‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 108 sur 145 · AL DUC DE VENDÔME · texte numérisé non relu

AL DUC DE VENDÔME

Saint-G<Tinain-en-Laye, a'i juin 1 G 5 .'3 . (extrait. )

Par une personne de confiance que nous avons à S1 Sebastien, nous Bçavons que, sur les pressantes instances qui ont esté faictes en Espagne par M. le Prince d'en vo ver un prompt secours par mer, déclarant que, sans cela, Bourdeaux estoit perdu à cause de l'entrée de la flotte du Roy, ion a résolu de faire partir immédiatement cinq ou six vaisseaux avec ordre d'entrer dans la rivière ou de périr. H se pourra donc faire que, l'ordre d'Espagne estant si précis, ces vaisseaux-là sortent du port; mais il y a grande apparence que cette resolution soit fort altérée par celle que le comte du Daugnon a prise1, et que le commandant de cette escadre ne sera pas assez téméraire pour tenter l'entrée dans la rivière. Je voudrois bien me pouvoir imaginer qu'il en peut user autrement; il y auroit lieu, dez à présent, de se pouvoir resjouir avec vous de sa défaite. Je vous prie de faire fondement sur cet advis, parce qu'il est tres-asseuré. Si nous estions assez heureux pour arriver à Bourdeaux (ce que, depuis vostre entrée dans la rivière, on nous faict espérer de tous costez), nous pourrions faire quelque beau projet pour les affaires de Naples. Il faudra retirer du parti des ennemis le plus d'Irlandois qu'on pourra.

En traitant, comme on l'a vu, avec ta Cour el en lui livrant la ville de Brouage et l'île d'Oléron avec les troupes qui y tenaient garnison.

Juin 1 653. .

CGLXXX.

Arcli. nat. , Rs, 5t. — Original signé.

À M. DE TURENNE

Saint-Gf-rmain-en-Laye, 25 juin 16Ô0.

L'on avoit desja prévenu vostre sentiment en envoyant ordre aux troupes de Picardie de costoyer l'armée de Flandres; mais on a depesché en toute diligence, ce matin, le s* de Puymarez1 à M. de Bar, son père, pour luy dire qu'il ne tasse pas partir lesdicles troupes d'auprez de Corbie, si ce n'est qu'il reçoive de vous un ordre contraire, comme vous verrez plus particulièrement par la depesche de M. Le Tellier.

Le Roy a esté obligé de donner ce dernier ordre sur les advis que nous avons receus, ce matin, de tres-bon lieu, portant que les ennemis ont changé leur rendez-vous gênerai, qui devoit eslre sur l'Aisne, au lieu qu'ils en ont donné trois à toutes les troupes généralement, tant d'Espagne que de M. de Lorraine et du prince de Gondé : le premier est assigné dans le Luxembourg, où ledict prince devoit s'acheminer le vingt-trois et le vingt-quatre de ce mois; l'autre, entre Sambre et Meuze, vers Pliilippeville-, où devoit aller le comte de Fuensaldagne, lequel estoit aussy tout prest à partir pour cet efïect, et le dernier se devoit faire au pays de l'Isle (sic) 3 par les ordres du comte de Garcies, qui s'y devoit aussy rendre dans le mesme temps que le prince de Gondé et Fuensaldagne arriveroient aux leurs, le dict comte prenant la place de l'Archiduc4, qui ne doit pas sortir si tost de Bruxelles à cause de quelque contestation qu'il a eue avec le prince de Gondé5, lequel pre-

' Puymarez ou Puymaresl. Je n'ai trouvé ' Lille en Flandres, qui faisail alors paraucun renseignement sur ce fils de Guy de tie des Pays-Bas espagnols. Bar. Quant à ce dernier, on a vu qu'il coin- ' L'archiduc Léopold, gouverneur des mandait une partie des troupes de Picardie. Pays-Bas pour le roi d'Espagne , Philippe IV.

