‹ Lettres du BrésilChapitre 13 sur 18 · pour les ports de la Manche et du nord de l'Europe · texte numérisé non relu

pour les ports de la Manche et du nord de l'Europe

260.064 pour les ports de la Méditerranée. Londres a reçu 245.000 sacs

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Hambourg, l.j8.000 sacs

Le Havre, Gl.OOO —

Anvers, 43.000 —

Bordeaux, 3.325 —

Trieste, 118.000 —

Marseille, 104.000 —

En additionnant les quantités afférentes à nos trois ports, nous trouvons un total de 168.000 sacs importés en France qui ne dépasse que de 10,000 sacs la quantité importée dans le seul port de Hambourg : c'est là qu'est le danger.

La France achète au Brésil pour 82 millions de francs.

L'Angleterre achète au Brésil pour 128 millions de francs.

La France vend au Brésil pour 96 millions de francs.

L'Angleterre vend au Brésil pour 176 millions de francs.

L'Allemagne vient ensuite ; elle est à craindre, parce que les Allemands émigrent; il en est de même pour les Italiens. Tous apportent des habitudes et des besoins qu'ils ne peuvent satisfaire qu'en s'adressant à la mère-patrie.

Les chiffres sont éloquents, sans doute, mais il est des choses qu'ils ne sauraient exprimer. La France, qui ne vient dans les statistiques qu'au second rang, et tout juste, a au Brésil une situation exceptionnelle, morale surtout, dont nous n'avons pas su profiter et dont nous devons tirer un meilleur parti. Nous ne pouvons envoyer des émigrants; fournissons des capitaux. Suivons^^l'exemple des Anglais : développons notre commerce avec ce pays et créons-y des entreprises. Le capital anglais employé au Brésil s'élève à près de 2 milliards et demi, représentés par le capital des maisons de

commerce, 33 millions de livres sterling placés en rentes brésiliennes, 10 en chemins de fer, 4 dans des compagnies de navigation, 3 1/2 en câbles télégraphiques, 2 dans des banques, etc. Les Anglais, gens bien renseignés, ont généralement réussi à mettre la main sur les meilleures affaires ; c'est ainsi qu'une compagnie anglaise est propriétaire de la ligne ferrée de Santos à Jundiahy, qui donne des dividende^ de 20 à 22 0/0 et qui est peut-être l'entreprise de chemins de fer la plus lucrative du monde entier. Les Anglais sont les maîtres du marché financier de Rio ; ils font la hausse et la baisse du change avec cynisme. Devenus tout-puissants, ils ont comme toujours dépassé la mesure; ils ont trop tendu la corde ; il est aisé de constater ici une fatigue universelle; on ne veut plus d'eux ni de leurs capitaux. Sans doute, il serait vain

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pour le moment de chercher à les déloger des positions qu'ils occupent; mais il n'est pas impossible de les empêcher d'en conquérir de nouvelles.

Le conflit anglo-portugais n'a pas été pour détendre les rapports entre Anglais et Brésiliens; les Portugais sont nombreux, riches et puissants au Brésil; le Brésilien a pour le Portugal des sentiments presque filiaux.

Aussi la lassitude que le Brésil éprouve de l'Anglais est-elle devenue presque du dégoût. Le chef du gouvernement provisoire disait récemment, dans des circonstances qui donnent à ses paroles une grande portée, qu'il ne voulait plus fournir d'emploi aux capitaux anglais, que le Brésil en était saturé et qu'il désirait vivejnent attirer les capitaux français.

Le maréchal Deodoro était l'interprète fidèle du sentiment général. C'est un cri

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universel : pourquoi les Fiançais ne viennentils pas étudier ce pays où ils ont la partie si belle ? J'avoue franchement qu'ils n'ont pas (l'excuse.

La situation morale de la Franco en ce pays est exceptionnelle, disais-je. A cela il y a une foule de raisons. Les Brésiliens ont coutume de dire :1a nation française tient la tête des races latines; c'est d'elle que nous relevons. — Depuis la proclamation de la république au Brésil, il semble qu'un lien nouveau se soit formé entre les deux pays. La langue française se parle à Rio-de-Janeiro, dans le monde des affaires et le monde ofGciel, presque autant et aussi couramment que le Portugais. Le français est un instrument indispensable aux Brésiliens pour communiquer avec le reste du monde. L'enseignement dans les écoles d'enseignement secondaire, dans les écoles industrielles, dans les

Facultés (1), se fait avec des livres français.

