L ABBÉ DE MONTMARTIN A MONTFAUCON
citer le premier canon du concile d'Orange auec la négatiue comme Ta fait Mr Le Valois, car il deuoit être récent du procès qu'on auoit fait sur cela au père Sirmond. Pour les prophéties des sibylles, uous sçaués que rÈglise explique sa pensée nettement sur cela dans notre office, et que ça été le sentiment général des pères de l'Église, dont Mr Le Valois n'a pas dû tourner en ridicule la crédulité sur la seule authorité de Celse, philosophe épicurien, et dire que ces prophéties ont été faussement insérées par les chrétiens sous l'empire d'Adrien et que St Justin a été le premier qui en ait parlé, car cela est faux par le témoignage de St Justin même, qui page 436 met les sibylles au rang des prophètes et Apôtres, sur le témoignage de St Clément pape dans son épitre aux Corinthiens, et par le témoignage de St Clément d'Alexandrie, qui dans son liure 6 des Stromâtes, page 636, dit auoir lu dans St Paul une exhortation aux fidelles de lire les liures des sibylles pour y uoir clairement les prophéties touchant la naissance de J. Ch. Si cet épitre de St Clément aux Corinthiens, si célèbre dans l'antiquité, a été perdue et si on ne lit plus aujourd'huy dans St Paul ce passage cité par St Clément d'Alexandrie, cela ne diminue en rien la foy des prophéties des sibylles, qui s'est toujours conservée dans l'Église, laquelle s'expliquant nettement là dessus, comme elle fait dans sa liturgie, je crois que tout bon catholique est obligé de s'en tenir à son Jugement; de plus, si on accorde une fois que ces prophéties ont été faussement insérées par les chrétiens, on aura bien de la peine à se tirer d'affaire contre les libertins, qui ne manqueront pas de dire que les chrétiens sont des fourbes qui ont aussi falsifié l'écriture sainte, cela leur ayant été autant et plus
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facile que de corrompre les liures des sibylles qui n'ont jamais été entre leurs mains, du moins les premiers exemplaires et originaux. Pour ce qui regarde les moines, il est uray, que sur l'autorité de Scaliger, beaucoup de sçavans ont cru que les solitaires d'Alexandrie dont parle Philon Juif, étoint les Esséens dont Joseph fait un long discours, liure 2 de la guerre, ch. 7, mais qui empêche qu'on n'entende par ces Esséens les premiers chrétiens, qui judaïzoint encore? Je vous serois obligé de me nommer ceux que vous connoissez qui ont nié cette uérité, qui est, comme uous sçauez, reconnue par les anciens pères de l'Église, entr'autres St Jérôme et St Epiphane; ce qui importe beaucoup pour la morale, car il s'agit de gens dont la uie nous doit seruir de règle dans la pratique. Tout cela est exposé plus amplement dans le corps de la critique que je uais coppier, pour uous l'enuoier ou uous la porter, mon dessein étant, suiuant Tordre que j'en ai reçu de sa Grandeur, de ne rien faire en cela que par uotre auis. J'espère que uous ne trouuerés pas mauuais que je uous explique mes sentimens, puisque peutêtre uous ne m'aués touché ces articles que pour sçauoir si je suis ferme dans mes principes. Je uous prie néanmoins d'excuser de mon Importunité et d'être persuadé que je suis, [etc.]