IMPRIMERIE NATIONALE
M DGGC LXXX1X.
AVERTISSEMENT
Ce volume comprend les lettres écrites par Mazarin depuis le commencement de l'année i65a jusqu'au commencement du mois d'août i 653. Elles se rapportent principalement aux derniers troubles de la Fronde, qui se termine à Paris au mois d'octobre i652, époque où le Roi rentre dans sa capitale, rappelé par tous les bons citoyens (ai octobre). Les agitations continuent encore quelque temps en province, surtout en Bourgogne, en Provence et en Guyenne; elles sont enfin apaisées par la soumission de Bordeaux, à la fin du mois de juillet i653. La période historique qu'embrasse ce volume peut se diviser en quatre parties, dont il faut indiquer sommairement le caractère, en montrant ce que les lettres de Mazarin ajoutent aux renseignements fournis par les Mémoires du temps.
La première subdivision s'étend de janvier 1 65 2 au commencement de juillet de la même année. Mazarin, rentré en France à la tète d une petite armée, rejoint la Cour à Poitiers à la fin de janvier 1602 ; il reprend immédiatement la direction des affaires, et tandis que le comte d'Harcourt bat Condé dans l'Aunis et la S;iintonge et le poursuit en Guyenne, le Cardinal soumet l'Anjou révolté et marche vers Paris. Turenne, chargé du commandement de 1 armée royale, sauve la Cour à Bleneau, bat les troupes des princes à Êtampes et les poursuit jusqu'à Paris. Pendant ces opéra-
A mprwHrntL nattonale.
h AVERTISSEMENT.
lions militaires, Mazarin entretient une correspondance active avec quelques Parisiens qui soutiennent la cause royale; le plus dévoué est l'abbé Fouquet1. Basile Fouquet, frère du procureur général Nicolas Fouquet, était un homme d'action, sans scrupules, capable de lutter d'intrigues, de ruses et de violences avec les chefs de la Fronde. C'est lui que Mazarin charge de payer les auteurs de libelles qu'on doit opposer aux Mazarinades, d'exciter les partisans de la royauté et de préparer la rentrée du Roi à Paris. On se croyait assuré du succès à la fin de juin 1662. La victoire de Turenne à la porte Saint-Antoine (2 juillet) eût, en effet, assuré le triomphe de la royauté sans le coup de tête de MUe de Montpensier, qui arracha au duc d'Orléans l'ordre d'ouvrir à Condé les portes de Paris et fit tirer le canon de la Bastille contre l'armée royale. Elle se crut l'héroïne de la Fronde et ne fit que retarder de quelques mois la chute de cette faction anarchique.
Les lettres de Mazarin pour cette période ne confirment pas seulement les détails donnés par les mémoires du temps. Elles montrent le Cardinal préoccupé surtout de combattre la Fronde parla presse2 et de ramènera la cause royale l'opinion publique. En même temps, il cherche à s'assurer la bourgeoisie parisienne en recommandant le paiement régulier des rentes de l'Hôtel de Ville0, en flattant le Prévôt des marchands et le conseiller de La Barre, son fils4.
Parmi les auxiliaires qui secondèrent ie plus activement Mazarin à cette époque, il ne faut pas oublier une princesse dont les contemporains ont vanié 1 esprit et le caractère, mais dont le rôle politique serait peu connu sans les lettres du Cardinal. La Palatine, \nne de Gonzague, avait déjà, en i65i, exercé une influence
' Voy. en tête des Additions et Corrections ' Ibidem, p. 58. &18, U 19.
une note sur l'abbé Fouquet. ' Ibidem, p. 5g, 60, 71,89, loi, io5 ,
2 Voy. p. 73, 84, i3i île ce volume. 107, i3o, i3a, 1 33.
AVEKTISSKMENT. ni
considérable. Elle avait travaillé avec plus de zèle que de succès à réconcilier Gondé avec la Cour1. Trompée dans ses espérances, elle s'était tournée vers la vieille Fronde et avait uni Retz, la duchesse de Chevreuse et le marquis de Châteauneuf avec la Reine et Mazarin pour combattre Condé2. Enfin, en i65a, elle parvint à gagner le seul général qui lût capable de tenir tète à un aussi grand capitaine que Condé. Dès la fin de 1 65 1 , elle avait, par le conseil de Mazarin3, entamé des négociations pour attacher au parti de la Reine le duc de Bouillon ctTurenne, son frère. Elle \ ivussit en i65a . et Turenne se rendit à Poitiers presque en même temps que Mazarin (fin de janvier îGSa)'1. Le duc de Bouillon entra dans le conseil du Roi, et Turenne ne tarda pas à prendre la direction des opérations militaires. La Palatine rendit encore un service signal»' à Mazarin en déjouant, comme on le verra plus loin, les intrigues de Retz en septembre 1 6 5 2 .
\u milieu de ces négociations et des luttes contre la faction des princes. Mazarin ne perdit jamais de vue les intérêts de la France. Pendant que Condé et la duchesse de Longueville traitaient avec lEspagne et s'alliaient avec le duc de Lorraine, Mazarin négociait pour arrêter la marche de Charles IV et s'efforçait d'épargner à la France les ravages des bandes de pillards que le duc de Lorraine traînait à sa suite5. Le Cardinal ne cessait de s'inquiéter du sort de Gra vélines et de Dunkerque0, que menaçaient les Espagnols. Cette sollicitude pour la France est vivement empreinte dans ses lettres, et a été oubliée ou ignorée par les historiens.
