‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 3 sur 197 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

X-#e premier volume de ce recueil contenait une .partie de la correspondance d'un grand sceptique de la religion réformée; celui-ci est composé de lettres d'une association religieuse de naïfs croyants, soumise aux doctrines de l'église de Rome. Mais il y a cela de commun entre les confrères de Mabillon et de Montfaucon et les amis de Pierre Bayle, que les questions de science et les nouvelles de »la république des lettres* forment les principaux sujets de leur commerce épistolaire. C'est la même période littéraire, tant soit peu »alexandrine< par l'érudition dominante, que servent à illustrer les correspondances recueillies dans ces volumes; et de part et d'autre, dans les lettres du philosophe de Rotterdam et des pasteurs et professeurs calvinistes, comme dans celles des humbles et infatigables bénédictins, on retrouve souvent le même amour, fidèle et désintéressé, de la science, joint à des qualités d'esprit que l'on ne manquera pas de reconnaître pour celtes du génie français.

Les originaux imprimés ici appartiennent depuis longtemps à la Bibliothèque Royale de Copenhague (Collection épistolaire Bôlling, section étrangère). L'histoire de la bibliothèque ne fournit pas de renseignements sur l'époque où ils y sont entrés, ni sur la manière dont ils ont trouvé le chemin du Danemark. Mais il y a lieu à croire, que ce sont des débris

du grand naufrage qu'eurent à subir les collections de St-Germain-des-Prés vers la fin du XVIII' siècle. Çà et là, on reconnaît la main de D. Vincent Thuillier, éditeur des Ouvrages posthumes de Mabillon et de Ruinart, dans les notes marginales de quelques lettres reproduites, en partie, dans le i'*^ vol. de son édition.

C'est un supplément des recueils de lettres bénédictines déjà publiés que j'ai voulu donner. Il suffit d'en nommer l'excellent livre de Valéry et les additions de la biographie de Ruinart, par M. Jadart. La deuxième et dernière partie du tome présent, qui sera mise au jour le plus tôt possible, contiendra nos lettres bénédictines écrites dans la première moitié du XVIII' siècle, avec un supplément composé de quelques lettres récemment trouvées à la bibliothèque et écrites avant 1701, de quelques fragments de lettres retranchés par D. Thuillier, et d'une notice biographique inédite sur D. Bernard de Montfeiucon. Les principes que j'ai suivis dans la publication de ce tome, sont les mêmes, à peu près, qui m'ont servi de guide en publiant la ' correspondance de Bayle. Cependant, je n'ai rien retranché dans ces lettres-ci. Dans les notes, je me suis borné à citer sommairement les titres de quelques ouvrages souvent consultés; en voici les titres complets:

Bouillart, Histoire de l'abbaye de St-Germain-des-Prés.

Paris, 1724, in-fol.

E. de Broglie, Mabillon et la société de l'abbaye de

Saint-Germain-des-Prés à la fin du dix -septième siècle.

I— II. Paris, 1880, in-8°.

H. Jadart, Dom Jean Mabillon. Reims, 1879, ^ï^'^^- Le même, Dom Thierry Ruinart. Paris et Reims, 1886,

in-8°.

Jôcher,AllgemeinesGelehrtenlexicon. I — IV. Leipsic, 1750 —

51, in-4°.

Mabillon et Germain, Iter italicum, dans le Muséum

italicum, I. Paris, 1687, in-4°.

Mabillon et Ruinart, Ouvrages posthumes, t. Paris,

1724, m-4^ (Dom Tassin), Histoire littéraire de la congrégation de

Saint-Maur. Bruxelles, 1770, in-4°.

Valéry, Correspondance inédite de Mabillon et de Mont-

hucon avec l'Italie. I — 111. Paris, 1847, in-8°.