5 Pliilippeville fait maintenant partie du 5 II a déjà été question (p. 591) des con-

royaume de Belgique, province de Namur. testations entre le prince de Gondé et le gou-

DU CARDINAL MAZAIUN.

ifiul qu'on lui a promis qu'en quelque lieu qu'il se trouve, il coinman- Juin »653. dera généralement toutes les forces d'Espagne qui y seront1.

Nous avons aussv advia que la pensée de Fuensaldagne, de concert avec le prince de (-onde, est d'entreprendre promptement quelque chose d'importance sur la frontière, attendant que les bleds soient meurs pour entrer en France, ce comte estant persuadé par ledict prince que, quelque; chose qu'ils veulent faire, ils n'y rencontreront pas grand obstacle, le Roy n'ayant pas, à ce qu'ils croyent, des forces qui osent paroistre devant les leurs'-. Et on nous asseure que Fuensaldagne a parole du prince de Coudé que, en attendant que les bleds se meurissent pour pouvoir entrer en France avec toutes leurs forces, le diel sieur prince travaillera et contribuera de sa personne et de tout son pouvoir à faire réussir les deseeings qu'il voudra tenter pour le service particulier du ro\ d'Espagne.

Je ne doute pas qu'ils ne se trompent dans leur calcul et que Fuensaldagne ne recognoisse bientost que la passion qu'a le prince de Condé de nous voir foibles et nos affaires en mauvais estât l'aveugle, en sorte qu'il est luy-mesme persuadé de ce qu'il désire, et que ce prince prend grand soing à lui faire paroistre tout facile, atin de l'engager plustost à entreprendre quelque chose de hardy, son interest estant de tout faire hasarder aux Espagnols pour tascher, par ce moyen, de trouver quelque ressource à ses affaires et de se mettre en meilleure posture que celle où il se trome présentement.

Personne n'aura, s'il vous plaist, cognoissance de ces advis que je vous donne dans le dernier secret, si ce n'est M. le inareschal de

verneur des Pays-Bas espagnols. Le prince de Tarente, qui servait dans l'année de Condé. dit dans ses Mémoires (p. 168 de ledit, de 1707) que le temps qu'on employa à résoudre ces difficultés -lit que ML le Prince ne pusl entrer en campagne aussi promptement qu'il le désirait».

1 Qui y seront est ajoute de la main de Mazarin.

2 L'armée d'Espagne était forte d'environ vingt mille hommes de pied et quatorze mille chevaux, si l'on en croit les Mémoires du prince de Tarente (ibidem). Turenne reconnaît également dans ses Mémoires (p. /i5'i de ledit. Michaud et Poujoulat) que celte armée était beaucoup plus forte que celle du Roi, surtout en infanterie. (Voy. plus loin p. (3 '18, note 1.)

Juin i653. La Ferté. Au moins, si vous en devez dire quelque chose, vous éviterez qu'on pénètre qu'ils viennent de moy, et vous prendrez tous deux ensemble vos mesures et vos resolutions là-dessus, espérant que, lorsque vous recevrez cette depesche, le corps de Bourgogne ' sera arrivé et que presque tous les regimens de cavalerie qui doivent servir dans vostre armée vous auront joinct, comme aussy les munitions de guerre qui vous peuvent estre nécessaires, et [que] une grande partie des chevaux d'artillerie seront arrivez.

Je crois que le principal but des ennemis, dans les divers rendez-vous qu'ils prennent, est de nous donner jalousie2 de tous costez pour nous obliger à partager nos forces, et pour voir s'il leur pourroit réussir de faire investir par un de leurs corps quelqu'une de nos places, s'y fortifier et y faire joindre d'autres troupes auparavant que nous pussions estre assemblez assez à temps pour la secourir.

Et après avoir faict reflexion particulière sur les advis que nous avons . il me semble que, si la croyance que les ennemis ont de nostre foiblesse les porte à attaquer quelque place, ce doit estre une de celles qui sont le plus prez de leur pays, d'où ils pourront tirer plus facilement leurs vivres; et je ne sçaispas si le prince de Coudé, avec le corps qu'il assemblera dans le Luxembourg, ne pourroit point avoir demandé à investir Thionville, ou quelque autre place de ce costé-là, m'ayant esté dict par une personne de créance que le prince, voulant attirer quelques gens de la frontière de Champagne dans son parti, il leur avoit proposé d'attaquer Sedan, prétendant que ce fust une conqueste assez aysée, quoyque je vous puisse asseurer que M. de Fabert 3 n'est nullement d'accord de cette facilité.