: \ oy. dans le tome IV des Lettres de Ma- 3 Com|>. p. 887, 899. /109 des Lettres de
zarin les pages 2.5 1 , 279 , 3o 1, etc. Mazarin publiées par M. Ravenel.
' Je renvoie pour les détails au mémoire \ Voy. p. 3o de ce volume,
que j'ai publié dans le Compte rendu des ' Ibidem, p. ko, 43 . 64, 67, 7/1, 111,
séances de l'Académie des sciences morales 1 1 5 . 119,121,125.
et politiques (janvier 1888). ' Ibidem, p. 91, 95.
.v AVERTISSEMENT.
N'ayant pas réussi à soumettre Paris en juillet 1602, le Cardinal prit le parti le plus habile. Voyant que les princes déclaraient que c'était à lui seul qu'ils faisaient la guerre, il se condamna à un nouvel exil et laissa la Fronde des princes se ruiner par ses violences. Cette seconde période s'étend du mois de juillet 1 6.33 jusqu'au 21 octobre de la même année. Elle présente le triste spectacle de la tyrannie des princes dans Paris : incendie et massacre de l'Hôtel de Ville, proclamation d'un gouvernement illégal, dont le duc d'Orléans était le chef nominal et Condé L'âme et l'épée, impôts arbitraires qui écrasent et irritent la bourgeoisie, Espagnols et Lorrains appelés par les princes et dévastant les environs de la capitale. Ces violences provoquèrent une réaction salutaire : les Parisiens s'unirent pour secouer un joug odieux, et, secondés par l'armée royale, chassèrent les troupes étrangères. Condé s'éloigna avec le duc de Lorraine, et le Roi rentra dans Paris (2 1 octobre 1 652), pendant que le duc d'Orléans était forcé de se retirer dans son château de Limoux et ensuite dans son apanage de Blois.
La correspondance de Mazarin pendant cette période est des plus importantes; elle prouve que, bien loin d'appeler les ennemis au cœur de la France, comme on l'a prétendu, il engagea les ministres et les généraux à les repousser '. Il surveillait en même temps la conduite de Retz, qui voulait profiter de son absence pour s'emparer du pouvoir2. Ses confidents , Le Tellier. Servien, la Palatine, lui rendaient compte du voyage de Retz à Compiègne et déjouaient les intrigues de cet ambitieux. Leurs lettres rectifient les mensonges de ses Mémoires sur les négociations secrètes de
' Voy. p. i53. i54, 159, 1 63, 1G6, etc. — 2 Pages an, -a3<), 260, nbo, 269, elc.
kVERTISSEMENT. v
Compiègne en septembre 1609. C'est un point sur lequel il est d'autant plus nécessaire d'insister, que les éditeurs des Mémoires de
Retz, même ceux qui ont ajouté le plus de notes au texte, ont accepté sans contestation une relation écrite prés de vingt ans après les événements. Relz y raconte qu'après les réceptions of- Bcieiles, il eut dos conférences secrètes avec la Palatine, Le Tellier et Servien, par ordre de la Heine. Il s'y représente comme chargé d'une mission confidentielle par le duc d'Orléans et raconte qu'il proposa, de la part de ce prince, de faire revenir le Roi à Paris et de rétablir la paix dans le royaume, pourvu que le duc d'Orléans pût se retirer dans son apanage et y vivre paisiblement '. Il ajoute ([lie les ministres présents lui firent des objections, qu'il traite de galimatias'2; mais il dit que la Palatine approuva les propositions du duc d'Orléans et les trouva très raisonnables. 11 faut opposer à ce récit un document d'une authenticité incontestable. Dès le lendemain du départ de Retz, la Palatine adressait à Mazarin un récit de ces négociations, où elle exprime des sentiments très différents de ceux que lui prêtent les Mémoires. Après avoir dit que Retz demandait qu'on s'occupât d'abord du parlement de Paris et des intérêts de Gondé, la Palatine ajoute 3 :
Voilà à peu près ce que les Docteurs ' nous ont mandé par les Muets; mais
Mémoires, t. IV, p. 35 1 et 353 do l'édilion des Grands Ecrivains de la France.
- Ibidem, p. 35a. J'ai cité dans Y Histoire de France sous le ministère de Mazarin , t. Ier. p. 2f)3 etsuiv.. ries extraits de la lettre de Le Tellier, qui rendait compte à Mazarin de ces conférences.