Notre langue est très répandue dans le Brésil tout entier : c'est un des premiers éléments de l'éducation pour les classes cultivées. Les sympathies pour la France sont très vives et très actives :je pourrais citer bien des exemples qui prouvent que les Brésiliens, dans leur amitié pour nous, ne s'en sont pas tenus et ne s'en tiennent pas aux paroles. La presse nous est généralement sympathique; elle emploie un matériel, du papier français. Les librairies sont peuplées de livres français : tous les moyens de propagation de la pensée sont au service des idées françaises.

Et c'est le cas de reproduire la devise de

(1) Un libraire de Bahia envoyait dernièrement à un éditeur de médecine de Paris, avec lequel il n'avait jamais eu de rapports, un chèque de 17.000 fr. pour recevoir par retour du courrier un approvisionnement de livres de médecine.

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lAlliaiirr l-Vaiiraisr : « La laiiLin»' IVaiiraisc «loniif tics liabil.udfs fianraisos: les liabiluilrs Irançaises amèiKMil Tachai des produits français: celui (jui sail le Iranrais devioni leclicnl lie la France. » Cela est si vrai (|u"il m'es! souvent arrivé de ni'enlendre dire par des commerçants brésiliens : « nous repoussons le plus que nous pouvons les offres incessantes et pressantes des Anglais, des Allemands, tant que nous avons le moindre espoir de trouver le moyen ou l'occasion dr nous adresser à des Français. Mais les Français ne nous les offrent guère. »

Comment faire pour répondre à cette attente, pour exploiter ce terrain si bien j)réparé ? Autrement (jue nous n'avons fait jusqu'ici.

Nous i)ourrions, nous devrions doubler notre commerce ave<' le lirésil. La première condilionesl d'rlM.lier les goùlsel les usajres

LKTTUF.S 1)1 l'.KKSII. j;,.',

(lu [)ays ; la seroudc de s"\ ronloniicr. Nus fabricants un doiveiil pas so croire «léslioiioi'és pour produire el nos commerçants pour vendre à l'usage des néoTesses et des mulâtresses des objets de mauvais goût ; ils doivent admettre (|ue le g'oùt cliange avec la latitude et la couleur de la peau. Nos négociants doivent se décider à accorder à leurs clients brésiliens des crédits plus longs; le terme de 1)0 jours, qu'ils imposent généralement, est trop court. La douane au Brésil est lente et négligente; il arrive, si les traites sont à trois mois, que le destinataire est obligé de payer l'envoyeur avant d'avoir ouvert ses caisses. Les Anglais et les Allemands accordent six mois de crédit.

Enfin nos commerçants doivent envover sur plac<' des gens intelligents, sérieux et actifs. Les résultats ne se feront pas attendre longtemps. Une grande maison de

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cordonnerie de Paris envoie il y a quelques mois au Brésil un représentant. A peine arrivé il constate que ses articles ne répondent pas aux goûts et aux habitudes de l'acheteur brésilien. Il achète quelques échantillons do ce qui se vend le plus couramment, repart, fait fabriquer, revient l'année suivante et recueille du premier coup 200.000 fr. de commandes.

Le champ n'est pas ouvert qu'à nos commerçants ; il l'est également à nos capitalistes, à nos industriels, à nos ingénieurs. Des sociétés françaises devraient entreprendre de grands travaux au Brésil : il y d'excellents placements de capitaux à chercher et à trouver. Une seule compagnie française représente au Brésil l'industrie française : c'est la compagnie des chemins de fer Brésiliens (Dyle-Bacalan). Elle a construit une ligne très difficile, une des plus pittoresques

(lu monde entier par la contrée quelle traverse et une des plus curieuses par ses travaux d'art qui n'ont rien à envierau Saint-Gothard : cette ligne, qui a un grand avenir, rejoint un port de l'Atlantique, Paranagua, à Curityba la capitale de la province du Parana, en franchissant la terrible Serra do Mar. La compagnie des chemins brésiliens a obtenu une nouvelle concession en 1889 : elle doit construire des prolongements dans deux directions au Nord et au Sud, sur une longueur totale de 220 kilomètres. Le tracé du Sud doit rejoindre plus tard, après un parcours de 900 à 1000 kilomètres, le chemin de fer de Porto-Alegre à Uruguayana, port intérieur sur l'Uruguay, et constituer ainsi un circuit complet allant de Paranagua, sur l'Océan, à l'embouchure de la Plata, en enveloppant les provinces de Parana, Santa-Catarina,Rio-Grandedo-Sul et l'État de l'Uruguay. La compagnie

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lVaii»;;iisf des cliciiiiiis de Icr lin'silieiis aura sans ilduif bcaucmij) de jiciiic à li-miNcr <;ii France los ra|»ilaux nrcossairos : les capitaux ne nianquciil pas dans iiolic pays, mais ils sont timides on avcutilcs. Kl cependant cotte ligne traverse un pavs dinic Icrlililé adiiiirajjlt', sons un climat sain, compai-alde aux plus sains el aux jdus doux dKui'ojie.