Enfin, c'est avec une profonde gratitude que j'adresse de sincères remerctments à quelques messieurs: à deux savants et aimables collègues de la Bibliothèque Royale, MM. Weeke et Lange, pour m'avoir aidé à déchiffrer des mots peu lisibles, — M. Lange, en transcrivant aussi les passages coptes; àM. R. Besthorn, docteur, pour avoir transcrit plusieurs mots et citations arabes; à M. Euchaire Baruël, pour avoir corrigé, avec un soin et une obligeance dont je suis bien reconnaissant, le texte des notes de ce volume.

Au vénérable frère

Frère Laurens, Religieux de la Congrégation de S< Maur,

dans l'Abbaye de S< Germain des Prez

A Paris.

Mon très cher frère:

Je vous escris derechef la présente auec l'autre, et les lettres que ie vous enuoye auec les mémoires et rhistoire de tout nostre procédé. Je vous diray que par la sentence arbitrale il est vérifié que les Cloistres et dortoirs de l'Église sont en ruine, puisque l'Éuesque est obligé de les refaire. Cela nous peut seruir pour faire voir que si cela estoit rebasti, presque tous les lieux réguliers seroient refaits, et par conséquent il ne fauldroît point de sécularisation qu'on prétend et demande à cause que les lieux réguliers sont ruinez. Pour la procuration que les Religieux ont donnée en 1641 pour conuenir d'arbitres, cela n'a point de lieu, estant passée sans y appeller les absens, joint que ce n'estoient personnes capables pour juger de si grands différents; de plus il n'y a article qui ne soit vitieux et iniuste, que ie feray voyr si vous le jugez à propos. Et en oultre, la sentence n'estant nullement exécutée depuis douze ans qu'elle a esté prononcée, il y a lieu de la faire

casser, joint qu'il y a eu appel dycelle, puisqu'elle n'est ny homologuée ny vérifiée. Je vous supplie de lire exactement tous les mémoires que ie vous ay cy deuant enuoyez sur la procuration du 14 Januier 1631 des Religieux pour demander lad[ite] sécularisation, et vous verrez que les motifs des d[its] Religieux sont faux, impertinens et ridicules, contre toute justice et l'équité. Voyez les motifs qui ont conuié led[it] s'' Éuesque à la demander, qui sont en partie dans le 9. Sac, qui ont quelque apparence, mais, estant bien considérez, il n'y a rien de solide. Que les Papes n'ont jamais entendu séculariser les Eg[lises] Abbayes quand ils les ont érigées en Églises Cathédrales, mais longtemps après par l'importunité des Religieux libertins. et desbauchez, ennuyez de porter le s^ habit de la Religion. Et il est très certain qu'ils ne n'ont point obtenu ces sécularisations que par vne infinité de mensonges et impostures. Toutes les choses que l'Éuesque met

en auant à la cote *) du 9. Sac n. 2 sont friuoles,

car des Religieux peuuent s'acquitter dignement de telles charges. Joint que, quand ce qu'il prétend seroit pour vn plus grand bien (ce qui n'est pas), il ne fault pas tousiours prendre cette voye là. Car il y a souuent en cela de l'iniustice en tel procédé, car les fondateurs ayant voulu laisser cela à des Religieux, pourquoy le leur ostera on? Voyez- ce que M*" Charon a escrit sur ce subiect contre cette sécularisation, qui est bien digne d'estre leu. Il y a vne chose qui ne me plaist pas en ce qu'il dict, que le Chef de l'Église de Maillerais est séculier, car cela n'est ne fut iamais, d'autant que le Chef a tousiours esté ou Abbé ou