3 La lettre autographe de la Palatine se trouve aux Affaires étrangères, France, t. 884, f" 345 et suivants.
Les mots Docteurs et Muet» désignent
Retz. La phrase signifie : Voilà à peu près ce que nous a dit Retz. Les noms propres sont remplacés, dans celte lettre, par des pseudonymes; mais la clef, publiée par M. Ravenel, permet d'expliquer ce langage de convention. J'ai mis, pour la première citation, la traduction des pseudonymes en note, et ensuite dans le texte entre [ ]. Il arrive souvent que deux pseudonymes, mis à la suite l'un de l'autre, ne désignent qu'un personnage; ainsi le (Ael et la Mer sont synonymes
AVERTISSEMENT
comme l'on a veu si peu do sûreté à l'esgard du Ciel1, du costé des Faciles *, et que l'affaire de la Confusion3 est troj» importante pour la bazarder sans de plus fortes cautions 4, l'on en est venu à concerter seulement les moyens de porter 12'5 dans le devoir, et sur cet article, les Muets [Retz], les Docteurs | Retz] , le Fidèle6 et la Momie1 ont eu une conférence ensemble8. Les Muets [Retz] s'estoient obligez de faire, dans trois jours, tout ce qui se peut par ses gens dans 12' [Paris] pour porter les choses en un point qui puisse estonner [es Faciles [le duc d'Orléans] et les Incertains0 et fortifier ceux du parti des Vaisseaux in. Nous verrons si les effets suivront les paroles n, et quoy qu'il en puisse arriver, je juge que toute cette affaire doit servir, du costé du Facile | tlu duc d'Orléans], ou de celuy des Incertains [ de Condé], et que ces derniers en prendront peut-estre plus tost la resolution qu'ils retardent depuis si longtemps, joint qu'il est advantageux de fortifier, dans cette conjoncture, les bonnes intentions des principaux habitans de ÎT [de Paris]; que peut-estre pourraî-on, s'ils font tout ce qui s'en peut espérer, porter les Vaisseaux jusques au Ciel1-, sans avoir besoin des Faciles [du duc d'Orléans], ny des Incertains [de
de Mazarin, les Démons et la Vigne de Barlet, etc.
1 De Mazarin.
2 Du duc d'Orléans.
1 Du parlement de Paris.
' Ainsi la Palatine reconnaissait, que les propositions de Retz devaient être écartées, bien loin île les approuver.
5 Le chiffre 12' signifie Paris.
6 LeTellier.
7 Servien.
8 Ce fut une seconde conférence, comme l'écrit Le Tel lier à Mazarin. La Palatine y assista; il y fut surtout question des moyens d'exciter à Paris un mouvement en faveur de l'autorité royale. Retz ne parle pas, dans ses Mémoires, des propositions qu'il fit aux ministres et à la Palatine de se servir de ses partisans pour fortifier l'autorité du Roi dans Paris. Nous ne connaissons ces propositions que par la lettre de la Palatine.
" Condé.
10 Du Roi.
11 Retz, de retour à Paris, tint, d'après ses Mémoires (t. IV, p. 356 et suiv. de l'édition citée), un langage tout différent : 11 engagea le duc d'Orléans à s'unir étroitemenl avec Condé pour s'opposer au rétablissement de Mazarin. (Voy. surtout la page 366 des Mémoires.)
12 Faut-il conserver au mot Ciel le sens qu'il a ordinairement dans cette lettre, et entendre que le Roi pourrait rappeler Mazarin! La Palatine veut-elle dire simplement que le Roi pourrait triompher sans autre appui que celui des Parisiens fidèles? Quelle que soit l'interprétation que l'on adopte, il est évident que la Palatine souhaite que l'autorité royale se relève sans l'intervention du duc d'Orléans, ni du prince de Condé. ni de Retz, mais seulement par un mouvement spontané des habitants de Paris. Ce serait. à ses yeux, le meilleur parti, et ce fut. en effet, celui qui fut adopté.
AVERTISSEMENT
Coudé] . non plus que des Docteurs [Hetz], ny ÙB&Mwto | Hetz j ; ce qui seroit bien le meilleur party.
LesilmM1 cepeadant ont tellement faicl cognoistre aux Muets [Retz] qu'il n'y a rien à espérer, sy le Facile [le duc d'Orléans] n'a tout à bon (s/c)recours au Ciel [h Mazarin ) et ne se met en estât de nous asseurer, par les voyes solides, que la Mer3 sera lousjours calme, et lui a faict'1 envisager tant de choses à craindre pour les Muets [Hetz], sy les Incertains [Condé] ont l'advantage d'accommoder les affaires, qu'ils [les Muets, Retz] se sont résolus de faire les derniers efforts à Rome5 pour porter tout de bon cette1 grande ville" à faire ce qu'elle doit, et à ne nous plus parler avec toutes les précautions qu'elle a gardées jusques à celte heure à l'esgard du Ciel [de Mazarin]7.
Les Docteurs [Retz] n'ont pris de temps, pour cet eft'ect, que jusques à lundy \ dons lequel ils nous doivent rendre une response décisive de ce qu'ils auront pu faire de ce costé-là 9. Ainsy, j'estime que, dans huit jours, Y Homme du bois lu verra clairement tout ce qui se peut attendre du côté des Faciles [du duc d'Orléans] , ou de celuy des Incertains [de Condé] ; et au cas que le Ciel ( Mazarin | et la Mer [Mazarin] n'y trouve11 rien de bon, je crois que les véritables serviteurs àeZabahot (sic)12 luy doivent conseiller hardiment d'envoyer Y Homme du bois [Mazarin] auprez de Zabahot [la Reine], au premier prétexte qu'il est
1 Le pseudonyme les Anges désigne la Palatine; on voit bien, par ce passage, qu'elle assistait à la seconde conférence.
2 Celte locution équivaut à tout de bon.
3 Mazarin.
Ml y a bien a faict au singulier, quoique le sujet les Anges soit au pluriel; mais ce sujet est loin du verbe, et la Palatine, que désignait le pseudonyme, a songé au sens plus qu'aux mots, les Anges n'indiquant qu'une personne.