\ ne autre société frauraise a cnnsli'nit. dans la |)r(i\iiice de Kio-tîiaiide-dd-Sul. un (diemiu de fer de ."iOO kilomètres entre les villes de Hic-Grande et de Jîatié. Klle est concessionnaire, ou bien piès de l'être, dune entreprise considérable, le poi'f de Hio- (jrande. 11 s'agit de creuser la barre (pii est ensablée, pour ouvrir à l'une des provinces les plus riclies du lîrésil, où la cnllm-e des céréales el rélève du bélail donnent déjà de grands jirolits, mais (pii ('toiiire faute dexutoii-e. un dédxiuelié sui' l'Océan. T. es travaux.

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évalu(''S ù 7.") inillions de francs, seront répartis sur 7 années, Ils seront jjayables par Je gouvernement central etlaprovinceau fur et à mesure do leur avancement. Celte société trouvera-t-elle des capitaux en France? Pour son chemin de fer de Rio-Grande à Bagé, elle y lit une tentative, vaine d'ailleurs. Aujourd'hui, la lignecsl entre les mains d'une compagnie anglaise, et, hien qu'achevée depuis peu de temps et exploitée dune façon peu rationnelle, elle fait ses frais. Les recettes couvrent les dépenses, l^e capital employé jouit dune garantie de 7 0 0 en or payée régulièrement par le gouvernement brésilien. Si cette compagnie de chemin de fer était restée française, connue le port va sans doute être creusé pardes Français, linlluence française aurait pu devenir considérable dans cette grande et riche province de Rio-Grande.

Une autre société française, la société française des lolégraphes sous-marins, a envoyé un agent à Rio-de-Janeiro vers la fin de i889. Il venait demander utie concession dont l'objet est de relier télégraphiquementle Brésil, c'est-à-dire Rio-de-Janeiro, a New- York et de là avec le réseau général. Il a obtenu laconcession, battant les Anglais et les Américains, grâce à ce qu'il était sur les lieux et entré en rapports directs avec les membres du gouvernement. La ligne télégraphique à créer empruntera les lignes terrestres brésiliennes jusqu'à Para, de là ira rejoindre les câbles (juo la société possède déjà aux Antilles et qui seront 'prolongés au Mexique pour rejoindre et emprunter les lignes côtières des Etats-Unis. La société française pourra peutêtre, dans quelques années, faire concurence à la ligne anglaise qui relie le Brésil àl'Europe et fait payer la taxe exorbitante de 10 fi.jjar

mot. A peine l'agent de cette société avait-il conclu cette affaire qu'une foule d'autres se sont offertes à lui ; telle ville lui demande d'établir la lumière électrique : on lui propose de relier Santos et Saint-Paul par le téléphone.

J'ai cité quelques exemples pour montrer ce qui a été fait; il reste encore bien plus à faire. La capitale, Rio-de-Janeiro, ne peut rester dans l'état actuel; elle doit être assainie. C'est une question vitale pour le Brésil même : l'immigration est nécessaire à ce pays; or, tant que Rio conservera la réputation d'une ville malsaine, tant que des efforts très sérieux n'auront pas été faits pour rendre les retours d'épidémie impossibles, le courant migratoire passera aularge,se dirigeant vers la Plata sans se ramifier en route au profit de Rio-de-Janeiro. Tout le monde semble d'accord sur ce point : il y aura donc avant

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loiiglt'in|)S (le uraiitls Iravaiix de Vdirio à enlroprcndi'c ici; ni l-'iaiict'. (tù nuiissoMimcs bien oulilh's. (»ii lions avons rcxpériencc do ros entreprises, ii devrait se former nn svndicat de hanijniers assistésd'inurnienrs (|ni(''lndieraiL l'allaire et demanderait la concession.

Outre Rio-(irandc d'antres ports réclament des agrrandissements. des améliorations, Pernambouc, par ex('nij)lt' : si des Franrais entreprenaient le poil de Pcrnanihouc. les travaux de Hio-de-Janeiro connue ceux de Hio- Grande. riiilhience iVan<;aise iei'ail aloi's d'inmienses progrès.

Il inauipie au |{r<''sil tnie liancpie frauraise Le moyeu de <lév(dopper facilement, rapidement nos alïaires, si nous n'avons pas une baïujue à nous'.* l^es Auiilais ont j)lusieurs ban(jues; les .Mleiiiaiids ont la leur, (jiii est puissante.

Coniment de\ i"ons-iious |ii'iM-éder jninr en-

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