OU
Aussi tost que les copies des susdittes mosaïques seront acheptées, je vous les enuoyeray. Croiriez vous que j'ay trouué vn Otton, non pas latin, car on en voit point, mais vn grec! Mais on le fait d'un prix si haut, que je ne crois pas que vous l'acceptiez: on en demande pas moins de 40 [sic] ou 1 5 pistoles. J'ay aussi trouué vn Tibère en grand bronze; on m'en demande vingt écus Romains. Comme il n'est pas d'une belle conseruation , je ne le prendray pas sans vos ordres. Je suis en marché de quelqu'unes des autres médailles que vous me demandez; je les ay fait voir aux maistres que vous m'aués marqué [sic], qui les trouuent bonnes. Comme le prix est raisonnable, je tascheray de les auoir. Les païsans sont deuenus si rafmés en matière de médailles, qu'ils les vandent aussi chères que les autres; il y a mesme de nos antiquaires de Rome qui leur donnent à porter au marché de fausses médailles qu'ils disent auoir trouué en labourant la terre. Ainsi il n'y a rien à faire auec eux. La père Albert n'a pas trouué une médaille de Fortune, mais les a toutes achepté fort chères; il n'y en a qu'une seule qu'il a trouué [sic] à bon compte, parcequ'on en auoit trouué vn plein vase; il en a pris vne vintaine. Comme il vous en porte deux, dont il vous fera présant, je n'en ay point achepté. Elles ne coustent pas deux testons
20 PHIL. RAFFIER A MONTFAUCON
la pièce; elles valoint auparauant vne pistole. On ne parle point encore icy de l'affaire de M'^ le card. de Noaille. M' François de Sène a fait imprimer vne carte généalogique de la maison de Stuard. On a envoyé de France icy vne relation d'un prétandu miracle qu'on dit estre arriué à N. Dame de Lorette, au suiet d'un masque qui n'auoit pas voulu se démasquer deuant le S* Sacrement qui passoit dans la rue. le vous donne auis que ce n'est qu'une pure fable, aussi bien que celle du diable qu'on disoit auoir esté conduit à Rome. Ce bruit s'estoit répandu dans Rome et attira 3 ou 4 milles personnes à la Porte du Peuple pour le voir entrer: Il se trouva que c'estoit vn malhevreux qu'on appelloit le diable, à cause de ses désordres, lequel étant tombé entre les mains des sbirres le firent passer par la ditte porte pour le conduire en prison. La reine d'Espagne continue son chemin par terre; elle deura estre en France quand vous receuray [sic] ma lettre, car elle étoit à Savone dès le commancement de ce mois. On ne fait pas grand état icy du S. Jérosme du p. Marcianay; nos amis mesme nous conseille d'en faire vne 2^« Édition pour corriger la i*^. Je suis, [etc.]
FR. PHILIPPE RAFFIER.
M^ Fontanini vous salue.
Je vous ay achepté, six écus Romains, vn Gordien d'Affrique. Je vous l'enuoyeray par quelque commodité. Je suis en marché pour quelques autres médailles On m'a presanté vn Otton grec de moyen bronze; on en veut au dernier prix 40 écus Romains, qui font en France, le change y compris, presque 200^. Voyé si vous le voulés à ce prix; on le donne à tout eépreuve et à tout examen. C'est vne teste d'Otton couroné de laurier.
PHIL. RAFFIER A MONTFAUCON 21
cette inscription ATT. MAPK oenNO^ KAISSE.
Au Revers, il y a vne teste d'Isis LA. Je viens encore de vous achepter vne Julia Soaemias, qui m'a cousté deux écus Romains et demi. Auant de Tachepter, aussi bien que le Gordien, je les ay faitte [sic] voir à ceux que vous m'aués marqué [sic], qui les ont trouué bonnes.
J'ay trouué auiourd'huy dans vn manuscript grec vn commantaire sur les psaumes, de Théodore d'Héraclée. Je ne le crois pas imprimé. Si vous en auez besoin, faites moy le sçauoir.
Au Révérend
Le Révérend Père Mabillon, très digne Religieux Bénédictin de
l'Abbaye de S» Germain des Prez
à Paris.
Ma trop grande application à conférer, durant quatre jours, Lactance sur les Manuscrits de la Bibliothèque du Roy, il y a 6 semaines, me fit perdre. Mon Rév. Père, l'occasion de vous voir. Je crus que je ne manquerois pas de vous trouuer le samedy, à cause des premières Vespres du Dimanche, et j'eus cependant le chagrin de ne vous y pas rencontrer. Dom Nicolas Nourry, que je priay de vous faire mes compliments, me dit que vous étiez à la terre de M*" le Pelletier, le Ministre. Que son beaufrère, M^ notre Évéque, fait icy de remuemens! Toute sa dévotion consiste dans les Missions et dans la signature du formulaire in ipso sensu
JanseniL Ces deux Messieurs, porteurs de ce billet, pouront vous informer de tout cela fort amplem[en]t. Ce sont deux excellens prêtres, bons humanistes, philosophes et Théologiens, gens de mérite, de vertu et de piété; j'en peux rendre bon témoignage, étant leur voisin et les connoissant très particulièrement. Ils sont tous deux capables de faire de bons catéchismes, prônes et exhortations. Ils quittent notre Diocèse à cause de la persécution qu'on y fait à tous les honnêtes gens. Si vous sçavez quelque place qui leur convienne, quelle qu'elle soit, vous les obligerez de la leur indiquer et me ferez un très sensible plaisir. Le prélat est à plaindre de suivre le conseil des ennemis de la vérité et de la paix et de se faire tympaniser par tout. On en a fait plusieurs chansons qu'on chante même dans les rues. Il doit passer au premier jour par Paris pour aller à Amiens à son Abbaye de St Jean. On luy feroit un grand bien d'engager Monsr. le Pelletier, le Ministre, de l'avertir de modérer un peu son zèle. Il quitte son Église Cathédrale un jour de pentecoste pour assister à des mommeries. Enfin, il écarte tous les bons sujets de son Diocèse et il y admet des malheureux et des scélérats, que Mr le card. de Coislin auoit refusez. On peut dire auec vérité Egressa est à filia Sion omnis décor ejus; mutatus est color optimas, dispersi sunt lapides sanctaariL Si tous les honnêtes gens s'en vont ainsi, il faudra que l'orage tombe sur moy. Faciat Deus quod bonum est in oculis suis. Je vous supplie très humblem[en]t de prier le Seigneur pour notre pauvre Église et pour celuy qui est, [etc.]
Je vous supplie de Votre très humble et très
ne me point nom- obéissant serviteur L. B.
mer à personne.
Je reçoy quelques nouvelles du saint désert que je mande à Dom Ruinard, qui vous en fera part. Elles sont affligeantes, mais en même tems consolantes dans nos tribulations présentes et avenir.
Notre prélat a en teste et a résolu de faire signer le Formulaire à tous les Chapitres de Chanoines et à toutes les Communantez. Ainsi vos pères de Bonnenouvelle n'en seront pas exempts. Mais de quoy s'avise-t'il? M^ de Chartres, tout zélé qu'il est, ne va pas la moitié si loin . . Le tout se termine chez luy aux jeunes Ecclésiastiq[ues] du séminaire pour les Ordres, et aux nouveaux Bénéficiers qui demandent des Visa, Jamais on n'a vu homme aller si vite en besogne.
A Orléans, le 2 Juillet 1707.
Dans toutes les thèses qu'on a soutenues icy depuis deux mois^ Jansenius a été mis en parallelle auec Luther et Calvin, et dans une on l'a fait encore plus grand hérétique qu'eux.