5 C'est-à-dire, auprès du duc d'Orléans. Rome est un des pseudonymes de ce prince.
6 Le duc d'Orléans, identifié avec Rome. Retz ne dit pas un mot des instances
que lui fit la Palatine en faveur de Mazarin ni des engagements qu'il prit, comme on le voit par la suite de cette lettre , pour agir dans le sens indiqué par Anne de (îonzague.
3 Ce lundi répond au 16 septembre. Retz avait quitté Compiègne le i3 du mèm; mois.
9 Retz ne put ou ne voulut pas provoquer de mouvement populaire en faveur du Roi. Ses Mémoires ne parlent des assemblées de Paris, qu'il ne dirigea pas, qu'avec une ironie où perce son dépit (Me'm., t. IV, p. 079-380, de l'édit. citée), ff Toute cette compagnie fut buée, comme on hue les masques», dit-il, en parlant de la réunion convoquée au Palais Royal le -îh septembre, où le parti royaliste avail demandé le retour de Louis \IV.
10 Mazarin.
1 Trouve est au singulier, les deux pseudonymes ne désignant qu'une personne. conme plus haut pour les Anges.
" La Reine.
vin AVERTISSEMENT.
aisé dn faire naislre, sans donner le temps aux malintentionnez de rallier tous les ennemis du Ciel [de Mazarin] ensemble, et de faire mille desseins et mille <;i!)ales qui seront beaucoup plus difficiles à entreprendre quand le Ciel [Mazarin] nous protégera et qu'il veillera sur nous. En ces choses-là, les moments sont précieux, et quelque fidélité qu'on attende des amis, ils peuvent bien s'empescher d'eslre corrompus; mais ils ne peuvent pas oster les espérances et empescher les desseins, dont l'Homme du bois [Mazarin] peut oster les pensées quand il aura renvoyé la Mer [Mazarin] auprez des Séraphins (s^c)1.
Vous estes sans doute averti de toutes les intrigues de Perpignan1 et du Bon Valet3 et de quelques autres. Les apparences sont assez grandes qu'il se pratique quelque chose entre ces gens-là. La Momie [Servien] vous escrira ce qu'il en pense, et moy, je vous supplie d'estre asseuré que je seray éternellement ce que je vous ay promis.
Aussytost que l'on aura la response des Muets [de Retz] sur le Facile [le duc d'Orléans], l'on enverra l'homme qui est icy en porter les nouvelles à la Mer [Mazarin].
La différence entre les mémoires de Retz et la lettre de la Palatine s'explique surtout par la vanité de ce cardinal, qui navait eu dans ces conférences qu'un rôle de dupe. Il savait parfaitement qu'il avait échoué à Compiègne et que la Cour s'était moquée de lui. Pour se venger, il attribuait le résultat ridicule de cette ambassade, si pompeusement annoncée, d'abord aux intrigues des ministres Servien et Le Tellier, et ensuite à la faiblesse de la Reine, qui tremblait, selon lui, devant les créatures de Mazarin. Quant à la Palatine, il connaissait sa capacité; il l'avait lui-même proclamée dans le portrait qu'il a tracé de cette princesse dans ses Mémoires. Pour ne pas se contredire et satisfaire en même temps son amour-propre, il a presque fait de la Palatine sa complice; il la représente, au inoins, comme approuvant ses
' Auprès de la Reine. — ~ Pseudonyme du marquis de Chàteauneuf. — 3 Le maréchal de Villeroy.
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propositions et cherchant à les faire accepter par la Reine. La lettre de la Palatine réfute ces mensonges.
Les mouvements royalistes, que Retz se vantait de provoquer
dans Paris, eurent lieu en effet au mois d<> septembre iG52, mais en dépit de cet ambitieux. Il ne sul ni les diriger, ni les réprimer. Sa rancune s'exhale dans ses Mémoires, où, parlant de l'assemblée royaliste du a/i septembre îGà^, il la compare à la procession de la Ligue et dit quelle "l'ut huée comme on hue les masques1-. 11 se vengeait, par ce nouveau mensonge, des agents de Mazarin, qui s'étaient mis à la tète des bourgeois pour secouer le joug des princes et rappeler le Roi dans Paris.
Il résulte de la correspondance de Mazarin, que ce ministre oe cessa d'encourager et de diriger la réaction royaliste2. Il ;i urait voulu faire plus et venir assister lui-même à la rentrée triomphante du Roi dans Paris (21 octobre i65a). On voit plus dune lois percer ce sentiment dans ses lettres3; mais il l'étouffé bientôt pour se réjouir du rétablissement de l'autorité royale. Il faut ajouter, à son honneur, qu'au milieu de ces luttes intérieures, il ne cessait de songer aux dangers de la Catalogne4, au\ progrès des Espagnols en Italie, et lorsqu'il apprit la perte de Casai et de Barcelone, il exprima sa douleur avec une énergie patriotique : -Je ne sais que vous dire de Barcelone, écrivait-il à Le Tellier5; niais je suis en de grandes transes, M. de Joyeuse, qui vient d arriver de Reims, assurant que la Gazette de Paris parlait de la reddition de ladite ville aussi bien que de [celle] de Casai: mais je vous avoue que, si ces deux malheurs-là sont véritables, j'ai trop de passion pour le service du Roi pour avoir aucune joie de
1 Mémoires de Retz, t. IV. p. 38o. de une lettre du i& octobre 1652 adressée à
i'édit. des Grands Ecrivains de la France. Ondedei.
