‹ Lettres du Bosphore: Bucharest, Constantinople, AthènesChapitre 2 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ces lettres ont été écrites pendant un séjour de plusieurs années à Constantinople (1875-1878). J'ai pris et repris ce travail souvent à de longs intervalieS) dans les rares instants de repos que me laissaient des fonctions élevées et laborieuses. Il a été ma seule distraction parmi bien des soucis et I>ien des tristesses. Les merveilleux spectacles de la nature dans ce pays du soleil y l'étude d'une civilisation qu'il est plus facile de critiquer que de comprendre, m'ont attaché et m'ont ému t j'aimais échapper, de loin en loin, pendant quelques heures, aux préoccupations des affaires diplomatiques, et 611 présence d'un Empire ébranlé, d'un peuple en . détresse, d'une des grandes crises de l'histoire, je cherchais un peu de calme dans la contemplation des paysages, des monuments, des races diverses et des Qiœurs dont j'étais entouré. Ce livre est donc entièrement étranger à la politique présente; fidèle aux

devoirs de discrétion et de réserve que ma situation m'impose, je n'ai eu à aucun degré la prétention ou le désir d'y raconter les graves événements dont j'ai été le témoin et d'y rechercher la solution des redoutables problèmes qui se posent sur le Bosphore. Si j'ai présenté çà et là quelques observations sur les caractères généraux de la société, comme j'y eusse été conduit en parlant de tout autre pays, du moins ai-je toujours été animé des sentiments les plus sympathiques envers l'hospitalière nation ottomane et du plus profond respect pour la personne d'un souverain éprouvé par tant d'infortunes.

Puissé-je rencontrer auprès de la critique la même bienveillance que par le passé, auprès du public le même accueil favorable qu'avaient obtenu mes précédents essais I Je serais heureux si j'avais pu rendre les ineffaçables impressions que j'ai ressenties pendant mon séjour dans ces contrées lointaines, indiquer, si faiblement que ce fût, la splendeur des choses , les détails de la vie , la réalité si souvent semblable au rêve, et avoir donné quelque intérêt à ces études, soit pour ceux qui n'ont point vu les paysages et les scènes que je retrace, soit pour ceux dont mes récits ranimeraient les souvenirs.

Page 1