Il se pourroit faire aussy que le corps qu'assemble le comte de Gardes aux environs de l'isle [Lille], qui est composé de presque tous les

' Les troupes qui venaient de mettre fin 3 On a déjà vu que le marquis de Fa-

à la Fronde de Bourgogne par la prise de bert avait le gouvernement de Sedan. (\o\.

Bellegarde ou Seurre. sur ce personnage, qui était un des princi-

3 Donner jalousie a ici , comme on Ta déjà paux confidents du Cardinal, le tome I",

vu, le sens de donner de l'inquiétude. p. 926, des Lettres de Mazann.)

Dl CARDMAL MAZARIN. 631

vieux regimena d'infanterie que les Espagnols ont. investist quelqu'une Juin ioô;< de nos places de ce costé-là, et que les autres corps de Sambre et Meuze et de Luxembourg \ allassent aprea; et c'est par celte raison que l'on a ordonné au s1' de Bar de joindre aux troupes destinées pour vostre année toutes les autres qui sont en Picardie, agissant de concert avec MM. de Mondejeux1 et Broglia (sic)'2, sans partir de là jusqu'à oouvel ordre, observant seulement les mouvemens du dict Garcies et prenant ses mesures sur ce qu'il fera.

Si j'ay quelques autres ad\is plus particuliers, je vous en fera y part en toute diligence, et ce pendant vous pourrez examiner avec M. de La Ferté ceux que je vous donne icy, qui sont tres-seurs, et prendre là-dessus les résolutions que vous jugerez les meilleures.

Si on vouloit attaquer Rethel3, je craindrois que les ennemis ne vous y laissassent attacher sans en tenter le secours, afin de profiler de ce temps-là pour l'aire, de leur costé, quelque chose de plus considérable.

Mais enfin, après avoir mandé toutes les pensées que l'on a icy, le Roy m'a ordonné de faire sçavoir à vous, et à M. le mareschal de La Ferté, que Sa Mk; approuvera entièrement toutes les resolutions que vous prendrez ensemble \ et me remettant au sr de Vil— lette5, à qui j'ay dict quelque chose des rendez-vous des ennemis et sur toutes les autres [choses], dont il m'a parlé de vostre part, je prie

.Iran de Scliulemberg, comte de Mont- taule conquête eut lieu le 8 juillet 1 653 ,

dejeux . gouverneur d'.Arras. ( Voy . ci-dessus , avant que les ennemis fussent entrés en cam-

p. 46, note 5.) pagne. Turenne, qui parle généralement

2 Sur le comte de Broglie, gouverneur avec modestie de ses succès, ne peut s'empê-

de la Bassée, voy. le t. III, p. 11^2, des cher de dire : «■ II n'y a rien, dans toutes ces

Lettres de Ma tarin. dernières campagnes , de plus considérable. »

5 Cette résolution fut celle que Turenne ' On a vu, par la note précédente, que

adopta, malgré la crainte qu'exprimait Turenne profita de la liberté que Mazarin

Mazarin. -H n'y avoit que huit ou neuf cens laissait avec tant de raison à ce grand gé-

hommes dans Rhelel, dit Turenne dans ses néral.

Mémoires (p. hoh , édit. Michaud et Pou- 5 Pierre Guillaume de Villette, ou de

joulat); on prit les dehors en arrivant, elle La Villette, avait été nommé maréchal de

siège ne dura que trois jonre. » Celte impor- camp en 1 65 1 .

Juin i653. Dieu qu'il vous donne autant de bonheur, en cette campagne, que vous en souhaite, etc.

II faut avoir tousjours l'œil à Verdun1.

Bibl. Mazarine, ms. 1719, t. V, 2e partie, P" ta5-i2g. — Copie (Ju temps.

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