J Voy. p. 23i, 33q, 35rG. etc.. du pré- ' Ihid., p. 26/i ,3i8, 32i,3/io, 387, etc.
sent volume. ' Lettre du 12 novembre i652, p. ^1 5 7
; Ibidem, p. 37/4 et surtout p. 383. dan- de ce volume.
Ma.1r.1j. — y. r.
HHTIULIUL MTIOT'All.
x AVERTISSEMENT.
ma vie, voyant qu'il est presque impossible de remédier à ceux qui arriveront encore à l'État, et je vous dirai en outre, du meilleur de mon cœur, que Dieu m'aurait fait une grande grâce d'abréger mes jours pour ne me laisser pas voir tant de funestes effets de la rage des mauvais Français1. »
Heureusement Mazarin ne se laissait pas aisément décourager. La constance est un des traits les plus saillants de son caractère; il en fit preuve dans la période qui suit et qui s'étend du mois d'octobre i65a jusques à son retour à Paris, le 3 février 1 653. C'est pour cette époque surtout que sa correspondance supplée aux indications incomplètes des Mémoires du temps. Ils parlent brièvement de cette campagne d'hiver, qui eut pour principaux théâtres la Champagne et le Barrois. Condé, en s'éloignant de Paris, s'était rapidement porté vers la Champagne, avait opéré sa jonction avec les troupes du duc de Lorraine et s'était fortifié par l'arrivée des secours que Fuensaldagne lui amenait des Pays-Bas espagnols. Il s'était emparé de Château -Porcien et de Rethei à la fin d'octobre i652, puis avait attaqué la place de Sainte- Menehould et l'avait prise dans les premiers jours de novembre. Mazarin, qui était à Sedan, se hâta d'appeler au secours de la Champagne Turenne et La Ferté, qui commandaient l'armée du Roi. Il pressait, en même temps, les gouverneurs des villes frontières, tels que de Bar, le maréchal d'Aumont, gouverneur de Boulogne, le comte de Broglie, gouverneur de la Bassée, le duc de Navailles, gouverneur de Bapaume, etc., de réunir toutes les troupes de la Picardie, du Boulonais et de l'Artois pour s'opposer aux progrès de Condé 2.
1 Page 458 de ce volume. — 2 Ibidem, p. /127, 434, 435, 436, 44a, 444, etc.
AVERTISSEMENT. xi
Quoique le Koi l'eût rappelé1 près de lui par une lettre datée du ■>r» octobre et conçue dans les ternies les plus honorables l, le Cardinal resta en Champagne pour bâter la réunion des troupes, les
animer par sa présence el empêcher les ennemis de prendre leurs quartiers d'hiver dans le nord de la France, comme Condé le leur avait promis.
('/est seulement dans les lettres de Mazarin que Ion peut suivre tous les détails de cette campagne, où il fallait fournira l'armée des \i\res et des munitions de guerre et surmonter la rigueur de la saison pendant les deux derniers mois de i652 et le commencement de i65â, L artillerie manquait pour les sièges, et Mazarin ne cessait, dans ses lettres à LeTellier, d'en presser l'envoi ".Malgré tous les retards et toutes les difficultés dune campagne d'hiver, le Cardinal montra toujours une confiance et une fermeté qui se communiquèrent aux troupes. Il réussit à empêcher (-onde d'établir quartiers en Champagne, où il ne conserva que Rethel et Sainlo-Menehould. Il le poursuivit dans le Barrois et lui enleva les places et châteaux de Bar-le-I)uc, de Ligny et de Commercy3. Condé. forcé de se réfugier dans les Pays-Bas espagnols, n'avait plus avec lui que quelques milliers de soldats. 11 parvint, non sans peine, à entraîner de nouveau le général espagnol, Fuensaldagne, et à lui persuader de faire un retour offensif en France (jan • vier i 053). Ils s'emparèrent de Vervins (19 janvier); mais celte place fut presque aussitôt reprise (2 8 janvier), pendant que Condé et les Espagnols étaient contraints de se réfugier en Flandres \ Mazarin aurait voulu faire plus, et enlever aux ennemis Rethel et Sainte-Menehould ; mais la saison était devenue trop rigoureuse, et les généraux, moins intrépides que le Cardinal, furent d'avis
1 \oy. p. 'i.'ii. noie i,dece volume. Ibidem, p. fôg, ôoo. r>07-5o8.
1 Ibidem, p. i8i, 5o-3. 5o'i. 507. 5 1 1 . Ibidem, p. 5a5 et suiv., et en général
5i<>. 5i8, etc. toutes 1rs lettres ilu mois île janvier iGô'i.
xii AVERTISSEMENT.
(raccorder du repos aux troupes, qui depuis trois mois soutenaient une lutte acharnée, étaient épuisées par des marches continuelles et par des sièges que l'hiver rendait plus pénibles. Mazarin dut se contenter d'avoir fait échouer les projets de Condé. Turenne avait eu sans doute la plus grande part à cette rude campagne; mais il serait injuste de ne pas tenir compte des efforts du Cardinal. Sa correspondance avec Le Tellier et avec les généraux prouve combien sa présence et son ardeur contribuèrent aux succès de l'armée française.
