, et luy feront passer tant soit peu plus doucem[en]t le reste de Carême, lequel, après tout, ne le trouveroit pas à Paris en si bonne santé. Mes respects et baisemains dans celleci comme dans la précédente. Je seray toujours, avec un surcroist de reconnoissance, (etc.)

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