0 Illisible.

Euesque; or est il que l'Évesque n'est point séculier de sa condition, mais plus que séculier et régulier. Si maintenant il n'est pas régulier, c'est qu'il n'a pas esté créé par l'Élection. C'est comme de voir des Abbez séculiers et commendataires, qui pour cela ne font pas que les Chefs de Abbayes soient séculiers, ains au contraire le Chef demeure tousiours régulier. C'est ce que je vous prie de considérer et de consulter cela, car il importe beaucoup. Et il y a de quoy s'estonner de quoy l'Éuesque trouue tant de monstruosité d'estre Éuesque et auoyr des Religieux dans son Église, mais pour oster cette prétendue déformité qu'il voyt qu'il est plus séant qu'il se fasse moyne que de séculariser les Religieux, et ne sera pas le centième Euesque qui aura faict cela, et ne fera que ce que faisoient autrefoys les Éuesques d'Angleterre qui faisoient toujours profession dans nostre Ordre auant que d'estre sacrez Éuesques, et c'est encore la coustume des Éuesques Grecs qui se font caloyers auant que d'estre Éuesques (ainsi que i'ay entendu dire); ce sont des Religieux de Grèce. Il y a où faire de belles Escritures là sur cette belle et ample matière, et y a de l'apparence que m*" l'Éuesque n'a pas le meilleur droict ny ses supposts. Vous voyez en tout leur procédé vne merueilleuse inconstance parmy tous ces gens là, come l'Éuesque déroge tantost à la Bulle et comme tantost il la veult appuyer. Et le tout à son proffict, ce qu'il fault bien exaggérer et [?] la piété de nostre fondateur qui [?] [fut?] bien plus Religieux que nous, ayant tout quitté pour nous enrichir et se faire pauure Religieux dans ce lieu et y mourir là où nous, misérables que nous sommes, de pauures maisons de familles rustiques et chétifues, nous voulons pour nostre

liberté et nous défroquer et nous enrichir d'un bien qui est pour de bons Religieux et le leur rauir et pour en enrichir d'autres personnes de néant comme nous, etc. Je croy que m' l'Éuesque vouldroit bien qu'on ne prist point vn si long chemin que celuy que prenoit m' de Bordeaux, et qu'il vouldroit bien qu'on plaidast seulement au fond sur la Bulle et la faire passer ou casser tout à faict, sans considérer ce qui a esté faict iusques à présent, ains ce qui est à aduenir. Mais ie croys qu'il sera bon de plaider sur les demandes qui sont au premier sac, car elles sont d'importance, et du [sic] plus il fault faire voir l'inconstance de nos parties et de m^ l'Éuesque qui dict qu'il n'a jamais communiqué auec les pères, ce qui contrarie à la procuration des Religieux pour vous auoir, que je vous enuoye signées [par] notaire, qui la passât [?] avec les articles des Religieux en particulier. Il fault aussi plaider sur nostre sentence arbitrale, car en quelque chose m' l'Éuesque la veult faire valoir et en d'autres choses il ne s'en sert pas. Vous verrez ensemble ce qu'il y aura à faire. Ces iours passez il me dist que nous auions de belles prétensions sur m"^ de Bourdeaux et que nous les debuions poursuyvre, mais ie luy dis qu'il se mocquoit de nous, de nous dire ces paroles, car si nous le poursuyuons là dessus, il n'y auroit que luy à en auoir le profict et nous rien, mais que s'il nous vouloit ayder, nous le ferions bien soustenir. Là dessus il me dist que i'y auois plus d'intérest qu'aucun en ce que ie ne voulois pas la sécularisation, et là dessus ie luy repartis que si elle estoit cassée, ce seroit à luy à qui i'aurois affaire et non à m'" de Bourdeaux, et qu'il vailloit mieux qu'il nous aydast dès à présent pour son profict. Nous y demeurasmes sur cela. Tant y a qu'il

fault poursuyure viuement, tandis que Dieu me donne vn peu de vie, et au plutost et diligemment, afin d'en voir la fin. Je feray tout ce qu'il me sera possible sur ce subiect et en attendant response de vostre part. Je prieray Dieu, Mon plus que très cher, très honoré et très aymable frère, qu'il vous comble de toutes ses grâces et bénédictions.

Votre très humble seruiteur

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