Les lettres de Mazarin jettent en même temps quelque lumière sur une question toujours controversée. Je veux parler de ses relations avec Anne d'Autriche. Nous avons, pour cette époque, plusieurs lettres de la Reine au Cardinal. On y voit combien l'absence prolongée de Mazarin lui était pénible. Elle le pressait, avec des reproches affectueux, de quitter enfin l'armée pour revenir à Paris, ce Je ne puis m'empêcher de vous dire, lui écrivait-elle1, que je crois que, quand on a de l'amitié, la vue de ceux que l'on aime n'est pas désagréable, quand ce ne serait que pour quelques heures. J'ai bien peur que l'amitié de l'armée ne l'emporte sur toutes les autres. »
Que répondait Mazarnrà cet appel? Nous n'avons que quelquesunes de ses lettres à la Reine, à laquelle il écrivait tous les jours'2; mais celtes qui nous sont parvenues 3 ne renferment que quelques
1 L'original autographe de ces lettres de m'a commandé de me servir de celle occa-
la Reine se trouve à la Bib. nat. , mss. f. Clai- sion pour vous prier, de sa part, de faire
rambaut, t. n44, f' 89. Il n'y a pas savoir ici le jour que vous pourrez arriver.»
d'autre indication pour celle que je cile que : ' Nous le savons par la lettre de la Reine
ce dimanche au soir; mais la lettre doit être datée du 2G janvier i653 : -J ai reçu vos
datée de janvier i05q. On voit, en effet, lettres tous les jours, lui écrivait-elle, et sans
qu'à celle époque la Reine comptait sur un cela je ne sais pas ce qui arriverait. »
prompt retour du Cardinal. Le Tellier écri- 3 Voy., p. 5icj, une lettre du 20 janvier
vait à ce dernier le i5 janvier i652 (AIT. i653, et p. 566, une seconde lettre à la
étr., France, t. 892, f° 121): rrLa Reine Reine, du t" février.
AVERTISSEMENT. xm
expressions de galanterie noyées dans les détails d affaires, qui absorbaient [attention du Cardinal. Ces lettres ne satisfaisaient pas l'impatience d'Anne d'Autriche. Elle écrivait de nouveau à Mazarin le a6 janvier i653 ' : cr Je ne sais pins quand je dois attendre voire retour, puisqu'il se présente tons les jours des obstacles pour l'empêcher. Tout ce que je vous puis dire est que je m'en ennuie fort et supporte ce relardeinenl avec beaucoup d'impatience, et si i () (Mazarin) savait tout ce que je soutire sur ce sujet, je suis assurée qu'il en serait touché. Je le suis si fort en ce moment, que je n'ai pas la force décrire longtemps, et je ne sais pas trop bien ce que je dis -. -
Ce langage d'Anne d'Autriche (il faut bien le reconnaître) n'est pas celui dune Heine écrivant à son ministre. 11 est impossible de n être pas frappé de l'accent passionné de ses lettres. On ne peut concilier l'amour, dont elles sont un témoignage évident et irrécusable, avec la dévotion sincère de la Reine, qu'en admettant un mariage secret. Nous avons vu que Mazarin lui-même déclarait qu'il n'était pas engagé dans les ordres majeurs'. Rien ne s'opposait à ce qu'il contractât un de ces mariages de conscience, que Ion trouve souvent mentionnés à cette époque. Les contemporains parlent dune union de celte nature entre la duchesse de Ghevreuse, amie d'Anne d'Autriche, et Geoffroy de Laigues, capitaine des gardes du duc d'Anjou, frère de Louis XIV. Les mariages de Louis XIV lui-même avec Madame de Maintenon, du Grand Dauphin avec Mademoiselle Choin ne firent que continuer cette tradition de la cour de France. La mère du duc d'Orléans atteste.
1 Bib. nat. , mss. f. Clairambaut, t. î î 'l 'i , que je nie suis trompé, flans cet ouvrage, en
P 90. cherchant à expliquer le pseudonyme d'En-
1 Je ne donne ici qu'un extrait de celte fiait. J'ai rectitie' cette erreur p. 271, note 2,
lettre. Je l'ai publiée complètement dans le du présent volume.
t. 1", p. 686. de Y Histoire de France sous le ' Voy. le t. IV des Lettres de Mazarin,
ministère de Mazarin. Je dois reconnaître |>. 200, texte et note 1, et p. 207-258.
xiv AVERTISSEMENT.
dans ses lettres1, que Ton croyait, à la Cour, au mariage d'Anne d'Autriche avec Mazarin. C'est un point sur lequel on n aura jamais que des probabilités; mais la correspondance de la Heine avec Mazarin leur donne beaucoup de vraisemblance.
Cette correspondance l'ait aussi ressortir, comme nous lavons déjà remarqué, la différence des caractères d'Anne d'Autriche et du Cardinal. La Reine s'y montre dominée par la passion, que sa première femme de chambre, Mme de Beau vais, ne craignait pas d'appeler furieuse'2. Mazarin, au contraire, est avant tout un politique. S'il prodigue à la Heine des expressions de tendresse et des signes d'amour qui reviennent dans presque toutes ses lettres, on reconnaît aisément que ces formules de galanterie ne sont qu'une satisfaction donnée aux sentiments passionnés d'Anne d'Autriche3.
La dernière partie des lettres contenues dans ce volume s'étend depuis le retour de Mazarin à la Cour (3 février i653) jusqu'à la fio de la Fronde provinciale, qui se termine par la soumission de Bordeaux (3 août i 653), Les principales questions traitées pendant cette époque, dans la correspondance du Cardinal, sont relatives à la guerre de Guyenne'1, à l'arrestation du cardinal de Retz5, aux négociations avec le Pape, dont la partialité pour
1 Édition Brunet, t. Il, p. 3.
2 Voy. p. 79 des Lettres de Mazarin publiées par M. Ravenel , note i .
3 Ces formules mêmes, qui sont banales dans les lettres de Mazarin , ont un tout autre accent dans celles de la Reine. Elle lui écrivait, le 2 4 janvier i653 : <nh [la Reine] ne sera point en repos qu'elle ne sache que 16 | Mazarin] n'a pas trouvé mauvais ce qu'elle a l'ait, puisque non seulement elle ne vou-
drait pas lui déplaire en eflét , niais pas même de la pensée, qui n'est employée guère à autre chose qu'à la chose du inonde qui est la plus chère à O [à la Reine], qui est D- [ Mazarin]. a
" Voy. p. 58i, 584, 5o6, 607, 6i3.
621, G2/1, 626, 627, 634, 656, 6.57 du présent volume.
5 /Wd.,p.48a,483,485,49i, 493.497.
et surtout la lettre du 3 décembre t65->.
AVERTISSEMENT. w
l'Espagne provoquait les plaintes de Mazarin ', aux efforts du Cardinal pour relever l'influence française surtout en Italie'2, hâter les préparatifs de la guerre qu'il fallait soutenir contre l'Espagne !, el enfin former l'esprit et le caractère du jeune Louis XIV, en le conduisant lui-mèine à l'année que commandait Turenne".
G*esl principalement sur ce dernier point que les lettres de 1 653 nous fournissent des renseignements nouveaux. On a souvent accusé Mazarin d'avoir négligé l'éducation de Louis XIV. Le valet de chambre, La Porte, est une des principales autorités sur lesquelles on s'appuie pour adresser ce reproche à Mazarin. Si l'on en croit son témoignage, le Cardinal aurait eu l'infamie de chercher à corrompre le jeune Roi pour le dominer5. Le récit d'un valet il<' chambre, que son hostilité contre Mazarin avait l'ail congédier, ne peut être admis en présence des témoignages de confiance et d'affection que la Reine et Louis XIV ne cessèrent de donner au Cardinal. Comment admettre que Mazarin, coupable d'actes aussi odieux, eût osé exprimer pour Anne d'Autriche el pour son fils les sentiments de tendresse respectueuse dont ses lettres sont remplies0?
On allègue encore, à l'occasion de l'éducation de Louis XIV et de son frère, un passage d'une lettre de la duchesse d'Orléans,
1 Pages 875, 597, 616, 629, 632, Mémoires de La Porte, une anecdote sur
63g du présent volume. l'enfance de Louis XIV, qui rendrait la mé-
! Ibid">n, p. 569, 585, 606, 609, 611. moire du Cardinal exécrable, s'il avait été
Voy. surtout, p. 628 et suiv. , l'impur- coupable du crime bonteux que La Porte
tante lettre à Turenne, en date du 27 juin semble lui reprocher. H paraît que La Porte
1 653. fut trop scrupuleux et trop mauvais physi-
4 Lettres adressées à la Reine, p. 64 1. cien; il ne savait pas qu'il y a des tempé- 646, 6^7, ti'19, (iôo. raments fort avancés. 11 devait surtout se
5 Voy. les Mémoires de La Porte, p. 5i taire; il se perdit pour avoir parlé et pour de l'édit. Michaud et Poujoulat. avoir attribué à la débauche un accident
6 Voltaire, que l'on n'accusera pas de fort naturel." (Siècle de Louis XIV, article partialité pour Mazarin. rejette le témoi- La Porte, dans le catalogue des Ecrivains gnage de La Porte : rr II y a , dit-il, dans les français placé à la lin de l'ouvrage.)
wi AVERTISSEMENT
mère du Régent, Elle dit dans celte lettre, datée de 17161 : tfLe cardinal Mazarin voulait remuer; s il avait fait instruire les deux princes, on ne l'aurait plus ni estimé ni employé. Voilà ce qu'il voulait pre'venir. La Reine-mère trouvait bon tout ce que le Cardinal taisait; il lui convenait, "d'ailleurs, aussi qu'on eût besoin du Cardinal!.!» La mère du Régent, qui n'avait connu ni Anne d'Autriche ni Mazarin, et qui écrivait longtemps après leur mort, ne fait que répéter les calomnies des Mazarinadcs; son témoignage n'a aucune valeur.
Ce qui est plus grave, cest un passage des Entretiens sut >■ I éducation, par M"e de Maintenon, où elle s'appuie sur les souvenirs personnels de Louis XIV. ce Le Roi, dit-elle2, me surprend toujours quand il me parle de son éducation. Ses gouvernantes jouaient tout le jour et le laissaient entre les mains de leurs femmes de chambre, sans se mettre en peine du jeune Roi. » Il faut remarquer que Mme de Maintenon indique formellement qu'il ne s'agit ici que de l'époque où Louis XIV était encore entre les mains des femmes, et on sait que les princes n'y restaient que jusqu'à l'âge de sept ans. Les troubles de la Fronde qui survinrent ensuite condamnèrent la Cour à une vie errante, et ce ne fut qu'après avoir rétabli l'ordre dans le royaume que Mazarin put réellement s'occuper de l'éducation de Louis XIV.
Le Roi avait quinze ans en 1 6 53, au moment où la Fronde fut définitivement vaincue dans les provinces comme à Paris, et nous voyons, par les lettres du Cardinal à la Reine, publiées à la fin de ce volume3, que Mazarin le mena à l'armée dès l'ouverture de la campagne, et commença à l'initier aux détails du gouvernement. Ce fut une éducation en action, qui obtint l'approbation des plus grands esprits de l'époque. Rossuet louait, en i65y,
' Correspondance générale de la duchesse ! Page i/i5 de ledit, de Th. Lavallée.
d'Orléans, édit. G. Brunet. (. Ie', p. 27H. 3 Voy. surtout p. 6/17 et 6^9.
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devant ànne d'Autriche, «cette vie agissante, à laquelle le Hoi B*BCCoiitume dès sa jeunesse*». De son côté, .1.-15. Colberfc; qui
voyait Louis \l\ à l'œuvre, indique, dans son Journal des premières années du gouvernement personnel de Louis XIV -, quels furent les résultats de celle éducation. Il montre les représentants des cours étrangères étonnés de trouver le jeune Roi si bien instruit des relations extérieures et des intérêts politiques de la France. C'est en 1661, à l'occasion de la mission d'un envoyé de la reine de Pologne, Marie de Gonzague, que Colbert parle de la surprise de l'abbé Fantoni. «Sa Majeté l'entretint, dit Colbert', deux heures entières de toutes les affaires de Pologne, avec une si profonde connaissance, que cet abbé ne pouvait pas se persuader qu'oïl prince qui ne commençait à parler d'affaires que depuis quatre mois en pût tant savoir sans une espèce de miracle; mais cet abbé ne savait pas que, pendant la vie du Cardinal, il ne s'était passé aucune affaire de conséquence dont le Roi n'eût été amplement informé. ■•
C'est au commencement de cette éducation politique, qui doit durer jusqu'à la mort de jMazarin, que nous font assister quelquesunes des lettres publiées dans ce volume. On y voit le Cardinal veiller sur le Hoi avec une sollicitude paternelle'4; il écrivait à Anne d'Autriche, en lui annonçant l'arrivée de Louis XIV dans le camp dcTurenne, qu il \ était aussi en sûreté que dans le Louvre'. L armée donnait à ce prince le spectacle d'une escarmouche, où
Panégyrique de sainte Thérèse, prononcé de J.-B. Colberl. Nous espérons que la So-
en présence de la Reine-mère en H).");, ou. ciété do Y Histoire de France donnera bientôt
selon d'antres, en 1 6 5 8 . [Œuvres de Dos- une édition complète de ce précieux docu-
suet, publiées par Firmin Didol . I. III. ment.
I»- âVj.) 3 Ce passage se trouve à la page 488 du
: M. Pierre Clément a publié plusieurs tome VI du recueil de M. P. Clément.
extraits de ce Journal dans le tome VI, ' Yoy. p. 0 '17 et suiv. du présent volume.
I». &6a , des Lettres , Instructions et Mémoires 5 Ibidem, p. n48.
AVERTISSEMENT
les troupes royales mirent en fuite l'avant-garde des ennemis '. Ce qui fut plus important que ces petits faits d'armes, ce fut la présence du Roi à un conseil de guerre, où il entendit les généraux et surtout Turenne discuter le plan de campagne qui devait faire échouer les projets formés par Gondé2. Quelle leçon pour ce Roi de quinze ans, que les contemporains représentent comme doué d'une rare intelligence ô\
En résumé, nous devons à la correspondance du Cardinal pendant les années i652 et 1 653 des renseignements authentiques et importants. C'est ce que nous avons constaté pour les négociations de la Palatine, les relations de Mazarin avec le duc de Lorraine, Charles IV, et pour la guerre contre les Espagnols et Condé, à la fin de 1 652. Enfin les lettres contenues dans ce volume fournissent des preuves décisives de l'intimité de la Reine avec Mazarin et du soin que prenait le Cardinal de développer les qualités dont la Providence avait mis le germe dans l'âme du jeune Roi4.
1 Page 65 i du présent volume.
2 Nous n'avons pas la lettre où Mazarin devait parler à la Reine de ce conseil de guerre; mais nous en connaissons les détails par les Mémoires de Turenne (p. &55, édit. Michaud et Poujoulat). Il ne faut pas oublier qu'il ne nous est parvenu qu'une partie des lettres de Mazarin à la Reine, à laquelle il éci'ivait tous les jours, comme on l'a dit ci-dessus, p. XII, note 2.
3 Le Cardinal disait au maréchal de Gra-
mont, en parlant du jeune Louis XIV : «■ Il y a en lui de l'étoffe de quoi faire quatre rois et un honnête homme, n (Mém. de Choisy, p. 567, édit. Michaud et Poujoulat.) On lit dans le même ouvrage : ^11 se mettra en un peu lard , disait encore Mazarin , mais il ira plus loin qu'un autre."
1 Pour beaucoup de détails , qu'il serait trop long de signaler, je renvoie aux tomes Ier et II de mon Histoire de France sous le ministère de Mazarin.